27 / 1-09 & 10 The Empty Child & The Doctor dances (Drôle de mort & Le Docteur danse)

27 / 1-09 & 10  The Empty Child & The Doctor dances

De Steven Moffat (2 épisodes)

Réalisation : James Hawes

Dans le vortex temporel, Rose et le Docteur suivent un objet mauve prêt à se crasher sur Londres. Ils se retrouvent en 1941 alors que les allemands bombardent la ville. Tandis que le Docteur cherche l’engin qui s’est écrasé, Rose suit un gamin qui appelle sa maman. Elle se retrouve accrochée à un ballon dans les airs sous les bombardements allemands avec un T-shirt qui représente l’Union Jack. C’était mal barré sans l’aide d’un mystérieux militaire qui se ballade dans un vaisseau invisible amarré à Big Ben. Ainsi Rose rencontre t’elle le capitaine Jack (!) Harkness. Pendant ce temps, le Docteur reçoit l’appel du même gosse qui cherche toujours sa maman et une jeune fille le met en garde. La gamine profite que les londoniens huppés aillent dans leurs abris pour offrir leur table à des gamins vagabonds, mais le mystérieux enfant semble la suivre et contaminer tous les gens qu’il touche d’un étrange syndrome.

2709Big Ben,  du champagne, une attaque aérienne et un peu de Glenn Miller…

Après l’émotion, la PEUR. Le deuxième double épisode de la nouvelle série mise sur un climat oppressant dans une époque non moins oppressante : le blitz Londonien. Il accueille pour la première fois à l’écriture Steven Moffat, futur showrunner de Doctor Who et auteur d’une parodie qui mis sens dessus dessous l’univers du Docteur. Le dyptique The empty child / the doctor dances dispose d’un scénario à la fois inventif et astucieux dans lequel chaque élément compte et qui sert avant tout à mettre en avant de nouvelles facettes des personnages. Du Doctor Who de très haute volée si j’ose dire (et ben oui, j’ose!). Le dépaysement est parfait dès le raid aérien allemand du premier épisode, on se croit en 1941. Le danger est introduit en douceur et la séparation de Rose et du Docteur sur presque la totalité du premier épisode permet de couvrir impeccablement deux intrigues qui se rejoindront au final, l’une n’allant pas sans l’autre. D’un coté il y’a Jack Harkness, ancien agent temporel du 51ème siècle devenu escroc et qui a attiré le duo à cette époque pour leur revendre un vaisseau ambulance, de la camelote amené à disparaitre sous les obus avant qu’ils en aient fait l’acquisition. De l’autre, l’ennemi suprême: Un gamin perdu qui porte un masque à sa peau et qui a le pouvoir de modifier l’ADN de tout ceux qu’il touche pour qu’ils deviennent comme lui. La chose se propageant comme la peste, il s’en faudra de peu de temps pour que l’humanité devienne des zombies à masque à gaz qui cherchent leur maman. La clé du mystère n’est pourtant pas loin…

2709BUne femme, un homme, un alien : un paquet de possibilités

En dehors de l’originalité de tous ces éléments combinée, du coté zombie flick , de l’intrigue et d’excellentes transformations, l’épisode réserve des bons moments en pagaille, entre autodérision et franche camaraderie. La confrontation entre Jack et Le Docteur pour les faveurs de Rose est très drôle. Ce diptyque dévoile enfin les intentions de Rose vis-à-vis du Docteur, lui avouant qu’elle a craqué pour Jack car il était comme lui, mais plus accessible. Nine n’est quand à lui pas de marbre. Le captain Jack est une sorte de superman tombeur qui en réalité saute sur tout ce qui bouge (les hommes du 51ème siècle…). On se moque du long nez et des grandes oreilles de Christopher Eccleston et on découvre que le Docteur peut danser (ou comment parler de sexe à la Lubitsch, sans en avoir l’air). La résolution finale digne d’un conte, avec happy end à la clé achève de souffler le téléspectateur.

2709CLe bon Docteur Constantine se transforme en aspirateur

Même s’il ne montre pas l’étendue du jeu temporel dont il est capable, ce dyptique possède en lui une bonne partie de ce qui fera les meilleurs épisodes de Steven Moffat. Notamment son aptitude à mêler l’horreur au merveilleux, à mettre en avant les enfants ou à apporter du neuf durable à la mythologie de Doctor Who. Ici, le Capitaine Jack Harkness qui rejoint le TARDIS à l’issue de l’épisode. Ce n’est pas la première fois qu’un escroc/mercenaire s’accorde les faveurs de la série (on se souvient de Sabalom Glitz), mais l’ambigüité du personnage et l’aisance de John Barrowman en font d’entrée de jeu un élément irremplaçable et important de la série. Il deviendra par la suite le héros de Torchwood, la première-spin off de Doctor Who version 2005. Avoir situé cette histoire dans le blitz londonien permet de visiter un temps apocalyptique où tout se jouait, et où les gens pensaient qu’aucun espoir de futur n’était possible. Et pourtant … Un hommage de l’Angleterre à elle-même, ça ne fait pas de mal de temps en temps.

2709D

N :9

IM : 7

27-1 / 08 Father’s day

27-1 / 08 Father’s day

De Paul Cornell

Réalisation : Joe Aherne

Destination: Peter Alan Tyler. Le 7 Novembre 1987.

2708

Le père de Rose, est mort renversé par une voiture alors qu’il se rendait à un mariage, alors qu’elle n’était qu’un bébé. Rose convainc le Docteur de retourner à ce moment pour que son père ne meurt pas seul. Mais à l’instant critique, elle ne peut s’empêcher de le sauver. Outre la colère du seigneur du temps qui se pose légitimement des questions sur les motivations de la compagne à le suivre, Rose découvre que son père était un petit combinard loin du grand homme que sa mère lui avait décrit. Tous se rendent au fameux mariage mais ils sont attaqués par des correcteurs du temps. Par la faute de Rose, le temps a été blessé et d’affreuses bêtes volantes bouffent tout le monde pour stériliser la plaie, commençant par les plus vieux. Alors que le monde court vers sa fin, le petit groupe d’invités et les mariés se barricadent dans l’église londonienne prise d’assaut par les exterminateurs…

2708BLe Docteur et Rose jouent un jeu dangereux

La nouvelle série continue d’explorer les possibilités que la série classique n’avait pas explorées, faute de suffisamment d’attaches aux compagnons terriens. La photographie d’un père que Rose n’a connu qu’à travers les descriptions de sa mère…une légende qu’elle n’aura jamais pu cotoyer, à moins qu’un alien se pointe chez elle pour lui offrir cette chance inespérée de défier la mort. Russell T. Davies sait que tout est possible dans Doctor Who, et qu’on peut même braver les règles instituées par les classiques pourvu que le jeu en valle la chandelle. Avec Father’s day, Doctor Who s’attaque au paradoxe temporel et on sait à quel point il n’est guère aisé de jouer avec (remember Terminator!). Ca l’est encore moins quand on officie sur une série qui doit prendre en compte la possibilité de changer le cours des événements. Sur ce point, la série classique nous a déjà introduit à l’effet blinovitch et la non possibilité pour le voyageur d’intervenir dans sa propre ligne temporelle. Mais au lieu de se poser d’interminables questions de logique sur le sujet, Davies s’en remet à la disparition des TimeLords et des règles du temps, laissant à Steven Moffat les audaces de codification des désordres temporels qui lui vaudront quelques fois de se prendre les pieds dans le tapis. C’est mieux ainsi, car trop de complexité aurait nui à un épisode dont la substance se trouve dans l’expérience de Rose. Le génial Paul Cornell, auteur sur des histoires dérivées lors du hiatus 1989-2005 et futur scénariste du très émouvant dyptique Human nature / Family of Blood, apporte dans ce father’s day une réelle empathie pour l’expérience humaine et une maîtrise étonnante des enjeux.

2708CPete Tyler tilte. Il n’y aura pas de happy end.

Même s’il ne comporte aucun grand événement à l’échelle de l’univers, Father’s day est un des épisodes les plus puissants de Doctor Who, et un de ses plus atypiques. Le sentiment de perte est rendu de façon remarquable (alors que c’est la première fois qu’on entend parler du père) le temps d’un pré-générique inhabituel. On passe à une réalisation à fleur de peau et de remarques aussi naïves que spontanées d’une Rose spectatrice (elle le pensait plus grand, elle imaginait le jour de sa mort comme un jour extraordinaire…), de sorte qu’on ressent que la compagne parfaite à qui on donnerait le bon docteur sans confession est sur le point de flancher. Ces premières minutes inhabituelles créent un lien encore plus grand avec Rose, qui porte à une étrangeté mêlée de spontanéité toutes les interactions entre elle et Peter Tyler. Billie Piper et Shaun Dingwall sont parfaits. Inspiré comme pas deux, Murray Gold s’invite à la fête par un thème nostalgique magnifique qu’il prend soin de placer aux moments adéquats pour porter l’émotion encore plus loin.

2708DLes reapers, grands nettoyeurs du temps en action

Mais Doctor Who reste une série comique et sa vocation est aussi, à la manière d’un retour vers le futur, à faire ressortir de cette époque tout le potentiel des rencontres. De ce côté là on est servis : Entre Jackie qui pense que Rose est la nouvelle maîtresse de son père, le petit Mickey Smith qui a déja une fâcheuse propension à courir et s’abriter derrière tout le monde (surtout Rose!), le Docteur qui garde le bébé Rose et le charrie sur le fait qu’elle provoquera la fin du monde dans le futur. Ajoutons-y un scénar’ très Carpentérien mettant un scène un siège dans une Eglise. On suit un petit nombre, mais il ne suffit que de quelques phrases pour prendre conscience que la même chose se produit partout ailleurs dans le monde. Father’s day est très important dans l’évolution des rapports entre Rose et le Docteur. Il montre que Nine est attaché au bonheur de Rose au point de sacrifier sa vie plutôt que de lui dire que la mort de son père pourra arrêter le processus. Mais il y’a cette voiture venue de nulle part qui appelle Peter Tyler à se sacrifier dans une poésie morbide. Elle hante ce personnage qu’on aimerait tant mieux connaître (l’interprétation de Shaun Dingwall aide beaucoup) , mais qu’on doit se résoudre à regarder mourir dans les bras de sa fille adulte. Father’s day restera un épisode à part dans Doctor Who, mais quel épisode !

N : 10

IM : 7

27 / 1-07 The Long Game (Un jeu interminable)

27 / 1-07 The Long Game

De Russell T. Davies

Réalisation : Brian Grant

An 200000. Empire de la Grandeur et de la Bonté humaine. Les Hommes connaissent un âge d’or culturel. Ils possèdent de nombreuses planètes ou évoluent un grand nombre d’espèces. Le Docteur, Rose et Adam, ancien sous-fifre de Van Statten devenu compagnon du Docteur, atterrissent sur le satellite 5. Cette station spatiale géante a le contrôle de toute l’information diffusée aux Terriens sur les 600 chaînes qui transmettent (dont une s’appelle bad wolf tv…) à travers l’Empire. Mais les voyageurs découvrent bien vite que la civilisation est plutôt en train de reculer. Pendant ce temps, un mystérieux personnage les surveille au 500ème étage, ce même étage ou on envoie ceux qui ont été promus et dont les murs sont d’or.

2707CShaun of the iced

Tiré d’un scénario qui fut rejeté dans les 80’s par la production de la série, The Long Game est un épisode S-F efficace qui explore le thème ô combien actuel de la manipulation de l’information. La station est sous l’emprise du Jagrafess, un gigantesque alien qui s’en sert comme instrument de survie et qui contrôle accessoirement depuis 100 ans toute information transmise sur Terre, et par la même occasion les humains. Dans cette station, les journalistes ont cessé de se poser des questions, trop intéressés par l’accès à une connaissance infinie et la course à la promotion (!). Par contre ils n’ont pas idée d’aller enquêter sur les problèmes de leur station, ni les différences entre les conditions de vie actuelles (technologie grotesque, aucun alien à bord, fast food, info people sur la grossesse de Face of Boe…) et ce qu’est censé être un âge d’or de la civilisation humaine.

2707La blogueuse influente reçoit l’information de la maison mère

Mais la storyline la plus intéressante, qui motiva le showrunner au premier abord, est celle d’Adam car elle soulève une question liée au voyage temporel que Doctor Who avait jusqu’ici laissée de côté (puisque trop prosaïque ?). Connaître le futur donne accès à une mine d’informations. Si vous voyagiez dans le temps, que vous contenteriez-vous d’explorer ou utiliseriez-vous les infos à votre disposition pour servir votre intérêt à votre époque? Tout comme Biff Tannen l’avait fait dans retour vers le futur 2, Adam a choisi la seconde option. Alors que Rose lui file le portable du Docteur pour qu’il reste en contact avec sa famille en 2012, il décide de profiter de la connaissance de plusieurs millénaires à sa disposition. Il se fait ainsi greffer une puce qui lui permettra de transférer le tout à son époque grâce au dit téléphone. Une décision qui mettra Rose et le Docteur en danger de mort et signera la porte de sortie du personnage (d’une manière pas triste). On comprend que le désintéressement de Rose est une qualité qui a poussé le Docteur à la garder à ses côtés, mais est-elle si désintéressée que ça?

2707BOMG ! I’m so stOOOnned.

A noter dans cet épisode la présence de Simon Pegg en représentant d’un consortium bancaire à la solde du Jagrafess et de Tamsin Creig (black book, Episodes) en affable greffeuse de puce pour cervelle.

N : 7

IM : 6

27 / 1- 06 Dalek

27 / 1- 06 Dalek

De Robert Shearman

Réalisation : Joe Ahearne

Dalek est le premier épisode mythologique de la nouvelle série, et aussi le premier où la réflexion et l’émotion l’emportent sur le rire et l’action. Mais ça ne veut pas dire que Doctor Who perd de son côté barré nourri depuis le début de la saison. Tout se mélange de manière fort harmonieuse dans l’univers du Docteur, et même face à de sérieuses retrouvailles il y’a toujours un peu de grotesque, d’absurde, et une pelleté d’idées folles. Comme si ça ne suffisait pas, Dalek prend une toute autre saveur à l’aune des épisodes classiques et du special du cinquantième anniversaire : une véritable redécouverte. Rose et le Docteur se retrouvent donc en 2012 dans l’Utah (le futur de Rose, désormais le passé pour nous), dans un véritable musée sous-terrain composé d’aliens. Henry Van Statten, le maître des lieux, a pour habitude depuis plusieurs décennies de récupérer les objets extraterrestres et de les recycler pour se faire son argent de poche, et accessoirement breveter ses trouvailles. Logiquement, il est devenu l’homme le plus puissant du monde. Il a même inventé l’internet, développé le haut débit et il peut changer de Président des Etats-Unis quand il veut. D’ailleurs c’est pareil pour ses sbires, il suffit de leur faire un petit lavage de cerveau et ils ne se souviennent de rien. Mais sa dernière découverte est un Dalek, et lorsque le Docteur répond hasardeusement à son appel, Von Statten peut se vanter d’avoir réuni le dernier survivant de chacun des camps ayant mené la guerre du temps.

2706AAnd now…showtime

Les Daleks font leur entrée dans la nouvelle série par la petite porte et en très petit nombre, dans ce musée qui renvoie autant à l’épisode The Space Museum du premier Docteur qu’au statut de pièce muséale qu’ont acquis le Docteur, les Daleks et autres monstres de la série classique (une tête de cyberman vient aussi dire coucou) dans la culture britannique. Mais c’est un trompe l’œil car Russell T. Davies n’a en aucun point minimisé l’impact de son unique affreux de Skaro, seul survivant de la guerre du temps. Le sérieux de l’épisode, et la confrontation d’égal à égal avec le Docteur aident à installer instantanément le Dalek comme la plus grande menace de la nouvelle série. Le showrunner a d’ailleurs éliminé toutes les conditions qui rendaient les Daleks vulnérables (la destruction des balles, la reprise de la lévitation) et confère à son specimen une intelligence stratégique qu’on ne leur connaissait que peu. On dispose enfin de vrais éléments sur la guerre du temps, sortant peu à peu du flou que Russell T. Davies a astucieusement crée pour mettre les néophytes et les fans de la première heure sur le même pied.

2706BRose accueuille sur son divan le dalek repentant

S’attarder sur le cas du Dalek de cet épisode revient à traiter de l’état de son ennemi le Docteur. Tous deux se révèlent extrêmement proches, chacun étant seul dans l’univers et essayant de masquer cette solitude. Le Dalek est une machine à tuer liée à son commandement, et quand il ne peut plus recevoir d’ordre, il tue aveuglément. Le Docteur voyage toujours plus loin dans une fuite en avant en faisant ce qu’il sait le mieux faire : sauver des gens. Le face à face réveille chez Nine ce passé douloureux et il perd prise avec les événements, songeant à se venger et à tuer sans se rendre compte que l’autre a lui-même fini par se remettre en question. Rose se révèle être le maillon reconstituant, la personne raisonnable qui contrôle la situation. Un renversement des rôles très bien venu à ce stade de la série. Il démontre encore mieux que tous les mots la complémentarité de Rose et du Docteur, même si le Dalek fera remarquer à juste titre qu’il y’a quand même de l’amour quelque part (et les fans historiques de se boucher les oreilles…). Pour ce qui concerne le futur proche de notre londonienne, nous avons une nouvelle référence au bad wolf lors de l’appel de l’hélicoptère du magnat au début de l’épisode. Dalek se permet également de mettre au goût du jour des pistes qui seront encore d’actualité neuf ans plus tard, telle la nature maléfique du Docteur ou la mutation d’un dalek (voir l’épisode into the dalek). Sa conclusion est un crève-cœur qui ferait presque regretter les facilités humoristiques qui revinrent par la suite dans le traitement des Daleks.

2706COn l’aura assez dit. Ne regarde pas dans l’abîme !

N : 8

IM : 9

27 / 1-04 & 05 Aliens of London & World War Three (L’Humanité en péril & Troisième Guerre mondiale)

27 / 1-04 Aliens of London

27 / 1-05 World War Three

De Russell T. Davies (2 épisodes)

Réalisation : Keith Boak

C’est un jour historique. La Terre s’apprête à connaître son premier contact avec les E.T et ce ne sont pas ceux qu’elle croit. Rose est de retour chez elle avec le Docteur et elle doit justifier son absence de douze mois auprès de sa mère et des autorités. C’est le moment que choisit un étrange vaisseau spatial pour se crasher sur Big Ben et atterrir dans la Tamise. Les télés sont sur le coup, les familles invitent les voisins. Un corps alien a été repêché : un cochon humanoïde. En l’absence du premier ministre, une succession de personnes obèses importantes se pointent au 10 Downing street pour gérer la crise. Mais nul ne sait encore, si ce n’est Harriet Jones, une parlementaire qui s’est trouvée là par hasard, que le vaisseau n’est qu’un subterfuge et que les vrais aliens se cachent derrière ces gros. Ils se nomment les Slitheen, une famille de criminels de la planète Raxacoricofalapatorius venus sur Terre pour faire du business. En gros, leur programme est de détruire la Terre pour en revendre les morceaux au plus offrants (ils ont même passé une annonce interstellaire). La prochaine phase de leur plan sera de faire croire à l’ONU que les faux aliens possèdent l’arme de destruction massive pour déclencher l’attaque nucléaire fatale.

2704

Note pour plus tard – Ne pas trop se rapprocher de BIG BEN pour la photo

Ce premier double épisode de la nouvelle série inaugure la structure des doubles de Davies qui sera répétée sur chacune de ses saisons et la première de Steven Moffat (Trois par saisons se déroulant selon un schéma similaire « menace qui monte / cliffhanger dévoilant la menace /action à proprement parler »). Il installe aussi le leitmotiv de l’invasion terrienne cher au showrunner. Premier contact avec une race extra-terrestre ? C’est oublier The Web of FearThe Invasion, les saisons du troisième Docteur sur Terre en tant qu’expert consultant pour UNIT et ce qui suivit. Russell T. Davies marque un point sur la continuité en convoquant UNIT à Downing Street et en mettant à jour la célébrité du Docteur dans le monde des consultants sur les invasions aliens dès que l’alerte est donnée par Jackie Tyler. Mais ce n’est pas la plus grande qualité de ce double. Les deux épisodes réussissent à être passionnants, en grande partie grâce à la gestion exceptionnelle du peu de lieux constituant les épisodes et à l’inventivité du scénario. On se retrouve dans une sorte d’anti-guerre des mondes / Independence Day qui troque l’emphase pour la gaudriole style Bad Taste de Peter Jackson. Et pour cause, les motivations des aliens sont autant intéressées que les têtes de nœud du premier film du futur réalisateur des seigneurs des anneaux. Davies parvient à maintenir le coté inquiétant sur un fond de comédie totalement assumé et investit un décalage constant entre l’importance de la menace et l’absurdité de ses manifestations. Le coté burlesque des scènes des Slitheen parvient à relever le coté rudimentaire des effets spéciaux numériques et des prothèses. L’utilisation des médias et de vrais journalistes (notamment Andrew Marr) offre une belle modernisation des invasions classiques.

2704C2704DHabillés ou nus, les affaires se font en famille

Russell T. Davies a aussi eu la très bonne idée de faire un détour par Londres, 2005 après deux aventures lointaines. Disposer d’un référentiel de sa vie quotidienne aide à comprendre les motivations de Rose pour les voyages tout en rendant l’identification plus aisée pour le spectateur. Prenez Billie Piper et vous avez la plus humaine des compagnes. Les proches de Rose se retrouvent, du fait de leur découverte, également plus impliqués qu’aucune famille de compagnons ne l’a été. Mickey passe de petit copain spolié à main du Docteur pour sauver l’humanité, se voyant même au final proposer une place dans le TARDIS (à suivre…). On peut aussi savourer un ton de comédie 80’s style « alien à domicile », qui laisse autant de place au décalage humoristique qu’aux scènes émouvantes entre Rose et ses proches, qui tapent toutes dans le mil. Cela permet de voir le Docteur dans des situations du quotidien, si peu utilisées dans la série classique et pourtant propices à explorer son ambivalence vis-à-vis des humains, qu’il aime profondément bien qu’il ne puisse supporter leur ignorance. La satire sur la réception à la télé par les voisins de Rose d’un moment que le Docteur qualifie d’historique est très savoureuse.

 2704B Il arrive…

Niveau continuité, nous avons une nouvelle manifestation du Bad Wolf par un graffiti sur le TARDIS par un gamin du quartier. Le docteur qui examine le cochon se trouve être Tosh de Torchwood (Naoko Mori). Une explication a posteriori dans le spin off fera de cette apparition la première manifestation de la création de la reine Victoria, bien avant que le Docteur et Rose ne lui en inspirent l’idée. En Harriet Jones, parlementaire et future premier ministre, on retrouve Peneloppe Wilton, à jamais la mère de Shaun dans Shaun of the Dead et un futur personnage clé de Downton Abbey. La saison progresse. Rose persiste et signe dans son audace et s’éloigne cette fois de son monde en connaissance de cause.

N : 8

IM : 6

27/1-03 The Unquiet Dead (Des morts inassouvis)

27/1-03  The Unquiet Dead

De Mark Gatiss

Réalisation : Euros Lyn

Cardiff. 1869. Cela fait un bon moment qu’à la morgue de M. Sneed, les morts se réveillent. Mais là, une vieille décide de revivre, buter son petit fils et se rendre à la représentation de Charles Dickens. Suite à une légère faute de calcul de TARDIS, Rose et le Docteur arrivent sur les lieux alors que la représentation vire à la panique. Les spectateurs et l’écrivain ont bien vu de leurs propres yeux une émanation ectoplasmique sortir du corps mort de la vieille femme. Ces émanations gazeuses qui prennent possession des cadavres sont des Gelths, une poignée d’E.T profitant d’une faille spatio-temporelle (la célèbre faille de Cardiff, qu’on recroisera par la suite) pour se réfugier sur notre planète, et survivre à la destruction de leur population pendant la guerre du temps. Nine décide de leur accorder l’asile des cadavres terriens par l’intermédiaire de Gwyneth (Eve Myles, qui deviendra Gwen Cooper dans le spin off Torchwood), la servante de Sneed qui a acquis des dons de medium au contact de la faille. Il lui incombera d’ouvrir le chemin aux Gelths. Mais ces derniers se révèlent être bien moins pacifiques et apeurés que chacun l’aurait pensé.

2703

Prêts à affronter dans la bonne humeur l’époque victorienne

Après l’invasion du présent et la SF futuriste, The inquiet dead est la matrice du troisième type d’épisodes de la nouvelle série : les épisodes du passé. L’ex membre de la ligue des gentlemen et futur showrunner de Sherlock Mark Gatiss s’y colle, et il semble s’amuser comme un petit fou à réveiller ses zombies dans le Cardiff victorien. Prenant partie d’un héritage de la série classique démarré sur the Daemons, le fantastique devient une science à laquelle l’homme n’a pas encore accédé et les visiteurs ne sont nulle autre que des aliens. La grande inventivité qui se dégage de l’épisode pâtit de la comparaison avec le génial Ghostlight de l’époque Ace/Seven, ou encore the Curse of Fenric qui utilisaient des éléments fantastiques proches. Mais cela n’amoindrit en rien le gros travail scénaristique effectué sur cette renaissance des épisodes du passé et plus largement sur l’architecture de la saison.

2703B

De sauveuse de la Terre à Gwen Cooper. What happened ?

L’intrigue de la clé du temps ou le procès du Docteur avaient introduit des fils rouges saisonniers dans la série classique, mais de manière plutôt maladroite. Russell T. Davies met en place subtilement l’architecture de sa saison à travers le don de voyance de Gwyneth en mettant en avant la mort du père de Rose et suggérant que ses voyages lui ont fait penser à lui, et il glisse une première référence au Big Bad Wolf. A travers les Gelths, nous entendons parler de la guerre du temps, ce qui remet en perspective la problématique du neuvième Docteur abordée dans l’épisode précédent. Mieux que tout autre compagnon auparavant, l’enthousiasme de Rose aide à prendre conscience du caractère spécial de ces aventures, notamment au détour d’une remarque fines sur le caractère unique et non reproductible d’un Noël dans l’Histoire. Mais elle demeure une londonienne de 2005, et nous assistons à un beau choc des cultures lorsque Gwyneth confronte son monde à celui de la voyageuse temporel. Rose est toujours la figure empathique, loin des préoccupations galactiques et le Docteur le grand réaliste qui doit faire fi des considérations morales pour envisager une solution politique. Ici un brin intéressée, puisque déterminé qu’il est à réparer une conséquence de la guerre du temps qui pourrait bien éteindre une autre espèce.

2703C

The Unquiet Dead se paie le luxe d’un guest de choix: Le grand écrivain Charles Dickens. Homme blasé et vieillissant que plus rien ne surprend, qui se retrouve seul à divertir les foules dans des lectures de ses oeuvres. Le potentiel de confronter un auteur social spécialisé dans la critique du monde réel (bien qu’il ait fait du fantastique) à cette magie est bien exploité, jusqu’à faire de son invitation à une séance de spiritisme un grand moment comique. Il passera par l’incrédulité, puis sera libéré de sa dépression, découvrant à l’issue de l’histoire qu’il y’a encore bien des choses à découvrir. A son instar, H.G Welles avait lui aussi pu trouver l’inspiration auprès du Docteur, mais sans véritable ambition d’écriture. Ici le fond se lie ici à la forme, et la belle photo d’Ernie Vincze couplée à une reconstitution honnête du Cardiff victorien nous plonge dans un conte de Noël que n’aurait pas renié le maître Dickens. Il se trouve également que l’auteur d’Oliver Twist mourut peu après cette date. La révélation que le Docteur lui fait que son œuvre durera toujours prend une toute autre résonance, tout comme l’émotion de l’écrivain qui les entend demeure indescriptible. Mark Gatiss offre dans son imaginaire la fin que Charles Dickens méritait, et il rend hommage à un personnage haut en couleur (Simon Callow est  à la hauteur).

2703D

Une invasion de zombies extraterrestres? Charles s’en charge!

A part ça, ce troisième épisode moderne nous gâte sur les anachronismes de langage. Il renforce encore l’alchimie entre Nine et Rose. Il offre une histoire véritablement inquiétante, bien qu’en quasi huis-clos, dotée d’une brillante montée dramatique. A travers le sacrifice de Gwyneth, Rose tâte un peu de l’envers du décor des voyages dans le TARDIS. Tout est en place pour une belle saison.

N : 8

IM : 7

27/1-02 The end of the world (La Fin du monde)

27/1- 02  The end of the world

De Russell T. Davies

Réalisation : Euros Lyn

Imaginons faire un bond de 5 milliards d’années en avant, que le soleil se dilate pour devenir la géante rouge qui va consumer la Terre (pas trop dûr, c’est un peu ce qui va se passer) et qu’on puisse assister à l’événement en direct. Techniquement, la fin ne sera pas aussi spectaculaire, mais il se trouve que des industriels avaient prévu des protections pare-soleil jusqu’au moment fatidique. Pour impressionner Rose, Le docteur l’emmène pour son premier voyage sur cette station ou se déroulera devant elle la fin de la Terre. L’occasion de croiser le gotha invité à la fête, quelques bonnes têtes d’aliens (dont Face de Boe qui fait ici sa première apparition) et Cassandra O’Brien qui se dit être la dernière humaine pure dans un monde dominé par les mélanges humains/… non humains. Rose finit par se poser des questions sur ce mystérieux extraterrestre qui l’a conduite au milieu de cette cérémonie de dingues, si loin de tout, même si quelques standards musicaux de son époque ponctuent la cérémonie. Mais voilà qu’une personne malveillante introduit au coeur du vaisseau des robots saboteurs qui lèvent les boucliers anti-soleil de la station…S’engage une course qui fera oublier à la jeune londonienne que non loin de là, sa planète natale est en train de mourir.

2702AMieux que les chutes du Niagara. La fin de ta planète !

Pour ce second épisode de la nouvelle série, Russell T. Davies fait une entrée franche, bien décidé à prouver le plus tôt possible ce dont son Dr Who est capable, et accessoirement aux plus jeunes téléspectateurs ce que le TARDIS a dans le ventre. A l’instar de Rose, nous sommes transportés en peu de temps du foyer londonien à l’époque présente à la fin du berceau de l’humanité, sans coup de semonce, et à peine le temps de se rendre compte de l’ampleur de ce qui se passe, nous voilà projetés dans une action menée tambour battante, dans un suspens très bien géré qui souffle aussi bien le drame que la comédie. Loin de la dynamique serial des arcs classiques, le défi de Dr Who 2005 est de faire de chaque épisode (ou double-épisode) un mini-blockbuster avec les moyens du bord, pour une durée de tournage de seulement un mois (pour la première fournée) et un budget peu élevé par rapport aux séries américaines. Le contrat est pourtant rempli et possède une belle facture visuelle, avec pas moins de 203 plans d’effets visuels. Les aliens sont totalement décomplexés (génial Moxx of Balhoon) et Russell T.Davies n’hésite pas à manier l’absurde, à l’instar de ses prédécesseurs. On pense notamment au ballet des représentants aliens de Peladon, mais en plus réussi. Même dans l’univers fourmillant de Doctor Who, the End of The World est une mine d’inventivité. On y découvrira pour la première fois le psychic paper. On y trouvera même une incursion pop inhabituelle dans l’utilisation de « Tainted Love » ou « Toxic » comme de la musique classique, une façon comme une autre de s’attirer la complicité du spectateur autant que celle de Rose.

2702BFaut-il arrêter la chirurgie esthétique ?

Une autre première dans la série, qui coupait volontairement les compagnons de leurs origines : Le pont avec le présent est créé avec le téléphone trafiqué du docteur qui permet à Rose de communiquer avec ses proches. La compagne n’est plus une victime accidentelle des aléas du TARDIS (le neuvième Docteur en a d’ailleurs le parfait contrôle) ou d’un Docteur caractériel mais une jeune femme qui accepte de prendre part au voyage, telle une Alice suivant le lapin blanc dans son monde étrange. Et là évolue la teinte de doctor who. Ce Docteur 2005 tire vers le merveilleux, éludant pour le compagnon toute séparation dramatique pour la plonger dans l’ivresse de ce nouvel univers et de la découverte. Qui ne rêverait pas d’avoir le beurre et l’argent du beurre, l’espace et le temps à l’échelle de la Terre, puis la possibilité de rentrer chez soi en un claquement de doigt. Dès lors qu’elle parle à sa mère, Rose se résout peu à peu à plaisanter et lâche la bride au Docteur. On pourra donc se concentrer sur les voyages et profiter du naturel désarmant de Billie Piper, qui dès cet épisode se pose comme le contrepoids humain d’un Docteur volant du plus grand enthousiasme au fatalisme. 2702C

Une petite folie pour la jet set de l’an 5 milliard, et puis au lit

« Everything has its time and everything dies », dit Nine lors de la fin brutale de Cassandra. Sa phrase renvoie à la fin de la terre, à l’importance relative de notre époque (superbe juxtaposition entre la désolation du vaisseau et le plan de foule du présent) et à la fin de Gallifrey qu’il a vécu il y’a peu. En montrant à Rose la relativité de toute chose et la précarité de l’existence, Nine lui a présenté ce que peut être son point de vue, celui du seigneur du temps si évolué pour qui l’espace et le temps ne sont plus des limites. Russell T.Davies dévoile le drame de la guerre du temps avec la même pudeur, dans une larme significative de Christopher Eccleston. Tout prépare à cette discussion finale entre lui et sa compagne où il se confie enfin sur la disparition de sa planète et des siens. Cette scène permet à Murray Gold de briller pour la première fois dans son interprétation du thème musical de Rose. On y ressent un peu de cette nostalgie qui habite la compagne et le Docteur au final de l’épisode. Et beaucoup de la complicité qui sera la leur, unique dans l’histoire de la série. Les choses sérieuses peuvent commencer… 2702C

N : 9

IM : 8

Saison 27/1 (2005)  / 27/1-01 Rose

NINENINE LIVES !

27/1-01 Rose

De Russell T. Davies

Réalisation : Keith Boak

Rose Tyler est une jeune vendeuse londonienne qui partage sa vie entre son boyfriend Mickey et sa mère un peu fantasque et pas très futée (qui serait insupportable dans une autre série). Mais cette vie ‘normale’ est sur le point de basculer. Un jour ou elle se trouve dans les locaux de la boutique à l’heure de fermeture, les mannequins se mettent à bouger et à l’agresser. Un étrange inconnu, le Docteur, débarque et fait exploser la boutique. Rose est au chômage. Mais ça n’est pas grave car on retrouve facilement du taf en Grande Bretagne. Derrière cette attaque hors du commun, et c’est bien plus grave, se dissimulent des E.T peu scrupuleux qui peuvent contrôler le plastoc à l’aide d’une conscience. Rose décide d’enquêter sur cet individu énigmatique et jovial, entre temps réapparu dans sa vie et qui semble laisser une trace à plusieurs époques. Elle le retrouvera au cœur de la ville, rencontrera son nouveau TARDIS et l’aidera à ne pas périr lors d’une intervention peu réfléchie. Au terme d’un affrontement ou les mannequins en viendront aux armes et mettront la panique dans les rues de Londres, Rose acceptera d’accompagner le Docteur dans ses aventures spatio-temporels.

2701AQuand Nine rencontre Rose

Suite à un projet de film avorté avec Paul Thomas Anderson et plusieurs pistes abandonnés , le créateur de la série Queer as Folk Russell T.Davies parvient à lancer le 26 mars 2005 le grand retour du seigneur du temps. La production est aux Pays de Galles, sous l’égide de Julie Gardner et de BBC Wales, de Mal Young et du producteur Phil Collinson. L’attente est fébrile pour des générations d’anglais, mais aucun succès n’est certain car le paysage audiovisuel a bien changé depuis 1989. Rose est finalement bien accueilli, et ce n’est que justice. Ce premier épisode est un très bon départ qui possède en germe toutes les bonnes recettes du relaunch, sans toutefois dévoiler tout des directions passionnantes que la série saura faire éclore / revenir au fil de la saison 1 et confirmer ensuite. A travers un recyclage particulièrement bienvenu des autons (ils avaient déjà inauguré le passage à la couleur de la série en 1970 !), la SF s’insère dans le quotidien de 2005 de manière intelligente, ne manquant pas de rire du consumérisme généralisé tout en distillant une bonne humeur et un en-train communicatifs sur toute la longueur de l’épisode. La réalisation de Keith Boak, dépêché suite au désistement d’Edgar Wright parti concocter Shaun of the Dead, est énergique et moderne. Elle dissimule tant que faire se peut le peu de moyens de production des anglais pour concurrencer des séries américaines de plus grande ampleur et historiquement plus rodés à la SF.

2701BLes backstreet boys prennent d’assaut Madame Tussauds

Le rythme de Rose ne faiblit jamais et le coté cheap s’intègre finalement bien, les effets liés aux autons étant particulièrement soignés. Le seul hic demeure une fin trop vite expédiée, finalement relative eut égard à la densité de cette introduction. Le mélange réussi de genre, de liberté de ton, de série B et d’humour inséré dans le quotidien n’est pas sans rappeler la série Buffy contre les vampires, à laquelle ce relaunch de Doctor Who reprendra, du moins sous Russell T.Davies, la construction saisonnière progressive (un fil rouge menant au season finale au milieu de loners). Mais la comparaison ne va pas beaucoup plus loin, car Rose est unique dans le paysage audiovisuel, et même dans l’histoire de Doctor Who. Tout en tentant de se fondre formellement dans la production du moment, elle contient à la fois les germes du nouvel âge d’or de la fiction anglaise (Life on Mars et the Office apparaissent à la même époque) et une originalité héritée de près de trois décennies de programme.

2701DPlastic Mickey ou l’étrangeté décomplexée

Afin de marquer la séparation entre les deux séries, le format écran large est adopté et la durée de l’épisode passe à 45 minutes. Une expérimentation en phase avec les formats sériels américains plus qu’un retour aux durées expérimentées lors de l’époque du sixième Docteur. Mais le plus gros bouleversement et une des plus grandes forces de la nouvelle série est la personnalisation des thèmes musicaux, portés par le talentueux compositeur Murray Gold. Par cet accompagnement, on identifie très vite la portée de l’action du Docteur ainsi que le merveilleux et de l’aventure à venir, même dans une exposition très terrienne. Mais nous ne partons pas de zéro. Le neuvième Docteur interprété par Christopher Eccleston a un passé, même s’il est confus. Il semble découvrir le nouveau corps hérité de sa régénération tout en ayant vécu visiblement plusieurs aventures prises à la volée et exposées sur internet (la photo lors de l’assassinat de Kennedy renvoie visiblement à la date de première diffusion de la série classique).

2701COn sait déja que Christopher Eccleston sera une incarnation très intéressante, plutôt proche de Four dans l’attitude, la folie ambiante étant remplacée par une dualité finement rendue. Nine est jovial, mais il dissimule une gravité déjà visible dans un de ses premiers échanges avec Rose. La conscience Nestene reconnaît la technologie des seigneurs du temps dans le TARDIS et prend peur, car la raison de  son invasion terrienne est bien la guerre du temps qui a décimé leur planète. Peu de whovians auraient parié un penny (dreadful) sur Billie Piper, sorte de Britney Spears anglaise orientée vers une carrière d’actrice, mais il ressort de son jeu un naturel désarmant et un talent évident. L’alchimie avec Nine est immédiate, à l’image de celle qui unissait Seven et Ace dans une époque qui ne semble plus si lointaine. Rose partage aussi avec la compagne précédente l’audace et l’attrait de l’aventure, mais il lui reste, contrairement à Ace, de nombreuses attaches sur Terre. Les seconds rôles plus comiques sont très bien écrits et l’originalité est la qualité qui saute aux yeux, du moins pour le spectateur novice. Aussi vieux soit-il, Doctor Who sème un vent de fraîcheur sur le petit écran. Les plus aguerris savent que ce n’est pas une recette miracle. Juste la combinaison du bon moment, des bons acteurs, d’une équipe dévouée et d’un personnage rentré depuis longtemps dans l’inconscient collectif des britanniques. L’invasion des autres pays est en marche.

N : 7

IM : 9

The Day of the Doctor (Le Jour du Docteur) (2013)

The Day of the Doctor

de Steven Moffat

Réalisation : Nick Hurran

Le Onzième Docteur (Matt Smith) vient chercher Clara (Jenna Coleman) à son époque mais leurs retrouvailles sont perturbées par l’intrusion de UNIT qui remorque le TARDIS et ses deux occupants jusqu’à Londres. Kate Stewart les informe que la reine Elizabeth 1 a laissé un message au Docteur, un tableau fait office de sceau : une reconstitution de Gallifrey falls, la chute d’Arcadia, deuxième ville la plus importante de la planète du Docteur. L’événement eut lieu le jour où le Guerrier qui ne peut plus porter le nom du Docteur supprima les Daleks et Gallifrey. En ce jour, quatre cent ans plus tôt, le Guerrier s’empare du Moment, une arme de destruction massive dotée de conscience. Alors qu’il s’apprête à commettre l’irréparable, la conscience de l’engin apparaît sous les traits de Rose Tyler (Billie Piper) devenue le Bad Wolf et l’informe que son acte aura des conséquences autant sur les siens que sur sa vie future. Elle lui propose une vue sur cette vie en ouvrant un portail temporel.

Pendant ce temps, le Docteur et Clara apprennent que la reine Elizabeth première du nom souhaitait l’aide du Docteur afin de prévenir un grand malheur. Le tableau en question a été brisé de l’intérieur et menace notre présent. Le Docteur, Clara et Kate sont témoins de l’apparition d’un vortex similaire à celui du Guerrier qui conduit notre Docteur à rencontrer son prédécesseur, le dixième Docteur (David Tennant) peu avant la son dernier diptyque (en allant voir les Oods au début de The End of Time, il avoue être passé chez Elisabeth ). En plein milieu d’une romance avec la reine en 1562, celui-ci s’est aperçu que des Zygons, extra-terrestres pouvant prendre l’apparence de leur victime, rôdent dans le coin. Ils pourraient même avoir pris l’apparence de la Reine et être la raison de l’appel d’Elizabeth à notre présent. Le Guerrier emprunte à son tour le vortex qui l’amène en 1562.

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Le terrorisme dans un désert. Pas très efficace mon vieux.

Le gros Wibly Wobly Timy Winy clou de la célébration du cinquantenaire de Doctor Who eut lieu le samedi 23 novembre 2013. L’épisode anniversaire entra dans le Guiness Book pour avoir battu le record de transmission simultanée : diffusé dans 94 pays, auquel il faut ajouter une distribution, pour la plupart en 3D, dans 1500 cinémas à travers le monde. Si la France n’ouvrit pas ses grands écrans au Docteur, France 4 tint ses promesses avec une diffusion en version multilingue qui leur valu un record d’audience de 720 000 téléspectateurs. Un succès à relativiser devant les 77 millions de spectateurs mondiaux (dont 10,2 millions d’Anglais), mais qui dut attirer quelques néophytes. The Day of the Doctor excella à ce niveau, à mettre dans l’ambiance ces nouveaux venus, fournissant les éléments permettant d’appréhender promptement un univers vieux de cinquante ans tout en tirant partie de nouvelles idées. Steven Moffat, à l’aise dans tous les univers qu’il visite, offre un spectacle aussi accessible que divertissant.

Doctor Who: Day of the DoctorLe War Doctor se rend compte que la culpabilité l’a fait rajeunir

La saison 7 de la nouvelle série tourna autour de la notion de mémoire, empruntant des chemins escarpés qui amenèrent le Docteur à se souvenir de ce Guerrier qu’il avait relégué au plus profond de ses souvenirs. The Day of the Doctor ne revient pas sur le voyage de Clara dans la mémoire du Seigneur du temps, préférant aller de l’avant. Mais le onzième Docteur ne pourra plus fuir longtemps son passé : alors que le dixième du nom était le Docteur du remord, onze est celui qui s’est forcé à oublier, à avancer pour ne plus avoir à ruminer le génocide qu’il a dû commettre sur les siens. Steven Moffat a fait de son onzième Docteur quelqu’un de plus distant et énigmatique, en rupture avec le livre ouvert qu’était celui de David Tennant. L’épisode des cinquante ans est bel et bien un retour au run de Russell T. Davies puisqu’il aborde de front le drame fondateur qui a inauguré la nouvelle série en se plaçant chronologiquement avant la régénération du neuvième Docteur. Il aurait été présomptueux de penser que Steven Moffat aurait lâché d’un coup toute cette storyline qui a permis à la Doctor Who de renaître. Une renaissance qu’il a aidée, rappelons-le, à porter au sommet. N’a-t-il pas exprimé à plusieurs reprises qu’il travaillait surtout en vue du cinquantième anniversaire ? Si le doute était permis avant cet épisode, on peut désormais émettre un bilan sur le personnage incarné par Matt Smith et comprendre que Moffat a bien relégué l’aspect héroïque du Docteur dans l’optique du cinquantenaire, comme le passage obligé d’un parcours qui arrivera bientôt à une nouvelle étape, et une nouvelle régénération. Dans un même souci de continuité, le showrunner redonne à Rose ses lettres de noblesse, reconnaissant que son personnage, autant que les remords du Docteur, fut déterminante dans la réussite du relaunch. Il n’en oublie pas pour autant la compagne actuelle, Clara, qui acquiert dans cet aventure un rôle lumineux au-delà de l’énigme qu’elle était lors de la saison 7.

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Rose configure le Docteur qu’elle accompagnera très bientôt.

Quand The Day of the Doctor ne s’emploie pas à nous lancer sur les voies d’une intrigue alien typique des aventures des premières années de la nouvelle série, il ne nous raconte rien de plus que ce que Steven Moffat sait le mieux raconter : un conte de Noël baroque et habité fêtant tous les possibles de la SF. La transposition de Scrooge à Noël 2010 demeure une de ses meilleures œuvres à ce jour, et on ne peut s’empêcher d’y voir un écho dans cette main tendue à l’homme qui deviendra une sorte de croque-mitaine pour ses incarnations futures. Le Guerrier s’apprête à commettre l’acte qui va lui coûter son âme et se retrouve face à une arme de destruction massive dotée de conscience qui l’invite à visiter ses apparences futures et les vies qui seront les siennes. Il découvrira lors de son parcours qu’il ne se remettra jamais vraiment de son acte, mais aussi que ses remords aideront à sauver de nombreux mondes. Steven Moffat ne se contente pas de réhabiliter cet homme aux yeux des deux autres Docteurs (« You were the Doctor on the day it wasn’t possible to get it right. »), mais lui offre la possibilité d’une alternative à son choix cornélien, que ses centenaires supplémentaires ont pu lui souffler. Ainsi tous les Docteurs passés et présents, ainsi que le treizième à venir (le nom de Peter Capaldi a fuité depuis quelques mois), s’uniront pour isoler Gallifrey avant l’intervention des Daleks. Ce revirement surprenant réussit même le tour de force de ne pas remettre en cause les précédentes saisons (le Guerrier régénéré en Nine et Ten oublieront leur aventure et penseront que la destruction a bien eu lieu) et d’ouvrir de nouvelles perspectives avec un Docteur qui pourra enfin retourner chez lui.

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The Day of the Doctor use à merveille des capacités du showrunner actuel à jongler avec les concepts et avec le temps. Il transforme un tableau en portail temporel – remarquable intrigue secondaire (le plan d’installation des Zygons) – et permet d’introduire en filigrane la résolution finale (le gel de Gallifrey en un instant).  Dans le même ordre d’idées, il exploite allègrement, mais jamais gratuitement, les possibilités que peuvent offrir la réunion de trois Docteurs, trois TARDIS et trois tournevis soniques en un seul et même endroit. Il équilibre avec brio un scénario complexe traitant de thèmes ardus, sans manichéisme et en conservant l’esprit résolument optimiste de la série. Dominés par l’immense John Hurt, qui contraste avec les deux gamins Matt Smith et David Tennant, les échanges entre les trois versions du Docteur valent à eux seuls le détour.

Moffat réussit enfin à enrichir son scénario d’une lecture qui touchera seulement les téléspectateurs des classiques mais qui achève les devoirs de mémoire et de conservation entrepris durant l’année du cinquantenaire  : la fille du Brigadier Lethbridge Stewart aux prises avec une choix proche de celui qu’avait connu son père avec les Siluriens, deux Docteurs qui renversent la polarité d’un vortex, l’apparition du quatrième Docteur Tom Baker dans un rôle de Conservateur qui servirait pour le futur, une première scène dans une salle de classe très évocatrice… Autant de détails qui surgissent au détour d’un plan ou d’un dialogue, qui parfont la cohérence de cet univers.  Steven Moffat était la personne adéquate pour ce cinquantième anniversaire, un scénariste capable de construire des fondations liant la série classique et la nouvelle, tout en rediscutant la base de cette dernière pour se tourner vers le futur. Et n’oubliant pas qui plus est de donner au public une intrigue riche et un message d’une grande intelligence. Son humilité face à la tâche qu’il a accomplie mérite d’être saluée.

Le Moment est venu pour la nouvelle série

N : 10

IM : 10

The Night of the Doctor

The Night of the Doctor

De Steven Moffat

Réalisation : John Hayes

La guerre du temps entre les Daleks et les Time Lords menace l’univers, mais le Docteur n’y a toujours pas pris part. Malgré tout, la jeune pilote Cass qu’il tente de sauver d’un crash refuse son aide du seul fait qu’il appartienne à un des deux camps. Le vaisseau, avec ses deux occupants, s’écrase sur la planète Karn. Le Docteur mourrant y’est recueilli par les sœurs de Karn, gardiennes du secret de la vie éternelle. Elles proposent à Eight d’accepter une potion qui lui permettrait de choisir sa prochaine incarnation, qui lui permettrait d’intervenir dans la guerre du temps. Réticent, le Docteur finit par se laisser convaincre lorsqu’il voit le corps sans vie de Cass. Il abandonne ainsi son titre de Docteur pour devenir un guerrier, incarné par John Hurt.

the night of the doctor

Nous voilà dix-huit ans en avant pour un mini-episode diffusé en préambule de Day of the Doctor, l’épisode du 50ème anniversaire de la série, le 14 novembre 2013 (sur Youtube et le service de diffusion en ligne de la BBC). Un amuse-bouche qui permet au showrunner Steven Moffat de faire monter la pression avant l’anniversaire, mais aussi de faire un début de lien entre les blocs classiques et modernes. D’où son importance dans la mythologie de la série. On y voit enfin la régénération du huitième Docteur, qui sera la seconde et dernière apparition de Paul McGann et lancera l’intervention du War Doctor dans la guerre du temps. Ce court segment fait référence aux compagnons de ce Docteur qui n’ont eu de vie que dans les audios de Big Finish et remet en scène la sororité de Karn déjà apparue dans The Brain of Morbius. Ces pas tout à fait sept minutes sont aussi denses qu’un scénario de Steven Moffat peut l’être, présentant le contexte de l’épisode à venir, l’explication de la particularité du War Doctor et développant le dilemme du Time Lord dans son entrée dans une guerre qu’il rejeta durant une bonne partie de sa durée. Le showrunner donne ainsi une belle porte de sortie au huitième et parvient à inscrire officiellement et de manière rétroactive une nouvelle incarnation dans la chronologie de l’époque classique, ou bien dans une époque intermédiaire. On ne sait plus trop…

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