35 / 9-07 & 08 The Zygon Invasion & The Zygon Inversion (Vérité ou Conséquences)

35 / 9-07 The Zygon Invasion

35 / 9-08 The Zygon Inversion

de Peter Harness

Réalisation : Daniel Nettheim

Le Christmas Special de 2014 jouait sur la peur qu’un trop beau rêve soit une agonie travestie. Le rêve se protégeait en empêchant le dormeur de poser la bonne question. La sommation pour une série comme Doctor Who de garder les pieds sur Terre peut sembler paradoxale, mais une des qualités de cette saison se trouve certainement dans l’acuité de son regard sur notre époque. Alors que la terreur prend le dessus, peut-on encore se fier à des décisions irrationnelles ? La vigilance n’est-elle que le seul recours face à des discours passionnés visant à brouiller notre jugement ? Alors que les médias et les intérêts politiques divers brouillent encore une carte et un territoire déjà complexes, comment peut-on encore s’installer à la table des négociations et discuter rationnellement avant que les conséquences ne pointent le bout de leur nez ? C’est là que les Zygons refont leur entrée ! Anciens ennemis du quatrième Docteur et de UNIT , ces extra-terrestres avaient la possibilité de prendre la forme de n’importe quel humain, qu’ils enfermaient dans une coquille pendant l’utilisation de son enveloppe afin de mener à bien leur plan d’invasion. L’épisode du cinquantième anniversaire les ramenait à la vie, offrant aux trois Docteurs l’arbitrage d’un conflit épineux. Ces derniers entreprirent de faire oublier à chacune des parties qu’ils étaient humains ou Zygons le temps des négociations. A leur issue, il fut décidé d’accorder l’asile à 20 millions de réfugiés Zygons en les mêlant à la population. Le personnage d’Osgood (membre de UNIT dupliqué), qui vivait en parfaite intelligence avec son double Zygon, était le symbole de cette paix conditionnelle. Or une des deux Osgood fut tuée par Missy à la fin de la huitième saison, ce qui rendit cet équilibre précaire.

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Osgood, deux brillantes porte parole de la philosophie du Docteur

Steven Moffat a toujours eu en tête le retour des Zygons et la menace de briser le cessez-le-feu. Dans ce double épisode, il fait intervenir une faction de Zygons rebelles qui menacent de dévoiler tous les Zygons sous forme humaine présents sur Terre. Ainsi, ils n’auront pas d’autres choix que de reprendre la bataille. Découvrant que n’importe lequel de leur proche peut devenir un ennemi, et sans moyen de savoir qui, la population mondiale et UNIT se retrouvent face à une situation inextricable qui exalte leur peur et brouille les jugements. Le modus operandi des Zygons pour prendre le contrôle d’une enveloppe est un plagiat éhonté de l’Invasion Des Profanateurs De Sépultures de Don Siegel, autre histoire de cosse qui mettait en images la peur du communisme des Etats-Unis dans les années 50 (« Ils sont parmi nous ! »).  Aussi, réactiver cette paranoïa à notre époque n’est pas innocent : les attentats commis par Daech ont légitimement réactivé cette peur, le mode opératoire de l’organisation, recrutant dans chacun des pays de l’Occident, incite à la paranoïa. Comme beaucoup de chaînes de télévision se plaisaient à le répéter, un voisin peut devenir un terroriste, être entraîné et revenir pour vous tuer.

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invasion of the Bonnie Snatcher

La deuxième phase du plan de la faction est de remettre le projecteur sur l’aspect physique des Zygons en les forçant à perdre leur forme humaine. Ainsi les humains les identifieront comme différents et n’auront pas d’autre choix que de choisir leur camp. Le scénariste Peter Harness qui avait déjà mené un choix difficile dans le très bon Kill the Moon (ici co-crédité avec Moffat) pointe par ce biais l’utilisation de la paranoïa par les terroristes comme une arme de division parmi tant d’autres. En filigrane, le segment traite des actes de violence qui conduisent à la haine d’individus qui ne prenaient pas partie à l’origine, créant une contagion de la violence et grossissant les camps des guerriers. Internet se trouve être sans surprise le vecteur de cette contagion. Ce cycle de la haine avait déjà été dénoncé au début de la saison lorsque Moffat osait parler de la jeunesse de Davros, le père des Daleks, et encore bien plus tôt dans la série. En conférant le visage de Clara au leader des Zygons, Harness délivre le même sentiment de paranoïa au spectateur, et cherche aussi à brouiller le jugement du Docteur.

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Quand Doctor Who force à regarder l’abîme

Comme ce fut le cas pour le cinquantième anniversaire, c’est la question de la guerre, qu’elle qu’en soit le motif, qui est abordée à travers ce diptyque. Ce moment où les passions sont trop fortes d’un côté comme de l’autre pour que l’Histoire ait une autre alternative que l’affrontement. Intervient alors l’artifice de la Osgood Box. L’ancien guerrier qu’est le Docteur avait bien besoin de réunir une nouvelle fois Zygons et humains autour d’une boîte contenant un buzzer / une table de négociation, histoire de leur rappeler qu’ils traitaient de vies humaines et qu’ils n’étaient pas dans un jeu télévisé. Au terme d’un discours mené par un Peter Capaldi stupéfiant, il convainc les uns et les autres de laisser tomber les armes. Guerre 0 – Doctor 12.  Une autre force de ce diptyque est de faire fi de schémas manichéens, n’établissant pas de gentils et de méchants, mettant juste le doigt sur la versatilité des plus jeunes.

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Un réquisitoire pour le dialogue en forme de claque dans la gueule

Il porte les qualités de ses défauts, il pâtit nécessairement du déjà-vu de l’intrigue lors du cinquantième anniversaire et du grand nombre de body snatcher’s like l’ayant précédé. Les twists et les faux semblants fonctionnent donc très moyennement, d’autant plus qu’une grande partie du scénario joue dessus. Il transporte également Doctor Who dans un contexte trop réaliste, où on ne s’embarrasse plus de métaphores (les vidéos d’exécution sont reprises tels quels). Cette gravité contamine beaucoup d’épisodes de cette saison politique pour étouffer le dépaysement. Une position qu’on ne saurait blâmer puisque guidée vers cette vigilance rationnelle que défend la série, mais qui court-circuite au final la fantaisie et l’humour. Mais est-ce vraiment un temps pour la fantaisie ? Moffat et Harness répondent à cette question via le personnage d’Osgood, à la fois symbole de la paix et réprésentante au dernier degré du fandom whovien, comme une main tendue au spectateur pour qu’il quitte sa position de rêveur et fasse entendre la voie du dialogue. En filigrane, le lien entre le Docteur et sa compagne ressort encore, se posant comme le fil rouge de la saison, autant que cette histoire d’hybride.

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Doctor Disco wins

N : 8

IM : 7

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