36 / 10-11 & 12 World enough and time & The Doctor falls (L’Éternité devant soi & Le Docteur tombe)

36 / 10-11 World enough and time

36 / 10-12 The Doctor falls

de Steven Moffat

Réalisation : Rachel Talalay

« Sans Espoir, sans témoins et sans récompenses »

C’est le grand test pour Missy, celui qui décidera si elle a quitté le côté obscur. Bill accepte d’accompagner la psychopathe dans une aventure à condition que le Docteur lui promette de tout faire pour qu’elle reste en vie. Missy débarque avec Bill et Nardole dans un vaisseau colonial de plusieurs 650 km qui s’éloigne de l’attraction gravitationnelle d’un trou noir. Un alien effrayé les menace et il tue Bill. Elle est aussitôt enlevée par un infirmier robot et transportée dans un ascenseur. Le Docteur comprend que l’équipage du vaisseau envoyé à l’autre extrémité a été affecté par la proximité du trou noir et a traversé plus vite le temps. Ils ont ainsi pu engendrer des descendants et une nouvelle civilisation. Bill se réveille en bas du vaisseau dans un hôpital rempli de patients en grande souffrance. Mr Razor, un étrange personnage, lui explique qu’on lui a greffé un nouveau coeur. Alors qu’elle était inconsciente depuis des semaines, un écran de contrôle du haut du vaisseau lui montre que le Docteur, Nardole et Missy discutent toujours avec son meurtrier. Problème : le cœur de Bill cessera de battre si elle quitte cet étage. Assignée à résidence, elle reçoit des messages du Docteur lui priant de l’attendre, mais encore combien de mois ? A l’extérieur de l’hôpital, Bill découvre un monde irrespirable peuplé de gens malades et dont le seul espoir est une évolution de l’Homme avant le grand Exode dans l’ascenseur.  Mr Razor lui explique que les patients qu’elle a rencontrés constituent ce nouvel espoir d’évolution. Le Docteur, Missy et Nardole parviennent de l’autre côté du vaisseau à l’issue de plusieurs années. Missy découvre que le vaisseau vient de la planète Mondas et elle fait connaissance avec M. Razor, qui n’est nul autre que le Maître, dans sa précédente incarnation. Le Docteur et Nardole découvrent avec horreur que Bill a été transformée en cyberman Mondasien.

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 Missy’s awesome bananas adventures

Pour son dernier two-parter avant le bouquet final du Christmas Special 2017, Steven Moffat nous offre un beau cadeau : un « Genesis of the Cybermen ». Un cadeau logique, vu la volonté du showrunner de combler les trous entre les classiques et les modernes, encore exprimé cette année avec les guerriers des glaces. Nous voici donc au cœur des événements qui ont mené à la première génération de Cybermen qui étaient apparus dans le dernier épisode du premier Docteur. World enough and time est un épisode malin et oppressant, un modèle de scénario de SF qui prend à son compte la distortion du temps provoquée par la proximité d’un trou noir. Observant au loin une personne qui s’éloignerait vers un trou noir, son image deviendrait de plus figée car l’extrême gravité de la singularité ralentit l’écoulement du temps. Steven Moffat reprend ce principe en l’appliquant à un vaisseau d’une taille colossale, transformant un simple ascenseur en machine à voyager dans le temps ou un écran de contrôle en démonstration de la théorie (Bill et Mr Razor regardent le cours sur la gravité du Docteur qui dure un mois). Le showrunner a perdu sa mère durant la production de cette saison. Les années passées par Bill dans cet hôpital rempli de personnes souffrantes transpirent les journées sans fin passées aux soins palliatifs et le trauma vécu par le lent décès d’un proche. Ces scènes sont d’autant plus éprouvantes que le masque rustique des cybermen de Mondas, palliant autrefois l’absence de budget, sert ici à dissimuler la douleur ressentie par les patients. Il faut s’accrocher car le reste sera encore pire, mais aussi superbe.

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Un futur cyberman de Mondas : Tout de suite c’est moins drôle

Le Docteur doit faire face à la transformation de Bill, dans un monde fait de cyber fonderies, où les deux incarnations du Maître ont décidé de s’allier pour lui pomper l’air. Mais le Docteur a modifié le paramétrage des cybermen pour inclure les seigneurs du temps dans les proies des robots. Missy aide le Docteur à s’évader pour qu’il rejoigne un vaisseau fourni par Nardole. Attaqué par un cyberman, Twelve est sauvé par Cyberman Bill et tous quittent le monde du bas. Ils atterrissent à un des étages au-dessus, peuplé d’enfants et au ciel bien bleu, mais déjà attaqué par les cybermen d’en bas. Bill doit faire face à son état de cyberman en étant encore consciente de qui était. Pendant ce temps, l’Exode des cybermen menace la petite communauté constituée. Les Maîtres retrouvent l’ascenceur pour d’échapper mais ils ne pourront pas monter au pont retrouver le TARDIS, car plus ils monteront, plus le temps ralentira pour eux et le temps s’accélérera pour les Cybermen. Ils auront ainsi des millénaires pour trouver comment les stopper. Tous n’ont plus d’autre choix que de protéger la population contre l’exode massif des cybermen. La victoire est impossible, mais le Docteur explique aux Maîtres que gagner n’est pas le but, et qu’il défendra ce monde quitte à en mourir.

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Bill et son Professeur dans une troublante inversion des rôles

Ce n’est pas moins de quatre conclusions que Steven Moffat et Rachel Talalay orchestrent avec brio dans le dernier épisode de cette dernière saison Moffatienne. Comme on l’avait vu avec Dark Water/ Death in Heaven, le Steven Moffat bondissant de la saison 5 a évolué. Il a su se poser à hauteur d’homme et de personnages et il n’a désormais plus peur de se raccrocher à autre chose que des paradoxes et des Wibbly wobbly Timey Winey. Ce final de saison est donc terriblement humain, sans aucune démonstration ni effet, si ce n’est la poursuite des distortions temporelles établies dans l’épisode précédent. La seule faiblesse de ce two-parter réside dans la conclusion de Nardole. Dans l’ombre durant une grande partie de la saison, le personnage campé par Matt Lucas a été sacrifié pour donner le change au fil rouge et à la relation Bill/Docteur. L’alien sarcastique aura droit à de bons moments pour ce finale et il sera finalement chargé de mettre à l’abri les humains et de les aider à reconstruire leur monde. Le personnage connaît une forme de rédemption, passant d’escroc hostile aux humains à soutien de familles humaines, mais sa fin rejoint plus celle des compagnons de l’époque classique que celle, beaucoup plus flamboyante des compagnons modernes.

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Le Maître et lui-même, une troublante histoire d’amour

Compagne sans tapage ni tambours, Bill Potts n’aura eu le droit qu’à une seule saison avec le Docteur, mais elle restera une des meilleures compagnes, une force tranquille et naturelle au milieu de l’océan dramatique Moffatienne. Bill est une jeune adulte moderne qui tente de se construire seule, et sa découverte d’autres mondes accompagne la vie qu’elle tente de se construire, traînant derrière elle le trauma du décès de sa mère naturelle et l’absence de support des adultes. En cela, elle est la compagne la plus humaine, la moins idéalisée qu’on ait pu voir dans la série moderne. Il est heureux que Steven Moffat ait déniché Pearl Mackie pour l’incarner car son naturel et son aisance à passer d’une émotion à l’autre ont fait accepter Bill. Ils nous l’ont rendue instantanément attachante, sans qu’elle n’ait besoin d’un attachement amoureux ou d’un lien spécial avec le Docteur. Ce dernier épisode est très éprouvant car Bill devra subir la dépossession de son humanité. La grande intelligence du scénario est de nous la montrer telle qu’elle était avant sa transformation, alors que les gens qui la regardent ne la voient plus que comme un cyberman. Son esprit se rebelle contre le programme dans un réflexe de survie hérité du temps passé parmi les moines. Bill combattra jusqu’à bout aux côtés du Docteur. Au chevet d’un Twelve mourant, Cyberman Bill rencontrera Heather/ le pilote qui la poursuivait dans l’espace et le temps (et qui l’a tracée en suivant ses larmes). Le Pilote vient la chercher pour lui retirer sa condition de cyberman afin qu’elle puisse l’accompagner. Ainsi Bill continuera t’elle à parcourir la galaxie avec Heather. Au départ un peu tiré par les cheveux, ce final du personnage se défend totalement au niveau scénaristique et paraît avec le recul la plus belle fin qu’on pouvait souhaiter à notre Bill.

Il était aussi nécessaire de clôturer le fil rouge de la saison de la rédemption de Missy. Malin, Steven Moffat a décidé de confronter Missy à une épreuve bien plus rude que celle que le Docteur entendait : Il fait revenir le Maître de John Simm, donnant l’occasion au personnage de se délester de son passé pour embrasser pleinement sa rédemption. Si le Docteur a rencontré d’autres incarnations, c’est une première pour le Maître, l’occasion de nous offrir quelques beaux numéros d’auto-séduction bien pervers et de danse avec moi-même. John Simm et Michelle Gomez interagissent avec un plaisir communicatif. Outre ces joyeusetés, the Doctor Falls décrit le partage moral de Missy entre suivre celui qu’elle était (revenir en arrière) et le Docteur (devenir une meilleure personne). Durant le discours intense du Docteur qui les invite à combattre avec lui, Missy l’a écouté, mais elle se refuse à le suivre. La Time Lady rejoint le Maître et elle le tue pour qu’il se régénère en elle. Le Maître tue Missy à son tour et pour de bon pour qu’elle n’ait jamais à être aux côtés du Docteur. La fin parfaite du Maître/ Missy serait-elle de se tirer dans le dos mutuellement ? Cette ironie ne dissimule pas les plans de Steven Moffat pour le passage de relai à Chris Chibnall, ni que Missy a été consciemment ou non le point de départ au conditionnement du spectateur à un changement majeur.

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This is the end. My only friend, the end.

« Est-ce que le futur ne sera que féminin ? » « on peut l’espérer ». Cet échange entre le Maître de John Simm et Twelve est un de ces clin d’œil intempestifs que Steven Moffat glisse de temps à autre au spectateur. Mais il n’y a pas de déclaration plus ouverte que cet épisode que le prochain Docteur sera une femme. Après sa régénération vue à la fin de cet épisode, l’un des premiers actes de Missy sera de confier le Docteur à Clara. Ne serait-ce pas autant pour lui prouver qu’une femme peut devenir aussi forte que le Docteur que pour réunir l’hybride de la prophétie ? Entouré de compagnes fortes depuis le relaunch, Twelve a visiblement intériorisé qu’il ne saurait se perdre en passant d’un sexe à un autre. Il pose même au détour d’un dialogue avec Bill l’évidence de l’absence d’un sexe déterminé pour les seigneurs du temps. Il ne restait que la rédemption de Missy et son attachement à Bill pour poser un point final à ce conditionnement. Dans un de leur dernier dialogue, Bill lui rappelle qu’elle est plutôt branchée femme, et plutôt de son âge. Dont acte. Quelques semaines plus tard, nous apprenons que le premier Docteur de Chris Chibnall sera une Docteure, qui prendra les traits de Jodie Whittaker.

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Peter Capaldi. Les Emmy Awards ne le méritent pas

« Sans espoir, sans témoin et sans récompense », Le Docteur décide d’y rester comme l’avait fait son programme dans la simulation des moines. Entre temps, il a pu faire exploser les étages inférieurs du vaisseau et vaincre les cybermen. Ramené dans le TARDIS par Bill et l’entité, il revoit tout les compagnons connus par Steven Moffat, ainsi que Missy. Mais Twelve refuse de se régénérer. Sur une planète de neige, il sort du TARDIS et fait face…au premier Docteur (du moins son alter ego de « Adventure in space and time » David Bradley). Une rencontre bien ironique entre le premier et le premier du nouveau set de régénérations, mais peut être pas fortuite puisque ce premier Docteur avait subi sa régénération suite eu premier affrontement des cybermen de Mondas.

N : 9

IM : 10

2 réflexions sur « 36 / 10-11 & 12 World enough and time & The Doctor falls (L’Éternité devant soi & Le Docteur tombe) »

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