29 / 3-10 Blink

29 / 3-10 Blink

De Steven Moffat

Réalisation : Hettie MacDonald

Pour exploser le budget sur le final de la saison et libérer des jours de tournage, l’habitude de Russell T. Davies et de sa team était de se réserver un ou plusieurs épisodes un peu moins chers, les ‘doctor-lit episode’, dans lesquels le Docteur et sa compagne sont nettement…moins présents. Sur ce schéma, Blink fait suite aux épisodes Boomtown et Love & Monsters. L’ironie veut que cette histoire écrite par Steven Moffat d’après une courte nouvelle qu’il publia pour l’annuel Doctor Who de 2006 : « ‘What I Did on My Christmas Holidays’ By Sally Sparrow » et qui ne compte qu’une poignée de décors dépasse en tous points les épisodes les plus friqués de la nouvelle série.

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Allons donc, on ne demande qu’à voir…

Sally Sparrow et Kathy Nightingale visitent un vieux manoir ou le nom de Sally est inscrit sous le papier peint des murs. Elles remarquent d’étranges anges de pierre qui semblent se déplacer. Quelqu’un sonne à la porte, Sally va répondre et Kathy disparaît subitement…en 1920. Pendant ce temps, le visiteur transmet à Sally une lettre de son amie Kate qui lui raconte qu’elle est morte il y’a vingt ans et qu’elle a vécu une longue vie bien remplie, puis il se présente comme étant le petit-fils de Kate. Sous le choc, Sally rend visite au frère de Kathy, Lawrence, vendeur dans une boutique de DVD afin de lui annoncer le départ de sa soeur. Sur un écran elle voit le Docteur qui semble tenir seul une conversation. Lawrence lui explique que cet étrange monologue est un oeuf de Pâques présent dans 17 DVD différents. Ils devront bientôt faire face à la mystérieuse menace qui a happé la vie de Kathy.

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Sally Sparrow, fier héritière d’une grande lignée de détectives anglais

Cette mystérieuse menace, ce sont les statuts d’ange. Des êtres d’un autre monde. Ces assassins solitaires ne peuvent pas être vus car ils se figent quand on les regarde, puis ils se déplacent lorsque la personne cligne des yeux ou tourne la tête. Ainsi ils envoient leur victime dans le passé et se nourrissent de l’énergie potentielle de tous les moments qu’elle ne vivra plus dans le présent.
La menace est originale, et diablement efficace. C’est l’occasion d’enchainer les situations bien flippantes pour nos héros d’un épisode qui devront échapper aux anges et ramener le TARDIS à Martha et au Docteur (qu’ils n’ont jamais rencontré), prisonniers de l’année 1969. On comprend avec Blink que le superbe The Girl in the Fireplace n’était encore qu’un amuse-bouche. Steven Moffat entre dans le vif du sujet des ambitions qu’il nourrit pour Doctor Who, à savoir un show qui exploite réellement les chemins narratifs qu’une série sur le voyage temporel peut offrir, comprenant une réflexion sur la réécriture du temps et sa perception en fonction des points de vues. Blink est un véritable jeu de piste entre les époques, semblable aux énigmes que Moffat résolvera dans son Sherlock.

2910B ‘Don’t blink’

La clé du Tardis est dans le manoir et le TARDIS dans les objets trouvés de la police en 2007. Martha et le Docteur ont été envoyés par les anges en 1969. Le Docteur prendra contact avec Sally par les inscriptions dans le manoir, mais surtout grâce aux oeufs de Pâques disséminés quelques années auparavant dans les 17 DVD de sa collection. Ces oeufs de Pâques représentant eux-même des morceaux d’une conversation qu’ils n’ont pas encore eue. Tout ça n’est pas si absurde, car le temps ne représente pas la continuité logique qu’on imagine, mais serait plus une sorte de wibbly woobly timey winey (expression consacrée depuis). Tout ça pourrait vite virer au casse-tête pour le spectateur peu entraîné mais le scénario est tellement simple et direct qu’on ne s’y perd jamais. Pire, on ne peut décrocher de son poste et on frémit devant un vrai récit horrifique, dans la tradition que Moffat défendra quand il succédera à Russell T. Davies. Celle de monstres pouvant naître des objets du quotidien.

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Un dialogue surréaliste entre deux personnes éloignées de 38 ans

S’il est efficace, Blink sait aussi être émouvant dans la description de ces vies qui s’écoulent en un instant (du point de vue de Sally), que ce soit celle de Kathy Nightingale ou d’un flic messager que Sally rencontre et qui devient quelques minutes plus tard en vieillard sur son lit de mort. La charmante Sally Sparrow, Carey Mulligan à l’aube de sa carrière internationale (4 ans avant Drive), transmet bien l’étrange mélancolie qui se dégage de ces moments. Perspicace et irrésistible, la jeune actrice s’approprie naturellement l’épisode en l’absence du Docteur et de sa compagne. On ne la reverra malheureusement pas dans la suite de la série, et c’est une grande perte. Mais cela fait aussi partie de ce qui rend Blink aussi unique, tout comme le fait de jouer aussi bien avec l’avènement des forums de discussion web qui le situent bien dans cette année 2007 ou bien la réalisation dépaysante d’Hettie MacDonald qui sublime des décors aussi rustiques et anodins que les statues. Depuis, les anges pleureurs sont revenus en mode bigger faster louder mais aucun de leurs épisodes n’a égalé celui-ci, et Steven Moffat n’a jusqu’ici lui-même pas réussi à faire mieux en des années d’exploration narrativo-temporels … (si l’on excepte le SPOILER cas River Song qui court sur plusieurs saisons). Tout le potentiel du Doctor Who Moffatien est ainsi rassemblé dans une histoire originale et oppressante qui aurait fait merveille dans une anthologie sur le voyage temporel. Un classique.

2910DLe TARDIS en bien mauvaise posture, sans son précieux Time Lord pour la sauver

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