27/1-03 The Unquiet Dead (Des morts inassouvis)

27/1-03  The Unquiet Dead

De Mark Gatiss

Réalisation : Euros Lyn

Cardiff. 1869. Cela fait un bon moment qu’à la morgue de M. Sneed, les morts se réveillent. Mais là, une vieille décide de revivre, buter son petit fils et se rendre à la représentation de Charles Dickens. Suite à une légère faute de calcul de TARDIS, Rose et le Docteur arrivent sur les lieux alors que la représentation vire à la panique. Les spectateurs et l’écrivain ont bien vu de leurs propres yeux une émanation ectoplasmique sortir du corps mort de la vieille femme. Ces émanations gazeuses qui prennent possession des cadavres sont des Gelths, une poignée d’E.T profitant d’une faille spatio-temporelle (la célèbre faille de Cardiff, qu’on recroisera par la suite) pour se réfugier sur notre planète, et survivre à la destruction de leur population pendant la guerre du temps. Nine décide de leur accorder l’asile des cadavres terriens par l’intermédiaire de Gwyneth (Eve Myles, qui deviendra Gwen Cooper dans le spin off Torchwood), la servante de Sneed qui a acquis des dons de medium au contact de la faille. Il lui incombera d’ouvrir le chemin aux Gelths. Mais ces derniers se révèlent être bien moins pacifiques et apeurés que chacun l’aurait pensé.

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Prêts à affronter dans la bonne humeur l’époque victorienne

Après l’invasion du présent et la SF futuriste, The inquiet dead est la matrice du troisième type d’épisodes de la nouvelle série : les épisodes du passé. L’ex membre de la ligue des gentlemen et futur showrunner de Sherlock Mark Gatiss s’y colle, et il semble s’amuser comme un petit fou à réveiller ses zombies dans le Cardiff victorien. Prenant partie d’un héritage de la série classique démarré sur the Daemons, le fantastique devient une science à laquelle l’homme n’a pas encore accédé et les visiteurs ne sont nulle autre que des aliens. La grande inventivité qui se dégage de l’épisode pâtit de la comparaison avec le génial Ghostlight de l’époque Ace/Seven, ou encore the Curse of Fenric qui utilisaient des éléments fantastiques proches. Mais cela n’amoindrit en rien le gros travail scénaristique effectué sur cette renaissance des épisodes du passé et plus largement sur l’architecture de la saison.

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De sauveuse de la Terre à Gwen Cooper. What happened ?

L’intrigue de la clé du temps ou le procès du Docteur avaient introduit des fils rouges saisonniers dans la série classique, mais de manière plutôt maladroite. Russell T. Davies met en place subtilement l’architecture de sa saison à travers le don de voyance de Gwyneth en mettant en avant la mort du père de Rose et suggérant que ses voyages lui ont fait penser à lui, et il glisse une première référence au Big Bad Wolf. A travers les Gelths, nous entendons parler de la guerre du temps, ce qui remet en perspective la problématique du neuvième Docteur abordée dans l’épisode précédent. Mieux que tout autre compagnon auparavant, l’enthousiasme de Rose aide à prendre conscience du caractère spécial de ces aventures, notamment au détour d’une remarque fines sur le caractère unique et non reproductible d’un Noël dans l’Histoire. Mais elle demeure une londonienne de 2005, et nous assistons à un beau choc des cultures lorsque Gwyneth confronte son monde à celui de la voyageuse temporel. Rose est toujours la figure empathique, loin des préoccupations galactiques et le Docteur le grand réaliste qui doit faire fi des considérations morales pour envisager une solution politique. Ici un brin intéressée, puisque déterminé qu’il est à réparer une conséquence de la guerre du temps qui pourrait bien éteindre une autre espèce.

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The Unquiet Dead se paie le luxe d’un guest de choix: Le grand écrivain Charles Dickens. Homme blasé et vieillissant que plus rien ne surprend, qui se retrouve seul à divertir les foules dans des lectures de ses oeuvres. Le potentiel de confronter un auteur social spécialisé dans la critique du monde réel (bien qu’il ait fait du fantastique) à cette magie est bien exploité, jusqu’à faire de son invitation à une séance de spiritisme un grand moment comique. Il passera par l’incrédulité, puis sera libéré de sa dépression, découvrant à l’issue de l’histoire qu’il y’a encore bien des choses à découvrir. A son instar, H.G Welles avait lui aussi pu trouver l’inspiration auprès du Docteur, mais sans véritable ambition d’écriture. Ici le fond se lie ici à la forme, et la belle photo d’Ernie Vincze couplée à une reconstitution honnête du Cardiff victorien nous plonge dans un conte de Noël que n’aurait pas renié le maître Dickens. Il se trouve également que l’auteur d’Oliver Twist mourut peu après cette date. La révélation que le Docteur lui fait que son œuvre durera toujours prend une toute autre résonance, tout comme l’émotion de l’écrivain qui les entend demeure indescriptible. Mark Gatiss offre dans son imaginaire la fin que Charles Dickens méritait, et il rend hommage à un personnage haut en couleur (Simon Callow est  à la hauteur).

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Une invasion de zombies extraterrestres? Charles s’en charge!

A part ça, ce troisième épisode moderne nous gâte sur les anachronismes de langage. Il renforce encore l’alchimie entre Nine et Rose. Il offre une histoire véritablement inquiétante, bien qu’en quasi huis-clos, dotée d’une brillante montée dramatique. A travers le sacrifice de Gwyneth, Rose tâte un peu de l’envers du décor des voyages dans le TARDIS. Tout est en place pour une belle saison.

N : 8

IM : 7

27/1-02 The end of the world (La Fin du monde)

27/1- 02  The end of the world

De Russell T. Davies

Réalisation : Euros Lyn

Imaginons faire un bond de 5 milliards d’années en avant, que le soleil se dilate pour devenir la géante rouge qui va consumer la Terre (pas trop dûr, c’est un peu ce qui va se passer) et qu’on puisse assister à l’événement en direct. Techniquement, la fin ne sera pas aussi spectaculaire, mais il se trouve que des industriels avaient prévu des protections pare-soleil jusqu’au moment fatidique. Pour impressionner Rose, Le docteur l’emmène pour son premier voyage sur cette station ou se déroulera devant elle la fin de la Terre. L’occasion de croiser le gotha invité à la fête, quelques bonnes têtes d’aliens (dont Face de Boe qui fait ici sa première apparition) et Cassandra O’Brien qui se dit être la dernière humaine pure dans un monde dominé par les mélanges humains/… non humains. Rose finit par se poser des questions sur ce mystérieux extraterrestre qui l’a conduite au milieu de cette cérémonie de dingues, si loin de tout, même si quelques standards musicaux de son époque ponctuent la cérémonie. Mais voilà qu’une personne malveillante introduit au coeur du vaisseau des robots saboteurs qui lèvent les boucliers anti-soleil de la station…S’engage une course qui fera oublier à la jeune londonienne que non loin de là, sa planète natale est en train de mourir.

2702AMieux que les chutes du Niagara. La fin de ta planète !

Pour ce second épisode de la nouvelle série, Russell T. Davies fait une entrée franche, bien décidé à prouver le plus tôt possible ce dont son Dr Who est capable, et accessoirement aux plus jeunes téléspectateurs ce que le TARDIS a dans le ventre. A l’instar de Rose, nous sommes transportés en peu de temps du foyer londonien à l’époque présente à la fin du berceau de l’humanité, sans coup de semonce, et à peine le temps de se rendre compte de l’ampleur de ce qui se passe, nous voilà projetés dans une action menée tambour battante, dans un suspens très bien géré qui souffle aussi bien le drame que la comédie. Loin de la dynamique serial des arcs classiques, le défi de Dr Who 2005 est de faire de chaque épisode (ou double-épisode) un mini-blockbuster avec les moyens du bord, pour une durée de tournage de seulement un mois (pour la première fournée) et un budget peu élevé par rapport aux séries américaines. Le contrat est pourtant rempli et possède une belle facture visuelle, avec pas moins de 203 plans d’effets visuels. Les aliens sont totalement décomplexés (génial Moxx of Balhoon) et Russell T.Davies n’hésite pas à manier l’absurde, à l’instar de ses prédécesseurs. On pense notamment au ballet des représentants aliens de Peladon, mais en plus réussi. Même dans l’univers fourmillant de Doctor Who, the End of The World est une mine d’inventivité. On y découvrira pour la première fois le psychic paper. On y trouvera même une incursion pop inhabituelle dans l’utilisation de « Tainted Love » ou « Toxic » comme de la musique classique, une façon comme une autre de s’attirer la complicité du spectateur autant que celle de Rose.

2702BFaut-il arrêter la chirurgie esthétique ?

Une autre première dans la série, qui coupait volontairement les compagnons de leurs origines : Le pont avec le présent est créé avec le téléphone trafiqué du docteur qui permet à Rose de communiquer avec ses proches. La compagne n’est plus une victime accidentelle des aléas du TARDIS (le neuvième Docteur en a d’ailleurs le parfait contrôle) ou d’un Docteur caractériel mais une jeune femme qui accepte de prendre part au voyage, telle une Alice suivant le lapin blanc dans son monde étrange. Et là évolue la teinte de doctor who. Ce Docteur 2005 tire vers le merveilleux, éludant pour le compagnon toute séparation dramatique pour la plonger dans l’ivresse de ce nouvel univers et de la découverte. Qui ne rêverait pas d’avoir le beurre et l’argent du beurre, l’espace et le temps à l’échelle de la Terre, puis la possibilité de rentrer chez soi en un claquement de doigt. Dès lors qu’elle parle à sa mère, Rose se résout peu à peu à plaisanter et lâche la bride au Docteur. On pourra donc se concentrer sur les voyages et profiter du naturel désarmant de Billie Piper, qui dès cet épisode se pose comme le contrepoids humain d’un Docteur volant du plus grand enthousiasme au fatalisme. 2702C

Une petite folie pour la jet set de l’an 5 milliard, et puis au lit

« Everything has its time and everything dies », dit Nine lors de la fin brutale de Cassandra. Sa phrase renvoie à la fin de la terre, à l’importance relative de notre époque (superbe juxtaposition entre la désolation du vaisseau et le plan de foule du présent) et à la fin de Gallifrey qu’il a vécu il y’a peu. En montrant à Rose la relativité de toute chose et la précarité de l’existence, Nine lui a présenté ce que peut être son point de vue, celui du seigneur du temps si évolué pour qui l’espace et le temps ne sont plus des limites. Russell T.Davies dévoile le drame de la guerre du temps avec la même pudeur, dans une larme significative de Christopher Eccleston. Tout prépare à cette discussion finale entre lui et sa compagne où il se confie enfin sur la disparition de sa planète et des siens. Cette scène permet à Murray Gold de briller pour la première fois dans son interprétation du thème musical de Rose. On y ressent un peu de cette nostalgie qui habite la compagne et le Docteur au final de l’épisode. Et beaucoup de la complicité qui sera la leur, unique dans l’histoire de la série. Les choses sérieuses peuvent commencer… 2702C

N : 9

IM : 8

Saison 27/1 (2005)  / 27/1-01 Rose

NINENINE LIVES !

27/1-01 Rose

De Russell T. Davies

Réalisation : Keith Boak

Rose Tyler est une jeune vendeuse londonienne qui partage sa vie entre son boyfriend Mickey et sa mère un peu fantasque et pas très futée (qui serait insupportable dans une autre série). Mais cette vie ‘normale’ est sur le point de basculer. Un jour ou elle se trouve dans les locaux de la boutique à l’heure de fermeture, les mannequins se mettent à bouger et à l’agresser. Un étrange inconnu, le Docteur, débarque et fait exploser la boutique. Rose est au chômage. Mais ça n’est pas grave car on retrouve facilement du taf en Grande Bretagne. Derrière cette attaque hors du commun, et c’est bien plus grave, se dissimulent des E.T peu scrupuleux qui peuvent contrôler le plastoc à l’aide d’une conscience. Rose décide d’enquêter sur cet individu énigmatique et jovial, entre temps réapparu dans sa vie et qui semble laisser une trace à plusieurs époques. Elle le retrouvera au cœur de la ville, rencontrera son nouveau TARDIS et l’aidera à ne pas périr lors d’une intervention peu réfléchie. Au terme d’un affrontement ou les mannequins en viendront aux armes et mettront la panique dans les rues de Londres, Rose acceptera d’accompagner le Docteur dans ses aventures spatio-temporels.

2701AQuand Nine rencontre Rose

Suite à un projet de film avorté avec Paul Thomas Anderson et plusieurs pistes abandonnés , le créateur de la série Queer as Folk Russell T.Davies parvient à lancer le 26 mars 2005 le grand retour du seigneur du temps. La production est aux Pays de Galles, sous l’égide de Julie Gardner et de BBC Wales, de Mal Young et du producteur Phil Collinson. L’attente est fébrile pour des générations d’anglais, mais aucun succès n’est certain car le paysage audiovisuel a bien changé depuis 1989. Rose est finalement bien accueilli, et ce n’est que justice. Ce premier épisode est un très bon départ qui possède en germe toutes les bonnes recettes du relaunch, sans toutefois dévoiler tout des directions passionnantes que la série saura faire éclore / revenir au fil de la saison 1 et confirmer ensuite. A travers un recyclage particulièrement bienvenu des autons (ils avaient déjà inauguré le passage à la couleur de la série en 1970 !), la SF s’insère dans le quotidien de 2005 de manière intelligente, ne manquant pas de rire du consumérisme généralisé tout en distillant une bonne humeur et un en-train communicatifs sur toute la longueur de l’épisode. La réalisation de Keith Boak, dépêché suite au désistement d’Edgar Wright parti concocter Shaun of the Dead, est énergique et moderne. Elle dissimule tant que faire se peut le peu de moyens de production des anglais pour concurrencer des séries américaines de plus grande ampleur et historiquement plus rodés à la SF.

2701BLes backstreet boys prennent d’assaut Madame Tussauds

Le rythme de Rose ne faiblit jamais et le coté cheap s’intègre finalement bien, les effets liés aux autons étant particulièrement soignés. Le seul hic demeure une fin trop vite expédiée, finalement relative eut égard à la densité de cette introduction. Le mélange réussi de genre, de liberté de ton, de série B et d’humour inséré dans le quotidien n’est pas sans rappeler la série Buffy contre les vampires, à laquelle ce relaunch de Doctor Who reprendra, du moins sous Russell T.Davies, la construction saisonnière progressive (un fil rouge menant au season finale au milieu de loners). Mais la comparaison ne va pas beaucoup plus loin, car Rose est unique dans le paysage audiovisuel, et même dans l’histoire de Doctor Who. Tout en tentant de se fondre formellement dans la production du moment, elle contient à la fois les germes du nouvel âge d’or de la fiction anglaise (Life on Mars et the Office apparaissent à la même époque) et une originalité héritée de près de trois décennies de programme.

2701DPlastic Mickey ou l’étrangeté décomplexée

Afin de marquer la séparation entre les deux séries, le format écran large est adopté et la durée de l’épisode passe à 45 minutes. Une expérimentation en phase avec les formats sériels américains plus qu’un retour aux durées expérimentées lors de l’époque du sixième Docteur. Mais le plus gros bouleversement et une des plus grandes forces de la nouvelle série est la personnalisation des thèmes musicaux, portés par le talentueux compositeur Murray Gold. Par cet accompagnement, on identifie très vite la portée de l’action du Docteur ainsi que le merveilleux et de l’aventure à venir, même dans une exposition très terrienne. Mais nous ne partons pas de zéro. Le neuvième Docteur interprété par Christopher Eccleston a un passé, même s’il est confus. Il semble découvrir le nouveau corps hérité de sa régénération tout en ayant vécu visiblement plusieurs aventures prises à la volée et exposées sur internet (la photo lors de l’assassinat de Kennedy renvoie visiblement à la date de première diffusion de la série classique).

2701COn sait déja que Christopher Eccleston sera une incarnation très intéressante, plutôt proche de Four dans l’attitude, la folie ambiante étant remplacée par une dualité finement rendue. Nine est jovial, mais il dissimule une gravité déjà visible dans un de ses premiers échanges avec Rose. La conscience Nestene reconnaît la technologie des seigneurs du temps dans le TARDIS et prend peur, car la raison de  son invasion terrienne est bien la guerre du temps qui a décimé leur planète. Peu de whovians auraient parié un penny (dreadful) sur Billie Piper, sorte de Britney Spears anglaise orientée vers une carrière d’actrice, mais il ressort de son jeu un naturel désarmant et un talent évident. L’alchimie avec Nine est immédiate, à l’image de celle qui unissait Seven et Ace dans une époque qui ne semble plus si lointaine. Rose partage aussi avec la compagne précédente l’audace et l’attrait de l’aventure, mais il lui reste, contrairement à Ace, de nombreuses attaches sur Terre. Les seconds rôles plus comiques sont très bien écrits et l’originalité est la qualité qui saute aux yeux, du moins pour le spectateur novice. Aussi vieux soit-il, Doctor Who sème un vent de fraîcheur sur le petit écran. Les plus aguerris savent que ce n’est pas une recette miracle. Juste la combinaison du bon moment, des bons acteurs, d’une équipe dévouée et d’un personnage rentré depuis longtemps dans l’inconscient collectif des britanniques. L’invasion des autres pays est en marche.

N : 7

IM : 9

The Day of the Doctor (Le Jour du Docteur) (2013)

The Day of the Doctor

de Steven Moffat

Réalisation : Nick Hurran

Le Onzième Docteur (Matt Smith) vient chercher Clara (Jenna Coleman) à son époque mais leurs retrouvailles sont perturbées par l’intrusion de UNIT qui remorque le TARDIS et ses deux occupants jusqu’à Londres. Kate Stewart les informe que la reine Elizabeth 1 a laissé un message au Docteur, un tableau fait office de sceau : une reconstitution de Gallifrey falls, la chute d’Arcadia, deuxième ville la plus importante de la planète du Docteur. L’événement eut lieu le jour où le Guerrier qui ne peut plus porter le nom du Docteur supprima les Daleks et Gallifrey. En ce jour, quatre cent ans plus tôt, le Guerrier s’empare du Moment, une arme de destruction massive dotée de conscience. Alors qu’il s’apprête à commettre l’irréparable, la conscience de l’engin apparaît sous les traits de Rose Tyler (Billie Piper) devenue le Bad Wolf et l’informe que son acte aura des conséquences autant sur les siens que sur sa vie future. Elle lui propose une vue sur cette vie en ouvrant un portail temporel.

Pendant ce temps, le Docteur et Clara apprennent que la reine Elizabeth première du nom souhaitait l’aide du Docteur afin de prévenir un grand malheur. Le tableau en question a été brisé de l’intérieur et menace notre présent. Le Docteur, Clara et Kate sont témoins de l’apparition d’un vortex similaire à celui du Guerrier qui conduit notre Docteur à rencontrer son prédécesseur, le dixième Docteur (David Tennant) peu avant la son dernier diptyque (en allant voir les Oods au début de The End of Time, il avoue être passé chez Elisabeth ). En plein milieu d’une romance avec la reine en 1562, celui-ci s’est aperçu que des Zygons, extra-terrestres pouvant prendre l’apparence de leur victime, rôdent dans le coin. Ils pourraient même avoir pris l’apparence de la Reine et être la raison de l’appel d’Elizabeth à notre présent. Le Guerrier emprunte à son tour le vortex qui l’amène en 1562.

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Le terrorisme dans un désert. Pas très efficace mon vieux.

Le gros Wibly Wobly Timy Winy clou de la célébration du cinquantenaire de Doctor Who eut lieu le samedi 23 novembre 2013. L’épisode anniversaire entra dans le Guiness Book pour avoir battu le record de transmission simultanée : diffusé dans 94 pays, auquel il faut ajouter une distribution, pour la plupart en 3D, dans 1500 cinémas à travers le monde. Si la France n’ouvrit pas ses grands écrans au Docteur, France 4 tint ses promesses avec une diffusion en version multilingue qui leur valu un record d’audience de 720 000 téléspectateurs. Un succès à relativiser devant les 77 millions de spectateurs mondiaux (dont 10,2 millions d’Anglais), mais qui dut attirer quelques néophytes. The Day of the Doctor excella à ce niveau, à mettre dans l’ambiance ces nouveaux venus, fournissant les éléments permettant d’appréhender promptement un univers vieux de cinquante ans tout en tirant partie de nouvelles idées. Steven Moffat, à l’aise dans tous les univers qu’il visite, offre un spectacle aussi accessible que divertissant.

Doctor Who: Day of the DoctorLe War Doctor se rend compte que la culpabilité l’a fait rajeunir

La saison 7 de la nouvelle série tourna autour de la notion de mémoire, empruntant des chemins escarpés qui amenèrent le Docteur à se souvenir de ce Guerrier qu’il avait relégué au plus profond de ses souvenirs. The Day of the Doctor ne revient pas sur le voyage de Clara dans la mémoire du Seigneur du temps, préférant aller de l’avant. Mais le onzième Docteur ne pourra plus fuir longtemps son passé : alors que le dixième du nom était le Docteur du remord, onze est celui qui s’est forcé à oublier, à avancer pour ne plus avoir à ruminer le génocide qu’il a dû commettre sur les siens. Steven Moffat a fait de son onzième Docteur quelqu’un de plus distant et énigmatique, en rupture avec le livre ouvert qu’était celui de David Tennant. L’épisode des cinquante ans est bel et bien un retour au run de Russell T. Davies puisqu’il aborde de front le drame fondateur qui a inauguré la nouvelle série en se plaçant chronologiquement avant la régénération du neuvième Docteur. Il aurait été présomptueux de penser que Steven Moffat aurait lâché d’un coup toute cette storyline qui a permis à la Doctor Who de renaître. Une renaissance qu’il a aidée, rappelons-le, à porter au sommet. N’a-t-il pas exprimé à plusieurs reprises qu’il travaillait surtout en vue du cinquantième anniversaire ? Si le doute était permis avant cet épisode, on peut désormais émettre un bilan sur le personnage incarné par Matt Smith et comprendre que Moffat a bien relégué l’aspect héroïque du Docteur dans l’optique du cinquantenaire, comme le passage obligé d’un parcours qui arrivera bientôt à une nouvelle étape, et une nouvelle régénération. Dans un même souci de continuité, le showrunner redonne à Rose ses lettres de noblesse, reconnaissant que son personnage, autant que les remords du Docteur, fut déterminante dans la réussite du relaunch. Il n’en oublie pas pour autant la compagne actuelle, Clara, qui acquiert dans cet aventure un rôle lumineux au-delà de l’énigme qu’elle était lors de la saison 7.

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Rose configure le Docteur qu’elle accompagnera très bientôt.

Quand The Day of the Doctor ne s’emploie pas à nous lancer sur les voies d’une intrigue alien typique des aventures des premières années de la nouvelle série, il ne nous raconte rien de plus que ce que Steven Moffat sait le mieux raconter : un conte de Noël baroque et habité fêtant tous les possibles de la SF. La transposition de Scrooge à Noël 2010 demeure une de ses meilleures œuvres à ce jour, et on ne peut s’empêcher d’y voir un écho dans cette main tendue à l’homme qui deviendra une sorte de croque-mitaine pour ses incarnations futures. Le Guerrier s’apprête à commettre l’acte qui va lui coûter son âme et se retrouve face à une arme de destruction massive dotée de conscience qui l’invite à visiter ses apparences futures et les vies qui seront les siennes. Il découvrira lors de son parcours qu’il ne se remettra jamais vraiment de son acte, mais aussi que ses remords aideront à sauver de nombreux mondes. Steven Moffat ne se contente pas de réhabiliter cet homme aux yeux des deux autres Docteurs (« You were the Doctor on the day it wasn’t possible to get it right. »), mais lui offre la possibilité d’une alternative à son choix cornélien, que ses centenaires supplémentaires ont pu lui souffler. Ainsi tous les Docteurs passés et présents, ainsi que le treizième à venir (le nom de Peter Capaldi a fuité depuis quelques mois), s’uniront pour isoler Gallifrey avant l’intervention des Daleks. Ce revirement surprenant réussit même le tour de force de ne pas remettre en cause les précédentes saisons (le Guerrier régénéré en Nine et Ten oublieront leur aventure et penseront que la destruction a bien eu lieu) et d’ouvrir de nouvelles perspectives avec un Docteur qui pourra enfin retourner chez lui.

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The Day of the Doctor use à merveille des capacités du showrunner actuel à jongler avec les concepts et avec le temps. Il transforme un tableau en portail temporel – remarquable intrigue secondaire (le plan d’installation des Zygons) – et permet d’introduire en filigrane la résolution finale (le gel de Gallifrey en un instant).  Dans le même ordre d’idées, il exploite allègrement, mais jamais gratuitement, les possibilités que peuvent offrir la réunion de trois Docteurs, trois TARDIS et trois tournevis soniques en un seul et même endroit. Il équilibre avec brio un scénario complexe traitant de thèmes ardus, sans manichéisme et en conservant l’esprit résolument optimiste de la série. Dominés par l’immense John Hurt, qui contraste avec les deux gamins Matt Smith et David Tennant, les échanges entre les trois versions du Docteur valent à eux seuls le détour.

Moffat réussit enfin à enrichir son scénario d’une lecture qui touchera seulement les téléspectateurs des classiques mais qui achève les devoirs de mémoire et de conservation entrepris durant l’année du cinquantenaire  : la fille du Brigadier Lethbridge Stewart aux prises avec une choix proche de celui qu’avait connu son père avec les Siluriens, deux Docteurs qui renversent la polarité d’un vortex, l’apparition du quatrième Docteur Tom Baker dans un rôle de Conservateur qui servirait pour le futur, une première scène dans une salle de classe très évocatrice… Autant de détails qui surgissent au détour d’un plan ou d’un dialogue, qui parfont la cohérence de cet univers.  Steven Moffat était la personne adéquate pour ce cinquantième anniversaire, un scénariste capable de construire des fondations liant la série classique et la nouvelle, tout en rediscutant la base de cette dernière pour se tourner vers le futur. Et n’oubliant pas qui plus est de donner au public une intrigue riche et un message d’une grande intelligence. Son humilité face à la tâche qu’il a accomplie mérite d’être saluée.

Le Moment est venu pour la nouvelle série

N : 10

IM : 10

The Night of the Doctor

The Night of the Doctor

De Steven Moffat

Réalisation : John Hayes

La guerre du temps entre les Daleks et les Time Lords menace l’univers, mais le Docteur n’y a toujours pas pris part. Malgré tout, la jeune pilote Cass qu’il tente de sauver d’un crash refuse son aide du seul fait qu’il appartienne à un des deux camps. Le vaisseau, avec ses deux occupants, s’écrase sur la planète Karn. Le Docteur mourrant y’est recueilli par les sœurs de Karn, gardiennes du secret de la vie éternelle. Elles proposent à Eight d’accepter une potion qui lui permettrait de choisir sa prochaine incarnation, qui lui permettrait d’intervenir dans la guerre du temps. Réticent, le Docteur finit par se laisser convaincre lorsqu’il voit le corps sans vie de Cass. Il abandonne ainsi son titre de Docteur pour devenir un guerrier, incarné par John Hurt.

the night of the doctor

Nous voilà dix-huit ans en avant pour un mini-episode diffusé en préambule de Day of the Doctor, l’épisode du 50ème anniversaire de la série, le 14 novembre 2013 (sur Youtube et le service de diffusion en ligne de la BBC). Un amuse-bouche qui permet au showrunner Steven Moffat de faire monter la pression avant l’anniversaire, mais aussi de faire un début de lien entre les blocs classiques et modernes. D’où son importance dans la mythologie de la série. On y voit enfin la régénération du huitième Docteur, qui sera la seconde et dernière apparition de Paul McGann et lancera l’intervention du War Doctor dans la guerre du temps. Ce court segment fait référence aux compagnons de ce Docteur qui n’ont eu de vie que dans les audios de Big Finish et remet en scène la sororité de Karn déjà apparue dans The Brain of Morbius. Ces pas tout à fait sept minutes sont aussi denses qu’un scénario de Steven Moffat peut l’être, présentant le contexte de l’épisode à venir, l’explication de la particularité du War Doctor et développant le dilemme du Time Lord dans son entrée dans une guerre qu’il rejeta durant une bonne partie de sa durée. Le showrunner donne ainsi une belle porte de sortie au huitième et parvient à inscrire officiellement et de manière rétroactive une nouvelle incarnation dans la chronologie de l’époque classique, ou bien dans une époque intermédiaire. On ne sait plus trop…

Dimensions in time (1993)

Episodes Spéciaux Trentième Anniversaire – Dimensions in Time (1993)

de David Roden ( 2 mini épisodes )

Réalisation : Stuart MacDonald

Pour les 30 ans de Doctor Who, John Nathan Turner offre un cross – over avec la série Eastenders. Ce double épisode totalisant 13 minutes au total voit le retour de la Rani. La Time Lady a décidé de joindre l’expérimentation à la vengeance en enfermant les anciennes incarnations du Docteur, ses compagnons et quelques uns de ses ennemis dans un quartier de l’East End londonien. Changeant constamment d’incarnation, le Docteur se retrouve avec différents compagnons et alliés à différentes époques du quartier. Dimensions in Time relève plus de la curiosité que de la continuité en ce qu’il évolue sans véritable règle si ce n’est que l’aventure commence lors d’un voyage de Seven et Ace suivant Survival. Il fonctionne comme une foire au caméo, totalisant les apparitions de cinq Docteurs (Jon Pertwee, Tom Baker, Peter Davison, Colin Baker et Sylvester McCoy) et de douze compagnons (Ace, Mel, Susan, Sarah Jane, Leela, Peri, Liz Shaw, le Brigadier, Mike Yates, Victoria, K9, Romana II) dans une durée très limitée.

15-06 The Invasion of Time

15-06 The Invasion of Time

De David Agnew (Graham Williams & Anthony Read) (6 épisodes)

Réalisation : Gerald Blake

Le Docteur devient président de Gallifrey. On ne l’avait pas vu venir, même si cet arc fait suite aux événements de The Deadly Assassin où il s’était présenté à la présidence pour échapper à la punition qui l’attendait. Bien pressé d’être intronisé, Four fait valoir son titre auprès de Borusa, qui est maintenant passé chancelier. Dès la remise des attributs de Rasillon au Panopticon conformément à la tradition, le Docteur s’évanouit, puis il lance ses gardes contre la pauvre Leela pour qu’elle soit chassée. Ce comportement erratique n’est pas innocent : Une race d’êtres pouvant lire dans les pensées, les Vardans, veulent conquérir Gallifrey en utilisant le Docteur, et celui-ci s’est laissé embarquer en projetant de les détruire de l’intérieur. Alors que Leela parvient à trouver une amie pour s’échapper en territoire sauvage, le Castellan complote avec les Vardans et le Docteur parvient à s’isoler avec Borusa pour lui expliquer son plan.

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Le Président et le chancelier discutent de quelques réformes.

Derrière David Agnew ne se cache pas un petit nouveau, mais le producteur Graham Williams et son script editor du moment, Anthony Read. Ecrit à la va vite pour remplacer un épisode qui aurait coûté trop cher, The Invasion of Time présente néanmoins l’avantage de ramener des têtes connus. Il échoue pourtant à conclure en beauté une saison qui est bien la pire de la série. Même si ce nouveau scénario était un prétexte à réutiliser les décors, Gallifrey a bien perdu en ampleur et en population depuis The Deadly Assassin. Le mystère du début de l’arc réside dans le comportement du Docteur, qui aurait visiblement viré dictateur à la solde de l’ennemi. On ne saurait le croire, même si Tom Baker est diablement crédible en président arrogant et vénal du fait que son Docteur a perdu en quelques arcs presque tout de ce qui le rendait attachant et extravagant. Les errances de Leela permettront d’enrichir la mythologie de Doctor Who en visitant un territoire inconnu de Gallifrey dont les Time Lords auraient peur puisqu’entièrement sauvage. On y voit pourtant qu’un désert sans vie et sans aucune menace.

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Un jelly baby à deux entre le Doc et le futur cheri (pendant 10 secondes) de Leela

L’arc fait ensuite se matérialiser les Vardans qui, de reflets menaçants et insaisissables, passent à de ridicules humains en uniforme. Puis nous découvrons que les Vardans étaient eux-mêmes manipulés par…les Sontarans ! Un retournement de situation bien pratique pour prolonger un four-parter en six-parter. Les attributs du Président de Gallifrey s’enrichiront d’une clé toute puissante qui est l’enjeu de la dernière partie tandis que tout ce petit monde se poursuivra dans le TARDIS. Nous pourrons enfin examiner en profondeur le vaisseau du Docteur pour n’y voir que des décors désaffectés tout ce qu’il y’a de plus terrestre. L’arc s’achève sur un Docteur prêt à prendre les armes pour défendre Gallifrey (mouais…) et par le départ aussi impromptu qu’inapproprié de Leela. L’actrice Louise Jameson aurait souhaité quitter la série, et on ne peut l’en blâmer. En dehors de ses premiers épisodes, son personnage n’aura guère eu le traitement qu’il méritait, jusqu’à ce départ bâclé, le plus insignifiant qu’on ait vu dans la série depuis bien longtemps. Elle restera à Gallifrey avec le chef de la sécurité dont elle a dû tomber amoureuse dans les scènes coupées. Tout comme K9, on n’aurait pas hésité à rester avec elle pour la suite des aventures d’une courageuse Sevateem en territoire TimeLord plutôt que de nous relancer sur trois saisons avec un Docteur aussi peu engageant.

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La sauvage ne va pas tarder à se faire la malle. Bien fait pour vous!

😦

N: 5

IM : 7