Saison 10 (1972-1973) / 10-01 The Three Doctors

10-01 The Three Doctors

De Bob Baker & Dave Martin (4 épisodes)

Réalisation : Lennie Mayne

Une tâche sur la pellicule tente d’engloutir le Docteur et fait disparaître un paysan, un scientifique venu enquêter sur les événements, l’automobile Bessie et différents éléments du QG de UNIT. Ce champ d’énergie provient d’un trou noir qui pourrait anéantir le temps. Les Time Lords ne peuvent rien faire. Aussi décident-ils de convoquer leur super agent sur Terre pour résoudre le problème. Et puisqu’un Docteur ne suffira pas, ils lui adjoignent les services de son précédent lui (Patrick Troughton) en le déconnectant de son espace-temps ! Ainsi Two et Three se rencontrent et les Time Lords décident contre toute attente (sauf celle du téléspectateur prévenu par le titre), de mettre en contact le premier Docteur avec eux. Jo et Three sont engloutis par la tâche et ils apparaissent dans un monde désert contrôlé par Omega, un Time lord qui jadis rendit possible les voyages temporels pour les congénères du Docteur. Englouti par la supernova qui fournit l’énergie nécessaire à l’opération, cette légende de Gallifrey est depuis prisonnière dans un monde au sein de la singularité qui ne tient que par sa propre volonté. Volonté très forte qui a, par ailleurs, décidé de tout engloutir sur son passage.

Image

Omega – He’s got the whole world in his head

The Three Doctors est un beau cadeau qui permet de constater le chemin parcouru depuis 1963. L’Histoire ne brille pas par son originalité, faisant intervenir un nouveau seigneur du temps alors que le Maître hante encore la série, attendant discrètement qu’on le sorte du chapeau. Il répond par ailleurs à une demande de fans de longue date que Barry Letts s’est finalement décidé à accepter. L’originalité est d’avoir introduit le concept d’anti-matière fusionnant avec la matière, ce qui donne à l’épisode un aspect jargonneux plutôt sympathique et rend l’intrigue cohérente. Il ne faut pas chercher cette cohérence dans la réunion des Docteurs, qui répond à la volonté seule du Haut Conseil des Time Lords et introduit virtuellement un sacré bordel (Moffat fera pire, me dis t’on). Pourquoi le Haut-Conseil n’a-t-il pas poursuivi le Docteur plus tôt s’il avait la possibilité de convoquer si facilement ses deux précédentes incarnations ? Et qu’en est-il du Troisième Docteur qui a donc déjà vécu cette aventure accompagné de Two ? Gageons que dans le monde du wibly woobly timey winey, seule une archéologue comme River Song aurait la réponse à ces questions. L’essentiel est de voir Two et Three se chamailler joyeusement et se donner la réplique avec aplomb, quand l’un ne finit pas par manger la phrase de l’autre. Et surtout, après de longues heures d’épisodes reconstitués en noir & blanc avec un son médiocre, le soulagement est de pouvoir enfin voir, accompagné de sa flûte.

Image

PATRICK TROUGHTON EN COULEUR !!! (rien que pour ça l’épisode a la moyenne)

Les apparitions de William Hartnell ne se feront que par l’entremise d’un écran de télévision, le pauvre vieux n’étant plus en très bonne santé à l’époque du tournage. Si la promesse en fin de troisième épisode de voir un rassemblement tombe à plat, les scénaristes se rattrapent en faisant de One un lien avec les Time lords. L’épisode réserve d’autres surprises. Ainsi le Brigadier fait-il pour la première fois son entrée dans le TARDIS, ce qui est aussi le cas du Sergent Benton. Il est fort sympathique de voir Two se rappeler sa première rencontre avec l’un et l’autre alors qu’ils n’étaient pas encore à leur grade actuel ou bien de voir le QG de UNIT téléporté au-delà des galaxies avec le Brigadier se demandant si ça causera un accident diplomatique (!). On regrettera que Lethbridge Stewart soit encore une fois coincé dans son rôle de représentant de l’ordre, condamné à dire au Docteur qu’il ne comprend rien. Jo est quant à elle toujours parfaite et on peut espérer qu’elle fera encore quelques voyages avec le Docteur. Nous avons échappé belle à une romance entre elle et Jamie (souvenez-vous), idée abandonnée suite à la non disponibilité de Frazer Hines. Dernière surprise : Cet épisode sonne après trois saisons la libération du Docteur de la sentence des TimeLords qui l’exilait sur Terre. Il va donc pouvoir reprendre ses voyages pour de bon.

Image

-Docteur, je vous somme de nous expliquer ça tout de suite !

N : 8

IM : 9

9-05 The Time Monster

9-05 The Time Monster

De Robert Slotman (et Barry Letts) (6 épisodes)

Réalisation : Paul Bernard

Sous une fausse identité, le Maître a construit une nouvelle machine, le TOMTIT qu’il compte lancer avec l’aide de ses deux assistants, Ruth Ingram et Stuart Hyde. Elle permettra de faire disparaître des objets dans les interstices du temps. Le Brigadier et le sergent Benton arrivent sur les lieux pour la démonstration tandis que Jo et le Docteur sont alertés en suivant la trace du TARDIS du Maître. La machine fait vieillir Hyde de plusieurs dizaines d’années et il ne cesse de prononcer le nom de Chronos. Le Docteur comprend que le TOMTIT a été crée pour appeler ce Chronos, une créature située dans les interstices spatio-temporels et qui se nourrit du temps. Il pourrait mettre fin à l’univers tout entier, ce qui arrangerait bien le Maître, qui veut régner même si c’est sur du vide. Le Docteur décide de construire avec les deux assistants une nouvelle machine qui pourrait contrer celle de son homologue mégalo tandis que ce dernier fait apparaître à notre époque un grand prêtre de Poséidon de la cité d’Atlantide qui possède une partie du cristal qui permettra de contrôler Chronos.

Image

Lorsque vous tuez le temps, Chronos le mange (miam!)

The Time Monster prouve encore une fois que les fins de saison du troisième Docteur sont les meilleurs morceaux. Il venge aussi d’une saison 9 bien tiède, apportant une bourrasque d’originalité tantôt maîtrisé, tantôt anarchique, mais qui a le mérite d’exploiter pleinement le potentiel de la série. Ainsi trouvons-nous dans cet épisode des jeux temporels à base de TARDIS poupées russes, de collisions spatio-temporels, d’intrusions d’éléments d’époques différentes à l’époque (presque) présente de la série. Le Chronos, titan de la mythologie grecque, se pose comme la première créature chronovore (qui se nourrit du temps) de la série, bien avant les anges pleureurs de Moffat. Cette nouvelle incursion dans la superstition rationalisée est conduite par le même scénariste que The Daemons, qui s’en sort une nouvelle fois très bien. Les défauts de l’arc se trouvent principalement dans sa dernière partie, durant la visite du Maître sur Atlantide, qu’il finira par détruire par son invocation de Chronos. On oubliera que la série avait déjà justifié différemment la fin d’Atlantide dans The Underwater Menace et The Daemons, mais pas que cette incursion rare dans le passé a le même goût de pré-fabriqué (Minotaure mis à part) que les épisodes de l’époque Hartnell.

Image

Le Docteur bougon du début de la saison 7 a bien changé. Cherchez la femme.

Ce dernier arc de la saison permet le retour d’UNIT, avec un Brigadier qui semble avoir perdu sa patience vis-à-vis du Maître et qui perdure dans le rôle de Lestrade du Docteur. Benton est mis en avant un peu plus que son capitaine Yates (qui réussit néanmoins à avoir un cliff rien que pour lui). Il sera d’ailleurs un bel élément comique, redevenant un bébé au contact des expérimentations sur la machine temporelles. Le lien entre le Docteur et Jo est une des seules vraies choses qui aient été développées durant cette saison et il ressort encore grandi de cet épisode. La pistonnée peu forte en science est plus intrépide que jamais consent à de lourds sacrifices, quitte à supprimer sa vie pour sauver l’univers. Elle rappelle parfois Rose, si elle ne l’a pas influencée. Roger Delgado est une nouvelle fois royal dans le rôle du Maître, nous faisant oublier cette éternelle dynamique qui réduit le personnage aux mêmes types d’échange avec le Docteur. Et puis il y’a le TARDIS, que le Docteur désigne enfin par « elle » et qui apparaît comme un personnage à part entière capable de sauver la mise à nos héros ou bien d’influencer le temps. Et ceci quarante ans avant l’épisode signé par Neil Gaiman !

Image

Deux TARDIS, deux Timelord. On remet ça pour la saison prochaine?

N : 8

IM : 7

9-04 The Mutants

9-04 The Mutants

De Bob Baker & Dave Martin (6 épisodes)

Réalisation : Christopher Barry

Après avoir été leur agent, le Docteur devient le livreur des Time Lords. Il est transporté au trentième siècle dans une base en orbite de la planète Solos, avec pour mission de mener une étrange boîte à un destinataire inconnu. Les humains de la base, les Overlords exploitent les mines de la planète et laissent les soloniens muter en des bébêtes pas très jolies à force d’absorber les radiations de la surface. Ne pouvant plus supporter ces conditions de vie, le solonien Ky décide de mener une révolte. L’administrateur de la Terre est tué lors d’un discours et Ky est accusé. Mais le coupable est en réalité le Marshall, qui peut ainsi détenir les pleins pouvoirs et mener à bien ses plans de conquête de la planète et souhaiter bon vent aux soloniens. Mais le Docteur, Jo et la boîte offerte par les Time Lords ne sont pas du même avis.

Image

King For a Day. Fool for a Lifetime.

The Mutants démarre comme un arc dénonçant l’appartheid. Les différents transmats (outil de téléportation) conduisant au même endroit pour les Overlords et les soloniens rendent la métaphore plus qu’évidente tandis que le background de l’histoire renvoie une nouvelle fois à l’exploitation des richesses des pays du tiers-monde par les superpuissances. Peu à peu, le discours anti-ségrégationiste cède la place à une fable S-F sur la nécessité de laisser les autres peuples accéder au niveau d’évolution qui est le leur, qui n’est pas forcément celui de celui qui se croit dominant. Les Soloniens ne sont en fait pas victimes de radiation, mais accomplissent un cycle d’évolution dont les vilaines bêtes ne sont que la chrysalide. A Ky, le destinataire du paquet des Timelords, d’accomplir au final cette transformation en être étonnamment supérieur grâce au travail du sympathique professeur Sondergaard. Sur le papier, l’histoire semble plutôt inspirée mais l’exécution pêche par manque de rythme, de contenu (trop de remplissage sur six épisodes), de personnages consistants, de bons acteurs (hors Jon Pertwee et Kathy Manning) et surtout de fantaisie.

Image

Jo fait un bad trip

Il y’a cependant quelques à coté qui sauvent l’arc. Le plus notable est le travail bizarre et coloré effectué par le chef op’ qui devait avoir avalé un bon acide durant le tournage. De par ses éclairages, les grottes radioactives sont totalement autres et la réalisation de Christopher Barry permet de transmettre la confusion et le mal qui étreint les humains qui y pénètrent. Le Docteur y sera bien sûr hermétique. Jo est encore une fois à son aise dans l’aventure et on la verrait bien décoller une fois pour toute dans l’espace avec le Docteur. L’absence d’UNIT pour la troisième fois consécutive force à se demander pourquoi tant d’efforts ont été déployés à développer de nouveaux personnages de l’unité la saison dernière. A force de répétitions, on se demande aussi où est passé le regain de créativité qui avait accompagné la saison précédente.

Image

le fabuleux destin des cafards humains

N : 5

IM : 2

9-03 The Sea Devils

9-03 The Sea Devils

De Malcolm Hulke (6 épisodes)

Réalisation : Michael E. Briant

Le Docteur et Jo viennent visiter le Maître qui est désormais enfermé dans une prison Haute-Sécurité sur une île au large du sud de l’Angleterre. Mais ils viennent surtout enquêter sur de mystérieuses disparitions à répétition de bateaux dans la région. Fouillant une base, le Docteur et sa compagne ne tardent pas à tomber sur ce qui ressemble (selon le Docteur) à un silurien hostile. Ils se réfugient à la base navale du capitaine Hart pour demander de l’aide. Mais le Maître est déjà sur le qui-vive. Avec la complicité de son géôlier, le colonel Trenchard, il a pour but de faciliter le retour des reptiles afin qu’ils puissent bouter l’humain, si possible violemment, de leur ancien monde.

Image

Le premier qui rit a perdu

Cette saison 9 semble se reposer sur les acquis de la série, proposant pour le coup un quasi-remake de l’épisode Doctor Who and the Silurians doublé d’une intervention du Maître dans le style de celles dont il raffolait il n’y a pas plus de trois épisodes. Il attire ici les reptiles cousins des premiers habitants de la Terre que le Brigadier avait supprimés, les convoquant d’une manière voisine de celle avec laquelle il avait convoqué les daemons. Les Siluriens (ou Eocènes) marins subissent un petit lifting qui les rend un peu plus dérangeants, mais rien qui puisse les comparer aux diables que vend (sans doute à dessein) le titre de l’épisode. On a aussi du mal à les voir comme de véritables ennemis après le revers subis par leurs frères des sous-terrains. On comprend fort bien qu’ils veuillent revenir pour se venger, d’autant plus que le Maître les a invité.

Image

Le Maître et son nouveau joujou patriotique

Le scénario s’oriente logiquement vers une négociation du Docteur dérangée par un chef militaire venu de nulle part qui représente la part violente de l’être humain. Le Maître ajoute à l’équation une difficulté supplémentaire, représentant le petit diable sur l’épaule des Siluriens alors que le Docteur, ange accrédité, tente de leur faire entendre raison. Nous avons aussi le plaisir d’assister à quelques bonnes scènes de sous-marin (la nouveauté de l’épisode) et à un duel à l’escrime entre le Maître et le Docteur qui tourne très vite à l’avantage du second. Et d’apprendre que ces deux-là étaient presque potes de classe. Le Brigadier et ses hommes sont encore aux abonnés absents de l’épisode, sans doute jugés trop coûteux. Le sympathique Capitaine Hart (rien à voir avec Jonathan et Jennifer) prend néanmoins la relève pour cet arc avec retenue et efficacité.

Image

« A quel moment de l’histoire vais-je bien pouvoir renverser la polarité? »

N : 6

IM : 5

9-02 The Curse of Peladon

9-02 The Curse of Peladon

De Brian Hayles (4 épisodes)

Réalisation : Lennie Mayne

Un essai sur le TARDIS conduit Jo et Le Docteur dans le futur sur la planète Peladon. Le futur roi doit accueillir des émissaires de la Fédération pour décider de l’entrée de sa planète dans le système. Ses deux conseillers et amis se disputent sur une superstition : Une créature millénariste nommée Aggedor pourrait les punir de cette alliance. Le conseiller pro-fédération est tué juste avant l’arrivée des émissaires. Alors que ceux-ci émettent des réserves suite à l’accident, le Docteur et Jo sont arrêtés par des gardes. Ils se font respectivement passer pour le représentant de la Terre et pour une princesse venue en observatrice. Il leur faudra surmonter la méfiance d’Hepesh, le superstitieux, qui pourrait bien avoir inventé toute cette Histoire pour empêcher sa planète de rejoindre la Fédération.

Image

SPOILER Les guerriers des glatsses tssont devenus des gentils

The Curse of Peladon est un arc construit comme une histoire d’Hercule Poirot, avec des menaces à répétition visant un petit groupe de notables (les émissaires) et le Docteur et Jo tentant de percer le mystère. L’assemblée est composée de créatures bizarres dans un décalage comparable (l’humour en moins) à celui qu’utilisera Russell T. Davies dans le deuxième épisode de son run, celui avec l’explosion du Soleil et l’inimitable Cassandra. Parmi les délégations, Mars est représentée par des guerriers des glaces qui seront habilement utilisés pour s’attirer les soupçons alors qu’ils ont fini par devenir des gens civilisés. Les thèmes du refus d’une Fédération et du repli vers la tradition étaient d’actualité alors que l’adhésion (ou la non-adhésion) de l’Angleterre à la CEE était au cœur des débats. La manière de traiter la problématique est cependant banale. L’intrigue traîne en longueur, même sur quatre épisodes. Cela n’empêche pas le Docteur d’assurer ses scènes, notamment au sein d’un duel contre le favori du roi ou dans le chant d’une petite berceuse vénusienne pour apaiser le méchant Ageddor.

Image

L’émissaire d’Alpha Centauri. Avec sa voix de petite fille, difficile de le prendre au sérieux.

En guise de roi de Peladon, nous retrouvons un jeunot incarné par le propre fils de Patrick Troughton, David, qui jouera plusieurs dizaines d’années plus tard le rôle du Professeur Hobbes dans l’épisode Midnight avec Ten. Ce roi serait le fils du précédent roi et d’une Terrienne. Une belle occasion d’offrir un prétendant à le jeune Jo, propulsée princesse du TARDIS (!) qui n’en finit pas de couiner comme si les hormones avaient définitivement pris le contrôle de ce personnage si sympathique. Elle reviendra finalement sur Terre pour honorer son rendez-vous avec le capitaine Yates. Il est d’ailleurs à noter qu’aucun des hommes de UNIT, Brigadier compris, n’apparaît dans cette incartade temporelle accordée par le Haut Conseil de Gallifrey.

Image

La princesse Jo et son roi. Hormones, cris et déchirements en vue.

N : 5

IM : 3

Saison 9 (1972) / 9-01 Day of the Daleks

9-01 Day of the Daleks

De Louis Marks (4 épisodes)

Réalisation : Paul Bernard

Les tensions mondiales pourraient mener à une troisième Guerre Mondiale. Le diplomate Sir Reginald Styles convoque ses homologues de tous pays pour une conférence de paix qui aura lieu à son Manoir. Témoin de l’apparition furtive d’un homme du futur, il actionne la procédure qui permet l’intervention de UNIT. Jo et le Docteur arrivent sur les lieux pour constater que le diplomate est peu coopératif. L’homme du futur est retrouvé grièvement blessé (par une étrange bête du futur, mais seul le spectateur le sait). Un de ses accessoires attire l’attention du Docteur. Il s’agit d’une petite machine à remonter le temps. Durant la nuit suivante, une escouade apparaît au Docteur, qui tente de subtiliser la machine. Jo veut les en empêcher et est propulsée au 22ème siècle. Ces hommes et cette femme sont en fait un groupe de rebelle venant de cette époque. Ils tentaient de supprimer le diplomate qu’ils pensent responsables de l’explosion qui eut lieu durant la conférence de paix et qui entraîna de multiples guerres qui offrirent un terrain propice à l’invasion de la planète par des Daleks. Ceux-ci réduisirent la planète en esclavage. Jo se fait accueillir très cordialement par le Contrôleur qui collabore avec les Daleks.

Image

Le Docteur explique à Jo que son nouvel ami est un collabo.

Cette saison 9 démarre avec le grand retour des Daleks, disparus depuis l’épisode Evil of the Daleks cinq ans auparavant. L’idée du retour des affreux de Skaro n’est pas à mettre au crédit du producteur Barry Letts, rétif à un retour d’un symbole de l’ancienne époque, mais à la direction de la BBC. Et la couleur leur sied plutôt bien. Ce n’est d’ailleurs pas la première incursion colorisée des premiers grands ennemis du Docteur puisqu’ils ont déjà eu cet honneur dans les films hors continuité et indépendants avec Peter Cushing (Dr Who contre les Daleks et les Daleks envahissent la Terre). Aux commandes de ce Day of the Daleks, un scénariste qui n’a plus écrit pour la série depuis bien plus longtemps et une idée de scénario qui traînait dans les tiroirs depuis 1970. Au programme un nouveau saut dans le temps qui prouve une nouvelle fois que les producteurs ont envie de quitter le statu quo de Three à notre époque, ou bien furent-ils forcés de faire ainsi pour ne pas répéter une nouvelle invasion de la Terre du présent. L’incursion des Daleks est peu originale et repose sur les analogies habituelles au III ème Reich, offrant néanmoins un personnage de collabo traité en dehors des stéréotypes. Les éléments annexes sont eux, bien plus réjouissants.

Image

Les Daleks rattrapent leur retard dans la série. Ca va être difficile avec les épisodes perdus.

Le début de l’arc joue sur une bonne partie des éléments introduits depuis les débuts du troisième Docteur, poursuivant sur l’explication scientifique de phénomènes paranormaux (ici des prétendus fantômes qui sont des voyageurs du futur). Il nous oriente sur une histoire de manoir hanté pour bifurquer sur l’apparition habituelle des Daleks en fin de premier épisode et virer vers de la S-F pur et dure. Des rebelles qui envoient une équipe dans le passé pour supprimer l’élément qui a conduit à la faillite de leur monde : L’idée est attrayante, d’autant plus qu’elle produira de beaux spécimens des années plus tard (Terminator en tête). L’exécution est plus discutable en ce que la cause de la venue des rebelles n’est exposée qu’en deuxième partie d’arc, laissant un flou un peu préjudiciable sur les premiers épisodes. Le scénario va cependant plus loin en introduisant un beau paradoxe temporel en ce que les rebelles ont eux-mêmes bêtement provoqué l’explosion qui a mené à leur monde. On termine joyeusement par une démonstration par le Docteur que le temps peut bien être réécrit ! Le verrou qui empêche le voyageur temporel d’intervenir dans sa propre ligne temporelle, est lui aussi abordé et baptisé effet Blinovitch, avec démonstration à la clé.

Image

De quoi tester l’adage « on n’est jamais mieux servis que par soi-même »

N : 7

IM : 7

8-05 The Daemons

8-05 The Daemons

De Guy Leopold (Robert Slotman & Barry Letts) (5 épisodes)

Réalisation : Christopher Barry

Dans le village de Daemon’s End, BBC 3 retransmet les fouilles d’un archéologue de renom, tandis qu’une femme du village, Miss Hawthorne met en garde les journaleux contre un démon qui attendrait son heure. Assistant à la transmission, le Docteur et Jo se rendent dans le village, mais le Maître (déguisé en vicaire) a déjà entamé une cérémonie avec d’autres fidèles afin de faire émerger le dit démon. Un vent froid rase l’équipe de fouille et gèle le Docteur. Malgré l’absence du Brigadier, le Capitaine Yates et le sergent Benton gagnent le village pour venir en aide à Jo et au TimeLord. Benton libère Miss Hawthorne, prisonnière du Maître puis d’étranges évènements, dont des apparitions du démon Bok viennent briser le calme apparent de la petite ville. Revenu à lui, le Docteur comprend que les événements peuvent s’expliquer autrement que par les superstitions locales et surtout qu’ils ont besoin d’aide scientifique. Mais le Brigadier et ses hommes ne peuvent intervenir à cause d’un champ de chaleur qui entoure la ville.

Image

Le Docteur et Bok, le nouvel ami du Maître

Sur une initiative du producteur Barry Letts, Doctor Who s’oriente vers l’occultisme et la magie noire. Un coup de cœur finalisé avec le concours du scénariste Robert Slotman, tandis que les deux prendront un pseudo pour éviter une interdiction de la Guilde des Scénaristes d’alors (un producteur ne pouvait écrire de scénario pour sa propre série). Mais l’apport le plus décisif sur cet épisode est dû à Terrance Dicks, script editor, qui convainquit Letts que le fantastique pouvaient très bien intégrer l’univers de Doctor Who, à condition qu’on le traite d’un point de vue scientifique. Ainsi les Démons invoqués deviennent-ils des extra-terrestres surpuissants débarqués sur notre planète il y’a bien longtemps pour faire des expériences avec les humains, enfouis sous Terre et convoqués par leur propre science. Ils n’en seraient pas à leur coup d’essai et auraient bazardé l’Atlantide (cela contredit une aventure de Two), une trop grande déception à leur goût. L’idée se marie très bien avec l’esprit de la série et inaugure une longue tradition de présences extra-terrestres expliquant des croyances au sein de notre planète, jusque dans la nouvelle série (et même Stargate, si on déborde un peu). Le thème de la superstition met aussi en perspective la science du Docteur et du Maître face aux humains, qui peut être interprétée comme de la sorcellerie, l’occasion d’une scène pré-wicker man où le Docteur se fait assaillir par des villageois pour être brûlé. Dans la lignée « on ne retire pas sa culture de l’anglais », il y’a un petit air de Chien des Baskerville qui se dégage de cette aventure, Three manifestant un intérêt certain pour la mystérieuse affaire, tout en sachant pertinemment qu’il n’y a pas de vrai démon à combattre. Notre Watson de Jo parviendra étonnamment à le sauver par la force de son sacrifice, quelque chose de bien irrationnel.

Image

Yates et Benton s’émancipent d’UNIT pour le meilleur.

The Daemons ne fonctionne pas uniquement grâce à l’intégration de son histoire à l’univers de Doctor Who. C’est aussi un modèle parfait d’intégration de l’humour à l’horreur. Les scènes d’invocation et l’apparition des monstres restent impressionnantes en dépit du kitsch, de par quelques belles trouvailles de réalisation et des effets systèmes D très honnêtes pour de la télévision. On frémit dans l’attente des puissances enfouies, mais on ne peut s’empêcher de sourire avec les personnages. La série récolte ce qu’elle a semé de personnages secondaires durant cette saison 8. Ainsi Yates et Benton obtiennent-ils un rôle à part entière dans cette aventure, indépendant de leur statut dans UNIT et prend-on le même plaisir à les suivre qu’à suivre Jo. Le couple Yates / Jo complète admirablement celui de Benton et Miss Hawthorne. Le Docteur semble lui-même apaisé, usant d’astuces comparables à ceux de Two (la télécommande de Bessie, le plan de libération des illuminés) et acceptant plus volontiers le concours de ses amis. La séparation des forces de l’UNIT aurait pu porter encore une fois préjudice à l’autorité du Brigadier, mais c’est avec surprise qu’on constate que le Three défend enfin l’utilité de son souffre-douleur et qu’une confiance réciproque s’est installée entre eux. La saison se termine sur une note positive dans laquelle le Docteur danse…que de chemin parcouru depuis la saison dernière. Malgré Roger Delgado dont le charisme ténébreux fait des merveilles dans ce contexte, le Maître paraît anecdotique face à cet équilibre trouvé, signe qu’il fut trop utilisé au cours de cette saison. Sa mise au vert semble nécessaire pour la saison 9, que nous aborderons avec une grande confiance.

Image

Le Docteur, le Brigadier et le technicien. Un trio comique hors pair.

N : 8

IM : 8

8-04 Colony In Space

8-04 Colony In Space

De Malcolm Hulke (6 épisodes)

Réalisation : Michael E. Bryant

« Il serait peut-être temps de faire décoller le TARDIS pour envoyer notre Docteur dans le futur, parceque ça manque un peu » s’emportent une poignée de scénaristes de la série (et ils ont raison). Heureusement la production, pour les satisfaire, a son nouvel alter-égo : Le Haut-Conseil des TimeLords, du pain béni pour scénariste. D’autant plus quand le Maître erre en liberté dans l’espace-temps et qu’il convoite une arme de destruction très massive. Et si ils envoyaient le Docteur faire leur sale besogne en l’an 2472 ? Après tout, ils peuvent télécommander le TARDIS. Le Docteur et Jo sont donc conduits contre leur gré au 25ème siècle sur la planète Uxarieus qui est habitée par de gentils colons qui ont dépensé leurs dernières économies pour trouver le vaisseau qui leur permit de s’établir sur la planète. Mais la récolte est faible et une race de primitif les terrorise. Derrière cette terreur se cache une méchante compagnie d’exploitation minière qui prétend avoir les droits d’exploitation du sol de la planète et entend bien déloger les gentils colons. Ils kidnappent Jo et un des colons, forçant ceux-ci à contre-attaquer. Un arbitre venant de la Terre devra intervenir pour régler ce conflit insoluble, et cet arbitre n’est nul autre que le Maître.

Image

Et le vainqueur du concours du type le plus corporate est…certainement pas le monsieur à droite

Colony in Space est un beau saut en arrière. Il apparaît même étrange durant les premiers épisodes de voir conter cette histoire en couleur avec Jon Pertwee dans le rôle titre. Une histoire de planète lointaine dans le futur, de territoire convoité par deux camps, de déchéance après un âge d’or. Tant de thèmes qui nous renvoient aussi loin que l’époque de William Hartnell (ça ne fait que quelque mois pour l’auteur de ces lignes, mais mettons-nous à la place des anglais de 1971). C’est ce charme retrouvé, à double tranchant, qui rend cet arc si prévisible et beaucoup moins intéressant sur la longueur. Il y’a peu de surprises, juste un assemblage de pièces que l’on sent venir de loin, y compris cette apparition du Maître annoncée dès le début par le Haut Conseil et qui ne jure guère dans la routine de cette saison. Il convoite cette fois une Etoile Noire avant l’heure, une arme pouvant détruire les étoiles appartenant à une civilisation qui fut jadis éclairée et qui maintenant se consume. Cette arme pourrait évidemment le mener à être le Maître de l’Univers, et comme il n’est guère revanchard, il s’associerait bien avec le Docteur pour faire 50-50.

Image

Le Maître essaie toujours de convertir le Docteur, cette fois avec de belles images

Quoi de neuf et de foncièrement intéressant dans l’affaire ? L’arc permet à Jo de faire un voyage dans le temps, ce qui est un beau cadeau que Liz n’aura pas eu. Si la nouveauté du saut dans le futur pour la compagne est bien exploitée au départ, on peut regretter que la suite ne mette pas plus en avant l’inconnu qui se profile devant cette pauvre fille qui n’a rien demandé, à part bosser dans un labo avec un E.T bizarre. On y retrouve Bernard Kay (qui a déjà joué Carl Tyler, Saladin et le DCI Crossland dans la série) dans le rôle de Caldwell, un minéralogiste qui appartient au staff de l’entreprise mais se questionne sur la nécessité de recourir à la manière forte. Son dilemme donne de l’épaisseur à l’intrigue, tout comme cette peuplade au glorieux passé dont l’Histoire qui n’est qu’effleurée gagne à rester dans l’ombre de l’arc.

Image

Il fut un temps où les Bad Taste préféraient l’Etoile Noire aux burgers humains

N : 6

IM : 5

8-03 The Claws of Axos

8-03 The Claws of Axos

De Bob Baker & Dave Martin (4 épisodes)

Réalisation : Michael Ferguson

Le Ministère de la Défense britannique a envoyé un représentant au QG de UNIT pour enquêter sur le Docteur et un flic américain est de passage, ce qui cause un beau désordre. C’est à ce moment qu’un vaisseau extra-terrestre s’écrase sur la Terre, causant son lot de questionnements, de préparation d’attaque et d’enlèvements suspects. Les Axons disent avoir besoin de carburant pour repartir et proposent de délivrer en échange l’Axonite, une molécule capable de reproduire toutes les substances. Ils ont en vérité emprisonné le Maître qui leur a promis la Terre et ses ressources en échange de sa liberté et de la suppression du Docteur. L’Axonite, qui a été négocié par le représentant du Ministère en exclusivité à la Grande-Bretagne, n’est qu’une partie du vaisseau organique des Axons destinée à absorber l’énergie tout autour quand le moment viendra.

Image

Un pur concept de groupe de rock

Un épisode très sympathique, qui est passé par de multiples réécritures depuis son origine en 1969. La menace extra-terrestre de l’arc est une des plus étranges que la série ait pu nous montrer : Un peuple doré vivant dans un vaisseau organique qui transporte le début de cette aventure dans un univers psychédélique fait de visions et de spasmes intérieurs, comme si les prisonniers du vaisseau étaient pris dans le ventre d’une baleine. Les sortes de monstre plantes issus de l’activation de la matière sont aussi peu banals et on prend un plaisir certain à les voir courir dans les rues.

Image

Ca doit être chaud à l’intérieur

Fausse alerte de départ. Le Maître est de retour sur Terre et son TARDIS est retenu en otage par les Axonites. Une mince variation de la formule consacrée de cette saison 8 qui veut que le Maître ourdisse un plan avec des complices pour se retrouver dépassé par leur force. Il s’allie encore une fois avec le Docteur, mais l’intérêt de cette alliance est mutuel. Le Maître cherche un TARDIS pour repartir et le Docteur pourra utiliser les connaissances de son congénère pour réparer sa vieille machine afin de quitter la Terre une fois pour toute. Le dernier épisode de l’arc est excellent, s’employant à croiser tous ces enjeux et exploitant le voyage temporel de manière originale (une boucle temporelle comme prison). Même avec un TARDIS réparé, le Docteur se retrouve inmanquablement sur Terre, tel un yoyo galactique.

Image

L’inévitable alliance des Time Lords vue d’un autre oeil

N : 7

IM : 5

8-02 The Mind of Evil

8-02 The Mind of Evil

De Don Houghton (6 épisodes)

Réalisation : Timothy Combe

A la prison de Stangmoor, Jo et le Docteur assistent à la présentation du « Dispositif Keller », une machine qui a la possibilité d’extraire les mauvais penchants des Hommes. L’expérience tourne mal et le criminel utilisé pour la tester meurt. D’autres morts s’en suivent, un par noyade sans eau, l’autre par attaque de rats sans rats. Le Docteur finit par découvrir que la Machine est responsable de ces meurtres, tuant les personnes visées en leur faisant rencontrer leur plus grande peur (Dr. Jonathan Crane approved). Il découvre aussi à ses dépens que le Maître et Keller sont en fait une seule et même personne. Pendant ce temps, UNIT est chargé de la Sécurité de la première conférence pour la paix et du transport d’un missile Thunderbolt très dangereux. Alors que la première tourne mal après l’assassinat d’un délégué chinois, le second attire la convoitise du Maître qui compte le dérober afin de faire de la Terre un désert sur lequel il pourrait régner.

Image

Flash!

Le scénariste du très bon Inferno rempile pour un nouvel épisode en noir & blanc (les bandes couleur ont été effacées par la BBC) aussi original que son premier essai, mais décousu. Plusieurs intrigues s’entremêlent et entretiennent une certaine confusion durant la première partie. Don Houghton parvient néanmoins à les lier dans la deuxième partie de l’arc qui est bien plus intéressante. Nous assistons à une mutinerie de prisonniers et à l’assujettissement du Docteur par le Maître grâce à la Machine. Le rapport entre les deux Time Lords dépasse celui du héros et de sa nemesis, évoluant vers une collaboration lorsque le Docteur comprend qu’un parasite extra-terrestre est dans la Machine et que le Maître en a perdu le contrôle. Celle-ci fait quelques apparitions aléatoires pour tuer tout ce qui bouge dans la prison. Les scènes entre le Maître et le Docteur sont très intéressantes, tirant partie de leur vécu, de leur considération mutuelle malgré leur différence et du fait qu’ils sont deux étrangers enfermés sur la même planète.

Image

So Far away from Gallifrey…

Jo prend du galon dans cet épisode, se révélant très utile dans l’action, mais surtout très humaine. Elle s’occupe durant une bonne partie de l’arc d’un prisonnier devenu inoffensif à cause de l’intrusion de la Machine, personnage qui sera déterminant pour la résolution de l’arc. UNIT acquiert un visage un peu plus humain grâce à l’importance de Yates et du Sergent Benton, tandis que le Brigadier peut respirer dans une intrigue au départ déconnectée du Docteur. La scène qu’ils partagent avec un diplomate chinois, dans laquelle le Docteur se révèle un excellent linguiste (dans plusieurs dialectes chinois) au grand étonnement du Brigadier, est une de leurs meilleures, usant d’un décalage autrement plus subtile que les reproches constants du TimeLord. UNIT fait aussi une belle entrée dans la prison façon cheval de Troie. A l’issue de l’arc, le Maître parvient à récupérer la pièce de son TARDIS que le Docteur détenait, laissant de nouveau notre consultant scientifique dans sa solitude terrienne.

Image

Le capitaine Mike Yates, en colorisé parcequ’il le vaut bien.

N : 7

IM : 6

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑