8-02 The Mind of Evil

8-02 The Mind of Evil

De Don Houghton (6 épisodes)

Réalisation : Timothy Combe

A la prison de Stangmoor, Jo et le Docteur assistent à la présentation du « Dispositif Keller », une machine qui a la possibilité d’extraire les mauvais penchants des Hommes. L’expérience tourne mal et le criminel utilisé pour la tester meurt. D’autres morts s’en suivent, un par noyade sans eau, l’autre par attaque de rats sans rats. Le Docteur finit par découvrir que la Machine est responsable de ces meurtres, tuant les personnes visées en leur faisant rencontrer leur plus grande peur (Dr. Jonathan Crane approved). Il découvre aussi à ses dépens que le Maître et Keller sont en fait une seule et même personne. Pendant ce temps, UNIT est chargé de la Sécurité de la première conférence pour la paix et du transport d’un missile Thunderbolt très dangereux. Alors que la première tourne mal après l’assassinat d’un délégué chinois, le second attire la convoitise du Maître qui compte le dérober afin de faire de la Terre un désert sur lequel il pourrait régner.

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Flash!

Le scénariste du très bon Inferno rempile pour un nouvel épisode en noir & blanc (les bandes couleur ont été effacées par la BBC) aussi original que son premier essai, mais décousu. Plusieurs intrigues s’entremêlent et entretiennent une certaine confusion durant la première partie. Don Houghton parvient néanmoins à les lier dans la deuxième partie de l’arc qui est bien plus intéressante. Nous assistons à une mutinerie de prisonniers et à l’assujettissement du Docteur par le Maître grâce à la Machine. Le rapport entre les deux Time Lords dépasse celui du héros et de sa nemesis, évoluant vers une collaboration lorsque le Docteur comprend qu’un parasite extra-terrestre est dans la Machine et que le Maître en a perdu le contrôle. Celle-ci fait quelques apparitions aléatoires pour tuer tout ce qui bouge dans la prison. Les scènes entre le Maître et le Docteur sont très intéressantes, tirant partie de leur vécu, de leur considération mutuelle malgré leur différence et du fait qu’ils sont deux étrangers enfermés sur la même planète.

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So Far away from Gallifrey…

Jo prend du galon dans cet épisode, se révélant très utile dans l’action, mais surtout très humaine. Elle s’occupe durant une bonne partie de l’arc d’un prisonnier devenu inoffensif à cause de l’intrusion de la Machine, personnage qui sera déterminant pour la résolution de l’arc. UNIT acquiert un visage un peu plus humain grâce à l’importance de Yates et du Sergent Benton, tandis que le Brigadier peut respirer dans une intrigue au départ déconnectée du Docteur. La scène qu’ils partagent avec un diplomate chinois, dans laquelle le Docteur se révèle un excellent linguiste (dans plusieurs dialectes chinois) au grand étonnement du Brigadier, est une de leurs meilleures, usant d’un décalage autrement plus subtile que les reproches constants du TimeLord. UNIT fait aussi une belle entrée dans la prison façon cheval de Troie. A l’issue de l’arc, le Maître parvient à récupérer la pièce de son TARDIS que le Docteur détenait, laissant de nouveau notre consultant scientifique dans sa solitude terrienne.

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Le capitaine Mike Yates, en colorisé parcequ’il le vaut bien.

N : 7

IM : 6

Saison 8 (1971) / 8-01 Terror of the Autons

8-01 Terror of the Autons

De Robert Holmes (4 épisodes)

Réalisation : Barry Letts

Le Docteur se voit assigner une nouvelle compagne, Jo Grant, dont les compétences scientifiques ne valent guère celles de Liz. Parallèlement, un TimeLord qui se fait appeler le Maître gare son TARDIS dans un cirque et vole le polyèdre qui abrite la conscience des Nestene. Il approche ensuite le fils du magnat d’une usine de poupées afin de pouvoir produire des autons en masse. Un TimeLord supérieur apparaît alors au Docteur afin de le prévenir du danger de l’arrivée du Maître sur Terre. Un avertissement fort judicieux car le comploteur est bien décidé à en découdre avec son congénère. La curieuse Jo vient à enquêter sur l’usine et se trouve hypnotisée par le Maître, commandée à poser une mallette piégée au QG de UNIT.

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Un TimeLord supérieur mutin annonciateur de la fin de l’ennui du Docteur

Le script editor Terrance Dicks et son producteur Barry Letts ont fort à faire pour renouveler le long exil terrien du Docteur, et ils s’y attellent plus ou moins heureusement. L’indépendante et froide Liz n’aura pas fait plus d’une saison, renvoyée à Cambridge pour on ne sait quelle raison. Le personnage était, il est vrai, trop en retrait mais le procédé rappelle un peu trop la facilité du départ abrupt de Dodo en saison 3 (si quelqu’un se souvient encore d’elle). C’est une jeune femme plus infantile et intrépide qui la remplace, au premier abord inutile mais qui se révèle dans l’action et occupe un rôle important à ce tournant de l’Histoire. Le Brigadier et UNIT souffrent toujours du rôle de souffre-douleur du Docteur et Jon Pertwee a augmenté le taux d’irritabilité et d’arrogance du TimeLord, le rendant par moment insupportable. On le serait à moins (et on l’est en tant que spectateur) privé de voyages, avec un TARDIS coincé sur Terre et devant faire face constamment à des humains pas très futés. La fraîcheur de Jo et le soutien du capitaine Yates de UNIT permettent de contrebalancer toutes ces mauvaises ondes.

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Josephine Grant, assez naïve et intrépide pour détendre un peu l’atmosphère

L’intrigue des Autons est peu intéressante, fonctionnant comme une redite de Spearhead from Space avec peu de variations (la poupée moche est la plus notable). Ramener leur créateur Robert Holmes à la barre de l’épisode n’aura pas suffi et on peut douter qu’ils puissent devenir à Pertwee ce que les Daleks étaient à Hartnell et les Cybermen à Troughton. Le sel de l’arc est indiscutablement apporté par l’apparition du Maître (Robert Delgado), le seul, le vrai. Après les brouillons qu’ont été le Time Meddler et le War Chief, nous rencontrons enfin celui qui sera amené à faire date dans la série, pour l’instant fervent adepte de techniques de persuasion pré-Jedi et de pièges retors (l’étouffement au plastique est bien vu). La création d’un ennemi congénère du Docteur dérive en fait du statut de version S-F de Sherlock Holmes qu’a acquis le Doctor Who coincé sur Terre. Si Unit et le Brigadier font office de Lestrade et de Scotland Yard et la compagne équivaut à un Watson, il fallait bien trouver un Moriarty à notre troisième Docteur pour maintenir l’intérêt de ses aventures. L’arc se termine par un Maître qui s’en sort mais reste coincé sur Terre par une pirouette de Three, condamné à rencontrer de nouveau son égal, à notre grand soulagement. Cette direction paraît finalement nettement plus judicieuse qu’un envahisseur récurrent.

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Moriart…le Maître, un nouvel ennemi à la hauteur de Three

N : 6

IM : 8

7-04 Inferno

7-04 Inferno

De Don Houghton (7 épisodes)

Réalisation : Douglas Camfield & Barry Letts

Le professeur Stahlman a mis au point le projet Inferno, un forage destiné à casser la croûte terrestre afin de prélever un gaz qui deviendrait une nouvelle source d’énergie. UNIT intervient suite à de nombreux accidents et le sous-directeur Keith Gold accepte que le Docteur, ainsi qu’un pétrolier nommé Greg Sutton deviennent consultants. Le Docteur pourra ainsi prélever l’énergie nucléaire à disposition pour réparer son TARDIS. Mais le professeur devient incontrôlable et poursuit le forage en dépit du dépassement des normes de sécurité. La situation empire lorsqu’il se retrouve en contact avec un liquide verdâtre en provenance des espaces forés. Gold prend alors sur lui de prévenir le ministère. Touchée par une perte de contrôle du réacteur nucléaire, la console du TARDIS transporte le Docteur dans un monde qui ressemble très fort à celui d’où il vient, à quelques détails signifiants près. Le Brigadier et Liz ne sont plus de son côté et la situation sur place s’emballe encore plus rapidement.

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Les zombies garous infectés, une piètre menace face à ce qui attend la Terre…

Pour terminer cette saison 7, un seven-parter original et très intéressant en ce qu’il confronte le Docteur à un univers parallèle. L’argument n’est pas plaqué au hasard et sert une histoire mettant en garde l’Homme contre l’exploitation aveugle de sa planète. On peut néanmoins se demander ce qui a pu motiver cette intrusion dans des territoires inexplorés alors qu’un tour dans le futur aurait été aussi informatif pour le Docteur sur l’imminence de la catastrophe occasionnée par la cassure de la croute terrestre. Il s’agit probablement d’obéir à la règle préalablement fixée par le Docteur de ne pas voyager dans sa propre timeline, mais surtout de découvrir des personnages familiers sous un autre jour. L’univers parallèle en question aurait vaincu la royauté pour installer une république autoritaire, servie entre autres par le Brigadier devenu Brigade Leader borgne et brutal et une Liz haute fonctionnaire très à cheval sur le règlement. Une occasion d’explorer une autre face de Lethbridge Stewart (et à Nicholas Courtney de montrer son efficacité dans un autre registre), dont les rapports avec le Docteur évoluent cette saison sur le fil du rasoir. Preuve en est la scène finale de la saison dans laquelle le TimeLord aimerait bien prendre la poudre d’escampette en insultant le militaire. S’il ne nous est rien dit sur le bug qui a conduit la console du TARDIS à emprunter un monde parallèle, Le Docteur met bien en garde ses geoliers contre les dangers d’un paradoxe temporel si quelqu’un de cet univers rencontrait son double dans l’autre.

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Le Doppelgänger du Brigadier: violent, borgne et REPUBLICAIN

Inferno laisse heureusement de côté une bonne partie des montages cut abrupts du précédent épisode, qui donnaient une impression brouillonne et amateur. La velléité de créer une série plus dynamique se retrouve néanmoins après le générique, chaque épisode enchaînant sur de la lave en fusion sur lequel se place le titre de l’arc et le numéro de l’épisode. L’arc propose un paquet de bonnes idées bien exploitées, une aventure haletante, bien réalisée et soutenue par de bons personnages. La petite amourette entre le pétrolier Sutton et Petra, l’assistance du professeur fou, fait sourire par sa récurrence (une bonne dizaine de scènes juste entre les deux) parfois hors de propos mais ne gêne pas l’histoire, tout comme les transformations aléatoires en bestiaux verts non identifiés (des zombies ? des loups-garous ?  des infectés ?) des gens qui touchent le fameux liquide verdâtre. Le seul reproche qu’on pourrait faire à cet arc est l’aspect rudimentaire de ses effets spéciaux, de l’intégration des acteurs et le systématisme des stock-shots sur certains plans, ce qui ne serait pas fair-play au regard du budget disponible. Avec nettement plus à notre époque, certains CGI obtenus sur des séries TV sont beaucoup moins crédibles, avec le charme de la débrouille en moins. Au final, cette courte saison aura été moins géniale, mais plus régulière que la précédente, avec un regret de ne percevoir la fantaisie du Docteur que dans de très courts passages (ici la « poignée de porte » et le karaté Vénusien).

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Ha le charme des effets spéciaux d’époque

N : 8

IM : 6

7-03 The Ambassadors of Death

7-03 The Ambassadors of Death

De David Whitaker (7 épisodes)

Réalisation : Michael Ferguson

En direct à la télé, une capsule de sauvetage récupère des astronautes portés disparus depuis sept mois après un voyage vers Mars. Le Docteur et Liz débarquent à la base spatiale et informent Cornish, le chef de base, ainsi que le Brigadier qui assistait les opérations, que le signal transmis par le vaisseau de retour est un message codé. Le message reçoit une réponse d’une base anglaise tenue par des militaires du département de sécurité spatial commandé par le Général Carrington (John Abineri, déjà vu dans Fury from the Deep). Ces mêmes militaires s’empressent de kidnapper les astronautes fraîchement revenus sur Terre alors qu’ils sont devenus ultra-radioactifs. Alors que Liz se retrouve à son tour entre les mains d’un des nervis de Carrington, le Docteur découvre que les astronautes n’étaient pas dans les combinaisons spatiales et qu’ils sont probablement encore dans le vaisseau. Il convainc Cornish d’outrepasser les ordres du département de Sécurité spatiale et de l’envoyer dans l’espace.

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Alerte du futur au jeune Steven Moffat, cette grosse flipette  :  Je vais tuer ton Docteur dans quelques années.

Le fidèle David Whitaker rempile pour ce seven parter, ou plutôt a-t-il signé une partie de cet épisode. D’abord envisagé pour la saison 6, puis réécrit et repris au final en main par la nouvelle team en charge de la série, The Ambassadors of Death aurait dû être placé avant l’épisode des Siluriens. Le résultat est plutôt bon, bien que pâtissant de la dilution trop marqué d’une intrigue qui aurait pu être ramenée sans problèmes à cinq épisodes et d’un lavage de couleurs intempestifs : Encore des épisodes perdus, heureusement retrouvés en noir & blanc. Le premier épisode de l’arc commence en beauté avec des images spatiales convaincantes et un suspens au cordeau dans une retransmission de la récupération des astronautes disparus. Puis l’épisode joue sur la peur liée au retour de ces hommes disparus depuis trop longtemps. Mais point de Fantastic Four ici (ni d’Atomic Three), juste des ambassadeurs martiens venus discuter avec les humains et qui se retrouvent enfermés et contraints de commettre des meurtres à l’insu de leur plein gré. Les hommes de Carrington se voient aidés par une sorte de mercenaire qui aimerait prendre avantage de la situation et d’un scientifique français mal embouché, le Dr. Taltalian.

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Doctor Who dans un moment très sérieux. On déconne pas avec les signaux spatiaux extra-terrestre!

Un paquet d’épisodes et de péripéties plus tard, on découvre que le terrible plan de Carrington serait de convaincre le monde de se retourner contre ces pauvres extra-terrestres pacifiques. Après le génocide des Siluriens, le Doctor Who de 1970 se révèle encore une fois profondément anti-militariste et  critique envers l’inaptitude des humains à emprunter la solution du dialogue. Les forces de l’UNIT sont de leur côté de vrais passoires, et le pauvre Brigadier doit subir, outre l’opprobre tenace du Docteur, les reproches de Cornish qui relève à juste titre que son équipe ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à avoir inspiré les stormtroopers à Georges Lucas. Liz est aussi très en retrait, isolée très tôt dans le QG des bad guys. Malgré un ton grave qui tranche décidemment avec son prédécesseur, Jon Pertwee parvient à rendre le Docteur plus cocasse grâce à des petites scènes qui font la différence, parmi lesquels une démonstration de court voyage temporel à Liz et l’installation d’un anti-vol très ingénieux sur sa Bessie-mobile.

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Le Général Carrington n’a pas vaincu les pacifistes, mais le sens de la morale est sauf.

N : 7

IM : 5

7-02 Doctor Who and the Silurians

7-02 Doctor Who and the Silurians

De Malcolm Hulke  (7 épisodes)

Réalisation : Barry Letts

UNIT est appelé pour enquêter sur de mystérieux problèmes de santé et une attaque dans une centrale nucléaire atypique logée près de cavernes. Confronté aux réticences du propriétaire des lieux, le Dr. Lawrence, le Brigadier appelle Le Docteur et Liz à la rescousse. Le Docteur ne tarde pas à être en contact avec un reptile qui semble venir de l’endroit où se nichent les agresseurs, les Siluriens. Un peuple qui habita la Terre avant les humains et qui dut se terrer dans des abris souterrains par peur de la lune. Revenus à la vie grâce à l’énergie de la centrale, ils comptent bien revendiquer la Terre. Le Dr. Quinn (un homme médecin), qui souhaite négocier les secrets scientifiques de leur civilisation en enlevant un des leurs, apprendra à ses dépens qu’on ne plaisante pas avec les reptiles intra-terrestres. Le Docteur tente malgré tout d’éviter une guerre ouverte en se faisant médiateur alors même que les soldats de Unit progressent dans les caves des Siluriens. Il trouve en leur chef, un scientifique, un allié de circonstance.

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BOO!

Maintenant que le Docteur est condamné à rester sur Terre, il faut trouver une manière d’éviter la routine de l’invasion extraterrestre. L’invasion intraterrestre semble être une bonne parade. Nous voici donc dans un arc en sept parties consacré à la première espèce qui vient de sous la Terre : Les Siluriens. Nous retrouverons cette espèce dans le double épisode The Hungry Earth / Cold Blood écrit par Chris Chibnall pour les besoins de la première saison du run de Steven Moffat (et de Matt Smith), ainsi que la plupart des idées developpées dans cet épisode. Les Siluriens ont le sang-froid reptilien, il s’agit d’une civilisation avancée, le Docteur se pose en casque bleu et tente de négocier une partie du territoire avec le chef et il y’a des deux côtés des tentations de recourir à la violence. La revendication d’un territoire par deux peuples distincts qui l’ont chacun habité rappelle bien des exemples historiques ou contemporains de cet épisode. La résolution par la négociation que prône le Docteur et que soutient Liz semble être déjà un sujet qui divise. Le Docteur et le Brigadier auront ainsi leurs premiers désaccords et l’arc se résoudra amèrement par l’anéantissement, sur ordre de Lethbridge Stewart, des caves des Siluriens. Un acte qui devrait porter un coup à son amitié avec le Docteur.

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Le Brigadier reconverti en standardiste

L’arc ne se borne heureusement pas à faire des aller-retour entre les souterrains et la centrale. Le scénariste Malcolm Hulke enrichit l’affrontement larvé des deux civilisations d’une épidémie lancée par les Siluriens pour supprimer tous les humains, qui se propagera jusqu’à Londres et au-delà. Cela ne suffit pas à maintenir la tension sur la durée des sept épisodes, le dernier étant de trop, mais l’ensemble est particulièrement agréable à regarder et au final plus riche que son remake. La noirceur de la conclusion et la variété des thèmes abordés compense le look cheap des Siluriens, l’absence de variété des décors de leur antre et cette manie de terminer chaque épisode par une menace de mort pour l’un des héros. Jon Pertwee est convaincant, mais le TARDIS manque, d’autant plus que le Docteur semble l’avoir un peu vite remplacé par…une voiture. Notre compagne féministe Liz est pour l’instant bien en retrait.

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La scène la plus flippante de l’arc. Si si je vous assure…

N : 7

IM : 6

Saison 7 (1970) / 7-01 Spearhead from Space

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In Magnificent Technicolor here comes THE THIRD

7-01 Spearhead from Space

De Robert Holmes (4 épisodes)

Réalisation : Derek Martinus

Conformément à la sentence des TimeLords, le TARDIS atterrit sur Terre dans les années 70, plusieurs mois après l’épisode The Invasion. Le Docteur perd connaissance en sortant de son vaisseau et il est aussitôt transporté à l’hôpital, où le personnel soignant ne comprend pas ce que peut-être cette anomalie ambulante dont les tests sanguins et l’anatomie ne correspondent pas à ceux d’un être humain normal (on apprend ici qu’il possède deux cœurs, alors qu’avant il n’en avait qu’un…). Alerté de cette présence suspecte, Le Brigadier Lethbridge Stewart, toujours chef de UNIT, pense tout de suite au Docteur et il vole à son chevet, accompagné de la nouvellement engagée Docteur Liz Shaw. Le Docteur tombe à pic, car suite à des chutes de météorites à répétition dans la compagne anglaise, de mystérieux polyèdres ont fait leur apparition. Ils sont les fragments d’une entité extraterrestre qui peut manipuler le plastique. Prenant la tête d’une fabrique de jouets et de mannequins, elle met au point à travers ses  « marionnettes », un stratagème pour conquérir la planète.

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Le Brigadier et Liz. Il croit aux extra-terrestres. C’est une scientifique.

Et la couleur fut. Ca fait du bien ! Spearhead from Space donne le coup d’envoi des aventures du troisième Docteur et inclut un beau lifting chromatique pour le passage aux années 70 (ce premier épisode fut diffusé en janvier au lieu de l’octobre habituel, et la saison fut raccourcie à six mois). Doctor Who inaugura donc les diffusions couleurs de la BBC. Le ton de la série admet aussi quelques nouveautés. On trouve en germe les épisodes du présent de la nouvelle série couplant avec un équilibre indéniable le décalage entre le présent banal et la présence du Docteur et un humour british beaucoup plus présent au sein de l’intrigue. Les premières scènes dans l’hôpital actionnent un niveau de comédie qui n’avait pas été vu depuis The Romans ou The Myth Makers, en moins grotesque (le Docteur qui se permet de prendre sa douche dans la salle des Docteurs). La comparaison avec la nouvelle série fait d’autant plus sens que celle-ci s’ouvrait aussi avec les Nestenes et leurs mannequins en plastique qui prennent vie, les Autons.

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Matt Smith n’était pas le premier Docteur à avoir sa scène de douche.

La conscience extra-terrestre qui a le pouvoir d’animer le plastique a décidé d’offrir aux grands de ce monde leur propre réplique pour le musée de Madame Tussauds. Mais elle ne compte pas s’arrêter là et planifie de mettre une belle panique dans le pays tout en traumatisant les bambins britons spectateurs de la série. Des Nestenes et des Autons que devront affronter Nine et Rose dans leur première aventure, tout est déjà posé dans cet épisode, y compris le remplacement des humains par les mannequins. Le rythme des épisodes se fluidifie encore et l’alchimie entre le Docteur, Le Brigadier et Liz (ces deux là nous font un trip Mulder / Scully avant l’heure) est plutôt bonne. Le nouveau Docteur, incarné par Jon Pertwee est plus posé, moins enclin à un comportement fantasque que son prédécesseur. Il lui arrive néanmoins de partir en vrille de temps à autre et il y’a dans son jeu un flegme qui le rend sympathique. Des débuts prometteurs en somme.

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Les Autons dans leur premier massacre londonien. Showtime!

Un nouveau générique psychédélique

N : 8

IM : 9

6-03 The Invasion

6-03 The Invasion

de Derrick Sherwin (histoire de Kit Peddler) (8 épisodes)

Réalisation : Douglas Camfield

Le TARDIS doit atterrir d’urgence sur Terre, endommagé par des missiles. Le Docteur décide d’en profiter pour rendre visite au Professeur Travers, mais lui et ses deux compagnons se trouvent bientôt liés à une sombre affaire impliquant l’entreprise International Electrics. Tobias Vaughn, son dirigeant, a reçu différents scientifiques qu’il semble retenir prisonnier en ses murs. Parmi eux, le Professeur Watkins qui a pris la suite du Professeur Travers. Tandis que Zoe se lie d’amitié avec Isabel, la fille de Watkins, le Docteur et Jamie enquêtent sur les événements. Ils sont bientôt capturés par des militaires de la UNIT, nouvelle unité spéciale dirigée par le Colonel Lethbridge Stewart, désormais devenu brigadier. Celui-ci leur explique qu’ils surveillent les actes de Vaughn depuis quelques temps, mais tous sont loin de se douter que le grand patron planifie une nouvelle invasion des Cybermen.

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Tobias Vaughn, mégalo de la semaine et nouveau gogo des Cybermen

Sous ce simple titre, le co-créateur des Cybermen Kit Peddler orchestre le retour de nos androïdes dénués d’émotions, épaulé au scénario par le script editor sur le départ, Derrick Sherwin pour un arc qui contient pas moins de huit épisodes, dont seulement deux ont été perdus. Désormais habitués des lieux, les Cybermen veulent prendre d’assaut la Terre en lançant des ondes d’un vaisseau situé derrière la lune. Ils trouvent un allié en la personne de Tobias Vaughn (interprété par Kevin Stoney, le Mavic Chan de Dalek’s Master Plan) qui a déjà prévu de les doubler avec un « mentor cérébral », invention du professeur qui lui permettra de détruire les Cybermen en leur projetant des émotions. Mais comme il est prévoyant, il aimerait bien s’emparer aussi du TARDIS si les choses tournent mal.

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Quand les soldats s’en mêlent, c’est forcément plus musclé !

Cette invasion est surtout la première incursion de U.N.I.T (United Nations Intelligence Taskforce) dans Dr.Who. Menée par le Brigadier, qui leur prêta main forte contre la dernière attaque des Yéti-bot, cette Unité sous la tutelle des Nations-Unies occupera une place de choix dans la série par la suite. The Invasion vit d’ailleurs le jour suite au succès de The Web of Fear, qui conforta la production de la série dans la direction d’un Docteur intervenant à notre époque contre des menaces extraterrestres, schéma qui se développerait dans les saisons suivantes en faisant de UNIT un élément récurrent de la série (au grand bonheur de Nicholas Courteney, interprète du Brigadier) et que Russell T. Davies utiliserait à loisir dans son lancement de la nouvelle série.

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Le Brigadier à l’aube d’une grande carrière dans Doctor Who

Hormis sa position charnière, The Invasion est un arc brillant en ce qu’il permet de tenir son intrigue sur huit épisodes sans tomber dans les pièges des arcs à rallonge des premières saisons. Gageons que les scénaristes auront pu se faire les mains sur d’autres séries à la construction plus carrée, en particulier chapeau melon et bottes de cuir. La première partie se concentre sur la libération des otages du magnat et l’annonce du plan de Vaughn (flanqué de son inénarrable sidekick/chef de la sécurité Packer) tandis que la seconde voit les militaires affronter les armes des Cybermen avec l’aide du Docteur, de Zoe (qui en montre aux hommes au niveau de la maîtrise de l’armement), des russes (!) et en dernier du recours, du magnat lui-même. Le charismatique Brigadier, son capitaine et la jeune Isabel tiennent un beau rôle qui fait même oublier que Jamie est presque totalement absent des dernières parties.

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Une alliance de circonstances se profile pour le Docteur

N : 8

IM : 8

5-05 The Web of Fear

5-05 The Web of Fear

de Mervyn Heisman et Henry Lincoln (6 épisodes)

Réalisation : Douglas Camfield

Salamander est vaincu, mais le TARDIS se retrouve coincé dans l’espace par une étrange substance. Parvenant à s’échapper, Le Docteur, Jamie et Victoria apparaissent dans le métro londonien quarante ans après le retour du Professeur Travers du Tibet avec le costume…heu la dépouille d’un Yeti-Bot. Mais une sphère de contrôle a réactivé le Yeti et bientôt, la même substance qui retint le TARDIS prolifère dans le métro. Une équipe de militaires tente de faire exploser le tunnel du métro pour éradiquer cette toile, mais les Yeti-Bot désactivent la bombe (…). Les militaires capturent Jamie et Victoria, qui finissent par rencontrer le Professeur Travers et sa fille (pas la vraie, car rappelons-le l’interprète de Travers est le papa de Deborah Watling), et le Docteur disparaît dans le métro.

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Le Professeur Travers encore une mauvaise passe

Le duo Heisman / Lincoln est de retour avec les Yeti-Bots, upgradés dès leur deuxième apparition comme le furent les cybermen. Mais ils n’en sont pas plus effrayants, même pourvus d’un hurlement caractéristique et tout bullet-proof qu’il sont. En dehors de leur écosystème, les Yétis apparaissent encore plus comme une faute de goût . Mais qui dit Yeti-Bot dit Grande Intelligence, qui remet le couvert pour une nouvelle tentative de devenir le gros big bad post-Dalek de la série. L’entité manipulatrice est d’abord intéressée par le chaos dans Londres, puis par Travers et enfin par l’esprit du Docteur.

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Les Yeti Bot 2.0, une certaine idée de l’horreur dans le métro

Les poursuites à répétition dans le métro et les scènes à la surface plaident encore une fois pour un retour à des arcs à quatre épisodes, les six-parter de cette saison 5 ayant en commun un gros problème de rythme, qui passe d’autant moins que contrairement à la première saison, presque tous les épisodes sont ici reconstitués. Il y’a pourtant de bonnes idées, comme celle de faire revenir le Professeur Travers et de le confronter quarante ans plus tard à ceux qu’il avait connu au Tibet. Ainsi peut-on enfin voir les voyages du Docteur et de ses compagnons du point de vue d’une existence humaine normale. Les scénaristes jouent plutôt habilement sur la paranoïa suscitée par la capacité de contrôle d’esprits de la Grande Intelligence. Et puis le Docteur rencontre dans cet arc le colonel Lethbridge Stewart (Nicholas Courtney, qui jouait Bret Vyon dans The Dalek’s Master plan), qui deviendra un personnage important dans le futur.

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Le colonel Lethbridge Stewart, futur Brigadier

N : 5

IM : 6

Seul le premier épisode fut conservé par la BBC. Quelques secondes de l’épisode furent découvertes en Australie et rendus à la BBC par Damien Shanahan en 1996. Il s’agissait une nouvelle fois des parties censurées pour leur violence. Le 11 octobre 2013 la BBC mit à disposition sur iTunes l’intégralité de 5 des 6 épisodes suite à la découverte de copies au Nigeria. Il ne manque plus que l’épisode 3. Le 23 novembre 2020, la BBC annonce que cette partie manquante sera bientôt disponible en version animée avec les bandes audios d’origines.