Christmas Special 2015 – The Husbands of River Song (Les Maris de River Song)

Christmas Special 2015 – The Husbands of River Song

De Steven Moffat

Réalisation : Douglas MacKinnon

Noël 5343. Mendorax Dellora, colonie humaine. Pris pour un chirurgien, le Docteur est dêpéché sur un vaisseau pour une intervention. Sur les lieux, il est accueilli par River Song, mais elle ne le reconnaît pas. Elle lui annonce que son mari le roi Hydroflax est en train de mourir. Le Docteur doit retirer le plus précieux diamant de l’univers du cerveau du monarque pour que le professeur Song puise le vendre au meilleur prix. Démasquée, elle s’enfuit avec le Docteur et la tête du dictateur dans un sac. River est à la recherche du Docteur, quel que soit son incarnation, et lorsqu’un autre de ses maris lui débusque le TARDIS, elle ne se fait pas prier. Elle fait atterrir le TARDIS sur un vaisseau refuge de criminels de guerre et hors là loi près de la galaxie Anromède. Là-bas, elle rencontrera un acheteur pour monnayer le diamant. Mais la situation se complique lorsqu’ils se rendent comptent qu’ils sont cernés par les alliés d’Hydroflax.

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Quand Nardole rencontre Twelve

River Song débarque à point nommé pour oublier Clara le temps d’un épisode. Après le drame et les émotions de la fin de la saison 9, rien de tel qu’un peu de burlesque débridé et d’aventure menée à 100 à l’heure, avec une petite touche de screwball comedy pour relever. Ce christmas special comporte une bonne partie des ingrédients de la comédie du remariage qui fut popularisée par Ernst Lubitsch ou Howard Hawks durant les années 30 et 40, et reprise plus récemment dans le Intolérable Cruauté des Coen. Le premier ingrédient est une épouse forte et indépendante face à un homme largué. River était toute désignée pour tenir ce rôle, face à un Docteur un peu en retrait sur le début de l’aventure, qui découvre la vie dissolue que sa femme mène lorsqu’il n’est pas là. Le seconde est l’importance des réparties, des dialogues vifs qui n’auraient pas dépareillé chez Ernst Lubitsch ou Billy Wilder. Steven Moffat a particulièrement gâté le spectateur car le débit est à la hauteur du rythme de l’épisode. Le comique de situation est le troisième élément relevé. Il est porté à son maximum par les situations cartoonesques et la comédie débridée qui relèvent bien de Doctor Who, mais qui nous feraient presque glisser vers le cinéma de Preston Sturges. The Wedding of River Song est quelque part entre The Palm Beach Story et Bringing up Baby dans le monde de Doctor Who, mâtiné d’Indiana Jones (pour le côté aventure). La tête du monarque détaché d’un corps robotique qui a une vie propre est par ailleurs un beau coup de coude au Nixon de Futurama et au Re-animator de Stuart Gordon.

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« Qu’on lui coupe la tête ! »

Dans la screwball comedy, il y’a un profond attachement aux deux protagonistes, souvent campés par des acteurs connus du grand public (avec la sympathie et le charisme qui vont avec) et qui ont acquis une certaine maturité, ceux-ci peuvent supporter d’être tournés en ridicule sans perdre de leur charisme. Matt Smith aurait difficilement pu donner la réplique à Alex Kingston sur cet épisode, même avec son passé de Docteur. Il semble que Steven Moffat ait parfaitement planifié cette rencontre entre Twelve et River et qu’il l’ait transportée dans le genre qui leur conviendrait le mieux, eut égard aux acteurs, mais surtout au vécu du couple qui expérimente une sorte de seconde vie commune. La cerise sur le gâteau est l’alchimie instantanée de Capaldi et Kingston alors qu’ils jouent ensemble pour la première fois, ce qui aide beaucoup à embrasser l’idée que leur union dépasse les régénérations. Les réactions du Docteur Capaldi face aux différents mariages de River sont priceless. L’impossibilité de River à entendre les confessions répétées du Docteur s’explique très bien par sa non-connaissance du nouveau set de régénération (ils ne se sont pas vus depuis Manhattan), mais est porté à un point qui vire à la pure comédie. The Wedding of River Song nous permet également de faire la connaissance de Nardole, sidekick de River, qui souffre beaucoup dans cet épisode, et qui deviendra dès le prochain le compagnon du Docteur. Matt Lucas n’a pas encore trouvé toutes ces marques sur le personnage, mais ses interventions sont toujours bienvenues.

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Un Noël survolté pour River et le mystérieux chirurgien

Mais toute cette aventure a été concoctée dans un but précis : Offrir à River Song la sortie qu’elle méritait. La mention des tours chantantes de Darilium attire aussitôt l’oreille du Whovien comme un signal d’alerte car nous savons que c’est leur dernière aventure avant la bibliothèque. Le Docteur et River atterrissent sur une planète près de ces tours et le Docteur donne le diamant à un ouvrier pour qu’ils construisent le restaurant qu’il avait promis à River il y’a bien longtemps de ça. Un petit tour en avant pour faire une réservation, mais il n’y a plus de place pour les quatre prochaines années. Aucun problème. Quatre ans plus tard,  River sort du TARDIS et se retrouve dans un superbe restaurant. Twelve lui offre le tournevis sonique qu’elle aura dans Silence in the Library et il lui offre la vue sur les tours chantantes de Darrilium. Mais le Docteur est triste, car il sait pourquoi le journal de River est bientôt terminé. Elle aussi se doute que la fin de leur aventure est proche et qu’elle passe sa dernière nuit à lui, mais une nuit à Darrilium dure 24 ans. Moffat a réussi un final à la hauteur de l’histoire de River Song, amer puisque nous savons que la fin du personnage est proche, mais un véritable soulagement pour celle qui pourra enfin expérimenter une relation de couple durable avec son mari. C’est aussi un beau cadeau pour le Whovien qui a enfin l’impression que l’Histoire de River et du Docteur est complète.

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N : 9

IM : 8

 

35 / 9-12 Hell Bent (Montée en enfer)

35 / 9-12 Hell Bent

de Steven Moffat

Réalisation : Rachel Talalay

« Memories become stories when we forget them. Maybe some of them become songs »

Le fils prodigue de Gallifrey est de retour chez lui dans une bulle isolé dans une autre dimension, il a pris le chemin le plus long pour revenir. Twelve se cloître dans une demeure dans les terres arides, entouré des pauvres de Gallifrey. Il ne daigne prononcer aucun mot face aux canons et aux dignitaires de Gallifrey, jusqu’à ce que le président Lord Rassilion accepte de le rencontrer. Le Docteur le somme alors de quitter sa planète. Secondé des troupes, il reprend le contrôle de Gallifrey (il fut lui-même lord président en d’autres temps) et demande au chef de la sécurité et aux sœurs de Karn d’extraire Clara juste avant sa mort pour qu’elle leur dise finalement qui est l’hybride. Mais Clara ne sait rien sur cette fichue prophétie, pas plus que le Docteur. Une seule idée a été le moteur du Docteur pendant ces millions d’années dans la forteresse : Leur faire croire qu’il savait qui était l’hybride pour avoir une monnaie d’échange qui lui permettrait d’ arracher Clara à la mort. Après avoir dupé la sécurité, Il mène Clara jusqu’à la base de données de la Matrice, là où vont les morts de Gallifrey et accessoirement, l’oracle qui a prédit la venue de l’Hybride (grâce à un super algorithme prédictif). Là-bas, il pique un TARDIS pour fuir avec Clara assez loin pour que les lois du temps n’aient plus de prise sur elle, à la fin de toute chose. Là-bas, ils rencontrent Me, qui est la seule immortelle à avoir survécu.

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Ambiance western italien pour le retour de Gallifrey, avec un Docteur silencieux, la chaleur, la foule pressée autour de lui et le thème du Docteur réorchestré à la Ennio Morricone. Comme l’a si bien illustré Sergio Leone, un silence de dix minutes vaut mieux que des flots de paroles pour situer un personnage et ressentir l’impact de sa légende. Et nous parlons ici de l’homme qui a mis un terme à la Guerre du Temps (l’homme sans nom perd par K.O).  On a compris que l’affrontement ne fera pas de quartiers, et le Docteur parviendra à négocier le retour de Clara, l’enlevant du moment de sa mort entre deux battements de cœur à l’aide d’une chambre d’extraction. Une solution temporaire. Mais maintenant qu’il a enfreint toutes ces règles pour la faire revivre, jusqu’où peuvent-il encore aller ?

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Face à la classe de Twelve, Gallifrey surcompense

La prophétie qui a été le fil rouge de cette saison a souvent laissé l’auteur de ces lignes circonspect car une prophétie, qui relève de la croyance, n’a rien à faire dans Doctor Who. L’expliquer par un algorithme prédictif de la Matrice change un peu la donne, mais elle n’est au final rien de plus qu’un MacGuffin scellant la fusion du Docteur et de sa compagne. De par leur émulation commune, le Docteur et Clara sont arrivés à un point où ils ne peuvent plus fonctionner l’un sans l’autre, continuant à aller toujours plus loin dans le challenge, ce qui ne pourra qu’être destructeur. Dans son échange avec le Docteur, la perspicace Me suggère que le Twelve et Clara sont cet être hybride que craignent tant les Seigneurs du Temps. Le Docteur le sait bien, et pour éviter la prophétie de destruction qui s’annonce, il n’a plus qu’une solution : effacer la mémoire de sa compagne et la reconduire sur Terre pour éviter les frais. Mais Clara ne l’entend pas ainsi. Comme le faisait si bien le troisième Docteur, elle inverse la polarité de l’engin censé lui faire oublier le souvenir du Docteur. Ce dernier décide de l’actionner malgré tout, l’un d’entre eux devant oublier l’autre.

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« Do you know why we run Doctor ? Because we know that winter is coming »

Dans le désert du Nevada, le Docteur s’arrête à un dinner, reproduction parfaite de celui où il avait reçu River, Amy et Rory avant l’arrivée de l’astronaute. Il tombe nez à nez avec Clara en serveuse, mais il ne la reconnaît pas. Il s’installe, pose ses lunettes soniques, prend sa guitare, puis joue le thème de Clara Oswald. Curieux moment extradiégétique, mais rien de plus que l’expression artistique du résidu de Clara qui restera toujours en lui. Car les souvenirs peuvent aussi devenir des chansons quand nous les oublions. Le Docteur raconte à la serveuse ce qui s’est déroulé à Gallifrey. Clara l’écoute, mais elle ne divulgue rien. Elle le laissera à proximité de son TARDIS avant de disparaître, révélant que le dinner était le TARDIS qu’ils venaient de piquer sur la planète des seigneurs du temps.

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La classe jusqu’au bout : finir sur du Murray Gold à la guitare !

Accompagnée de Me, la fille impossible vole toujours vers l’instant de sa mort. Elle retrouvera Gallifrey, mais en empruntant un long détour, comme l’a fait quelqu’un de bien connu. Et le Docteur de se retrouver dans son vieux TARDIS, compagnon abandonné par le Docteur Clara. Fidèle à son rôle de professeur, la compagne la plus influente de l’histoire de Doctor Who a laissé un dernier ordre sur le tableau : « run you clever boy and be a doctor ». Sans doute Twelve n’avait-il pas vu venir le vent Moffatien, un doux vent de changement qui suit la nostalgie de ces dernières saisons. Indice nous est donné lorsque le chef de la sécurité se régénère en femme que l’arrivée de Missy n’était pas un bug. Le dernier héritage du Moff’ n’a plus besoin que de quelques pierres pour pouvoir se concrétiser.

Farewell Doctor Clara

N : 9

IM : 10

35 / 9-11 Heaven Sent (Descente au paradis)

35 / 9-11 Heaven Sent

de Steven Moffat

Réalisation : Rachel Talalay

CETTE CHRONIQUE EST UN NID A SPOILERS COMME TOUTES LES AUTRES, MAIS IL SERAIT DOMMAGE DE SE GACHER CETTE EXPERIENCE EN PARTICULIER. DONC SI TU N’AS PAS VU HEAVEN SENT, TU ES PRIE DE PASSER TON CHEMIN.

Téléporté après la mort de Clara, Twelve se réveille dans une forteresse entourée d’eaux. Une mystérieuse faucheuse rôde. Piégé, le temps s’arrête et il se rend compte que les pièces du château se déplacent à chacune des ses confessions. Le Docteur comprend qu’il est dans une chambre de torture et que le mystérieux géolier veut lui soutirer un secret connu de lui seul. Il tente de prendre le contrôle de sa prison en s’aménageant un espace dans le TARDIS. Un espace où Clara est toujours là.  Un indice lui indique que la réponse est dans la pièce numéro 12. Dès lors, il s’emploie à tromper la faucheuse et à gagner sufisament de temps pour trouver cette pièce. A l’issue de ce jeu, il se trouve face à un mur de spantium 400 fois plus dur qu’un diamant, à une confession de la liberté. Touché par la mort, Twelve n’a pas d’autre choix que de poursuivre le cycle une fois de plus. Le même cycle qu’il revit maintenant depuis 7000 ans.

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L’avant-dernier épisode de cette neuvième livraison moderne décrit le combat du Docteur pour quitter cette forteresse, soit près d’une heure de One man show de Peter Capaldi  et un nombre d’années impressionnantes dans la vie du Docteur. Si le corbeau a été fatal à Clara, le Docteur pourrait bien hériter d’un destin différent tiré d’une autre oeuvre d’Edgar Allen Poe, Le Puits Et Le Pendule. Enfermé dans ce château perdu dont les pièces se meuvent comme un rubix cube, il devra se confesser pour échapper à la mort et relever des indices qui le rapprochent (et le spectateur) d’une incroyable vérité, celle que tous ces morts ne sont que lui-même qui parcourt incessamment la même boucle. Cette révélation mène à un bouquet final porté par le thème tout en crescendo de Murray Gold et le montage parfait de Rachel Talalay, qui s’empare de la narration et des mots de Peter Capaldi. A l’issue de ce bouquet final, difficile de ne pas inscrire Heaven Sent aux côtés des meilleurs du show. Il y’a même peu d’épisodes de séries télé qui peuvent se vanter d’avoir une aussi belle photo, des plans aussi marquants, un montage aussi malin, une réalisation aussi ample et un tel pic émotionnel.

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« I’m not scared of hell. It’s just heaven for bad people. But how long will i have to be here ? Forever »

Au-delà de ces qualités formelles, cette longue introspection de Twelve permet de faire le point sur le fonctionnement du Docteur moffatien et de voir à quel point le compagnon est une partie de lui-même. Dans sa solitude, Twelve se constitue un palais mental du TARDIS via lequel il s’adresse à Clara, le même palais mental que Moffat et Gattiss ont attribué à Sherlock Holmes dans la série Sherlock. Brisant l’autisme pas vraiment visuel du génie de Baker Street, cet artifice permettait d’étirer dans le temps une réflexion instantanée du détective, portée à son paroxysme dans l’épisode diffusé au nouvel an 2016, the Abominable Bride. Heaven Sent pose ce TARDIS mental et la présence de Clara, de ses craies et de son tableau qui résument si bien leur duo comme la condition de survie du Docteur dans cet univers de solitude où même la notion de temps a disparu. Le Docteur moffatien serait donc un Sherlock dans l’éternelle nécessité de son John Watson, seul personnage capable de le relancer, de nourrir sa réflexion. De façon plus prosaïque, il se trouve être dans un Docteur dans l’éternelle nécessité de Clara Oswald. Et dans cet accomplissement qui permet à Twelve de s’échapper de sa forteresse au bout de 4,5 millions d’années (!), il y’a déjà la réponse à la question pour laquelle le géolier torture le Docteur : Qui est l’hybride ?

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Every hundred years, a little bird comes and sharpens its beak on it

Mais cet épisode est peut-être aussi fort car il dépasse la mythologie de Doctor Who pour toucher la question du deuil dans un sens plus large. Cette forteresse est l’éternité que le Docteur doit traverser pour surmonter son deuil de Clara. Il doit sans arrêt tenter d’enterrer le passé pour faire revenir une nouvelle personne qui pourra peut-être échapper à la solitude, mais sans aucune garantie.  Dans cette heure qui signe le triomphe de Peter Capaldi, il n’y aurait peut-être qu’une chose à jeter, le cliffhanger final un peu pompier. Un plan sur la citadelle aurait suffi, mais ne mégotons pas sur ce qui pourrait être et voyons ce qui est. Heaven Sent est un chef d’œuvre du petit écran.

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How many seconds in eternity ?

N : 10

IM : 10

 

35 / 9-10 Face the Raven (Le Corbeau)

35 / 9-10 Face the Raven

de Sarah Dollard

Réalisation : Justin Molotnikov

Un coup de téléphone de Rigsy arrache le Docteur et Clara à leurs joyeuses aventures. Le jeune Bristolien rencontré dans Flatline s’est réveillé sans aucun souvenir (effet d’un retcon pour oublier avoir rencontré un alien- cf Torchwood), avec un tatouage qui effectue un compte à rebours. Le Docteur lui annonce qu’il va bientôt mourir. Ils se mettent en tête de retrouver une rue cachée dans Londres qui n’apparaît sur aucune carte et dans laquelle les événements qui ont mené au tatouage se seraient passés. Leur quête les conduit à une ruelle s’ouvrant sur une petite ville, un camp de réfugiés aliens administré par Me/Ashildr. Rigsy a tué un des réfugiés dans ce camp et il a été condamné à mort par l’immortelle, devenue Maire de la ville. A l’échéance du chronolock, une ombre quantique, une malédiction sous la forme d’un corbeau viendra lui retirer la vie. Mais Rigsy a été piégé par quelqu’un qui l’a appelé dans la rue. Me accepte que le Docteur enquête pour innocenter le condamné. Lorsque Clara apprend que la condamnation peut être transmise, elle demande à Rigsy de lui la refiler, pensant que sous la protection de la maire, elle ne risque rien et qu’ils pourront gagner du temps pour l’enquête. Elle parvient à convaincre Rigsy de le faire sans en avertir le Docteur, mais les choses ne se passent pas comme prévu.

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Rigsy, Twelve et Clara, pas bienvenus dans la Jungle

Nous y voilà, au dernier voyage de Clara Oswald. Suspendue dans le vide au-dessus de Londres alors que le TARDIS essuie des secousses, la compagne sans peur s’apprête à se voir remettre les pieds sur Terre de la façon la plus radicale. Face the Raven est un épisode habile dans son premier trois quart, un whodunit honorable dans un monde qui ne dépareille pas de cette saison 9 ouvertement politique. Comme pour le double des Zygons, il y’est question de réfugiés. Mais nous explorons ici un autre versant, celui des camps, avec la précarité et la violence qui est la leur. Les aliens y ont une apparence humaine pour l’œil extérieur grâce à un champ télépathique semblable au traducteur du TARDIS. Au beau milieu de cette poudrière dans laquelle se croisent les espèces les plus dangereuses de la galaxie, Me doit se comporter en fine politicienne et instaurer une loi impitoyable. Elle a pour cela passé un contrat avec l’ombre quantique en lui promettant les âmes des coupables. La scénariste Sarah Dollard prend acte de cette tension pour nous détourner de la vérité, et il y parvient sans problèmes, tant ce monde parallèle apparaît réel et les problèmes qui sont les siens font écho à notre actualité. Le compte à rebours sur Clara achève d’impliquer dans la résolution de l’intrigue, mais nous pouvons toujours nous croire dans un épisode qui connaîtra une résolution heureuse. Le scénario est par ailleurs truffé d’inspirations bien digérées. Le monde parallèle au sein de Londres rappelle le train pour Poudlard d’Harry Potter. L’ajout du corbeau, une première référence à Edgar Allan Poe pour la fin de cette saison, apporte un peu de poésie morbide à cet univers étouffant, et un mauvais augure annonciateur de la fin, car c’est bien ce corbeau qui actera le « jamais plus » entre Twelve et sa moitié.

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Me, plus seule qu’elle ne l’a jamais été

Et puis le voile se lève. Ashildr a attiré Rigsy dans la rue comme un appât. Elle savait qu’il connaissait le Docteur et qu’elle pouvait l’amener dans sa ville et l’emprisonner par le biais de l’énigme. L’alien en question n’est pas morte, et pour la libérer de sa chambre de stase, le Docteur doit enfiler un bracelet téléporteur. Me a fait un deal avec une personne inconnue pour protéger sa rue en échange du Docteur. Lorsque Me veut retirer la malédiction de Rigsy, Clara dévoile son stratagème. Mais elle n’avait pas prévu que lorsqu’elle prendrait le sort à son compte, Me serait hors du contrat. Clara n’a plus aucun recours pour éviter la mort. Les cinq dernières minutes de l’épisode annoncent la fin du jeu, éprouvantes. Le Docteur promet l’enfer à Ashildr si elle ne libère pas Clara, et il n’y a aucun mal à le croire. Pour éviter cela, Clara assume son erreur et elle lui ordonne de ne pas venger sa mort, de ne pas redevenir le guerrier qu’il était pour ne pas insulter sa mémoire.

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« i guess we just both gonna have to be brave »

Puis elle va affronter une mort des plus stupides qu’elle essaiera de rendre la plus digne possible, un peu en vain. Le gap entre la stupidité de cette mort et l’intensité de ces dernières minutes est à la mesure de ce que Steven Moffat et son équipe, mais surtout Coleman et Capaldi ont su installer sur ces deux années entre les deux personnages. Tout est déjà là, il suffit d’appuyer sur le bouton. Pas besoin de plus de mots de Capaldi pour comprendre l’horreur du Docteur alors qu’il s’apprête à perdre une partie de lui-même, ni la difficulté avec laquelle il consent à ces dernières volontés, ni à quel point la suite va être sans précédent. Voilà Clara envoyée ad patres et le Docteur en route vers sa prison. Et sans prévenir, cette saison en demi-teinte s’apprête à repousser les limites de la série. C’est parti pour le Moffat/Talalay/Gold/Capaldi show.

N : 8

IM : 7

35 / 9-09 Sleep no more (Dans les bras de Morphée)

35 / 9-09 Sleep no more

de Mark Gatiss

Réalisation : Justin Molotnikov

38ème siècle. Une équipe de sauvetage est envoyée pour secourir le scientifique Gagan Rasmussen sur une station spatiale. Ils y rencontrent Clara et le Docteur. Tous sont bientôt attaqués par une créature faite de poussière de sommeil, mais ils parviennent à retrouver Rasmussen sain et sauf dans une capsule. Ils sont aussi introduits à Morpheus, son invention, une capsule de sommeil (!) qui permet d’éviter de perdre trop de temps à dormir, puisqu’elle concentre en cinq minutes le dodo nécessaire. Ainsi tous passent plus de temps à bosser et les profits entrent mieux, et la croissance reprend et youpi ! Le problème est qu’à chaque réveil d’un long sommeil, il est connu qu’on se débarrasse de la poussière qui contient nos monstres intérieurs. Avoir tué le sommeil, la poussière s’est agglomérée pour engendrer des monstres qui ont pris le contrôle de l’équipage. Le Docteur découvre même que ces poussières pourraient bien les observer.

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Mr Sandman, bring me back Doctor Who zzzzz

Doctor Who ne s’était jusqu’ici pas essayé au found footage et c’était tant mieux. Le procédé créé suite au succès du projet Blair Witch a bien trop souvent servi de cache-misère « réaliste » à des intrigues vides et des scénarios creux. Sleep no more, l’épisode Mark Gatiss de cette saison 9, ne déroge pas à la règle. Il ne sera même pas sauvé par la justification tardive de l’emploi du found footage : Il n’y a aucune caméra dans le vaisseau, c’est donc la poussière qui les regarde. Dès lors, le point de vue employé trahit la transformation d’un personnage. Cette idée est en pratique peu utilisée et ne saurait pallier un manque flagrant d’inspiration. Le Grunt, soldat humain élevé pour tuer, semble sorti d’un cahier des charges de vagues inventions futuristes. Il ne servira au final pas à grand-chose, si ce n’est à sauver un membre de l’équipage aussi peu intéressant que ses congénères. La vidéo tournée par Rassmussen, qui entrecoupe les scènes, est redondante avec l’action et justifiée par une pirouette scénaristique finale ridicule. Cette explication grotesque « juste pour faire peur » aurait pu sortir de n’importe quelle série B et sonne l’alarme sur le fait qu’à se prendre trop au sérieux et à reprendre des effets de mode, Doctor Who risque de tomber dans le ridicule.

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Le psychic paper a t’il une caméra embarqué ?

Un tel résultat est d’autant plus dommage que le thème de la dépossession du sommeil pour le profit est original et qu’il aurait pu donner une intrigue intéressante dans le cadre habituel de Doctor Who. C’est néanmoins avec plaisir que l’on retrouve en Rassmussen Reece Shearsmith, ancien complice de Mark Gatiss sur The League of Gentlemen et interprète de Patrick Troughton dans le film historique « An adventure in time and space » tourné pour le 50ème anniversaire de la série. Le principal intérêt de Sleep No More est au final presque imperceptible, puisqu’on y glisse progressivement depuis maintenant deux saisons : Les réactions de Clara n’ont jamais été aussi proches de celles du Docteur, si bien qu’ils pourraient à plusieurs reprises être interchangeables. Une façon d’avancer un peu plus vers la fin, car nous avons bien compris, à ce stade, qui était cet hybride tant craint par les daleks.

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La blagounette finale de Rassmussen. Il nous a bien eus.

N : 4

IM : 2

35 / 9-07 & 08 The Zygon Invasion & The Zygon Inversion (Vérité ou Conséquences)

35 / 9-07 The Zygon Invasion

35 / 9-08 The Zygon Inversion

de Peter Harness

Réalisation : Daniel Nettheim

Le Christmas Special de 2014 jouait sur la peur qu’un trop beau rêve soit une agonie travestie. Le rêve se protégeait en empêchant le dormeur de poser la bonne question. La sommation pour une série comme Doctor Who de garder les pieds sur Terre peut sembler paradoxale, mais une des qualités de cette saison se trouve certainement dans l’acuité de son regard sur notre époque. Alors que la terreur prend le dessus, peut-on encore se fier à des décisions irrationnelles ? La vigilance n’est-elle que le seul recours face à des discours passionnés visant à brouiller notre jugement ? Alors que les médias et les intérêts politiques divers brouillent encore une carte et un territoire déjà complexes, comment peut-on encore s’installer à la table des négociations et discuter rationnellement avant que les conséquences ne pointent le bout de leur nez ? C’est là que les Zygons refont leur entrée ! Anciens ennemis du quatrième Docteur et de UNIT , ces extra-terrestres avaient la possibilité de prendre la forme de n’importe quel humain, qu’ils enfermaient dans une coquille pendant l’utilisation de son enveloppe afin de mener à bien leur plan d’invasion. L’épisode du cinquantième anniversaire les ramenait à la vie, offrant aux trois Docteurs l’arbitrage d’un conflit épineux. Ces derniers entreprirent de faire oublier à chacune des parties qu’ils étaient humains ou Zygons le temps des négociations. A leur issue, il fut décidé d’accorder l’asile à 20 millions de réfugiés Zygons en les mêlant à la population. Le personnage d’Osgood (membre de UNIT dupliqué), qui vivait en parfaite intelligence avec son double Zygon, était le symbole de cette paix conditionnelle. Or une des deux Osgood fut tuée par Missy à la fin de la huitième saison, ce qui rendit cet équilibre précaire.

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Osgood, deux brillantes porte parole de la philosophie du Docteur

Steven Moffat a toujours eu en tête le retour des Zygons et la menace de briser le cessez-le-feu. Dans ce double épisode, il fait intervenir une faction de Zygons rebelles qui menacent de dévoiler tous les Zygons sous forme humaine présents sur Terre. Ainsi, ils n’auront pas d’autres choix que de reprendre la bataille. Découvrant que n’importe lequel de leur proche peut devenir un ennemi, et sans moyen de savoir qui, la population mondiale et UNIT se retrouvent face à une situation inextricable qui exalte leur peur et brouille les jugements. Le modus operandi des Zygons pour prendre le contrôle d’une enveloppe est un plagiat éhonté de l’Invasion Des Profanateurs De Sépultures de Don Siegel, autre histoire de cosse qui mettait en images la peur du communisme des Etats-Unis dans les années 50 (« Ils sont parmi nous ! »).  Aussi, réactiver cette paranoïa à notre époque n’est pas innocent : les attentats commis par Daech ont légitimement réactivé cette peur, le mode opératoire de l’organisation, recrutant dans chacun des pays de l’Occident, incite à la paranoïa. Comme beaucoup de chaînes de télévision se plaisaient à le répéter, un voisin peut devenir un terroriste, être entraîné et revenir pour vous tuer.

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invasion of the Bonnie Snatcher

La deuxième phase du plan de la faction est de remettre le projecteur sur l’aspect physique des Zygons en les forçant à perdre leur forme humaine. Ainsi les humains les identifieront comme différents et n’auront pas d’autre choix que de choisir leur camp. Le scénariste Peter Harness qui avait déjà mené un choix difficile dans le très bon Kill the Moon (ici co-crédité avec Moffat) pointe par ce biais l’utilisation de la paranoïa par les terroristes comme une arme de division parmi tant d’autres. En filigrane, le segment traite des actes de violence qui conduisent à la haine d’individus qui ne prenaient pas partie à l’origine, créant une contagion de la violence et grossissant les camps des guerriers. Internet se trouve être sans surprise le vecteur de cette contagion. Ce cycle de la haine avait déjà été dénoncé au début de la saison lorsque Moffat osait parler de la jeunesse de Davros, le père des Daleks, et encore bien plus tôt dans la série. En conférant le visage de Clara au leader des Zygons, Harness délivre le même sentiment de paranoïa au spectateur, et cherche aussi à brouiller le jugement du Docteur.

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Quand Doctor Who force à regarder l’abîme

Comme ce fut le cas pour le cinquantième anniversaire, c’est la question de la guerre, qu’elle qu’en soit le motif, qui est abordée à travers ce diptyque. Ce moment où les passions sont trop fortes d’un côté comme de l’autre pour que l’Histoire ait une autre alternative que l’affrontement. Intervient alors l’artifice de la Osgood Box. L’ancien guerrier qu’est le Docteur avait bien besoin de réunir une nouvelle fois Zygons et humains autour d’une boîte contenant un buzzer / une table de négociation, histoire de leur rappeler qu’ils traitaient de vies humaines et qu’ils n’étaient pas dans un jeu télévisé. Au terme d’un discours mené par un Peter Capaldi stupéfiant, il convainc les uns et les autres de laisser tomber les armes. Guerre 0 – Doctor 12.  Une autre force de ce diptyque est de faire fi de schémas manichéens, n’établissant pas de gentils et de méchants, mettant juste le doigt sur la versatilité des plus jeunes.

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Un réquisitoire pour le dialogue en forme de claque dans la gueule

Il porte les qualités de ses défauts, il pâtit nécessairement du déjà-vu de l’intrigue lors du cinquantième anniversaire et du grand nombre de body snatcher’s like l’ayant précédé. Les twists et les faux semblants fonctionnent donc très moyennement, d’autant plus qu’une grande partie du scénario joue dessus. Il transporte également Doctor Who dans un contexte trop réaliste, où on ne s’embarrasse plus de métaphores (les vidéos d’exécution sont reprises tels quels). Cette gravité contamine beaucoup d’épisodes de cette saison politique pour étouffer le dépaysement. Une position qu’on ne saurait blâmer puisque guidée vers cette vigilance rationnelle que défend la série, mais qui court-circuite au final la fantaisie et l’humour. Mais est-ce vraiment un temps pour la fantaisie ? Moffat et Harness répondent à cette question via le personnage d’Osgood, à la fois symbole de la paix et réprésentante au dernier degré du fandom whovien, comme une main tendue au spectateur pour qu’il quitte sa position de rêveur et fasse entendre la voie du dialogue. En filigrane, le lien entre le Docteur et sa compagne ressort encore, se posant comme le fil rouge de la saison, autant que cette histoire d’hybride.

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Doctor Disco wins

N : 8

IM : 7

35 / 9-06 The Woman who lived (Une vie sans fin)

35 / 9-06 The Woman who lived

de Catherine Tregenat

Réalisation : Ed Bazalgette

A la recherche d’un objet alien, le Docteur débarque seul au beau milieu de l’attaque d’une calèche en 1651. L’attaque en question est menée par Ashildr, qui a traversé les époques et est devenue me, un nom qu’elle s’est choisie pour marquer son absence d’attaches suite à la mort de tous les siens à travers les 800 ans qu’elle a vécus. Riche lady reconvertie en bandit masqué pour le frisson de l’aventure, elle recherche le même artefact que le Docteur. Ils décident de procéder ensemble au vol du précieux.  Mais Me compte doubler le Docteur avec Leandro, un alien aux allures de lion qui a aussi perdu les siens et l’amulette qui le faisait voyager. Me et Leandro souhaitent pouvoir profiter de l’amulette que ce dernier a perdue sur Terre. Lui pour pouvoir de nouveau voyager, elle pour quitter ce monde dans lequel elle se sent emprisonnée et dont même le Docteur ne veut pas la libérer. Mais pour ouvrir le portail, il faut qu’il y’ait un mort, une mince fracture dans la réalité pour l’immortelle, mais beaucoup plus pour Twelve, qui va devoir monter au créneau.

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Me, une wanna-be compagne de premier choix

The Woman who lived est la suite directe de The Girl who Died. L’émotion et la vie du premier épisode laissent place à un épisode plutôt froid, en accord avec l’existence difficile d’Ashildr. Il serait tout à fait classique s’il n’était pas tout au service de ce nouveau personnage Moffatien qu’est Me, vampirisé par le splendide thème que Murray Gold lui a réservé et mené par une Maisie Williams à l’aise blaise dans un des rares personnages ambigües de la série. Bien qu’il se dégage de son jeu une aura malsaine, il est difficile de ne pas compatir pour Me. Coincée dans l’Histoire et forcée de voir mourir tous ceux qu’elle côtoie, elle devra encore attendre pour quitter la Terre. Elle se trouve d’autant plus délaissée que le Docteur, pour une raison qu’il taira jusqu’à la fin de l’épisode, refuse de lui accorder. L’immortalité comme un poids traitée de manière bien plus frontale que pour le Capitaine Jack renvoie aux vampires torturés d’Anne Rice. Et c’est finalement bien d’un humain que Me décidera de se nourrir pour pouvoir échapper à son calvaire. The Woman who lived est un épisode déstabilisant, car il met en exergue la conséquence d’une erreur, et un sérieux dilemme pour Twelve. Face aux suppliques de Me, la gravité « muette » de Twelve le place en irresponsable, en porte à faux avec celui qu’il est vriament. Pourquoi n’aurait-elle pas droit de s’envoler pour échapper à ce destin long et pesant ?  Pour simplifier l’équation et revenir à un bête combat du bien contre le mal, l’épisode utilise trois artifices : la traitrise du léonien clairement identifié comme bad guy (l’imagerie de la belle et la bête à contre-emploi reste cependant une belle idée), le sacrifice de l’humain et le danger plus grand de l’ouverture du portail. Ainsi le dilemme créé, qui aurait pu mener à quelque chose de bien plus intéressant, est en partie plombé par une résolution rapide et sans grand relief.

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Face à sa belle, le roi lion joue la comédie

Le prolongement de l’épisode est visiblement de disserter (encore) sur le pourquoi d’une compagne humaine pour le Docteur, et particulièrement de cette compagne idéale qu’est Clara Oswald. Un contrepoids qui permet l’équilibre dans la vie de l’immortel (que ce soit Me ou le Docteur), un lien avec la réalité des choses. Jenna Coleman est absente de cet épisode jusqu’à la dernière scène, où son thème doux amer et sa présence viennent remplir de nouveau l’espace austère et remplacer le thème de Me. Cette vue est rétrospectivement intéressante, bien qu’incomplète puisque le Docteur pourrait très bien voyager avec Clara et l’immortelle sans que sa dynamique n’en soit fondamentalement contrariée. Le retour de la deuxième fiole d’immortalité à la fin de l’épisode pour sauver le brigand Sam Swift (un personnage bien anecdotique) et refermer le portail fait également figure de Deus Ex approximatif, alors qu’il était nécessaire d’aborder la question d’un compagnon immortel pour Me bien plus tôt (une solution autre que la fuite déjà présente dans le premier épisode !). Toujours ambigü à l’issue de cet épisode, Me devient un miroir terre à terre du Docteur, une sainte patronne qui secourera ceux qui restent quand ils part. L’épisode n’est pas ce qu’il aurait pu être, mais en l’état, Maisie Williams et Murray Gold ont sauvé admirablement les meubles.

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« Tu n’as pas sauvé ma vie Docteur, tu m’y as piégée.»

N : 7

IM : 8

35 / 9-05 The Girl who Died (La Fin d’une vie)

35 / 9-05 The Girl who Died

de Jamie Mathieson & Steven Moffat

Réalisation : Ed Bazalgette

Clara et le Docteur sont capturés par des vikings. Pour s’évader, le Docteur se fait passer pour Odin, avant de se rendre compte qu’il s’est fait coiffé au poteau par un autre alien qui se fait passer pour le Dieu, et qui compte bien se nourrir des plus grands guerriers dans le Valhalla (un joyeux programme). Clara se fait capturer par le faux Odin avec la totalité des guerriers du village et la jeune Ashildr. Le faux Odin, un guerrier appartenant à la Mire, se nourrit de la testostérone des guerriers vikings. Alors que Clara tente de négocier une trêve, Ashildr s’emporte et elle le provoque en duel. Dépouillés de leurs guerriers, les vikings refusent de fuir. Le Docteur se trouve obligé d’aider à combattre des hommes qui n’ont jamais tenu une épée. Grâce à quelques anguilles électriques, l’imagination d’Asildr et une belle ruse, ils parviennent à ridiculiser les guerriers. Mais le prix à payer pour cette victoire sera bien lourd.

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Ils ont trouvé mieux que mon coup du yo-yo

The Girl who died est un épisode historique classique et sans réel surprise…dans ses trois premiers quarts. Il raconte une nouvelle victoire du Docteur contre des aliens belliqueux, et une victoire plutôt rapide. Heureusement il est ponctué de sympathiques trouvailles : Un faux Odin qui utilise un truc des Monty Python, le yoyo pour impressionner les vikings, le retour du Docteur qui parle bébé qu’on n’avait plus vu depuis Closing Time, et la musique de Benny Hill sur la vidéo de la honte des Mires. Ainsi on serait tout à fait disposés à s’en contenter, surtout après deux two-parter peu légers. Mais l’épisode a une toute autre fin : Celle d’introduire un nouveau personnage clé de la période Moffat, Ashildr. Marginale dans son peuple, Ashildr a acquis une capacité étonnante à imaginer des histoires. C’est grâce à ce talent que le Docteur pourra apporter la victoire aux vikings, mais la jeune fille mourra (merci au spoiler du titre) à cause de l’appareil qui donna vie au mirage qu’elle créé.

Effondré, Twelve a des réminiscences de l’épisode de Pompéi. Il se souvient quand sur l’invective de Donna, il a sauvé une famille romaine qui n’était pas destinée à survivre. Parmi cette famille, il y’avait Caecilus, qui avait le visage de Peter Capaldi. Difficile de dire si c’est un toutéliage ou si Steven Moffat avait en tête cette explication depuis les débuts de Twelve, elle fait tout à fait sens. Twelve a pris le visage de cet homme pour se souvenir qu’il est un Docteur qui sauve. Il utilise alors un kit médical des Mires pour résusciter Ashildr, bien qu’il sache pertinemment que cette régénération sera permanente. Elle ne pourra plus mourir.

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La fille qui mourut

Notre Twelve ne s’est-il pas un peu trop emballé ? Il faut dire qu’il subit pas mal de surmenage depuis le début de la saison. Nous le voyons encore ici tenter le diable pour sauver Clara Oswald qui, elle, n’a que faire de braver tous les dangers, certaine que son Docteur trouvera un moyen de l’en tirer. Un jeu du « je risque tout » / «  je te sauve » qui va un peu trop crescendo. Plus tôt dans l’épisode, il se trouvera contraint de rester pour combattre avec les vikings à cause de Clara, alors que sauver ce village pourrait mettre en danger la Terre à plus long terme. Dans sa décision de sauver Ashildr, le Docteur réagit impulsivement à la peur irrationnelle de perdre sa compagne. Une peur qu’il ressent continuellement depuis que Clara joue au risque tout. Cette peur transpire du jeu de Peter Capaldi, elle a été admise à plusieurs reprises par un Docteur qui est peu expansif, et il le confirme encore par une attention peu anodine. Il confie un deuxième kit de régénération permanente à Ashildr car il sait que la vie d’un immortel est une succession de pertes de gens aimés. Ainsi elle pourra rendre immortel « quelqu’un qu’elle ne pourra pas supporter de perdre ». Par cet acte, Twelve semble se persuader qu’il pourra sauver Clara, la compagne qu’il ne pourra pas supporter de perdre, quand le moment sera venu. L’ironie de la situation est que (spoiler) c’est l’immortalité d’Ashildr qui précipitera la mort de miss Oswald.  Dans un superbe traveling circulaire et les notes d’un nouveau thème, les dernières secondes de l’épisode voient la jeune fille traverser les époques et son sourire s’effacer peu à peu. Après Arya Stark, l’étonnante Maisie Williams vient d’hériter d’un nouveau rôle mémorable.

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La femme qui vécut

N : 8

IM : 8

35 / 9-03 & 04 Under the Lake & Before the Flood (Au fond du lac & Avant l’inondation)

35 / 9-03 Under the Lake

35 / 9-04 Before the Flood

de Toby Whithouse

Réalisation : Daniel O’Hara

2129. Un vaisseau mystérieux est recueilli dans une base pétrolière sous-marine en Ecosse. Le capitaine du complexe est accidentellement(ou pas) brûlé vif et transformé en fantôme, bientôt rejoint par un autre spectre aux allures de croque mort venu du vaisseau. Trois jours plus tard, Le Docteur et Clara débarquent sur les lieux. Twelve informe l’équipage cloitré que la seconde entité vient de la planète Tivoli, connue pour la grande lâcheté de ses habitants. Après un long déni, le Docteur conclue qu’il s’agit bien de fantômes, ce qui renforce évidemment son enthousiasme. Tous s’organisent pour les capturer dans une cage de Faraday située dans le vaisseau. Les spectres leur dévoilent ensuite des coordonnées cryptées. Le Docteur conclue que les fantômes sont des transmetteurs et que le lieu ciblé par ceux qui ont envoyé les coordonnées est une église. Celle-ci a été ensevelie sous les eaux suite à l’inondation qui s’est produite à l’endroit même en 1980. Autre découverte : les coordonnées inscrites dans le vaisseau/tombeau sont faites pour rester dans la mémoire de celui qui les lit, même après leur mort. Alors que le vaisseau est inondé, le groupe est séparé en deux. Le Docteur décide de retourner en 1980 quand le vaisseau a été envoyé, juste avant l’inondation. Mais aussitôt, Clara se retrouve face au fantôme du Docteur, qui est donc mort en 1980.

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Ludwig Van, illustration du Bootstrap Paradadox

Un deuxième Two-Parter à ce stade de la saison !  Il faut s’y habituer car cette saison 9 ne comporte que très peu d’épisodes loners. Under the Lake / Before the Flood est construit à la façon d’une enquête temporelle influencée par les enquêteurs, les événements qui ont lieu lors du second épisode se trouvant être les causes de ceux du premier. A priori une brillante idée, mais qui pêche dans l’exécution. Même si on retrouve quelques signatures de Toby Whithouse (Un Tivolien était déjà apparu dans un de ses meilleurs épisodes, The God Complex), ce double porte bien la marque de Steven Moffat. Il s’en dégage un coté Sherlock par ce recours constant à l’ingéniosité du Docteur, embarqué dans des monologues de révélations continues. Dans l’optique de l’enquête, il aurait été judicieux de dissimuler des indices pour rendre la première partie plus interactive ou rétrospectivement habile, les mises en scènes du Sherlock Holmes de Conan Doyle (et dans une moindre mesure de celui de Moffat & Gatiss) ne tirant leur efficacité que du mélange d’imprévisibilité et d’évidence de ses conclusions. Le symptôme le plus voyant de ce démonstratisme un peu vain est cette nouvelle tentative de faire sauter le 4ème mur après Listen. Twelve nous parle du bootstrap paradox (google it ! qu’il nous dit) et du fan de Beethoven qui compose lui-même la Vème symphonie pour revenir en fin d’épisode pour nous expliquer la scène avec un petit clin d’œil. Aux origines peu évidentes, la liste de morts composée par Twelve a à ce stade un arrière-goût d’ajout scénaristique. Plus généralement, ce two-parter baigne dans un paradoxe aux règles et aux résolutions approximatives qui rappelle certaines heures d’Eleven. Pas les meilleures.

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Twelve a démasqué le malotru qui transforme les corps en récepteurs

Under the Lake / Before the Flood comporte au final peu d’originalités. Il brasse beaucoup de redites de l’ère Moffat (le Docteur face à son double mort rappelle par exemple la confrontation avec son Flesh) alors que la saison précédente avait su innover. Le premier épisode, sous forme d’énigme et de poursuites, resservira la scène à la « Alien » et étirera inutilement le temps. La partie 2 se situe en 1980 avant l’inondation et il s’agit d’influencer le futur pour éviter la mort de Clara.  Le croque-mort Tivoli (futur fantôme) vient y enterrer un de leurs anciens tyrans, le Fisher King ( le tyran qui a créé les fantômes pour qu’ils servent de GPS aux siens). Bien qu’un effort ait été fait pour caractériser les membres de l’équipage, notamment l’officier sourde muette qui fait parfois preuve d’intelligence, tous sont au final interchangeables, tous amoureux, tous méfiants, tous passifs ou inconséquents. Ces êtres humains demeurent fondamentalement unidimensionnels et font office de chair à canon. Ils reprocheront donc au Docteur (et à Clara, qui est devenu le Docteur) de les envoyer au casse-pipe, parfois d’une façon irrationnelle, comme ils partiront risquer leur vie juste pour faire avancer le scénario. Nous nous trouvons dans une même absence de cohérence dans les réactions du groupe que nous trouvons dans les jeux temporels.

Il y’a heureusement de bons moments pour soutenir l’intrigue, et un rythme constant. Il y’a aussi ce rappel de l’attachement du Docteur à Clara important pour la suite, son enthousiasme à se frotter à des fantômes ou ce jeu de cartes qu’il transporte encore pour ne plus passer pour un connard insensible. Le Docteur est inquiet de voir que Clara devient comme lui, et il le lui dit ici clairement. Que des éléments impliquant Capaldi et Coleman, qui sont incapables de fournir un mauvais épisode (à une exception près cette saison).

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La mort du Docteur : Le pire cauchemar de Clara (et réciproquement)

N : 6

IM : 5

Saison 35 / 9 / 35 / 9-01 & 02 The Magician’s Apprentice & The Witch’s Familiar (Le Magicien et son disciple & La Sorcière et son pantin)

35 / 9-01 The Magician’s Apprentice

35 / 9-02 The Witch’s Familiar

de Steven Moffat

Réalisation : Hettie MacDonald

Au cœur d’une guerre lointaine, Twelve tente de sauver un gamin piégé au cœur d’un champ de mines. Au grand étonnement du Docteur, le gamin se révèle être Davros, futur créateur des Daleks. Peu après, le Twelve est sommé de faire face au vieux Davros une dernière fois, avant sa mort. Ne pouvant le dénicher, le père des Daleks décide d’utiliser une vieille amie du Docteur. Missy refait son apparition, immobilisant tous les avions en vol pour attirer l’attention d’UNIT. Elle confie à Clara avoir reçu un testament du Docteur avant son dernier jour, puis elle la téléporte à Essex en 1138, où Twelve fait beaucoup de bruit !  La Colonie Sarff, le soldat de Davros vient gâcher la fête en lançant son invitation et en remémorant sa rencontre avec le jeune Davros.  Colonie enlève le Docteur, Clara, Missy et le TARDIS. Voilà Twelve contraint au face à face traditionnel dans une station spatiale qui se révèle être la planète Skaro rendue invisible. Missy et Clara se mettent en tête de sauver leur ami. Leur alliance sera un beau calvaire pour Clara.

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Davros, de nombreux génocides devant lui

“ Si quelqu’un connaissant le futur te montrait un enfant et te disait que cet enfant grandirait en devenant le mal absolu, un dictateur sans remords qui détruirait des millions de vies, pourrais-tu tuer cet enfant ? ». Ces mots étaient prononcées par le quatrième Docteur dans Genesis of the Daleks, l’épisode qui dévoilait l’origine des affreux de Skaro et qui introduisait Davros dans la série. 40 ans plus tard, Steven Moffat les ressort pour refaire deviser comme au bon vieux temps notre seigneur du temps et le créateur des Daleks. Explorer le concept du « si on tuait Hitler » avec Davros c’est un peu ouvrir la boîte de Pandore, mais pourquoi pas. Moffat l’a déjà ouverte et il a su retomber sur ses pieds. Au-delà du coup de coude au nostalgique des classiques, il ressort d’autres questions : Davros a fait les Daleks, mais qui a fait Davros ? Le Docteur est-il responsable du fameux ‘exterminate’ et de tout le reste ? Moff’ réussit à nous faire douter de twelve par une pirouette scénaristique pourtant classique dans son registre, ou bien nous faire croire à une rédemption de Davros. La confrontation entre les deux ennemis est teintée de coup bas et d’émotion, et plutôt réussie. Mais cela n’empêche pas de revenir à toutes ces histoires de guerre du temps et de tourner en rond. On pensait en avoir fini avec l’épisode du cinquantième anniversaire. Et ben non.

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Rock’n Roll Doctor

Ce dyptique réalisé par Hettie MacDonald qui réalisa l’inoubliable Blink est ultra bordélique, distille les informations trop parcimonieusement et n’est pas toujours cohérent. Il annonce une saison qui ne renvoie plus aux éléments de la série classique mais se noie dedans, exclusivement construit à partir de références: nous démarrons avec le retour de Skaro, la planète des Daleks, détruite depuis le septième Docteur. L’espace d’un épisode apparaissent les soeurs de Karn, UNIT, Missy, un Docteur caché dans une coquille de Dalek, et bien d’autres trouvailles archéologiques l’ancienne série (dont une mention des trois versions de l’Atlandide). La colonie Sarff se muant en serpent géant ne peut que rappeler le Mara. Heureusement ces références en pagaille cachent quelques idées novatrices : le Docteur rock’n roll de Capaldi embarque sa guitare et abandonne le tournevis pour des lunettes soniques. Nous découvrons aussi où finissent les vieux Daleks inutiles, un détail qui a son importance dans l’issue de l’épisode.

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Missy et son animal de compagnie

Heureusement le showrunner s’amuse comme un fou et les incompréhensions du premier épisode se transforment en atouts dans le second dans un jeu communicatif. Clara est bien mise à mal, passant de favorite du Docteur (the magician’s apprentice) à souffre douleur de Missy. Deux conceptions bien opposées du compagnon qui perturberont bien notre control freak. Elle se retrouvera malgré elle dans une coquille de Dalek, un retour aux origines qui aura peut-être échappé à la survoltée Missy. En parallèle, Moffat prépare déjà la fin de la saison en dévoilant ce que pourrait être le désespoir de Twelve à la perte de Clara, et dévoilant de la bouche de Davros une prophétie des Seigneurs du Temps sur la venue d’un hybride de deux races guerrières.

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Une petite discussion philo pour fêter les 40 ans. Remember ?

N : 7

IM : 7

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