Saison 34 / 8 / 34 / 8-01 Deep Breath

CAPALDI5

INTRODUCING TWELVE

34 / 8-01  Deep Breath

De Steven Moffat

Réalisation : Ben Wheatley

Alors que d’étranges disparitions ont lieu à l’époque victorienne, les forces pas très vives de Scotland Yard, Madam Vaastra, Jénie et Strax sont témoins de l’apparition d’une femelle dinosaure. La pauvre a avalé le TARDIS et elle devra expérimenter la solitude dans une époque qui n’est pas la sienne, pour connaître une fin encore plus déchirante. Les trois Victoriens rattrapent le TARDIS et une Clara sonnée qui ne sait plus quoi faire de ce nouveau Docteur incontrôlable et confus qui a la tête d’un vioque. Trois amis et une affaire de vols d’organes ne seront pas de trop pour faire renaître l’étincelle.

En brisant la règle des douze régénérations, Steven Moffat n’a pas trahi sa série, pas plus que ne l’avait fait Christopher Bidmead (script editor de la série classique en 1981) lorsqu’il décida au crépuscule du quatrième Docteur d’accorder au Maître une transmutation dans le corps d’un humain afin qu’il puisse poursuivre son cycle infernal. Il n’y a pas de tel crime dans une série qui s’est construite sur des rebondissements bien plus absurdes. Le showrunner est néanmoins parvenu à un territoire vierge où il peut désormais faire vivre son Docteur au-delà des contraintes qui l’ont grevés ces dernières années. Mais il n’y aura guère de repos du guerrier : Twelve doit désormais garantir le futur de la série, celui qui ouvrira un nouveau cycle de régénération sur lequel se reposeront les douze (?) prochains Docteurs.

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Si Moffat reste fidèle à son fauteuil de showrunner, le poste de producteur exécutif laissé vacant par Caroline Skinner revient à un habitué de la galaxie Who, Brian Minchin qui, non content d’avoir coordonné les scénarios de plusieurs épisodes de la série entre 2007 et 2010, a également travaillé sur Torchwood et The Sarah Jane Adventures. Un élément solide venu de l’époque Russell T. Davies qui a su visiblement canaliser le trop plein de créativité du showrunner comme les désirs de contrôle de la BBC pour aboutir à la saison la plus équilibrée depuis la quatrième. C’est à Peter Capaldi qu’échoue la lourde tâche de succéder à Matt Smith. Déjà apparu dans le show dans le rôle d’un chef de famille romain, Capaldi est un acteur aguerri, grand admirateur de Doctor Who et certainement le meilleur atout dans la manche de Steven Moffat pour faire accepter un Docteur plus lointain et ambigu. Moins sociable que ses prédécesseurs, Twelve évolue moins en vase clos lors d’une saison 8 qui explore les interactions et enrichissements mutuels de trois personnages d’égal intérêt : le Docteur, Clara et un nouveau venu, Danny Pink. Pendant ce temps, la mystérieuse Missy tire les ficelles dans l’ombre, prête à introduire de nouvelles libertés dans la mythologie Who tel que l’exploration d’un territoire inconnu du Seigneur du Temps : l’au-delà.

3401EUne victime de la régénération se consume dans le Londres victorien

Pour démarrer ce nouveau cycle, le tandem Moffat / Minchin a eu la très bonne idée de s’adjoindre les services d’un des réalisateurs anglais les plus prometteurs de sa génération: Ben Wheatley (Kill List, Touristes). Il ouvre le bal avec les deux premiers épisodes, invitant dans celui-ci Peter Ferdinando qu’il avait déjà dirigé dans A Field In England. Diffusé en salle en Royaume-Uni, Deep Breath est un long épisode (1h10) qui s’attarde sur la décision du Docteur de ne plus porter de masque et sur ses conséquences. Vieux de plus de deux millénaires, il se régénère sous la forme d’un homme d’âge mûr devant une Clara Oswald paumée par ce changement. L’empathique Silurienne Vaastra lui révèle que l’apparence jeune et guindée du Docteur précédent ne lui servait qu’à flirter avec le monde, à être accepté des hommes ; sa confiance en Clara lui aura fait lever le voile. Vaastra reproche alors à cette dernière de juger cette apparence alors que le Docteur se montre dans toute sa vulnérabilité. Le douzième du nom lui confesse également l’erreur, parmi tant d’autres, de lui avoir fait miroiter bien des choses. Au terme de cette aventure, Eleven (Matt Smith) appelle Clara de Trenzalore peu avant sa régénération pour lui demander d’aider ce successeur, qui est sans doute bien plus perdu qu’elle ne l’est. Lorsque Clara raccroche, Twelve / Peter Capaldi prononce ces mots : « Tu me regardes et tu ne peux pas me reconnaître. As-tu une idée de ce que ça fait ? Je ne suis pas au téléphone, mais en face de toi. S’il-te-plaît, reconnais-moi ». La compagne fait le lien et se pose comme un écho au jugement du téléspectateur, aguerri ou non, qui tend à rejeter chaque nouvelle incarnation du Docteur. Steven Moffat connaît très bien le whovien, autant que son exigence, et c’est probablement lui qu’il vise lorsque Twelve demande à Clara d’accepter Peter Capaldi et ce qu’il peut lui apporter, quand bien même il n’aurait ni le masque des traits attrayants de ses prédécesseurs, ni ce caractère avenant et clownesque d’Eleven. Steven Moffat fait lui-même un pari sur le cœur du téléspectateur qui aura découvert Doctor Who avec Eleven. Un quitte ou double, qui se poursuivra sans remords sur la durée de la saison.

3401CUn second premier rendez-vous. Et toujours le même entremetteur…

Deep Breath n’a guère facilité les choses à ce spectateur, c’est le moins qu’on puisse dire. Certaines régénérations n’ont pas été de tout repos (celle du sixième particulièrement) mais aucune n’a atteint la forme même de la série, ce qui est visiblement le cas ici. Ben Wheatley y distille quelques éléments de son univers afin de traduire le chaos intérieur de la renaissance du Docteur. Lent et poétique, claustrophobique, perturbé, à la réalisation sensorielle et en ruptures de tons, teinté d’humour noir, l’épisode inaugural transpire le désordre, le dérèglement. Il se permet de déborder de son intrigue pour s’étendre sur l’invective méta-physique du Docteur envers un pauvre SDF, présente des situations comiques décalées face à la gravité des événements… Un rendez-vous laisse place à une scène pittoresque dans un restaurant, qui vire du confort victorien à l’atmosphère horrifique malsaine : Clara et le Docteur sont entourés d’individus qui ne respirent pas, un serveur s’avance pour examiner leurs organes, ils tombent dans un vaisseau souterrain, Clara doit affronter seule des robots chercheurs d’organes se transformant en hommes pièce par pièce depuis des siècles. Perdus à des millions d’années de chez eux, ils veulent survivre les époques pour regagner leur terre promise. Ici, Moffat et Wheatley renvoient face-à-face le droïde meneur et le Seigneur1 du Temps : tant de nouveaux visages depuis leur naissance qu’ils ne parviennent plus à se souvenir de qui ils sont.

3401DLe Docteur face au spleen de la treizième régénération

A la conclusion de Deep Breath, une ellipse suivie d’un regard caméra de Capaldi amène le spectateur à s’interroger sur la véritable nature de ce nouveau Docteur. Une question qui ne trouvera pas de réponse avant l’ultime scène de cette saison 8. Le Docteur doute, et c’est une première. La première réaction de Clara inaugure une multitude de jugements par ceux que Twelve croisera, lui renvoyant durement ce qu’ils pensent de lui : qu’il est un parfait Dalek, un général cruel au détachement total, un monstre. Seule sa compagne saura y détecter le potentiel de devenir meilleur. Mais n’est-elle pas la personne qui le connaît le plus intimement ?

3401FMissy, dans l’attente de celui qui trompa l’au-delà

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