36 / 10-04 Knock, knock (Toc, Toc)

36 / 10-04  Knock, knock

de Mike Bartlett

Réalisation : Bill Anderson

Bill cherche une colocation avec cinq étudiants. Peu satisfaits du résultat de leur chasse, les colocs rencontrent un vieil homme qui leur propose un grand manoir à un bon prix. Le Docteur accepte de l’aider à déménager ses affaires. Intrigué par la maison, il décide de rester. A raison  car le manoir se referme sur eux pour les piéger. Bill et Shireen découvrent le corps de Pavel à demi prisonnier des murs, retenu par la musique qui joue sur sa platine. Le propriétaire intervient pour leur faire comprendre qu’ils ont été piégés. Le Docteur et Harry font face à une horde de dryades, des insectes aliens qui font partie des murs. Tous les 20 ans, le propriétaire invite des jeunes pour que la maison se nourrisse d’eux. Le propriétaire confesse au Docteur que les dryades ont sauvé sa fille Eliza et qu’il leur doit un tribut. Faite de bois, Eliza est en fait la mère du vieil homme dont il a prolongé la vie indéfiniment, en oubliant de vivre la sienne.

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Pavel dans son interprétation convaincante de l’emmuré vivant

Le contexte et l’esprit de cette maison de l’horreur rappellent les premières saisons de Buffy contre les vampires. Un esprit que le spin off Class et son jeune casting tenta de récréer sans succès malgré sa note d’intention. La recette n’était pourtant pas bien difficile : quelques jeunes pas trop prise de tête et un esprit de déconne qui balance bien avec la menace horrifique. Pour la grande Histoire, le scénariste Mike Bartlett révéla que le grand-père du jeune Harry (dont il parle brièvement) n’était nul autre qu’Harry Sullivan, haute figure de UNIT qui voyagea avec Sarah Jane Smith et le quatrième Docteur. L’atmosphère lugubre et le manoir plutôt bien choisi assurent le quota de frissons pour la première partie, avant que l’intrigue ne glisse vers une variation insectoïde de la chute de la Maison Usher d’Edgar Alan Poe. L’épisode comporte quelques défauts scénaristiques, dont le plus évident est la répétition d’une menace qui intègre les fondations des lieux deux épisodes après Smile. Mais tout est rattrapé par une très belle conclusion. David Suchet, plus connu pour le rôle d’Hercule Poirot qu’il interpréta pendant  plus de 20 ans est tout à tour inquiétant et touchant, aussi convaincant en vieux propriétaire victorien qu’en enfant qui n’a jamais grandi. Il parvient à transmettre toute la tragédie de son personnage dans une longue scène aux accents Burtoniens dans laquelle la mère et le fils maudits font leur adieu au monde.

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La jeunesse d’Angleterre prête à entendre Hercule Poirot

Cette petite incursion gothico-slasheresque permet de faire un break des voyages pour s’arrêter sur la vie de Bill, dont les scènes avec Twelve sont toujours aussi rafraichissantes. Plus que jamais décomplexée face à la démesure du Docteur, elle l’accepte comme un aspect de sa vie au point de lui demander un coup de pouce pour son déménagement, mais elle ne conçoit pas d’abandonner celle-ci pour enchaîner les voyages. Elle fait une nouvelle fois preuve de perspicacité en devinant avant le Docteur (et Eliza, qui n’est pas bien perspicace), qu’Eliza ne peut qu’être la fille du propriétaire des lieux. Dans cette mise en avant du duo, Nardole est toujours remisé aux utilités, mais les choses se précisent un peu sur l’identité du/de la prisonnier(e) du Docteur.

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knock knock

N : 7

IM : 5

36 / 10-03 Thin Ice (La Foire des Glaces)

36 / 10-03  Thin Ice

de Sarah Dollard

Réalisation : Bill Anderson

Le Docteur et Bill ratent leur retour à notre époque (et le thé de Nardole) pour atterrir à Londres le 4 février 1814, pendant la dernière foire hivernale. Problème : Un monstre repose sous la glace, au fond de la Tamise et aspire les gens pour les becqueter. Le Docteur se fait voler son tournevis sonique par un gamin errant, qui se retrouve vite aspiré par la créature. Son amie Kitty les mène jusqu’à leur repaire où ils rencontrent d’autres enfants errants. Pour les sauver, Twelve propose à Bill de se laisser capturer par la créature. Sous la glace, ils rencontrent un monstre gigantesque seul et prisonnier de chaînes. A leur retour sur la terre ferme, une piste les mène jusqu’à des ouvriers qui extraient un carburant bien plus efficace que le charbon qui brûle même sous l’eau, résultat de la transformation des victimes mangées par le monstre. Ils se rendent chez le propriétaire Lord Sutcliffe, un type pas très recommandable qui admet que sa famille prospère sur le dos du monstre depuis des générations. Découvert, Sutcliffe les emprisonne et décide de tout faire exploser pour que la moitié de la foire coule dans la Tamise et nourrisse le monstre. Le Docteur laisse à Bill le choix de tuer ou de libérer la créature. Bill choisit de la libérer malgré le risque qu’elle fait courir à la population.

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Ha ! Ce bon vieux Peter qui n’a pas vu venir l’effet Papillon

Ecrit par Sarah Dollard qui avait déjà produit le scénario de Face The Raven, Thin Ice est le premier épisode du passé de Bill. L’intrigue reprend le postulat de The Beast Below dans un contexte historique, mais réussit là où l’épisode de Steven Moffat tombait à plat. L’épisode permet de découvrir une partie de l’Histoire anglaise que Doctor Who n’avait jusqu’ici peu abordée. Comme ce fut le cas pour Martha, la couleur de peau de Bill permet de mettre en avant le racisme ordinaire et le peu d’humanisme de l’Angleterre du haut de l’époque, gonflée par son empire colonial et la Révolution Industrielle naissante. Le final permet de corriger à une échelle moindre la lignée d’un aristocrate bien né qui a perdu pied avec la réalité du monde. L’épisode en lui-même est plutôt anecdotique, même si le côté hivernal apporte une ambiance festive, parfois aux frontières d’un épisode de Noël. Il se révèle plus intéressant par le parti de se centrer sur la relation de professeur à élève entre Bill et le Docteur.

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Big Huge Monster is watching you

Thin Ice est un TP de responsabilité citoyenne in situ, avec examen final. Tout au long de l’épisode, Twelve apprend à Bill à surmonter ses ressentis et à embrasser une vision du monde plus globale et réfléchie : Passer le réflexe de s’outrager pour agir, comprendre que la passion l’emporte rarement, et pour finir lui laisser la responsabilité d’un choix difficile avec des morts dans la balance. Ce choix n’est pas aussi déterminant que dans Kill the Moon, mais pour lui laisser les rênes après si peu de temps, Twelve fait visiblement confiance dans le jugement de Bill. Toujours aussi pertinente et curieuse, l’élève parle des dimensions parallèles, de l’effet papillon ou des effets secondaires aux voyages temporels. Entre fascination et répulsion, son rapport au Docteur n’est pas fait d’un bloc. Bill ne passe pas pour quelqu’un d’exceptionnel, mais pour une jeune femme normale qui se découvre peu à peu, et il est plutôt enthousiasmant de se retrouver de nouveau face à ce type de compagne qui évolue par paliers, peu présente dans l’époque moderne (même Rose sautait très vite de la normalité à quelque chose de plutôt exceptionnel).

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Lord Sutcliffe, trop humain pour ne pas provoquer la colère de Twelve

Reste un Nardole toujours réduit à une unique scène et à la fonction de tenir le fil rouge du mystère du coffre (la promo a déjà vendu la mèche, mais tant pis).

N : 7

IM : 5

36 / 10-02 Smile (Souriez)

36 / 10-02 Smile

de Frank Cotrell-Boyce

Réalisation : Lawrence Gough

Malgré l’interdiction de Nardole qui le somme de rester pour garder le coffre, le Docteur conduit Bill dans une des premières colonies spatiales humaines, avant l’arrivée des colons. Ce monde est peuplé de Vardies, des nanorobots qui sont chargés de rendre les nouveaux arrivants le plus heureux possible et dont l’interface parle l’émoji (!). Ils délivrent à Bill et à Twelve un badge indicateur d’humeur qu’ils doivent porter dans leur dos afin de jauger leur humeur. Problème : Les Vardies ont ordonné la suppression de tous les installateurs qui ne souriaient pas pour s’en servir de fertilisant. L’entière structure étant faite de vardies, Twelve décide de faire exploser les lieux avant qu’ils ne tuent les futurs colons. Jusqu’à ce qu’ils découvrent que le vaisseau colon est bien arrivé avec les derniers survivants terriens, cryogénisés. A leur réveil, ces derniers humains découvriront que leurs proches ont été tués et ils devront sourir, sous peine d’être à leur tour exterminés.

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Un monde peuplé d’émojis, une horreur bien réelle

Contrairement aux compagnes modernes précédentes, le baptême du feu du futur pour Bill s’est fait sur son premier épisode. Il s’agit donc là d’un deuxième voyage dans le futur orchestré par le scénariste du plutôt bon in the forest of the night. Smile est un épisode de bonne facture qui dévoile les effets néfastes d’une utopie en recyclant habilement des ressorts habituels de la série. La problématique de l’anéantissement de la douleur et des sentiments négatifs n’est pas nouvelle. Elle croise ici une vision très épurée de l’architecture et du langage du futur. La mauvaise interprétation de robots censés guérir devenus des exterminateurs est un ressort scénaristique introduit par Steven Moffat pour son premier épisode en tant que scénariste sur la série et qu’il a depuis beaucoup repris. Les vardies n’avaient jamais entendu parlé de deuil, ils ont identifié le sentiment engendré par la première mort naturelle dans la colonie comme un ennemi du bonheur, à supprimer absolument. Si le déroulement est prévisible, les enjeux s’intensifient lorsque Bill et le Docteur découvrent que la vie des derniers humains est en jeu. La dernière scène qui voit la confirmation de l’accès à la conscience des vardies emporte tardivement l’épisode vers d’autres considérations plus métaphysiques, et une résolution dans la lignée de la philosophie de  Doctor Who: On ne se contente pas de dégommer l’ennemi robot pour se venger mais on accepte la reconnaître en tant que nouvelle forme de vie autochtone.

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Cherchez le Vardi Acte I

Le petit plus de Smile se trouve dans le rajeunissement de la série et la prise en compte la génération de Bill. Twelve est fidèle à son côté de froid scientifique lorsqu’il se plaint qu’ils sont arrivés dans l’utopie d’adolescents futiles faite de smileys et de robots faits pour te rendre heureux. Mais Bill est comme un poisson dans l’eau au milieu de cette technologie créée pour servir. Il ne faut pas y voir une critique de la dépendance des nouvelles générations, mais plutôt une aisance naturelle de ceux-ci à évoluer au sein de la technologie, à l’utiliser (et à l’intégrer au sein de leur réflexion ?).  Avec sa perspicacité habituelle, Bill pose les bonnes questions (des données sont récoltées par les robots. Qui gère ces données ?) et balance des remarques pertinentes sur les codes établis de Doctor Who sans pour autant adopter une attitude cynique. Son authenticité tranche vivement avec le côté très cérébral et calculateur de Clara et confirme le marquage de la série d’une aura nettement plus légère. Elle donne aussi un coup de boost à un Docteur Moffatien très marqué par le drame. Seul regret pour ce sympathique loner : l’écartement de Nardole de l’épisode, qui s’explique probablement par une nécessité de consolider les fondations de la relation entre Bill et Twelve. Voilà qui est désormais fait, et sous les meilleurs auspices.

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Cherchez le Vardi Acte 2 : l’interface

N : 7

IM : 5

Saison 36 / 10 / 36 / 10-01 The Pilot (Le Pilote)

36 / 10-01 The Pilot

de Steven Moffat

Réalisation : Lawrence Gough

Contraint à demeurer sur Terre à cause d’une promesse qu’il a faite il y’a 50 ans, le Docteur est devenu professeur honoraire d’une université anglaise, avec Nardole pour assistant. Le TARDIS est remisé dans son bureau avec ses souvenirs de voyage. Bill Potts sert des frites aux étudiants, et elle assiste régulièrement à ses cours. Intrigué par cette jeune femme curieuse qui sourit quand elle ne comprend pas les choses, le Docteur lui propose de devenir son tuteur. Bill flashe sur Heather, une étudiante, qui la conduit jusqu’à une flaque d’eau, qu’elle trouve inhabituelle. L’étudiante est aspiré par l’entité liquide. Elle prend forme devant Bill un peu plus tard et se met à la poursuivre. Pour la sauver, le Docteur fait entrer Bill dans le TARDIS. Mais qu’ils aillent en Australie ou 23 millions d’années plus tard, l’eau les poursuit toujours. Le Docteur comprend qu’Heather voulait partir loin et que l’entité coincé dans la flaque qui cherchait un pilote a décidé de l’embarquer. Mais le pilote pourrait bien ne pas lâcher Bill pour des raisons plus humaines qu’on ne le croit. Twelve décide de mener le pot de colle sur le territoire des Daleks.

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Twelve aura fort à faire avec la promotion 2017

Steven Moffat a apporté sa pierre à l’édifice de Doctor Who, il a créé un pont entre la série moderne et la série classique, et voilà maintenant qu’il trace la voie du futur. Il sait que son époque fait désormais partie du passé, pour preuve cette photo de River qui trône sur le même bureau que celle de Susan, la petite fille du Docteur qui voyageait avec William Hartnell. The Pilot est pourtant bien un épisode Moffatien, avec ce détail du quotidien (une flaque d’eau) qui devient une menace horrifique. L’intrigue rappelle un peu Waters of Mars, la course poursuite pour échapper au poursuivant renvoie plus aux classiques qu’à la série moderne, et particulièrement à l’arc The Chase du premier Docteur.  Mais il y’a quelque chose de neuf dans cet univers qui répond au titre de l’épisode en forme de double sens, encore un peu indéfinissable mais ce quelque chose fonctionne étrangement bien. Le décalage et l’incrédulité de la nouvelle compagne et la gradation astucieuse dans le dévoilement des possibilités du TARDIS montrent une volonté d’introduire Doctor Who à une génération à qui on la fait moins. Bill n’a pas d’équivalent dans la série. Complexée et héritant d’une histoire familiale difficile, elle est ouvertement lesbienne et de ce fait, élude toute possibilité de flirt avec le Docteur. Malgré ces tares apparentes, Bill est curieuse et ouverte, et instantanément attachante. Sa réaction à la découverte des photos de sa mère prises par le Docteur afin qu’elle puisse en avoir avant après sa mort emporte aussi la complicité du spectateur. L’épisode développe ensuite avec acuité son envie de partir loin. Pearl Mackie est très juste dans cette mélancolie qui caractérise son personnage et semble être loin d’avoir dévoilé toutes ses facettes.

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Une connexion qui dépasse le temps et l’espace

Peter Capaldi n’est pas en reste. Voir le très alien Twelve faire profiter de sa science à un parterre d’étudiants avec autant de passion rappelle que Clara Oswald, sa craie et son tableau sont passés par là. Le fait que le Docteur soit retenu sur Terre (pour les raisons du fil rouge de la saison) renvoie aux débuts du troisième Docteur exilé, mais c’est une perspective inédite qu’explore encore Steven Moffat.  Les interactions de Twelve avec Nardole sont tellement bien écrites qu’on a aucune peine à penser que ses deux-là se côtoient depuis des décennies. D’une apparence très classique, ce pilote est au final un des épisodes introductifs de compagnons les plus aboutis, qui porte bien plus d’importance aux détails que précédemment (le thème de Clara placé juste au bon moment  file des frissons…). Il parle à l’initié tout en dévoilant ses secrets au newbie, comme une invitation irrésistible. Douze ans après Rose, on peut se mettre à la place de celui ou celle qui a découvert Doctor Who avec Bill et penser que des tas d’aventures excitantes s’annoncent pour elle ou pour lui…

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Le cours du Docteur, numéro 1 des UE depuis 50 ans

N : 8

IM : 8

Christmas Special 2016 – The Return of Doctor Mysterio (Le Retour du Docteur Mysterio)

Christmas Special 2016 – The Return of Doctor Mysterio

De Steven Moffat

Réalisation : Ed Bazalgette

Le soir de Noël, le Docteur frappe à la fenêtre du jeune Grant, un jeune fan de comic books. Alors que le Docteur lui présente sur le toit de l’immeuble l’invention qu’il a créée pour inverser les paradoxes créés à Manhattan, Grant avale accidentellement la pierre précieuse qui devait l’alimenter. Une pierre qui a le pouvoir d’exaucer les vœux. Grant se met alors à acquérir les facultés de Superman. Le Docteur lui fait promettre qu’il n’utilisera jamais ses pouvoirs. Quelques années plus tard, la reporter Lucy Fletcher espionne la société Harmony Shoals et découvre qu’elle est contrôlée par des cerveaux aliens qui se transfèrent dans le crâne des plus hauts dirigeants terriens pour servir leur plan diabolique : conquérir le monde. Elle est rejointe par le Docteur et Nardole qui enquêtaient aussi de leur côté sur la multinationale. Coincés tout ce beau monde est sauvé par le Fantôme, un super héros local qui s’envole avec Lucy, qui n’est nul autre que Grant devenu adulte (on l’aura deviné). Lorsqu’il ne sauve pas Lucy, Grant garde son bébé depuis qu’elle s’est faite larguer par son meilleur ami.

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Twelve et l’enfant qui avale des pierres

Depuis The Husbands of River Song, il s’est passé un an. Un an sans Doctor Who qui s’achève par ce Christmas Special hommage à Superman. The Return of Doctor Mysterio n’est pas une parodie, et encore moins un pastiche. C’est bien une adaptation de Superman à l’univers du Docteur exécutée avec un respect et une déférence visibles par Steven Moffat, et on pourrait même dire à ce point une adaptation de Doctor Who à l’univers de Superman. Le paysage cinématographique et télévisuel étant bien occupé par les super-héros, on se serait attendus à un peu plus de dépaysement après un an d’absence, et d’autant plus sur un épisode de Noël écrit par Steven Moffat. La sympathique introduction sera la nouveauté, la petite touche whovienne à un défilé du classique de Jerry Siegel et Joe Shuster qui a déjà connu rappelons le une adaptation parfaite en 1978 : Grant est amoureux de la journaliste locale, il a deux identités et les deux la connaissent, son adolescence a été difficile à cause de la vision à rayon X etc… Les rencontres avec Twelve apportent un peu de sel à l’aventure du jeune homme, qui logiquement, aussi ancrée dans l’univers du mythe, n’a pas de véritable assise réelle. Entérinant bien la difficulté à lier les deux mondes, la deuxième partie de l’épisode nous présentera d’ailleurs deux séries différentes : l’une suit notre wanna be Clark Kent en rendez-vous perturbé avec sa belle, l’autre Nardole et le Docteur dans une aventure classique de Doctor Who.

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Ach ! un deux trois zoleil

Dans ce christmas special qui n’en est pas vraiment un, nous pouvons tout de même savourer les répartis du duo Capaldi / Matt Lucas avec la première apparition de Nardole en tant que compagnon. Nettement plus sarcastique que dans le précédent épisode, ce Nardole est à peu de chose près celui qui accompagnera Twelve et Bill dans la saison à venir. Les bad guys aliens sont également un recyclage de The Husbands of River Song, où ils venaient porter main forte au roi Hydroflax dans le restaurant du vaisseau pirate. Les 24 ans d’absence du Docteur consacrées à River sont également mentionnées, et leur fin est visiblement la cause de la mélancolie que Twelve traîne sur cet épisode. S’il est plutôt oubliable, The Return of the Doctor Mysterio reste un sympathique divertissement, bien réhaussé par la performance de Charity Wakefield en reporter bien plus perspicace et dégourdie que Lois Lane. Peut-être fallait-il cette bonne année de déconnexion pour pouvoir se rebrancher sur du vrai Doctor Who après toutes les émotions de l’an passé.

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Richard Donner wuz here… a long time ago

N : 6

IM : 4

Christmas Special 2015 – The Husbands of River Song (Les Maris de River Song)

Christmas Special 2015 – The Husbands of River Song

De Steven Moffat

Réalisation : Douglas MacKinnon

Noël 5343. Mendorax Dellora, colonie humaine. Pris pour un chirurgien, le Docteur est dêpéché sur un vaisseau pour une intervention. Sur les lieux, il est accueilli par River Song, mais elle ne le reconnaît pas. Elle lui annonce que son mari le roi Hydroflax est en train de mourir. Le Docteur doit retirer le plus précieux diamant de l’univers du cerveau du monarque pour que le professeur Song puise le vendre au meilleur prix. Démasquée, elle s’enfuit avec le Docteur et la tête du dictateur dans un sac. River est à la recherche du Docteur, quel que soit son incarnation, et lorsqu’un autre de ses maris lui débusque le TARDIS, elle ne se fait pas prier. Elle fait atterrir le TARDIS sur un vaisseau refuge de criminels de guerre et hors là loi près de la galaxie Anromède. Là-bas, elle rencontrera un acheteur pour monnayer le diamant. Mais la situation se complique lorsqu’ils se rendent comptent qu’ils sont cernés par les alliés d’Hydroflax.

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Quand Nardole rencontre Twelve

River Song débarque à point nommé pour oublier Clara le temps d’un épisode. Après le drame et les émotions de la fin de la saison 9, rien de tel qu’un peu de burlesque débridé et d’aventure menée à 100 à l’heure, avec une petite touche de screwball comedy pour relever. Ce christmas special comporte une bonne partie des ingrédients de la comédie du remariage qui fut popularisée par Ernst Lubitsch ou Howard Hawks durant les années 30 et 40, et reprise plus récemment dans le Intolérable Cruauté des Coen. Le premier ingrédient est une épouse forte et indépendante face à un homme largué. River était toute désignée pour tenir ce rôle, face à un Docteur un peu en retrait sur le début de l’aventure, qui découvre la vie dissolue que sa femme mène lorsqu’il n’est pas là. Le seconde est l’importance des réparties, des dialogues vifs qui n’auraient pas dépareillé chez Ernst Lubitsch ou Billy Wilder. Steven Moffat a particulièrement gâté le spectateur car le débit est à la hauteur du rythme de l’épisode. Le comique de situation est le troisième élément relevé. Il est porté à son maximum par les situations cartoonesques et la comédie débridée qui relèvent bien de Doctor Who, mais qui nous feraient presque glisser vers le cinéma de Preston Sturges. The Wedding of River Song est quelque part entre The Palm Beach Story et Bringing up Baby dans le monde de Doctor Who, mâtiné d’Indiana Jones (pour le côté aventure). La tête du monarque détaché d’un corps robotique qui a une vie propre est par ailleurs un beau coup de coude au Nixon de Futurama et au Re-animator de Stuart Gordon.

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« Qu’on lui coupe la tête ! »

Dans la screwball comedy, il y’a un profond attachement aux deux protagonistes, souvent campés par des acteurs connus du grand public (avec la sympathie et le charisme qui vont avec) et qui ont acquis une certaine maturité, ceux-ci peuvent supporter d’être tournés en ridicule sans perdre de leur charisme. Matt Smith aurait difficilement pu donner la réplique à Alex Kingston sur cet épisode, même avec son passé de Docteur. Il semble que Steven Moffat ait parfaitement planifié cette rencontre entre Twelve et River et qu’il l’ait transportée dans le genre qui leur conviendrait le mieux, eut égard aux acteurs, mais surtout au vécu du couple qui expérimente une sorte de seconde vie commune. La cerise sur le gâteau est l’alchimie instantanée de Capaldi et Kingston alors qu’ils jouent ensemble pour la première fois, ce qui aide beaucoup à embrasser l’idée que leur union dépasse les régénérations. Les réactions du Docteur Capaldi face aux différents mariages de River sont priceless. L’impossibilité de River à entendre les confessions répétées du Docteur s’explique très bien par sa non-connaissance du nouveau set de régénération (ils ne se sont pas vus depuis Manhattan), mais est porté à un point qui vire à la pure comédie. The Wedding of River Song nous permet également de faire la connaissance de Nardole, sidekick de River, qui souffre beaucoup dans cet épisode, et qui deviendra dès le prochain le compagnon du Docteur. Matt Lucas n’a pas encore trouvé toutes ces marques sur le personnage, mais ses interventions sont toujours bienvenues.

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Un Noël survolté pour River et le mystérieux chirurgien

Mais toute cette aventure a été concoctée dans un but précis : Offrir à River Song la sortie qu’elle méritait. La mention des tours chantantes de Darilium attire aussitôt l’oreille du Whovien comme un signal d’alerte car nous savons que c’est leur dernière aventure avant la bibliothèque. Le Docteur et River atterrissent sur une planète près de ces tours et le Docteur donne le diamant à un ouvrier pour qu’ils construisent le restaurant qu’il avait promis à River il y’a bien longtemps de ça. Un petit tour en avant pour faire une réservation, mais il n’y a plus de place pour les quatre prochaines années. Aucun problème. Quatre ans plus tard,  River sort du TARDIS et se retrouve dans un superbe restaurant. Twelve lui offre le tournevis sonique qu’elle aura dans Silence in the Library et il lui offre la vue sur les tours chantantes de Darrilium. Mais le Docteur est triste, car il sait pourquoi le journal de River est bientôt terminé. Elle aussi se doute que la fin de leur aventure est proche et qu’elle passe sa dernière nuit à lui, mais une nuit à Darrilium dure 24 ans. Moffat a réussi un final à la hauteur de l’histoire de River Song, amer puisque nous savons que la fin du personnage est proche, mais un véritable soulagement pour celle qui pourra enfin expérimenter une relation de couple durable avec son mari. C’est aussi un beau cadeau pour le Whovien qui a enfin l’impression que l’Histoire de River et du Docteur est complète.

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N : 9

IM : 8

 

35 / 9-12 Hell Bent (Montée en enfer)

35 / 9-12 Hell Bent

de Steven Moffat

Réalisation : Rachel Talalay

« Memories become stories when we forget them. Maybe some of them become songs »

Le fils prodigue de Gallifrey est de retour chez lui dans une bulle isolé dans une autre dimension, il a pris le chemin le plus long pour revenir. Twelve se cloître dans une demeure dans les terres arides, entouré des pauvres de Gallifrey. Il ne daigne prononcer aucun mot face aux canons et aux dignitaires de Gallifrey, jusqu’à ce que le président Lord Rassilion accepte de le rencontrer. Le Docteur le somme alors de quitter sa planète. Secondé des troupes, il reprend le contrôle de Gallifrey (il fut lui-même lord président en d’autres temps) et demande au chef de la sécurité et aux sœurs de Karn d’extraire Clara juste avant sa mort pour qu’elle leur dise finalement qui est l’hybride. Mais Clara ne sait rien sur cette fichue prophétie, pas plus que le Docteur. Une seule idée a été le moteur du Docteur pendant ces millions d’années dans la forteresse : Leur faire croire qu’il savait qui était l’hybride pour avoir une monnaie d’échange qui lui permettrait d’ arracher Clara à la mort. Après avoir dupé la sécurité, Il mène Clara jusqu’à la base de données de la Matrice, là où vont les morts de Gallifrey et accessoirement, l’oracle qui a prédit la venue de l’Hybride (grâce à un super algorithme prédictif). Là-bas, il pique un TARDIS pour fuir avec Clara assez loin pour que les lois du temps n’aient plus de prise sur elle, à la fin de toute chose. Là-bas, ils rencontrent Me, qui est la seule immortelle à avoir survécu.

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Ambiance western italien pour le retour de Gallifrey, avec un Docteur silencieux, la chaleur, la foule pressée autour de lui et le thème du Docteur réorchestré à la Ennio Morricone. Comme l’a si bien illustré Sergio Leone, un silence de dix minutes vaut mieux que des flots de paroles pour situer un personnage et ressentir l’impact de sa légende. Et nous parlons ici de l’homme qui a mis un terme à la Guerre du Temps (l’homme sans nom perd par K.O).  On a compris que l’affrontement ne fera pas de quartiers, et le Docteur parviendra à négocier le retour de Clara, l’enlevant du moment de sa mort entre deux battements de cœur à l’aide d’une chambre d’extraction. Une solution temporaire. Mais maintenant qu’il a enfreint toutes ces règles pour la faire revivre, jusqu’où peuvent-il encore aller ?

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Face à la classe de Twelve, Gallifrey surcompense

La prophétie qui a été le fil rouge de cette saison a souvent laissé l’auteur de ces lignes circonspect car une prophétie, qui relève de la croyance, n’a rien à faire dans Doctor Who. L’expliquer par un algorithme prédictif de la Matrice change un peu la donne, mais elle n’est au final rien de plus qu’un MacGuffin scellant la fusion du Docteur et de sa compagne. De par leur émulation commune, le Docteur et Clara sont arrivés à un point où ils ne peuvent plus fonctionner l’un sans l’autre, continuant à aller toujours plus loin dans le challenge, ce qui ne pourra qu’être destructeur. Dans son échange avec le Docteur, la perspicace Me suggère que le Twelve et Clara sont cet être hybride que craignent tant les Seigneurs du Temps. Le Docteur le sait bien, et pour éviter la prophétie de destruction qui s’annonce, il n’a plus qu’une solution : effacer la mémoire de sa compagne et la reconduire sur Terre pour éviter les frais. Mais Clara ne l’entend pas ainsi. Comme le faisait si bien le troisième Docteur, elle inverse la polarité de l’engin censé lui faire oublier le souvenir du Docteur. Ce dernier décide de l’actionner malgré tout, l’un d’entre eux devant oublier l’autre.

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« Do you know why we run Doctor ? Because we know that winter is coming »

Dans le désert du Nevada, le Docteur s’arrête à un dinner, reproduction parfaite de celui où il avait reçu River, Amy et Rory avant l’arrivée de l’astronaute. Il tombe nez à nez avec Clara en serveuse, mais il ne la reconnaît pas. Il s’installe, pose ses lunettes soniques, prend sa guitare, puis joue le thème de Clara Oswald. Curieux moment extradiégétique, mais rien de plus que l’expression artistique du résidu de Clara qui restera toujours en lui. Car les souvenirs peuvent aussi devenir des chansons quand nous les oublions. Le Docteur raconte à la serveuse ce qui s’est déroulé à Gallifrey. Clara l’écoute, mais elle ne divulgue rien. Elle le laissera à proximité de son TARDIS avant de disparaître, révélant que le dinner était le TARDIS qu’ils venaient de piquer sur la planète des seigneurs du temps.

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La classe jusqu’au bout : finir sur du Murray Gold à la guitare !

Accompagnée de Me, la fille impossible vole toujours vers l’instant de sa mort. Elle retrouvera Gallifrey, mais en empruntant un long détour, comme l’a fait quelqu’un de bien connu. Et le Docteur de se retrouver dans son vieux TARDIS, compagnon abandonné par le Docteur Clara. Fidèle à son rôle de professeur, la compagne la plus influente de l’histoire de Doctor Who a laissé un dernier ordre sur le tableau : « run you clever boy and be a doctor ». Sans doute Twelve n’avait-il pas vu venir le vent Moffatien, un doux vent de changement qui suit la nostalgie de ces dernières saisons. Indice nous est donné lorsque le chef de la sécurité se régénère en femme que l’arrivée de Missy n’était pas un bug. Le dernier héritage du Moff’ n’a plus besoin que de quelques pierres pour pouvoir se concrétiser.

Farewell Doctor Clara

N : 9

IM : 10

35 / 9-11 Heaven Sent (Descente au paradis)

35 / 9-11 Heaven Sent

de Steven Moffat

Réalisation : Rachel Talalay

CETTE CHRONIQUE EST UN NID A SPOILERS COMME TOUTES LES AUTRES, MAIS IL SERAIT DOMMAGE DE SE GACHER CETTE EXPERIENCE EN PARTICULIER. DONC SI TU N’AS PAS VU HEAVEN SENT, TU ES PRIE DE PASSER TON CHEMIN.

Téléporté après la mort de Clara, Twelve se réveille dans une forteresse entourée d’eaux. Une mystérieuse faucheuse rôde. Piégé, le temps s’arrête et il se rend compte que les pièces du château se déplacent à chacune des ses confessions. Le Docteur comprend qu’il est dans une chambre de torture et que le mystérieux géolier veut lui soutirer un secret connu de lui seul. Il tente de prendre le contrôle de sa prison en s’aménageant un espace dans le TARDIS. Un espace où Clara est toujours là.  Un indice lui indique que la réponse est dans la pièce numéro 12. Dès lors, il s’emploie à tromper la faucheuse et à gagner sufisament de temps pour trouver cette pièce. A l’issue de ce jeu, il se trouve face à un mur de spantium 400 fois plus dur qu’un diamant, à une confession de la liberté. Touché par la mort, Twelve n’a pas d’autre choix que de poursuivre le cycle une fois de plus. Le même cycle qu’il revit maintenant depuis 7000 ans.

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L’avant-dernier épisode de cette neuvième livraison moderne décrit le combat du Docteur pour quitter cette forteresse, soit près d’une heure de One man show de Peter Capaldi  et un nombre d’années impressionnantes dans la vie du Docteur. Si le corbeau a été fatal à Clara, le Docteur pourrait bien hériter d’un destin différent tiré d’une autre oeuvre d’Edgar Allen Poe, Le Puits Et Le Pendule. Enfermé dans ce château perdu dont les pièces se meuvent comme un rubix cube, il devra se confesser pour échapper à la mort et relever des indices qui le rapprochent (et le spectateur) d’une incroyable vérité, celle que tous ces morts ne sont que lui-même qui parcourt incessamment la même boucle. Cette révélation mène à un bouquet final porté par le thème tout en crescendo de Murray Gold et le montage parfait de Rachel Talalay, qui s’empare de la narration et des mots de Peter Capaldi. A l’issue de ce bouquet final, difficile de ne pas inscrire Heaven Sent aux côtés des meilleurs du show. Il y’a même peu d’épisodes de séries télé qui peuvent se vanter d’avoir une aussi belle photo, des plans aussi marquants, un montage aussi malin, une réalisation aussi ample et un tel pic émotionnel.

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« I’m not scared of hell. It’s just heaven for bad people. But how long will i have to be here ? Forever »

Au-delà de ces qualités formelles, cette longue introspection de Twelve permet de faire le point sur le fonctionnement du Docteur moffatien et de voir à quel point le compagnon est une partie de lui-même. Dans sa solitude, Twelve se constitue un palais mental du TARDIS via lequel il s’adresse à Clara, le même palais mental que Moffat et Gattiss ont attribué à Sherlock Holmes dans la série Sherlock. Brisant l’autisme pas vraiment visuel du génie de Baker Street, cet artifice permettait d’étirer dans le temps une réflexion instantanée du détective, portée à son paroxysme dans l’épisode diffusé au nouvel an 2016, the Abominable Bride. Heaven Sent pose ce TARDIS mental et la présence de Clara, de ses craies et de son tableau qui résument si bien leur duo comme la condition de survie du Docteur dans cet univers de solitude où même la notion de temps a disparu. Le Docteur moffatien serait donc un Sherlock dans l’éternelle nécessité de son John Watson, seul personnage capable de le relancer, de nourrir sa réflexion. De façon plus prosaïque, il se trouve être dans un Docteur dans l’éternelle nécessité de Clara Oswald. Et dans cet accomplissement qui permet à Twelve de s’échapper de sa forteresse au bout de 4,5 millions d’années (!), il y’a déjà la réponse à la question pour laquelle le géolier torture le Docteur : Qui est l’hybride ?

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Every hundred years, a little bird comes and sharpens its beak on it

Mais cet épisode est peut-être aussi fort car il dépasse la mythologie de Doctor Who pour toucher la question du deuil dans un sens plus large. Cette forteresse est l’éternité que le Docteur doit traverser pour surmonter son deuil de Clara. Il doit sans arrêt tenter d’enterrer le passé pour faire revenir une nouvelle personne qui pourra peut-être échapper à la solitude, mais sans aucune garantie.  Dans cette heure qui signe le triomphe de Peter Capaldi, il n’y aurait peut-être qu’une chose à jeter, le cliffhanger final un peu pompier. Un plan sur la citadelle aurait suffi, mais ne mégotons pas sur ce qui pourrait être et voyons ce qui est. Heaven Sent est un chef d’œuvre du petit écran.

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How many seconds in eternity ?

N : 10

IM : 10

 

35 / 9-10 Face the Raven (Le Corbeau)

35 / 9-10 Face the Raven

de Sarah Dollard

Réalisation : Justin Molotnikov

Un coup de téléphone de Rigsy arrache le Docteur et Clara à leurs joyeuses aventures. Le jeune Bristolien rencontré dans Flatline s’est réveillé sans aucun souvenir (effet d’un retcon pour oublier avoir rencontré un alien- cf Torchwood), avec un tatouage qui effectue un compte à rebours. Le Docteur lui annonce qu’il va bientôt mourir. Ils se mettent en tête de retrouver une rue cachée dans Londres qui n’apparaît sur aucune carte et dans laquelle les événements qui ont mené au tatouage se seraient passés. Leur quête les conduit à une ruelle s’ouvrant sur une petite ville, un camp de réfugiés aliens administré par Me/Ashildr. Rigsy a tué un des réfugiés dans ce camp et il a été condamné à mort par l’immortelle, devenue Maire de la ville. A l’échéance du chronolock, une ombre quantique, une malédiction sous la forme d’un corbeau viendra lui retirer la vie. Mais Rigsy a été piégé par quelqu’un qui l’a appelé dans la rue. Me accepte que le Docteur enquête pour innocenter le condamné. Lorsque Clara apprend que la condamnation peut être transmise, elle demande à Rigsy de lui la refiler, pensant que sous la protection de la maire, elle ne risque rien et qu’ils pourront gagner du temps pour l’enquête. Elle parvient à convaincre Rigsy de le faire sans en avertir le Docteur, mais les choses ne se passent pas comme prévu.

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Rigsy, Twelve et Clara, pas bienvenus dans la Jungle

Nous y voilà, au dernier voyage de Clara Oswald. Suspendue dans le vide au-dessus de Londres alors que le TARDIS essuie des secousses, la compagne sans peur s’apprête à se voir remettre les pieds sur Terre de la façon la plus radicale. Face the Raven est un épisode habile dans son premier trois quart, un whodunit honorable dans un monde qui ne dépareille pas de cette saison 9 ouvertement politique. Comme pour le double des Zygons, il y’est question de réfugiés. Mais nous explorons ici un autre versant, celui des camps, avec la précarité et la violence qui est la leur. Les aliens y ont une apparence humaine pour l’œil extérieur grâce à un champ télépathique semblable au traducteur du TARDIS. Au beau milieu de cette poudrière dans laquelle se croisent les espèces les plus dangereuses de la galaxie, Me doit se comporter en fine politicienne et instaurer une loi impitoyable. Elle a pour cela passé un contrat avec l’ombre quantique en lui promettant les âmes des coupables. La scénariste Sarah Dollard prend acte de cette tension pour nous détourner de la vérité, et il y parvient sans problèmes, tant ce monde parallèle apparaît réel et les problèmes qui sont les siens font écho à notre actualité. Le compte à rebours sur Clara achève d’impliquer dans la résolution de l’intrigue, mais nous pouvons toujours nous croire dans un épisode qui connaîtra une résolution heureuse. Le scénario est par ailleurs truffé d’inspirations bien digérées. Le monde parallèle au sein de Londres rappelle le train pour Poudlard d’Harry Potter. L’ajout du corbeau, une première référence à Edgar Allan Poe pour la fin de cette saison, apporte un peu de poésie morbide à cet univers étouffant, et un mauvais augure annonciateur de la fin, car c’est bien ce corbeau qui actera le « jamais plus » entre Twelve et sa moitié.

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Me, plus seule qu’elle ne l’a jamais été

Et puis le voile se lève. Ashildr a attiré Rigsy dans la rue comme un appât. Elle savait qu’il connaissait le Docteur et qu’elle pouvait l’amener dans sa ville et l’emprisonner par le biais de l’énigme. L’alien en question n’est pas morte, et pour la libérer de sa chambre de stase, le Docteur doit enfiler un bracelet téléporteur. Me a fait un deal avec une personne inconnue pour protéger sa rue en échange du Docteur. Lorsque Me veut retirer la malédiction de Rigsy, Clara dévoile son stratagème. Mais elle n’avait pas prévu que lorsqu’elle prendrait le sort à son compte, Me serait hors du contrat. Clara n’a plus aucun recours pour éviter la mort. Les cinq dernières minutes de l’épisode annoncent la fin du jeu, éprouvantes. Le Docteur promet l’enfer à Ashildr si elle ne libère pas Clara, et il n’y a aucun mal à le croire. Pour éviter cela, Clara assume son erreur et elle lui ordonne de ne pas venger sa mort, de ne pas redevenir le guerrier qu’il était pour ne pas insulter sa mémoire.

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« i guess we just both gonna have to be brave »

Puis elle va affronter une mort des plus stupides qu’elle essaiera de rendre la plus digne possible, un peu en vain. Le gap entre la stupidité de cette mort et l’intensité de ces dernières minutes est à la mesure de ce que Steven Moffat et son équipe, mais surtout Coleman et Capaldi ont su installer sur ces deux années entre les deux personnages. Tout est déjà là, il suffit d’appuyer sur le bouton. Pas besoin de plus de mots de Capaldi pour comprendre l’horreur du Docteur alors qu’il s’apprête à perdre une partie de lui-même, ni la difficulté avec laquelle il consent à ces dernières volontés, ni à quel point la suite va être sans précédent. Voilà Clara envoyée ad patres et le Docteur en route vers sa prison. Et sans prévenir, cette saison en demi-teinte s’apprête à repousser les limites de la série. C’est parti pour le Moffat/Talalay/Gold/Capaldi show.

N : 8

IM : 7

35 / 9-09 Sleep no more (Dans les bras de Morphée)

35 / 9-09 Sleep no more

de Mark Gatiss

Réalisation : Justin Molotnikov

38ème siècle. Une équipe de sauvetage est envoyée pour secourir le scientifique Gagan Rasmussen sur une station spatiale. Ils y rencontrent Clara et le Docteur. Tous sont bientôt attaqués par une créature faite de poussière de sommeil, mais ils parviennent à retrouver Rasmussen sain et sauf dans une capsule. Ils sont aussi introduits à Morpheus, son invention, une capsule de sommeil (!) qui permet d’éviter de perdre trop de temps à dormir, puisqu’elle concentre en cinq minutes le dodo nécessaire. Ainsi tous passent plus de temps à bosser et les profits entrent mieux, et la croissance reprend et youpi ! Le problème est qu’à chaque réveil d’un long sommeil, il est connu qu’on se débarrasse de la poussière qui contient nos monstres intérieurs. Avoir tué le sommeil, la poussière s’est agglomérée pour engendrer des monstres qui ont pris le contrôle de l’équipage. Le Docteur découvre même que ces poussières pourraient bien les observer.

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Mr Sandman, bring me back Doctor Who zzzzz

Doctor Who ne s’était jusqu’ici pas essayé au found footage et c’était tant mieux. Le procédé créé suite au succès du projet Blair Witch a bien trop souvent servi de cache-misère « réaliste » à des intrigues vides et des scénarios creux. Sleep no more, l’épisode Mark Gatiss de cette saison 9, ne déroge pas à la règle. Il ne sera même pas sauvé par la justification tardive de l’emploi du found footage : Il n’y a aucune caméra dans le vaisseau, c’est donc la poussière qui les regarde. Dès lors, le point de vue employé trahit la transformation d’un personnage. Cette idée est en pratique peu utilisée et ne saurait pallier un manque flagrant d’inspiration. Le Grunt, soldat humain élevé pour tuer, semble sorti d’un cahier des charges de vagues inventions futuristes. Il ne servira au final pas à grand-chose, si ce n’est à sauver un membre de l’équipage aussi peu intéressant que ses congénères. La vidéo tournée par Rassmussen, qui entrecoupe les scènes, est redondante avec l’action et justifiée par une pirouette scénaristique finale ridicule. Cette explication grotesque « juste pour faire peur » aurait pu sortir de n’importe quelle série B et sonne l’alarme sur le fait qu’à se prendre trop au sérieux et à reprendre des effets de mode, Doctor Who risque de tomber dans le ridicule.

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Le psychic paper a t’il une caméra embarqué ?

Un tel résultat est d’autant plus dommage que le thème de la dépossession du sommeil pour le profit est original et qu’il aurait pu donner une intrigue intéressante dans le cadre habituel de Doctor Who. C’est néanmoins avec plaisir que l’on retrouve en Rassmussen Reece Shearsmith, ancien complice de Mark Gatiss sur The League of Gentlemen et interprète de Patrick Troughton dans le film historique « An adventure in time and space » tourné pour le 50ème anniversaire de la série. Le principal intérêt de Sleep No More est au final presque imperceptible, puisqu’on y glisse progressivement depuis maintenant deux saisons : Les réactions de Clara n’ont jamais été aussi proches de celles du Docteur, si bien qu’ils pourraient à plusieurs reprises être interchangeables. Une façon d’avancer un peu plus vers la fin, car nous avons bien compris, à ce stade, qui était cet hybride tant craint par les daleks.

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La blagounette finale de Rassmussen. Il nous a bien eus.

N : 4

IM : 2