36 / 10-09 Empress of Mars (L’Impératrice de Mars)

36 / 10-09 Empress of Mars

de Mark Gatiss

Réalisation : Wayne Yip

Le Docteur, Bill et Nardole rendent visite à la NASA alors que l’agence sonde la calotte glacière de Mars. Ils y découvrent avec stupeur l’inscription : « God save the queen ». Curieux, les trois mettent le cap sur mars en 1881, année où le message a été écrit. A peine arrivés, le TARDIS est dématérialisé avec Nardole à son bord, laissant les deux autres coincés sur Mars. Nardole se voit obligé de demander l’aide de Missy dans sa prison pour le ramener sur les lieux. Bill et le Docteur rencontrent un guerrier des glatsses baptisé Vendredi et deux officiers de l’armée britannique. Alors qu’il était en Afrique du Sud, le colonel Godsacre est tombé sur un vaisseau, avec Vendredi à son bord. Le guerrier des glatsses a demandé son aide pour réparer le vaisseau en échange des trésors de Mars. Mais sur place, leur vaisseau s’est crashé et ils ne trouvèrent ni les richesses promises, ni le peuple du guerrier des glaces. Mais voilà que la tombe d’une reine des glaces est mise à jour. Le colonel écoute les mises en garde du Docteur qui les avertit que la tombe les mènera à une ruche de guerriers invincibles, mais l’ambitieux capitaine Catchlove n’est pas de cet avis. Un soldat tente de piller les joyaux de la tombe et il réveille la reine, qui apprend que son monde est devenu inhabitable pendant leur sommeil. Le Docteur intervient pour éviter le bain de sang, en vain. La reine va réveiller les centaines de guerriers pour attaquer les humains. Catchlove dénonce la désertion du colonel et il prend le commandement pour combattre les guerriers des glatsses et rattacher Mars à l’empire de la reine Victoria.

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Même sur une autre planète, le tea time c’est sacré !

Empress of Mars est un épisode simple, direct et efficace. Un épisode du passé dans l’espace. Ce quasi huis clos dans les sous-sols de la planète rouge entre des soldats victoriens et des guerriers des glaces nous venge un peu de l’épisode de Mark Gatiss de la saison dernière. Il se place même au-dessus de Cold War, précédent épisode avec les guerriers qui avait aussi été scénarisé par le co-showrunner de Sherlock. Empress of Mars est bien mieux contextualisé vis-à-vis de la continuité et bénéficie de personnages plus savoureux. Si les militaires décrits sont plutôt pauvres, Catchlove (interprété par Ferdinand Kingsley, le fils de Ben), Godsacre, l’impératrice et le bien nommé Vendredi (merci Daniel Defoe) forment un quatuor prompt à soutenir l’épisode, permettant à Twelve et à Bill, toujours irréprochables, de se placer un peu plus en retrait. Ce fait mérite d’être souligné, tant les personnages secondaires de ces dernières saisons, ont servi de faire valoir au Docteur et à sa compagne. Si les décors de l’épisode sont rudimentaires, les couleurs chaudes de Mars s’accordent avec l’atmosphère guerrier et les uniformes agressifs des soldats de l’empire britannique. L’idée de faire des guerriers des glaces, grande noblesse guerrière de la galaxie s’il en est, le juge en dernier ressort d’un crime militaire est plutôt bonne. La rédemption du colonel paraît elle, un peu rapide.

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Une reine de trop pour la planète rouge ?

Bien empressé à juger Godsacre, Catchlove tente à son tour de fuir en lâchant ses hommes durant l’attaque des guerriers. Il se fait tuer par le Colonel. Le déserteur se livre alors à la reine des neiges en échange d’épargner son monde et la vie de ses hommes. Impressionnée par son acte, elle-ci refuse de le tuer et il finit par lui prête allégeance. Godsacre et ses hommes (survivants) ne reviendront jamais sur Terre, mais ils aideront à construire le nouveau monde des guerriers des glatsses. Un nouveau monde qui ne nous est pas inconnu puisque c’est proxima centauri et sa voix insupportable qui répond à l’appel lancé par le Docteur pour venir secourir les guerriers des glaces. Cette aventure précède donc l’arrivée des guerriers dans la fédération galactique, aussi bienveillants que nous les avons vus sur Peladon à l’époque du troisième Docteur. Après un pic de présence sur l’arc des moines, Nardole est cette fois-ci victime du fil rouge. L’empressement avec lequel le gardien du temple de ce début de saison consulte Missy pour rapatrier le TARDIS sur Mars laisse songeur. D’autant plus que rien ne permet ici de conclure que le changement de Missy est sincère, ou bien un stratagème de plus pour faire baisser la garde du Docteur. Toujours est-il qu’elle accepte de retourner dans sa cage après ce petit voyage. Les paris sont ouverts sur cette rédemption, qui pourrait bien être le dernier cadeau du Moff’. Capaldi et Moffat quitteront en effet le show à l’issue de cette saison. Chris « Torchwood / Broadchurch » Chibnall a déjà été désigné pour prendre succession de Steven Moffat et il promet de gros changements pour sa prise en charge de la série.

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Le prélude à une nouvelle ère pour les guerriers des glatssses

N : 8

IM : 7

36 / 10-08 The Lie of the Land (La Terre du mensonge)

36 / 10-08 The Lie of the Land

de Toby Whithouse

Réalisation : Wayne Yip

Les Moines étaient là avec nous depuis le début. Ils ont accueilli tous les progrès de l’humanité et ont défendu les humains contre toutes les menaces. Ils ont surtout réinventé l’Histoire à leur avantage et institué un crime de mémoire pour le peu de terriens qui continuent de penser qu’ils sont là depuis six mois. Parmi eux il y’a Bill Potts, l’instigatrice du pacte. Désespérée, elle reçoit la visite de Nardole qui s’est remis du virus. Il lui propose de tracer les émissions du Docteur qui est devenu le porte-voix des moines, ce qui les mène à une prison dans les mers d’Ecosse. Ils parviennent à le rejoindre mais il leur laisse croire qu’il a rejoint la cause des aliens pour le bien des humains. Persuadé qu’il les a trahis, Bill lui tire dessus. Mais tout était une mise en scène pour tester la compagne. Réunie, la team ouvre le coffre pour prendre le conseil de Missy. Elle a autrefois rencontré les Moines. Elle leur dévoile que la personne qui a établi le pacte a créé un lien psychique qui porte les faux souvenirs, transmis via les statues des moines, des récepteurs géants. Missy préconise de laisser Bill dans un état végétatif pour contrôler les moines, sa position de récepteur allant être transmise à sa descendance. Le Docteur refuse et décide d’entrer dans leur place forte pour s’approprier leur machine à propagande. Mais plus ils s’approchent de la centrale à fake news, plus le mensonge est convaincant. Un enregistrement de Bill est diffusé à l’équipe d’intervention pour qu’ils n’oublient pas la mission. Arrivés sur les lieux, le plan du Docteur échoue. Bill devra sacrifier sa vie en se branchant à la place du Docteur.

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« I made a huge mistake »

Dernier épisode du three parter des moines, The Lie of the Land est écrit par Toby Whithouse, un vieux de la vieille de la série capable du meilleur (The God Complex, A town called Mercy) comme de l’anecdotique ( Vampire of Venice, le two parter de l’innondation). Cet épisode rejoint plutôt la seconde catégorie, malgré de bonnes intentions et de bons moments ménagés par le Docteur et ses deux compagnons. Il aurait pu être un bon loner, mais se révèle une fin décevante pour l’arc commencé par Extremis. Après deux épisodes de montée en puissance, la conclusion se fait en version accélérée : pénétration plutôt facile d’une forteresse soi-disant imprenable, conseil auprès de Missy, pénétration plus facile d’un sanctuaire encore plus imprenable et final abrupt. Le tout au milieu de moines qui ont réussi à réécrire toute une histoire, mais qui font preuve d’une grande passivité. Au final, Bill se sacrifie en se branchant au transmetteur. Mais alors que les moines infectent ses souvenirs, celui de sa mère les bloque. Les mémoires de sa mère qu’elle a créées, fenêtre sur un monde sans les moines qu’elle tenait secret, ouvrent la perception de toutes ces girouettes qu’on appelle humains à travers la planète. Il est aussi difficile de ne pas penser à Akhaten, dont la résolution bien plus émouvante reposait aussi sur le souvenir d’une mère défunte. On ne peut pas reprocher aux scénaristes de la saison de ne pas avoir préparé ce final en multipliant les références à la mère de Bill et aux photos de celles-ci prises par le Docteur, mais le côté abrupt de cette fin et du retour à la normale empêche l’émotion de faire son travail.  Cela n’empêche pas le reste de l’épisode d’être plutôt agréable à suivre.

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Hé ben non, c’est pas encore pour maintenant

The Lie of the Land carbure sous les meilleures influences, 1984 de George Orwell en tête. La réécriture de l’Histoire renvoie à la double pensée, la transmission du Docteur à l’image de Big Brother, la police de la mémoire à la police de la pensée et nous entrevoyons une minute de la Haine orchestrée contre les criminels de mémoire. La consultation de Missy dans sa cage ne dévoile plus aucun secret, mais elle rappelle le silence des agneaux. Michelle Gomez prend un plaisir certain à incarner son personnage de psychopathe en position de force vis-à-vis Bill et du Docteur, comme le faisait Anthony Hopkins avec Jodie Foster. Twelve nous gratifie d’une pirouette pour duper les Moines et d’un commencement de régénération, énième happening de Steven Moffat qui joue déjà sur l’arrivée du treizième Docteur. Matt Lucas se voit offrir nettement plus de temps pour faire exister Nardole, et entamer une dynamique très drôle avec Bill.  Mais c’est bien Pearl Mackie qui porte l’épisode du début à la fin. D’un naturel parfait sur tous les registres, aussi intelligente que sensible, il est difficile de ne pas rester aux côtés de Bill dans l’épreuve qu’elle traverse. On ne peut que comprendre le Docteur lorsque dans la conclusion de l’épisode, il avoue encore défendre ce monde parceque sur 7 milliards d’humains, il y’a quelqu’un comme elle.

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Missy Lecter savoure son moment de gloire

L’épisode se conclut sur l’émergence toute aussi abrupte de la conscience de Missy. La Time Lady ressent enfin des remords pour ce qu’elle a fait, traçant le prélude à la fin de cette saison 10.

N : 7

IM : 7

36 / 10-07 The Pyramid at the end of the world (La Pyramide de la fin du monde)

36 / 10-07 The Pyramid at the end of the world

de Peter Harness & Steven Moffat

Réalisation : Daniel Nettheim

Alors que le Docteur se prépare à la venue des Moines, Bill est contactée par lui via le secrétaire général de l’ONU. Une pyramide de 5000 ans qui n’était pas là hier vient d’apparaître au Turmezistan, à l’intersection stratégique des trois plus grandes puissances armées. Un des moines sort de la pyramide, assurant Twelve qu’ils sont venus à ce moment particulier, sachant que les humains les supplieront de prendre la Terre pour les sauver d’une catastrophe mondiale imminente. Dès lors, chaque horloge dans le monde devient un compte à rebours de l’apocalypse. Les aliens parviennent à déjouer l’attaque des puissances. Dans la pyramide, ils proposent au Docteur, à Nardole, Bill et aux représentants de la Terre de stopper cette apocalypse en échange d’une obéissance consentie. Mais si le consentement doit être sincère, ni stratégique, ni guidé par la peur, sous peine de mort.

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La liberté de 6 milliards entre les mains de 4 nigauds

Mais la fin du monde ne viendra pas d’une troisième guerre mondiale. Au terme de la discussion, la délégation décide d’accepter les conditions des moines pour gagner du temps. Le Docteur refuse et décide d’aller avec Nardole aux devants de la catastrophe. Comme tous les jours, Erica part travailler dans son laboratoire du Yorkshire pour faire des tests biochimiques. Elle retrouve son collègue dans un sale état après une soirée trop arrosée. Celui-ci fait une erreur qui libère une bactérie mortelle qui s’échappe dans le laboratoire. Twelve et Erica tentent d’arrêter la bactérie en faisant exploser le laboratoire. Mais aveugle, le Docteur ne peut taper le code pour quitter les lieux. Seule face aux moines après qu’ils aient tué la délégation, Bill demande aux prêtres de redonner la vue au Docteur en échange de son consentement. Un consentement sincère mais qui met instantanément le monde sous le joug des moines.

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Et la palme de l’apocalypse le plus conne revient à…

Ce deuxième épisode du three-parter des Moines raconte logiquement le chemin vers la défaite des terriens face aux aliens omniscients. Co-écrit par Peter Harness, il reprend des éléments politiques proches de son double épisode des Zygons : Le Docteur Président des forces armées, le Tumezistan, pays fictionnel qui est encore une fois le lieu central du conflit ainsi qu’une décision politique déterminante. Seule UNIT est absent de l’équation, étonnamment remplacé par le secrétaire général de l’ONU et les représentants des forces armées russes, américaines et chinoise : Une direction qui gage d’une montée dans le réalisme de la série. Ce versant politique brouillon à la fin prévisible est peu engageant et forcément décevant après la maîtrise scénaristique d’Extremis. La représentation d’une crise mondiale impliquant plusieurs armées souffre de plus d’une réduction d’échelle à cause des moyens limités de la BBC. Mais l’impact de l’épisode précédent et la cohérence funeste du plan des moines suffisent à maintenir la tension. Les dirigeants militaires ne sont pas des caricatures de va t’en guerre comme la série en a eus, mais ils pensent stratégiquement à court terme, quitte à abandonner pour un temps leur monde à ceux qui les sauveront. Le Docteur refuse cette option, voyant parfaitement ce que la solution de facilité peut apporter sur le long terme. Dépositaire d’une vision globale de l’Histoire, il sait que le tribut demandé par ces hommes providentiels auto-proclamés sera à la mesure du service qu’ils rendent à la planète. Les régimes autoritaires les plus abjectes ne se sont-ils pas bâtis sur des réponses d’apparence simple données à des crises complexes ?

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Bill vend sa Terre contre la vue du Docteur. Enfin un peu d’intelligence !

The Pyramid at the end of the world ménage un petit sas de fraîcheur à travers Bill, comme c’est le cas depuis le début de la saison, mais ce sas est très court. Le previously récapitulatif habituel est habilement mélangé au récit de Bill sur l’aventure de sa version programme dans le monde parallèle, jusqu’à ce qu’elle vive un remake de ce récit, en remplaçant l’arrivée du Pape par celle du secrétaire général de l’ONU (!). Dès lors, tout ira trop vite pour qu’elle puisse réagir. Mais son retrait fera qu’il n’y aura plus qu’elle face aux Moines pour effectuer le choix le plus difficile. Le mensonge du Docteur sur sa cécité sera fatal à son plan et obligera la compagne à prendre cette décision en son âme et conscience. L’élève du Docteur choisira de sauver le seigneur du temps, mais de livrer son monde. Un choix amer, véritable échec pour Twelve en ce qu’il est à tous les niveaux responsable du dilemme dans lequel se trouvait Bill. Au milieu de tout ça, le rôle de Nardole est forcément plus mince, mais son impossibilité à agir au moment clé précipitera également le final que les Moines avaient prédit.

N : 7

IM : 7

36 / 10-06 Extremis

36 / 10-06 Extremis

de Steven Moffat

Réalisation : Daniel Nettheim

Toujours atteint de cécité, le Docteur cache son état à Bill et au monde en portant ses lunettes soniques. Il est bientôt convoqué par le Pape et les membres du Saint-Siège à cause d’un texte religieux très ancien, le Veritas, qui a entraîné le suicide de tous ses traducteurs et lecteurs. Le pape demande au Docteur de lire le Veritas. Bill est dérangée au beau milieu d’un rendez-vous galant par le même pape qui débarque chez elle à bord du TARDIS. Twelve, Bill et Nardole sont conduits à l’haerecticum, la bibliothèque des textes interdits du Vatican. Ils se trouvent nez à nez avec un portail qui n’existait pas auparavant et un prêtre, le dernier traducteur déclaré disparu, qui furette dans le lieux. Ce prêtre a envoyé la traduction du Veritas aux laboratoires du CERN, avant de se suicider à son tour. Le Docteur décide de rester dans la bibliothèque et parvient à retrouver temporairement la vue pour lire le livre, mais il est interrompu par d’étranges aliens en tenue de cardinaux qui subtilisent le veritas.

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L’alliance contre-nature de la religion et de la science

En passant le portail, Bill et Nardole se retrouvent dans une pièce du CERN hébergeant d’autres portails, dont un donne accès au Pentagone. Un scientifique les invite à assister à l’explosion des lieux. Il leur révéle le secret du veritas : le monde dans lequel ils vivent n’est pas réel. Nardole comprend que ce ne sont pas des portails vers le CERN ou le Vatican qui sont dans la pièce, mais des projections holographiques semblables à des univers de jeux vidéos. Il se désintègre en découvrant qu’ils font eux-mêmes partie du « jeu ». Bill s’échappe par la simulation du bureau ovale de la Maison blanche et rencontre Docteur, qui a aussi lu la traduction du veritas. Il lui dévoile ce que raconte le livre : Un démon veut conquérir le monde mais pour le faire, il créé une simulation de monde pour s’entraîner à le conquérir, pleine de gens fantômes qui pensent être réels. Quiconque doute de sa réalité peut effectuer un test de l’ombre en citant une série de nombres aléatoires, ce qu’un ordinateur ne peut pas faire. Toutes les personnes faisant partie du même programme généreront la même série de nombres. Toutes ces morts n’étaient donc pas des suicides, mais des actes de rebellion. Bill comprend qu’elle est aussi une simulation, et elle meurt des mains de l’alien concepteur du jeu. L’acte de rebellion du Docteur programme sera d’envoyer la dernière heure de sa vue enregistrée sur ses lunettes soniques et les plans d’invasion des aliens au vrai Docteur (un e-mail que Twelve reçoit dans le prégénérique de l’épisode).

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Nardole et Bill sur le point de découvrir l’indicible vérité

Steven Moffat est de retour dans un épisode très atypique en dehors des clous de la série moderne : Extremis ouvre un three-parter décrivant une menace d’invasion à grande échelle, une sorte de season finale posté en plein milieu de saison. Ce premier segment est ambitieux, riche et rétrospectivement d’une grande cohérence interne, bien que très éclaté dans sa narration et ponctué d’éléments mythologiques de Doctor Who. Le thème de la simulation informatique d’un monde n’est guère nouveau, Matrix l’ayant même popularisé à grande échelle. Mais il s’agissait de mondes desquels il était possible de s’évader. Si nous nous mettons dans la peau de personnages de cette simulation qui font partie intégrante du jeu, la seule façon de s’évader est de mettre fin à ses jours, sans aucun espoir de fuite dans un quelconque ailleurs. Extremis est donc un épisode d’un grand pessimisme pour une série comme Doctor Who, dans lequel les plus grands scientifiques agissent comme une secte apocalyptique et les religieux ne trouvent pas d’autres portes de sortie que le suicide (quel enfer y’a-t-il pour quelqu’un d’irréel ?). Cette noirceur laisse peu de place à l’émotion et à la fantaisie, d’autant moins qu’elle s’ajoute au secret de la cécité du Docteur (que seul Nardole partage). Autant de strates de désespoir et d’enfermement qui demandent un grand doigté pour faire passer pilule. Steven Moffat et Daniel Nettheim, bien aidés du trio Peter Capaldi / Pearl Mackie / Matt Lucas parviennent à rendre réel l’expérience de trois programmes dans leur accession à la vérité de ce qu’ils sont. Ils en profitent même pour résoudre la question en suspens du prisonnier du Docteur, à travers un flashback progressif qui ponctue l’épisode.

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Twelve rencontre son créateur

Il y’a longtemps, sur une planète reconvertie en centre d’exécutions de l’univers, le Docteur a été choisi pour être l’exécuteur de Missy. C’est alors que Nardole débarqua au milieu de la cérémonie sur ordre de River Song pour demander le pardon du Docteur. Il rappela à Twelve son propre mantra, que la vertu n’est vertu qu’en dernier recours, alors qu’il n’y a plus d’espoir, ni de témoins, ni de récompenses. Le Docteur suspend l’exécution et jure de garder le corps de Missy pendant 100 ans, mais vivante, dans l’espoir impossible d’en faire quelqu’un de bien. Sa clémence démarre le long séjour sur Terre de cette saison 7. La prise de conscience du programme Twelve fait écho à son souvenir de l’exécution avortée de Missy, provoquant sa décision de sauver un monde dont il ne profitera pas. A la fois le garant de la promesse faite par le Docteur et la main d’une River Song qui continue d’agir post mortem, Nardole prend une autre dimension que le garde-fou cynique qu’il était depuis le début de la saison. Les deux compagnons et un Docteur aveugle devront maintenant faire face à l’invasion d’aliens omniscients, une menace sans précédent dans Doctor Who. Une situation qui mériterait bien de faire sortir Missy de sa retraite ?

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Missy : Un cas d’école pour le débat sur la peine capitale

N : 9

IM : 7

36 / 10-05 Oxygen (Oxygène)

36 / 10-05 Oxygen

de Jamie Mathieson

Réalisation : Charles Palmer

Le Docteur a le mal de l’espace, au point d’aborder la question dans des cours qui n’ont rien à voir avec le schmilblick. Il propose à Bill un voyage et embarque Nardole contre son gré. Malheureusement, les trois voyageurs débarquent dans une station spatiale minière au milieu de morts. La société qui gère les combinaisons spatiales s’est appropriée l’oxygène pour contrôler sa valeur marchande, qui est donc limité pour tous les travailleurs. Mais un ordre a été donné à toutes les combinaisons de tuer leur occupant. Le Docteur présume qu’il s’agit de pirates. Eloignés du TARDIS qui leur fournissait une bulle d’oxygène, les trois doivent enfiler une des combinaisons avec un nombre limité de respirations disponibles. Alors qu’ils sont poursuivis par les zombies, ils rencontrent des survivants, des ouvriers de la station qui étaient hors du réseau lorsque l’ordre a été donné. Bill, qui a choisi une combinaison défaillante, se retrouve bientôt en situation de grand danger, contrainte de devoir se lancer dans l’espace sans casque. Pour ne pas qu’elle meure, le Docteur lui fait enfiler le sien. Il parvient à s’en sortir mais à son retour dans le vaisseau, il est devenu aveugle. Un nouveau dysfonctionnement  fait que Bill ne peut plus bouger. Le Docteur est contraint de la laisser derrière, en lui promettant qu’elle ne mourra pas, mais qu’elle connaîtra l’enfer.

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Nardole, Twelve et Bill expérimentent la hausse du prix de l’oxygène

Nouvel épisode du scénariste de la momie de L’orient Express, Oxygen pose des enjeux forts et peut compter sur Peter Capaldi et Pearl Mackie ainsi que sur une réalisation qui table sur un ressenti réaliste de l’expérience spatiale. Des garanties fortes qui relèvent un épisode dans l’ensemble arythmique et répétitif. Bill Potts n’est pas épargnée pour son premier voyage dans l’espace, confrontée au risque d’explosion de ses poumons, puis abandonnée par le Docteur à une horde de zombies. Si celui-ci sait que sa combinaison ne pourra pas la tuer, elle vit pendant quelques minutes la condition des autres victimes de l’épisode, s’apprêtant à mourir seule très loin de la Terre qui l’a vue naître. Le jeu intense de Pearl Mackie et la réalisation de Charles Palmer au plus près de la compagne permettent de nous faire ressentir la panique et la peur qui est la sienne. La dernière personne à laquelle elle pensera avant la perte de conscience sera sa mère, déjà entrevue au précédent épisode et qui occupera une place prépondérante pour la suite de la saison. Twelve n’est pas non plus épargné, victime du danger spatial qu’il avait prédit malgré lui lors d’un de ses cours. Aveugle, il n’en demeure pas moins en pleine possession de ses moyens et capable de donner une résolution doctoresque à cet épisode.

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Le TimeLord victorieux, même sans les yeux

Si le rapport entre Bill et Twelve est encore au centre de l’épisode, avec un satellite Nardole très en colère et donc plus sarcastique, Oxygen vaut surtout pour son développement habile d’une idée très simple : le manque d’oxygène dans l’espace. A partir de cette idée, Jamie Mathieson fait du capitalisme le danger principal pour l’homme en montrant l’appropriation de sa respiration, puis sa déshumanisation totale. D’abord certain que l’ordre est issu d’un piratage des combinaisons, Twelve découvre que c’est l’entreprise qui emploie les mineurs qui a donné cet ordre. Elle a voulu économiser l’oxygène que les ouvriers leur coûtaient car ils n’étaient plus productifs pour les remplacer par de nouvelles équipes déjà en partance pour la station. En représailles, le Docteur décide de faire sauter la station pour faire subir une grosse perte à l’entreprise. Les survivants deviennent ainsi plus chers morts que vivants et peuvent être libérés. Cette charge anti-capitaliste, une des plus brutales de la série, ramène non seulement le thème du zombie à ses origines politiques, mais permet de surligner le fait que ce système a une date de péremption, un point de rupture.

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Twelve amène les deux survivants au siège social de l’entreprise pour qu’ils déposent une plainte. Six mois plus tard, une rebellion contre la domination des entreprises se produit et c’est la fin du capitalisme…jusqu’à d’autres nouvelles erreurs. Mais le nouveau coup d’éclat du seigneur du temps lui aura coûté ses yeux.  Le voilà dans une position de grande faiblesse dont le mystérieux prisonnier du coffre pourrait bien profiter.

N : 7

IM : 6

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36 / 10-04 Knock, knock (Toc, Toc)

36 / 10-04  Knock, knock

de Mike Bartlett

Réalisation : Bill Anderson

Bill cherche une colocation avec cinq étudiants. Peu satisfaits du résultat de leur chasse, les colocs rencontrent un vieil homme qui leur propose un grand manoir à un bon prix. Le Docteur accepte de l’aider à déménager ses affaires. Intrigué par la maison, il décide de rester. A raison  car le manoir se referme sur eux pour les piéger. Bill et Shireen découvrent le corps de Pavel à demi prisonnier des murs, retenu par la musique qui joue sur sa platine. Le propriétaire intervient pour leur faire comprendre qu’ils ont été piégés. Le Docteur et Harry font face à une horde de dryades, des insectes aliens qui font partie des murs. Tous les 20 ans, le propriétaire invite des jeunes pour que la maison se nourrisse d’eux. Le propriétaire confesse au Docteur que les dryades ont sauvé sa fille Eliza et qu’il leur doit un tribut. Faite de bois, Eliza est en fait la mère du vieil homme dont il a prolongé la vie indéfiniment, en oubliant de vivre la sienne.

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Pavel dans son interprétation convaincante de l’emmuré vivant

Le contexte et l’esprit de cette maison de l’horreur rappellent les premières saisons de Buffy contre les vampires. Un esprit que le spin off Class et son jeune casting tenta de récréer sans succès malgré sa note d’intention. La recette n’était pourtant pas bien difficile : quelques jeunes pas trop prise de tête et un esprit de déconne qui balance bien avec la menace horrifique. Pour la grande Histoire, le scénariste Mike Bartlett révéla que le grand-père du jeune Harry (dont il parle brièvement) n’était nul autre qu’Harry Sullivan, haute figure de UNIT qui voyagea avec Sarah Jane Smith et le quatrième Docteur. L’atmosphère lugubre et le manoir plutôt bien choisi assurent le quota de frissons pour la première partie, avant que l’intrigue ne glisse vers une variation insectoïde de la chute de la Maison Usher d’Edgar Alan Poe. L’épisode comporte quelques défauts scénaristiques, dont le plus évident est la répétition d’une menace qui intègre les fondations des lieux deux épisodes après Smile. Mais tout est rattrapé par une très belle conclusion. David Suchet, plus connu pour le rôle d’Hercule Poirot qu’il interpréta pendant  plus de 20 ans est tout à tour inquiétant et touchant, aussi convaincant en vieux propriétaire victorien qu’en enfant qui n’a jamais grandi. Il parvient à transmettre toute la tragédie de son personnage dans une longue scène aux accents Burtoniens dans laquelle la mère et le fils maudits font leur adieu au monde.

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La jeunesse d’Angleterre prête à entendre Hercule Poirot

Cette petite incursion gothico-slasheresque permet de faire un break des voyages pour s’arrêter sur la vie de Bill, dont les scènes avec Twelve sont toujours aussi rafraichissantes. Plus que jamais décomplexée face à la démesure du Docteur, elle l’accepte comme un aspect de sa vie au point de lui demander un coup de pouce pour son déménagement, mais elle ne conçoit pas d’abandonner celle-ci pour enchaîner les voyages. Elle fait une nouvelle fois preuve de perspicacité en devinant avant le Docteur (et Eliza, qui n’est pas bien perspicace), qu’Eliza ne peut qu’être la fille du propriétaire des lieux. Dans cette mise en avant du duo, Nardole est toujours remisé aux utilités, mais les choses se précisent un peu sur l’identité du/de la prisonnier(e) du Docteur.

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knock knock

N : 7

IM : 5

36 / 10-03 Thin Ice (La Foire des Glaces)

36 / 10-03  Thin Ice

de Sarah Dollard

Réalisation : Bill Anderson

Le Docteur et Bill ratent leur retour à notre époque (et le thé de Nardole) pour atterrir à Londres le 4 février 1814, pendant la dernière foire hivernale. Problème : Un monstre repose sous la glace, au fond de la Tamise et aspire les gens pour les becqueter. Le Docteur se fait voler son tournevis sonique par un gamin errant, qui se retrouve vite aspiré par la créature. Son amie Kitty les mène jusqu’à leur repaire où ils rencontrent d’autres enfants errants. Pour les sauver, Twelve propose à Bill de se laisser capturer par la créature. Sous la glace, ils rencontrent un monstre gigantesque seul et prisonnier de chaînes. A leur retour sur la terre ferme, une piste les mène jusqu’à des ouvriers qui extraient un carburant bien plus efficace que le charbon qui brûle même sous l’eau, résultat de la transformation des victimes mangées par le monstre. Ils se rendent chez le propriétaire Lord Sutcliffe, un type pas très recommandable qui admet que sa famille prospère sur le dos du monstre depuis des générations. Découvert, Sutcliffe les emprisonne et décide de tout faire exploser pour que la moitié de la foire coule dans la Tamise et nourrisse le monstre. Le Docteur laisse à Bill le choix de tuer ou de libérer la créature. Bill choisit de la libérer malgré le risque qu’elle fait courir à la population.

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Ha ! Ce bon vieux Peter qui n’a pas vu venir l’effet Papillon

Ecrit par Sarah Dollard qui avait déjà produit le scénario de Face The Raven, Thin Ice est le premier épisode du passé de Bill. L’intrigue reprend le postulat de The Beast Below dans un contexte historique, mais réussit là où l’épisode de Steven Moffat tombait à plat. L’épisode permet de découvrir une partie de l’Histoire anglaise que Doctor Who n’avait jusqu’ici peu abordée. Comme ce fut le cas pour Martha, la couleur de peau de Bill permet de mettre en avant le racisme ordinaire et le peu d’humanisme de l’Angleterre du haut de l’époque, gonflée par son empire colonial et la Révolution Industrielle naissante. Le final permet de corriger à une échelle moindre la lignée d’un aristocrate bien né qui a perdu pied avec la réalité du monde. L’épisode en lui-même est plutôt anecdotique, même si le côté hivernal apporte une ambiance festive, parfois aux frontières d’un épisode de Noël. Il se révèle plus intéressant par le parti de se centrer sur la relation de professeur à élève entre Bill et le Docteur.

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Big Huge Monster is watching you

Thin Ice est un TP de responsabilité citoyenne in situ, avec examen final. Tout au long de l’épisode, Twelve apprend à Bill à surmonter ses ressentis et à embrasser une vision du monde plus globale et réfléchie : Passer le réflexe de s’outrager pour agir, comprendre que la passion l’emporte rarement, et pour finir lui laisser la responsabilité d’un choix difficile avec des morts dans la balance. Ce choix n’est pas aussi déterminant que dans Kill the Moon, mais pour lui laisser les rênes après si peu de temps, Twelve fait visiblement confiance dans le jugement de Bill. Toujours aussi pertinente et curieuse, l’élève parle des dimensions parallèles, de l’effet papillon ou des effets secondaires aux voyages temporels. Entre fascination et répulsion, son rapport au Docteur n’est pas fait d’un bloc. Bill ne passe pas pour quelqu’un d’exceptionnel, mais pour une jeune femme normale qui se découvre peu à peu, et il est plutôt enthousiasmant de se retrouver de nouveau face à ce type de compagne qui évolue par paliers, peu présente dans l’époque moderne (même Rose sautait très vite de la normalité à quelque chose de plutôt exceptionnel).

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Lord Sutcliffe, trop humain pour ne pas provoquer la colère de Twelve

Reste un Nardole toujours réduit à une unique scène et à la fonction de tenir le fil rouge du mystère du coffre (la promo a déjà vendu la mèche, mais tant pis).

N : 7

IM : 5

36 / 10-02 Smile (Souriez)

36 / 10-02 Smile

de Frank Cotrell-Boyce

Réalisation : Lawrence Gough

Malgré l’interdiction de Nardole qui le somme de rester pour garder le coffre, le Docteur conduit Bill dans une des premières colonies spatiales humaines, avant l’arrivée des colons. Ce monde est peuplé de Vardies, des nanorobots qui sont chargés de rendre les nouveaux arrivants le plus heureux possible et dont l’interface parle l’émoji (!). Ils délivrent à Bill et à Twelve un badge indicateur d’humeur qu’ils doivent porter dans leur dos afin de jauger leur humeur. Problème : Les Vardies ont ordonné la suppression de tous les installateurs qui ne souriaient pas pour s’en servir de fertilisant. L’entière structure étant faite de vardies, Twelve décide de faire exploser les lieux avant qu’ils ne tuent les futurs colons. Jusqu’à ce qu’ils découvrent que le vaisseau colon est bien arrivé avec les derniers survivants terriens, cryogénisés. A leur réveil, ces derniers humains découvriront que leurs proches ont été tués et ils devront sourir, sous peine d’être à leur tour exterminés.

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Un monde peuplé d’émojis, une horreur bien réelle

Contrairement aux compagnes modernes précédentes, le baptême du feu du futur pour Bill s’est fait sur son premier épisode. Il s’agit donc là d’un deuxième voyage dans le futur orchestré par le scénariste du plutôt bon in the forest of the night. Smile est un épisode de bonne facture qui dévoile les effets néfastes d’une utopie en recyclant habilement des ressorts habituels de la série. La problématique de l’anéantissement de la douleur et des sentiments négatifs n’est pas nouvelle. Elle croise ici une vision très épurée de l’architecture et du langage du futur. La mauvaise interprétation de robots censés guérir devenus des exterminateurs est un ressort scénaristique introduit par Steven Moffat pour son premier épisode en tant que scénariste sur la série et qu’il a depuis beaucoup repris. Les vardies n’avaient jamais entendu parlé de deuil, ils ont identifié le sentiment engendré par la première mort naturelle dans la colonie comme un ennemi du bonheur, à supprimer absolument. Si le déroulement est prévisible, les enjeux s’intensifient lorsque Bill et le Docteur découvrent que la vie des derniers humains est en jeu. La dernière scène qui voit la confirmation de l’accès à la conscience des vardies emporte tardivement l’épisode vers d’autres considérations plus métaphysiques, et une résolution dans la lignée de la philosophie de  Doctor Who: On ne se contente pas de dégommer l’ennemi robot pour se venger mais on accepte la reconnaître en tant que nouvelle forme de vie autochtone.

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Cherchez le Vardi Acte I

Le petit plus de Smile se trouve dans le rajeunissement de la série et la prise en compte la génération de Bill. Twelve est fidèle à son côté de froid scientifique lorsqu’il se plaint qu’ils sont arrivés dans l’utopie d’adolescents futiles faite de smileys et de robots faits pour te rendre heureux. Mais Bill est comme un poisson dans l’eau au milieu de cette technologie créée pour servir. Il ne faut pas y voir une critique de la dépendance des nouvelles générations, mais plutôt une aisance naturelle de ceux-ci à évoluer au sein de la technologie, à l’utiliser (et à l’intégrer au sein de leur réflexion ?).  Avec sa perspicacité habituelle, Bill pose les bonnes questions (des données sont récoltées par les robots. Qui gère ces données ?) et balance des remarques pertinentes sur les codes établis de Doctor Who sans pour autant adopter une attitude cynique. Son authenticité tranche vivement avec le côté très cérébral et calculateur de Clara et confirme le marquage de la série d’une aura nettement plus légère. Elle donne aussi un coup de boost à un Docteur Moffatien très marqué par le drame. Seul regret pour ce sympathique loner : l’écartement de Nardole de l’épisode, qui s’explique probablement par une nécessité de consolider les fondations de la relation entre Bill et Twelve. Voilà qui est désormais fait, et sous les meilleurs auspices.

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Cherchez le Vardi Acte 2 : l’interface

N : 7

IM : 5

Saison 36 / 10 / 36 / 10-01 The Pilot (Le Pilote)

36 / 10-01 The Pilot

de Steven Moffat

Réalisation : Lawrence Gough

Contraint à demeurer sur Terre à cause d’une promesse qu’il a faite il y’a 50 ans, le Docteur est devenu professeur honoraire d’une université anglaise, avec Nardole pour assistant. Le TARDIS est remisé dans son bureau avec ses souvenirs de voyage. Bill Potts sert des frites aux étudiants, et elle assiste régulièrement à ses cours. Intrigué par cette jeune femme curieuse qui sourit quand elle ne comprend pas les choses, le Docteur lui propose de devenir son tuteur. Bill flashe sur Heather, une étudiante, qui la conduit jusqu’à une flaque d’eau, qu’elle trouve inhabituelle. L’étudiante est aspiré par l’entité liquide. Elle prend forme devant Bill un peu plus tard et se met à la poursuivre. Pour la sauver, le Docteur fait entrer Bill dans le TARDIS. Mais qu’ils aillent en Australie ou 23 millions d’années plus tard, l’eau les poursuit toujours. Le Docteur comprend qu’Heather voulait partir loin et que l’entité coincé dans la flaque qui cherchait un pilote a décidé de l’embarquer. Mais le pilote pourrait bien ne pas lâcher Bill pour des raisons plus humaines qu’on ne le croit. Twelve décide de mener le pot de colle sur le territoire des Daleks.

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Twelve aura fort à faire avec la promotion 2017

Steven Moffat a apporté sa pierre à l’édifice de Doctor Who, il a créé un pont entre la série moderne et la série classique, et voilà maintenant qu’il trace la voie du futur. Il sait que son époque fait désormais partie du passé, pour preuve cette photo de River qui trône sur le même bureau que celle de Susan, la petite fille du Docteur qui voyageait avec William Hartnell. The Pilot est pourtant bien un épisode Moffatien, avec ce détail du quotidien (une flaque d’eau) qui devient une menace horrifique. L’intrigue rappelle un peu Waters of Mars, la course poursuite pour échapper au poursuivant renvoie plus aux classiques qu’à la série moderne, et particulièrement à l’arc The Chase du premier Docteur.  Mais il y’a quelque chose de neuf dans cet univers qui répond au titre de l’épisode en forme de double sens, encore un peu indéfinissable mais ce quelque chose fonctionne étrangement bien. Le décalage et l’incrédulité de la nouvelle compagne et la gradation astucieuse dans le dévoilement des possibilités du TARDIS montrent une volonté d’introduire Doctor Who à une génération à qui on la fait moins. Bill n’a pas d’équivalent dans la série. Complexée et héritant d’une histoire familiale difficile, elle est ouvertement lesbienne et de ce fait, élude toute possibilité de flirt avec le Docteur. Malgré ces tares apparentes, Bill est curieuse et ouverte, et instantanément attachante. Sa réaction à la découverte des photos de sa mère prises par le Docteur afin qu’elle puisse en avoir avant après sa mort emporte aussi la complicité du spectateur. L’épisode développe ensuite avec acuité son envie de partir loin. Pearl Mackie est très juste dans cette mélancolie qui caractérise son personnage et semble être loin d’avoir dévoilé toutes ses facettes.

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Une connexion qui dépasse le temps et l’espace

Peter Capaldi n’est pas en reste. Voir le très alien Twelve faire profiter de sa science à un parterre d’étudiants avec autant de passion rappelle que Clara Oswald, sa craie et son tableau sont passés par là. Le fait que le Docteur soit retenu sur Terre (pour les raisons du fil rouge de la saison) renvoie aux débuts du troisième Docteur exilé, mais c’est une perspective inédite qu’explore encore Steven Moffat.  Les interactions de Twelve avec Nardole sont tellement bien écrites qu’on a aucune peine à penser que ses deux-là se côtoient depuis des décennies. D’une apparence très classique, ce pilote est au final un des épisodes introductifs de compagnons les plus aboutis, qui porte bien plus d’importance aux détails que précédemment (le thème de Clara placé juste au bon moment  file des frissons…). Il parle à l’initié tout en dévoilant ses secrets au newbie, comme une invitation irrésistible. Douze ans après Rose, on peut se mettre à la place de celui ou celle qui a découvert Doctor Who avec Bill et penser que des tas d’aventures excitantes s’annoncent pour elle ou pour lui…

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Le cours du Docteur, numéro 1 des UE depuis 50 ans

N : 8

IM : 8

Christmas Special 2016 – The Return of Doctor Mysterio (Le Retour du Docteur Mysterio)

Christmas Special 2016 – The Return of Doctor Mysterio

De Steven Moffat

Réalisation : Ed Bazalgette

Le soir de Noël, le Docteur frappe à la fenêtre du jeune Grant, un jeune fan de comic books. Alors que le Docteur lui présente sur le toit de l’immeuble l’invention qu’il a créée pour inverser les paradoxes créés à Manhattan, Grant avale accidentellement la pierre précieuse qui devait l’alimenter. Une pierre qui a le pouvoir d’exaucer les vœux. Grant se met alors à acquérir les facultés de Superman. Le Docteur lui fait promettre qu’il n’utilisera jamais ses pouvoirs. Quelques années plus tard, la reporter Lucy Fletcher espionne la société Harmony Shoals et découvre qu’elle est contrôlée par des cerveaux aliens qui se transfèrent dans le crâne des plus hauts dirigeants terriens pour servir leur plan diabolique : conquérir le monde. Elle est rejointe par le Docteur et Nardole qui enquêtaient aussi de leur côté sur la multinationale. Coincés tout ce beau monde est sauvé par le Fantôme, un super héros local qui s’envole avec Lucy, qui n’est nul autre que Grant devenu adulte (on l’aura deviné). Lorsqu’il ne sauve pas Lucy, Grant garde son bébé depuis qu’elle s’est faite larguer par son meilleur ami.

3600E

Twelve et l’enfant qui avale des pierres

Depuis The Husbands of River Song, il s’est passé un an. Un an sans Doctor Who qui s’achève par ce Christmas Special hommage à Superman. The Return of Doctor Mysterio n’est pas une parodie, et encore moins un pastiche. C’est bien une adaptation de Superman à l’univers du Docteur exécutée avec un respect et une déférence visibles par Steven Moffat, et on pourrait même dire à ce point une adaptation de Doctor Who à l’univers de Superman. Le paysage cinématographique et télévisuel étant bien occupé par les super-héros, on se serait attendus à un peu plus de dépaysement après un an d’absence, et d’autant plus sur un épisode de Noël écrit par Steven Moffat. La sympathique introduction sera la nouveauté, la petite touche whovienne à un défilé du classique de Jerry Siegel et Joe Shuster qui a déjà connu rappelons le une adaptation parfaite en 1978 : Grant est amoureux de la journaliste locale, il a deux identités et les deux la connaissent, son adolescence a été difficile à cause de la vision à rayon X etc… Les rencontres avec Twelve apportent un peu de sel à l’aventure du jeune homme, qui logiquement, aussi ancrée dans l’univers du mythe, n’a pas de véritable assise réelle. Entérinant bien la difficulté à lier les deux mondes, la deuxième partie de l’épisode nous présentera d’ailleurs deux séries différentes : l’une suit notre wanna be Clark Kent en rendez-vous perturbé avec sa belle, l’autre Nardole et le Docteur dans une aventure classique de Doctor Who.

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Ach ! un deux trois zoleil

Dans ce christmas special qui n’en est pas vraiment un, nous pouvons tout de même savourer les répartis du duo Capaldi / Matt Lucas avec la première apparition de Nardole en tant que compagnon. Nettement plus sarcastique que dans le précédent épisode, ce Nardole est à peu de chose près celui qui accompagnera Twelve et Bill dans la saison à venir. Les bad guys aliens sont également un recyclage de The Husbands of River Song, où ils venaient porter main forte au roi Hydroflax dans le restaurant du vaisseau pirate. Les 24 ans d’absence du Docteur consacrées à River sont également mentionnées, et leur fin est visiblement la cause de la mélancolie que Twelve traîne sur cet épisode. S’il est plutôt oubliable, The Return of the Doctor Mysterio reste un sympathique divertissement, bien réhaussé par la performance de Charity Wakefield en reporter bien plus perspicace et dégourdie que Lois Lane. Peut-être fallait-il cette bonne année de déconnexion pour pouvoir se rebrancher sur du vrai Doctor Who après toutes les émotions de l’an passé.

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Richard Donner wuz here… a long time ago

N : 6

IM : 4

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