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Easter Special 2022 – Legend of the Sea Devils

Easter Special 2022 – Legend of the Sea Devils

de Ella Road & Chris Chibnall

Réalisation : Haolu Wang

La dernière fois que nous avons eu un épisode spécial de Pâques, le dixième Docteur (David Tennant) affrontait d’étranges créatures sur une planète des sables et il faisait voler un bus londonien sur un thème de Murray Gold. Planet of the Dead avait beau être un des voyages les moins enthousiasmants de l’ère Russell T. Davies, la magie Whovienne garantie à chaque épisode donnait envie de voir la suite. Mais en 2009, il n’y avait pas eu toutes ces choses qui font que le monde se prend maintenant nettement trop au sérieux, ni la COVID, cet évènement majeur de l’Histoire toujours sciemment éclipsé de Doctor Who…mais je m’égare. Notre épisode de Pâques offre le retour d’un très vieil ennemi du Docteur, cousin proche des Siluriens présentés chez Three et revus chez Eleven dans un two-parter parmi les meilleurs de Chris Chibnall : les Sea Devils. Apparus dans l’épisode éponyme de la neuvième saison, sous le troisième Docteur, ces diables des mers étaient restés dans les limbes des ennemis classiques du Docteur, et cette résurrection convainc moyennement qu’ils n’auraient pas dû le rester. Non pas que cette espèce aquatique qui précéda les hommes sur Terre n’ait pas de style dans sa nouvelle enveloppe. Mais ils ne sont ici qu’un monster of ze week ramené spécifiquement pour que Doctor Who fasse une escale dans le Swashbuckler (film de pirate).
Marcissus a la classe, mais ça ne suffit pas

Ce n’est pas foncièrement une mauvaise chose de ramener les navires de pirates et de faire prendre la mer à Thirteen, car la dernière aventure du Docteur dans la piraterie était plutôt moyenne (dans le standard Moffatien). Legend of the Sea Devils nous amène en 1807 en Chine. Sur un village côtier, la pirate Madame Ching tue un homme qui protégeait le Sea Devil Marcissus transformé en pierre, et elle libère la créature. Thirteen et ses amis débarquent alors pour combattre Marcissus…qui enfourne son bateau sous les yeux étonnées de Thirteen. Dan et le gamin du mort nagent jusqu’au navire de la pirate et apprennent qu’elle cherche le trésor perdu de Flor de la Mare que convoitait le navigateur légendaire Ji-Hun. Avec ce trésor, elle compte payer les ravisseurs qui ont kidnappé son équipage et ses deux bambins. Pendant ce temps, Thirteen et Yaz font un saut de 274 ans en arrière et nous voyons le fameux Ji-Hun se faire trahir par un Sea Devil. La Docteure trouve un moyen de ramener tout ce petit monde en 1807 et nous découvrons…qui a le fameux trésor. Entre temps, les CGI ont été de bonne facture et l’action distrayante, mais la pauvreté des enjeux et des personnages font qu’on ne peut rester qu’en surface. Legend of The Sea Devils permet néanmoins de mettre un coup de projecteur sur Madame Ching, une de ces femmes « oubliées » de l’Histoire que Chibnall se plaît à inclure dans son ère. Ching Shih épousa le pirate Zheng Yi dont elle prit la suite pour faire fructifier d’une main de fer le business durant près de 10 ans ! (en comparaison, Barbe noire et Henry Every n’ont oeuvré que pendant deux ans). Donc on est loin de la mère meurtrie que Chris cherche à nous vendre…

Pirate !

Legend of the Sea Devils permet aussi de voir Dan en pirate. Et on aime toujours autant voir Dan s’éclater au milieu de tous ces pisse-froid.

Encore une fois Dan, tu t’es trompé de série. Mais merci d’être là !

Cette aventure un peu anecdotique laisse un peu de temps pour placer un message écolo-chibnallien sur la beauté de l’océan (le TARDIS atterrit sous la mer), et surtout revenir sur la révélation de l’épisode du Nouvel-An. Maintenant que nous savons et que Thirteen sait aussi que Yaz est amoureuse d’elle, il fallait enclencher une vitesse. Sur la dernière ligne droite de son ère, Chris Chibnall joue encore le timide, n’accordant au couple que quelques instants platoniques sur une plage, sur une musique bien peu excitante. Il peine aussi à convaincre lorsque Thirteen avoue à Yaz qu’elle est la compagne avec laquelle elle se serait le plus vue en couple. Mandip Gil a fait de son mieux, mais nous sommes à une dizaine de niveaux en deçà des envolées de Nine-Ten/Rose ou de Twelve/Clara, et la mise en scène de leur histoire n’aide pas. Il ne reste plus qu’à espérer une dernière aventure de Thirteen qui décoince un peu notre Chibnall et qui permette enfin à ce couple d’exister.

Et c’est parti pour la complainte du Docteur.

N : 6

IM : 4

New Year Special 2022 – Eve of The Daleks

New Year Special 2022

Eve the Daleks

De Chris Chibnall

Réalisation : Lee Haven Jones

Voici donc le premier des deux Specials commandés par la BBC pour cette année 2022, qui précédent le long métrage qui clôturera l’ère Thirteen/Chibnall. La mauvaise nouvelle est que Chris Chibnall et Matt Strevens ont une nouvelle fois convoqué les Daleks pour les festivités du nouvel an. Après les embarrassants Resolution et Revolution of the Daleks servis en amuse bouche des années 2020 et 2021, était-ce bien nécessaire de récidiver ? Faut-il inévitablement démarrer chaque année COVID avec les affreux de Skaro ? La bonne nouvelle est qu’entre temps, Doctor Who Flux est passé par là et que l’écriture du show est revenu vers quelque chose de moins déprimant et donneur de leçon, et aussi dans une certaine mesure, de moins fainéant. Eve of the Daleks ne raconte donc pas une énième invasion Dalek, mais essaie de varier un peu le plaisir en proposant un bottle episode qui prend le contrepied à la fois de l’attendu et de la complexité de la saison qui a suivi. Le concept est très simple et guère original: Un garde-meuble, deux humains, Un Dalek « exécuteur » et une boucle temporelle.

Moi qui rêvait d’un Christmas Special, me voilà encore coincée dans un Nouvel An Dalek

Manchester. 31 décembre 2021. 23h50. Sarah doit passer un réveillon de plus à l’accueil du garde-meuble où elle travaille, avec pour seul client l’étrange Nick. C’est alors qu’un Dalek se matérialise dans les lieux et abat les deux humains, l’un après l’autre. Le TARDIS atterrit dans le sous-sol de l’entrepôt et il se disloque juste après que Thirteen, Yaz et Dan en soient sortis. Peu après, eux-aussi sont exterminés par le Dalek. Les cinq se réveillent peu de temps avant leur mort, dans une boucle qui (ils le découvriront plus tard) a été causée par le TARDIS pour sauver le Docteur et ses compagnons. La tête de la Seigneure du Temps a été mise à prix par les Daleks après les dégâts sur la flotte Dalek causés par le plan des Sontaran. Et malgré l’intervention du TARDIS, les exécuteurs envoyés pour l’exterminer ont toujours une belle fenêtre de tir. Après leurs morts, chaque nouvelle boucle reprend un minute après la précédente. Chacun des survivants apprend de ses erreurs, puisqu’ils se souviennent tous de la précédente boucle, mais c’est aussi le cas du Dalek (et des compagnons qui le rejoignent par la suite). Un jeu du chat et de la souris démarre, alors que la boucle se rétrécit peu à peu.

Et si j’appuie sur le bouton 3, est-ce que la prochaine boucle ajoutera 3 mn ?

De l’eau est passée sous les ponts depuis que Un jour Sans Fin a popularisé la boucle temporelle. Depuis, des films aussi notables que Edge of Tomorrow, Triangle ou Happy Birthdead ont su exploiter le concept, ainsi qu’un grand nombre d’épisodes de séries TV. La Time Loop n’est plus une idée originale. Mais elle est relativement inédite dans Doctor Who, ce qui rend l’épisode intéressant dans son concept. L’exploitation que le scénariste/showrunner en fait est plutôt basique. Il n’y aura qu’une seule véritable originalité, celle de la compression progressive de la boucle créée par le TARDIS. La menace Dalek n’est elle-même, pas réellement exploitée. Eve of the Daleks donne l’occasion de quelques affrontements rapprochés (notamment avec Dan et Nick) qu’on aurait pas vus dans un épisode classique d’invasion, mais les Daleks auraient pu être remplacés par des Aliens que rien n’aurait vraiment changé. L’épisode comporte un côté ludique pas désagréable dans la constitution progressive du plan et une vibe plutôt positive et moins prétentieuse qui confirme la direction re-prise par la série depuis Flux. Il n’y a rien de bien exceptionnel, mais l’ambition de créer un bon divertissement est de nouveau là.

Dan Lewis, l’homme qui n’a pas besoin d’indices pour deviner

Cette boucle temporelle est aussi une occasion parfaite pour se concentrer sur la dynamique entre les personnages, autre chose qui avait disparu pendant les deux premières saisons de Thirteen, mais s’était réimplanté avec Flux. Les seconds rôles font bien le boulot, et tout particulièrement Aisling Bea en célibataire blasée qu’on aurait bien vu rejoindre Thirteen pour apporter un peu de piment à la série. John Bishop confirme le bien qu’on pouvait penser de lui dans sa première saison et ses rapports de camaraderie développés avec Yaz durant leurs quatre ans de vie sans Thirteen permettent de révéler quelque chose qu’il fallait être bien fort pour deviner (ou bien avoir vécu leurs 4 ans d’aventure hors champ) : Yaz est tombée amoureuse de Thirteen. Elle semble avoir du mal à assumer cette révélation tardive de sa bisexualité / homosexualité. Cette révélation n’est pas particulièrement réussie. Il y’a aussi quelque chose de maladroit dans cette découverte aussi tardive d’une attirance pour une autre femme. Seul l’accueil totalement placide de la nouvelle par Dan fait plutôt plaisir à voir et montre comment on peut dé-dramatiser le sujet. Maintenant que nous sommes au parfum, il reste à voir sur quoi la relation entre Thirteen et sa compagne historique va déboucher et de ne pas faire une version miroir de l’amour à sens unique de Martha pour Ten.

See you in 2023…ou pas

N : 6,5

IM : 3

39/ 13- 06 Doctor Who Flux – The Vanquishers

39/ 13- 06 Doctor Who Flux – The Vanquishers

De Chris Chibnall

Réalisation : Azhur Saleem

Le Flux aborde sa dernière phase, qui est la destruction de la Terre. Prisonnière de Swarm et Azul dans le vaisseau de la Division, hors de l’univers connu, Thirteen parvient miraculeusement à se téléporter dans le vaisseau du lupari Karvanista. Elle parvient également à se téléporter sur Terre, au sein des tunnels de Joseph Williamson, où elle retrouve le constructeurs des tunnels, Yaz, Dan et le professeur Jericho. La Docteure s’est en fait divisée en trois parties, dont deux ne sont pas totalement matérielles. Ainsi elle pourra aider les scénaristes à apporter une conclusion à cet arc incroyablement dispersé. Les Sontarans ont quand à eux pris le contrôle de notre époque avec l’aide du Grand Serpent. Les guerriers ont planifié une victoire sur tous leurs grands ennemis et sur le flux. Ils comptent contrer l’anti-matière du flux en y opposant la matière des congrégations Dalek et Cybermen qu’ils ont auparavant appelé à négocier. Puis se protéger par le bouclier des vaisseaux Lupari, l’intégralité de leur espèce ayant été expulsée dans l’espace (sauf Karvanista). Détenant la montre à gousset dans laquelle Tecteun garde les secrets du passé du Docteur, Warm et Azul torturent Thirteen 1. Grâce au vaisseau lupari de Karvanista, Thirteen 2 se constitue prisonnière pour infiltrer le repaire des Sontarans. Thirteen 3 et le docteur Jericho font appel aux pouvoirs psychiques de Claire pour mettre les combattants en échec. Les évènements vont réunir Thirteen 2 et 3 et (presque) tous les protagonistes de la saison dans le TARDIS. Le Flux sera combattu par le « Passager » de Swarm et Azul. Au final, le grand maître du temps supprime ses deux soldats du chaos, mais il laisse la vie sauve à Thirteen, tout en l’avertissant que son temps est compté, dans cette incarnation et dans cette vie.

Ce n’est pas la saison 3 de Twin Peaks et pourtant…

…Il faut s’accrocher pour tout capter dans ce final de Flux. L’épisode précédent proposait une belle montée en puissance avec son montage alterné sur tous les protagonistes du conflit. Cela promettait un final sympathique, si Chris Chibnall freinait légèrement, le temps de savourer le dénouement. Malheureusement, la mécanique s’emballe encore plus et il y’a tellement d’événements et d’enjeux en cours qu’il est littéralement impossible de se concentrer sur l’un d’entre eux. Toutes les intrigues se referment mécaniquement, souvent par de fortes coincidences et à forces de raccourcis scénaristiques. Emotionellement, le seul moment qui restera de cet épisode qui envoie du lourd (un des plus spectaculaires du show) est le dernier instant du Professeur Jericho dans le vaisseau Sontaran.

Toute aventure extraordinaire a une fin

Le résultat de cette presse constante est que de bonnes idées, dispersées ça et là, tombent toutes à plat. Mais le trop plein n’est pas le plus gros problème de The Vanquishers. Le split en trois de Thirteen, qui va contre toutes les lois connues, se pose comme le saut du requin de cette saison, qui a par ailleurs fait voler toutes les règles restantes du show. Chibnall a envoyé la sauce sans discontinuer et, si l’effet a fonctionné jusqu’à l’épisode 5. On est plutôt content que tout finisse au bout de six épisodes, et un peu désappointé de voir que ça a coûté une grande partie de l’espace et du temps…juste pour balancer la sauce, sans plus-value notable ou happening sur les conséquences du flux. Flux est clairement trop extrême pour intégrer le canon de Doctor Who sans faire vaciller l’édifice, mais il elle reste, prise à part, bien meilleure que les précédentes saisons de Chris Chibnall, que ce soit pour la mise en valeur de Thirteen et ses compagnons ou en terme de créativité. Ce dernier épisode conserve l’aplomb présent sur les cinq premiers épisodes et un humour qui semblait avoir disparu de Doctor Who. Elle est également parvenue à redonner un peu de caractère à une série que nombre d’ardents défenseurs s’apprêtaient à abandonner.

On enterre le passé, mais pas complètement

N : 6

IM : 7

39/ 13- 05 Doctor Who Flux – Survivors of the Flux

39/ 13- 05 Doctor Who Flux – Survivors of the Flux

De Chris Chibnall

Réalisation : Azhur Saleem

Thirteen ne s’est pas transformée en Ange Pleureur, mais elle a été transportée dans le repaire de la Division, un vaisseau en dehors de notre univers et aux portes d’autres univers. Hé oui, il y’a un multiverse dans Doctor Who, mais ça n’est pas vraiment une nouveauté. Elle est accueillie par la cheffe de la Division qu’elle avait rencontrée deux épisodes plus tôt (la femme qui avouait que le Flux avait été créé pour le Docteur) et qui se révèle être Tecteun, qui l’avait recueillie étant enfant (!). Elle lui propose de laisser le flux détruire l’intégralité de cet univers et de rejoindre la Division dans un nouvel univers, probablement celui d’où vient le Docteur. Mais à force de se nourrir d’humains, Swarm et Azul ont trouvé suffisamment d’énergie pour les rejoindre hors de la Galaxie et ils détruisent Tecteun devant Thirteen.

Viens avec moi vers le côté obscur. Hihi

Coincés en 1901 à cause des Anges Pleureurs, Yaz, Dan et le Professeur Jericho doivent mener leur propre vie. Trois ans plus tard, ils entreprennent un voyage au Mexique pour trouver un artefact qui les mènera aux réponses qu’ils recherchent : Thirteen a laissé à Yaz un message au cas où elles seraient séparées afin qu’elle puisse connaître le lieu et la date où la Terre sera prise d’assaut par des aliens dont la planète a été détruite par le Flux. Leur aventure les fait rencontrer de nouveau le célèbre Joseph Williamson (Steve Oram). Il leur montre les tunnels qu’il a creusés à Liverpool, qui abritent des portes vers différentes époques et lieux de l’univers.

Un Spin off intégré plutôt inattendu

Terre. Fin des années 50. Le Grand Serpent (le très bon Craig Parkinson, à son aise), ancien chef de Vinder découvert dans le troisième épisode de la saison, débarque en Angleterre sous l’identité de Prentis. Il participe à la création de UNIT et noyaute l’organisation durant des décennies – peu de temps pour lui, vu qu’il peut voyager dans le temps – tuant tout ceux qui pourraient découvrir son identité. Lorsqu’il parvient à prendre la tête d’UNIT en 2017, il la ferme. Kate Stewart s’oppose tout de suite à lui, mais elle échoue à le supprimer. Sans UNIT pour protéger la Terre, le Grand Serpent peut ouvrir les portes à une deuxième invasion des Sontaran, revanche du peuple guerrier sur leur récente défaite.

Et voilà. Le tour est joué !

Pendant ce temps, Bel (la copine de Vinder) se fait rattraper par Karvanista qui n’est pas très content qu’elle ait piqué un vaisseau Lupari, et Vinder se fait bêtement absorber par le « Passager » d’Azul.

Chris Chibnall a enfin décidé de s’amuser, et c’est tant mieux! Survivors of the Flux confirme les deux précédents épisodes dans sa volonté de répondre aux questions qu’il a laissées en suspens à la fin de la saison 12. Il rebondit très bien sur l’intrigue du Flux et celle des Anges, dans un ton qui rappelle fortement l’ère Russell T.Davies. L’épisode intègre certes un très grand nombre d’intrigues, mais sa construction le rend plutôt lisible. Il se permet même, à la marge, de faire respirer l’intrigue par une dose d’humour bienvenue et quelques croisements d’intrigues (l’appel du groupe à Karvanista en 1904 sur la grande muraille de Chine est bien vu). Véritable spin-off au sein de la série, Cette aventure du trio en 1904 est un beau cadeau offert à Mandip Gill pour sa fidélité, elle qui a erré pendant deux ans dans Doctor Who sans que son personnage soit réellement mis en valeur. Avec le truculent Professeur Jericho incarné par Kevin McNally et un John Bishop plutôt à l’aise dans le registre comique, elle s’épanouit enfin hors de la tutelle du Docteur. Le retour de Kate Stewart et un petit caméo vocal de son père, le défunt Brigadier au détour d’une scène en 1967 (Il y’a une erreur de chronologie car à la première apparition de Lethbridge Stewart dans Doctor Who en 1968 , il n’avait pas encore rejoint UNIT) font aussi bien plaisir, et permettent de pardonner les amnésies des deux premières saisons du showrunner. Il faut savoir le dire quand les choses vont mieux, donc disons-le. Cette saison est ce qui est arrivé de mieux à Doctor Who depuis le départ de Moffat et Capaldi. Reste à confirmer cette bonne direction avec le sixième épisode, qui clôturera le segment Flux.

N : 8

IM : 8

39/ 13- 04 Doctor Who Flux – Village of The Angels

39/ 13- 04 Doctor Who Flux – Village of the Angels

De Chris Chibnall & Maxine Alderton

Réalisation : Jamie Magnus Stone

Après s’être débarrassés de l’ange qui a hijacké le TARDIS, Thirteen, Yaz et Dan se retrouvent en 1967, dans une bourgade qui subit depuis quelques temps d’étranges disparitions, la dernière en date étant celle d’une petite fille. Pendant ce temps dans la même bourgade, nous retrouverons Claire, qui avait alerté la Docteure dans le premier épisode de la saison sur la présence des anges, et qui s’était faite aussitôt transporter en cette année 1967. Poursuivie par les images des anges, elle rend visite au Professeur Eustachius Jericho pour qu’il entreprenne des expériences sur elle. Thirteen retrouve Claire dans la maison du Professeur, dont les anges ne tarderont pas à faire le siège. Ce n’est pas Claire que les Anges recherchent, mais un d’entre eux qui a pu s’abriter en elle pour que la Docteure lui vienne en aide. Pendant ce temps, Yaz et Dan se font avoir et ils sont transportés en 1910, où ils retrouvent la petite fille et sont témoins d’un étrange phénomène : Le village a fait l’objet d’une extraction quantique par les Anges, qui l’ont extrait du temps et de l’espace pour pouvoir capturer l’Ange rebelle. Ce dernier avoue au Docteur qu’il a travaillé pour la Division, tout comme elle, et que la Division veut récupérer son dû.

Ces Anges là ne viennent pas de la Téléréalité !

Et parmi elles, les anges arrivent en première place. Nous les avions découvert il y’a déjà 14 ans dans l’excellent Blink de Steven Moffat, puis ils étaient revenus à plusieurs reprises lors de son ère en tant que showrunner pour tourmenter Amy Pond. Les anges pleureurs sont peut-être bien les seuls bad guys des Doctor Who moderne à avoir acquis le statut des ennemis classiques du Docteur que sont les Daleks et les Cybermen, et ils occupent une place non discutée à part dans le coeur des fans. Mais ils n’ont jamais été plus terrifiants que lors de leur première aventure. Par la suite, leur démultiplication et l’ajout de nouvelles règles ont un peu gâché le mystère qu’ils représentaient pour en faire des monstres plus normaux, moins intouchables. Village of the Angels est dans la continuité de ses épisodes. Il reprend et pousse encore plus loin le postulat hérité du diptyque Flesh and Stone / Time of the Angels qui veut que toute image d’un Ange pleureur peut devenir un Ange Pleureur. Ainsi tout autant que la télévision, un Ange peut sortir d’un dessin ou d’une pensée prémonitoire. C’est d’ailleurs la prémonition de Claire qui a permis à l’ange rebelle de prendre refuge dans son esprit. Ces ajouts ne causent pas plus de tort aux Anges que leur créateur Steven Moffat ne leur en avait déjà fait. Chris Chibnall et Maxine Alderton parviennent même à bien gérer le suspens des apparitions de leurs apparitions et à rendre le siège de la maison du Professeur plutôt tendu. L’épisode joue bien avec les concepts de la série et notamment avec l’extraction quantique qui nous avait été présentée dans Smith & Jones, la première aventure de Martha. Mais cette fois, les Anges prennent le rôle des Judoons et il ne sont pas mandatés par une police intergalactique, puisque l’Ordre appelé la Division les emploie.

Les Anges s’entraînent pour leurs futures apparitions dans Scooby Doo

Cette Division n’est pas neuve (même si elle l’est dans la série) puisque nous avons appris à la fin de la saison dernière qu’elle employait le Docteur lors des incarnations ayant précédé One. Village of the Angels poursuit donc le développement de la nouvelle mythologie créée par Chris Chibnall, avec un oeil sur le compteur du temps puisque les épisodes de la treizième Docteure sont maintenant comptés. Alors que l’Ange promettait de fournir des informations à Thirteen sur son passé pré-1963, elle aura finalement des infos de première main puisqu’elle est rappelée dans les rangs de la Division en étant transformée…en Ange. Un final plutôt surprenant pour un épisode qui réussit à tenir en haleine en jouant sur pas mal de tableaux. Village of the Angels parvient aussi à bien mettre en valeur le duo Dan/Yaz (qui semble se rappeler qu’elle a été flic) et à fournir des seconds rôles corrects. Pris en dehors de Flux, l’épisode pourrait avoir une vie propre en tant que loner : La partie avec la petite copine de Vinder est d’ailleurs plutôt anecdotique. Nous y apprenons qu’Azule emprisonne tous les survivants en les enfermant dans un « Passager » (la prison de l’épisode précédent). Mais ça en s’en doutait, vu qu’elle est pas franchement gentille Azule.

C’était bien toutes ces années à parcourir le temps et l’espace, mais maintenant il faut reprendre le taf !

N : 8

IM : 7

39/ 13- 03 Doctor Who Flux – Once Upon, Time

39/ 13- 03 Doctor Who Flux – Once Upon, Time

De Chris Chibnall

Réalisation : Azhur Saleem

Planète Temps, temple d’Atropos. Pour libérer Yaz et Vinder, la Docteure prend, avec Dan, la place des prêtresses Mauri. Thirteen, Yaz, Dan et Vinder sont bientôt submergés par le flux temporel. Thirteen parvient à planquer ses compagnons dans leur propre ligne temporelle pour gagner du temps sur Swarm et Azule. Les compagnons revivent tous trois des éléments de leur passé dans un ordre hasardeux, comme des rêves où leurs interlocuteurs les visages des uns et des autres, tandis qu’un mystérieux essaim destructeur leur tourne autour. La Docteure revit elle-même un événement clé de son passé, qu’elle avait enterrée au-delà de ses souvenirs. Elle était alors sous la forme de Jo Martin (son incarnation d’avant le premier Docteur), participant à une mission avec trois collaborateurs (Seigneurs du temps?) pour tenir en échec Swarm et Azule. Ces derniers tenaient des milliers d’otage au sein d’entités vaisseaux nommées Passengers, qu’ils désintégraient pour faire valoir leurs revendications contre l’emprisonnement du temps. Mais l’ancienne incarnation du Docteur parvint à les tromper en dissimulant six prêtresses Mouri dans un des Passengers, et elle les tint en échec. C’est ainsi que les prêtresses domptèrent le temps au sein du temple d’Atropos durant toutes ces années, jusqu’au passage du Flux qui ravagea la planète Temps, et introduit ce déséquilibre qui embête bien tout le monde.

YOU WANNA MESS WITH CHRIS CHIBNALL? So take that : TIME VS SPACE

Pour Chris Chibnall c’est un peu tout ou rien, avec beaucoup de rien, et d’un coup au gros tout. Once Upon, Time est de ces épisodes qui arrivent sans crier gare et qui balancent toute la sauce qui aurait pu s’éparpiller un peu plus également dans le peu de contenu des épisodes précédents. L’auteur de ces lignes serait bien le dernier à s’en plaindre, car nous avons enfin la preuve que le showrunner n’a pas cherché à modifier la ligne temporelle du Docteur pour tout bazarder ensuite. L’épisode revient donc sur les événements de la saison 12 en les incorporant plutôt intelligemment à l’arc Flux, tout en remettant en ordre les éléments épars des deux premières épisodes de la saison. Nous retrouvons la Docteure fugitive incarnée par Jo Martin et nous entendons pour la première fois parler d’un combat des temps obscurs, entre le temps et l’espace. Le temps étant une force qui lutte pour asservir l’espace, avec la complicité de Swarm et Azule, et d’un essaim d’insectes qui rappellent un peu les créatures de Pitch Black. Cette force veut désormais reprendre le contrôle car l’équilibre a été bouleversé par le flux qui dévore peu à peu l’espace (si vous ne suivez plus, c’est encore pire en regardant l’épisode). La planète Temps et ses prêtresses ne sont pas sans rappeler les fonctionnaires du temps de la série Loki qui introduisait le multi-verse de Marvel un peu plus tôt cet année. Il serait néanmoins injuste d’accuser Doctor Who de pompage car la production de cette saison démarra bien avant la diffusion de la série Marvel sur Disney +.

Hé Ben, voilà quelque chose que Clara n’a pas vu dans ma Timeline

Hé oui, Clara n’a pas vu ces événements dans la timeline de ton prédécesseur Eleven, chère Thirteen, alors qu’elle avait quand même réussi à déterrer ce bon vieux War Doctor. A croire qu’il y’a de nouvelles surprises à chaque fois qu’on y plonge ! Hors ce procédé qui permet toujours de s’en sortir à bon compte en invoquant la perte de mémoire (très anglais il faut le dire, hein BoJo), Once Upon, Time s’en sort plutôt bien dans son toutéliage. C’est même un des épisodes les plus intéressants livrés par Chris Chibnall. Le showrunner a visiblement pris à coeur de faire du Moffat, mais à sa façon, en tordant les lignes temporels et en invoquant tous les ennemis du Docteur, attirés par le territoire post apocalyptique laissé par le flux (après les Sontaran, les Daleks, les Cybermen, et toujours un ange qui attend son heure). le même flux qui, paraitrait-il aurait été créé (encore) contre le Docteur – mais ça c’est pour plus tard. Chibnall en profite pour parler un peu plus de la vie de Dan et de Vinder, et nous rappeler qui est Yaz. Tous ces éléments finissent par perdre le spectateur, alors que Steven Moffat prenait soin de tout garder à peu près lisible. Ces noeuds aux cerveau ne sont guère étonnants, car un minimum de récit linéaire est toujours nécessaire pour introduire de nouveaux éléments. Ici il n’y a quasiment que du neuf, et aucune linéarité. On en rajoute encore avec l’histoire de Bel, une survivante du Flux inconnue au bataillon à la recherche de son amoureux (SPOILER c’est Vinder), sur une planète dont on a jamais entendu parler. La sous-intrigue de trop dans un programme déjà lourd, qui a probablement été rajoutée pour séduire les adolescent(e)s.

Pendant ce temps, à Vera Cruz

Malgré ces scories formelles, Once Upon, Time redonne un peu d’espoir dans cette dernière saison de Jodie Whitaker. Le type à la barre du navire a peut-être repris le contrôle.

N : 7

IM : 8

39 / 13-02 Doctor Who Flux – War of the Sontarans

39/ 13- 02 Doctor Who Flux – War of the Sontarans

De Chris Chibnall

Réalisation : Jamie Magnus Stone

Le bouclier des Lupari a bien protégé le TARDIS, mais le Docteur, Yaz et Dan se retrouvent propulsés en 1854 en pleine guerre de Crimée, durant le siège de Sébastopol. Le hic est que les anglais ne combattent pas les russes, mais les Sontaran. Les guerriers ont réussi à profiter de l’action des Lupari contre le Flux pour se faufiler sur Terre. Leur plan est d’investir l’intégralité de notre Histoire, à commencer par la guerre de Crimée. A peine débarqués, Thirteen perd ses compagnons à cause d’un bug temporel. Dan est télétransporté dans son époque (Halloween 2021) où les Sontaran ont établi leur quartier général. il devra se débrouiller pour contrecarrer leurs plans. Yaz se re-matérialise dans le temple d’Antropos, sur la planète Time, dont personne n’avait encore entendu parler, mais où des prêtresses semblent contrôler la stabilité du temps. Elle y rencontre Joseph Williamson, puis Vinder, avant que les bad guys Swarm et sa copine Azule ne viennent tout détruire. Pendant ce temps, Thirteen s’allie avec la célèbre infirmière Mary Seacole pour bouter le Sontaran hors de la planète Terre. Mais le général anglais va t’en guerre missionné ignore la véritable menace que représentent les Sontaran et il engage un combat à mort.

La gentille femme intelligente et le méchant homme inconséquent

Se situant sur trois fronts, War of the Sontarans est tout aussi éclaté que le premier segment de cette saison Doctor Who Flux. Il ressemble à un faux loner conçu pour réscusciter un vieil ennemi, qui n’a finalement pas grand chose à voir avec le fil rouge. Les Sontaran n’ont fait que profiter du moment propice pour investir notre planète, et ils retourneront d’où ils viennent à la fin de l’épisode. Entre temps, Chris Chibnall aura repris sa formule habituelle des épisodes du passé. On peut mettre à son crédit d’avoir abordé un épisode peu renommé de l’Histoire, la guerre de Crimée, qui opposa les anglais, les français et l’empire Ottoman à la Russie. La critique à charge de l’armée de l’Empire britannique et des généraux est aisée et inévitable, mais cela nous permet de revoir quelques uniformes rouges de sa majesté et des chevaux. Nous pouvons aussi profiter d’une bataille à « moyen spectacle » qui prouve que 20 ans après le Seigneur des Anneaux, le logiciel Massive de WETA Digital n’a pas progressé d’un iota (ou bien Peter Jackson a refilé une mauvaise version à la BBC). Le segment met aussi en vedette la traditionnelle femme remarquable qui a longtemps disparu de l’Histoire. Infirmière anglaise d’origine jamaïcaine, Mary Seacole avait construit le British Hôtel derrière les lignes de la Guerre de Crimée pour le repos et le soin des soldats blessés. Elle possède désormais sa statue au St Thomas Hospital de Londres. Le showrunner ne pourra s’empêcher d’en faire un compagnon d’un épisode du Docteur, dégageant Yaz au passage, comme il a su le faire un bon paquet de fois auparavant. La pauvre Mandip Gil n’aura une fois de plus pas grand chose à faire, si ce n’est recevoir hors champ les mauvais traitements de notre couple cénobite destructeur. Fallait pas être une compagne sous l’ère Chibnall !

Lord of the Potatoes

On ne peut pas en dire autant du nouveau membre de la Fam’ interprété par John Bishop. Le sympathique Dan se retrouve aussitôt seul au coeur de l’action, face à des dizaines de Sontaran, sans en être particulièrement effrayé. Une promotion bien rapide, mais on ne relève même plus ce genre de choses. Une chose est certaine. Les quelques scènes qu’il partage encore avec Karvanista, son Lupari/Chewbacca, donnent bien envie d’un spin off rien qu’à eux. Pour la plus grande gêne de ceux qui regardent le show depuis plus de 4 ans, le showrunner poursuit sa mauvaise habitude d’introduire de nouveaux éléments importants comme de vulgaires prétextes pour une poignée d’épisodes : Ici la planète temps, dont la Docteure n’a même pas entendu parler (mais elle ne connaît pas grand chose au final, so nevermind). Au final, ce War of the Sontarans se suit sans déplaisir, mais à aucun moment on ne ressent une quelconque implication dans les événements.

1,2,3….Soleil

N : 6

IM : 4

39 / 13- 01 Doctor Who Flux – The Halloween Apocalypse

39/ 13- 01 Doctor Who Flux – The Halloween Apocalypse

De Chris Chibnall

Réalisation : Jamie Magnus Stone

Un an et demie après la diffusion de la dernière saison de Doctor Who, on avait fini par oublier ce double épisode qui a bouleversé la mythologie de la série. Chris Chibnall aussi visiblement, puisqu’il part dans une direction totalement différente pour cette saison 13. Diffusé en ce jour d’Halloween 2021, The Halloween Apocalypse est le premier segment d’un serial de six épisodes qui composera à lui seule cette saison. Cette particularité dans la série moderne n’est guère une révolution, car c’est bien le format historique de Doctor Who qui est repris avec les moyens actuels. Nous voilà donc l’air de rien avec une saison d’un épisode, en langage Doctor Who classique. Bien sûr, les segments sont plus longs (environ 50 mn) et plus remplis. Mais ce premier épisode renvoie plus aux histoires avec multiplication des vilains/personnages récurrents qui étaient utilisées pour colmater l’absence d’inspiration de la période de vaches maigres de l’ère Four (remember The Invasion of Time). A ceci près que ces vilains n’apparaissent pas lors d’un cliffhanger, mais sont tous balancés d’entrée de jeu, dès ce premier épisode. Nous savons d’ors et déjà que les anges et les Sontarans seront de la partie, au côté d’un couple d’aliens qui ressemble de loin à des cénobites.

Je suis de retour !
Héhé moi aussi !
Et nous aussi hihi ! Ha ben non tu nous connais pas, mais tu nous as déjà vu dans Hellraiser

Accompagnée de Yaz, la Docteure se lance à la poursuite de Karvanista, un Lupari (une espèce à tête de chien). Ce dernier débarque sur Terre à Liverpool, au domicile de Dan Lewis. Cet humain ordinaire qui sort d’une journée d’Halloween très ordinaire et se trouve bien étonné de voir débarquer ce chien humanoïde, qui le kidnappe et miniaturise sa maison. Pendant ce temps, le machiavélique Swarm (un des Cénobites) s’échappe de la prison qui l’enferme depuis des millénaires, rejoint sa compagne et commence à désintégrer des gens. Pendant ce temps, en 1820, un milliardaire joué par Steve Oram (héros et réalisateur de Aaaaaaaah! ) construit des tunnels à Liverpool pour d’obscures raisons. Pendant ce temps, Thirteen et Yaz rencontrent une mystérieuse Claire, qui dit avoir rencontré la Docteure dans le futur, puis se fait rétrograder dans le temps par un Ange Pleureur. Thirteen et Yaz finissent par retrouver le chien et Dan, pour apprendre que les Lupari ont scellé un pacte avec les humains qui les oblige à sauver leur correspondant sur Terre en cas d’apocalypse. Dan est le correspondant de Karvanista, et même s’il ne l’aime pas trop, ce dernier doit le sauver du Flux. Mais qu’est ce que le Flux? Ce n’est pas qu’un sous-titre de saison stylé fait pour attirer les millennials. Le Flux est une vague qui avance dans l’espace pour désintégrer tout ce qu’elle rencontre, un peu comme un champ radioactif fort (Comme ce que fait Swarm avec les gens qu’il croise). Le flux manque d’attaquer le vaisseau de Vinder, un astronaute en mission dans l’espace lointain. Les Sontaran se réjouissent d’avoir à en découdre. La Docteure, Yaz et Dan doivent de leur côté s’allier avec les Lupari pour ne pas être détruits par la vague.

Une vie de chien à sauver les humains

The Halloween Apocalypse est un segment très dense, qui introduit de nouvelles informations à chaque scène, et dans une vitesse constante, sans s’attarder sur grand chose au final. Il se permet un peu plus d’humour et d’idées borderlines à la Russell T.Davies, ce qui le met déjà dans le haut du panier des saisons de Chris Chibnall. L’idée des chiens de l’espace obligés d’intervenir pour sauver les humains est bien sympathique, mais on se demande pourquoi ils ne sont pas intervenus plus tôt dans la série.

Il est bien difficile de se faire un avis sur cet Halloween apocalypse, tant les directions empruntées sont différentes, aucune n’aboutissant encore à quelque chose. Une constante demeure malheureusement sur les compagnons du Docteur. Dan,le nouveau compagnon incarné par John Bishop, ne semble pas accueillir de caractéristiques particulières et Yaz ne fait que suivre Thirteen.

Yaz, Thirteen et Dan, le nouveau Graham

N : 6

IM : 4

New Year Special 2021 – Revolution of the Daleks (La Révolution des Daleks)

New Year Special 2021

Revolution of the Daleks

De Chris Chibnall

Réalisation : Lee Haven Jones

Quelque part en 2019, les Daleks ont été vaincus par le Docteur et sa famille. Mais il y’en a toujours pour faire revivre ces vieilles carcasses. Une coquille de Dalek tombe entre les mains du Donald Trump de l’épisode des araignées. Il décide d’en faire une arme sécuritaire et se voit bientôt soutenu par la future premier ministre de Grande-Bretagne. Retenue sur Terre sans nouvelles du Docteur depuis les derniers événements, la Famille découvre que les Daleks sont revenus et ils décident de s’en prendre au magnat…sans véritable plan. Mais c’est l’intention qui compte. A plusieurs centaines d’années lumières de là, Thirteen (on va garder ce nom pour se retrouver, même s’il n’a plus de sens) purge une peine depuis plusieurs décennies. Sauvée par le Capitaine Jack, elle peut revenir sur Terre pour s’en prendre à Trumpy. Mais son ingénieur a déjà, contre son avis, cloné le Dalek dans la coquille et produit des centaines de Daleks qui n’attendent qu’un signal pour occuper instantanément les centaines de coquilles à travers le pays. Thirteen décide de convoquer des Daleks plus nazis que ceux-ci et de les faire s’affronter. Les Daleks plus nazis suppriment les premiers. Le magnat s’allie avec eux pour trahir Thirteen. Puis il y’a un affrontement avec les vainqueurs, qui se feront bien sûr tuer par le Docteur, sa famille et le Capitaine Jack. Mais le méchant Donald Trump-like récoltera tous les lauriers. Et l’auteur des chroniques soupirera.

Thirteen compte les jours, attendant que son prince la sauve. :’-(

Lorsque nous avons quitté la Docteure, la COVID était déjà là, mais on ne parlait pas encore de confinement. Mais Doctor Who n’a pas changé d’un iota dans le monde d’après, et la BBC semble bien décidée à exploiter les réserves. En 2020, le segment transmedia hors-continuité « The Time Lord Victorious » nous avait déjà gratifié d’une mini-série web animée sur les Daleks. Nous retrouvons une nouvelle fois les affreux de Skaro dans un New-Year Special qui nous rappelle que l’époque des contes de Noël est terminée. Pourquoi faire un Christmas Special, Noël c’est tellement plus 2020 et pas woke du tout (trop chrétien). D’ailleurs l’humour est plus que jamais absent. Hé oui, ça ne sert plus à rien de rire. Le ton est donné. Dans cet épisode d’une heure ni drôle, ni original, ni merveilleux, et donc parfaitement dans l’air du temps, nous allons revivre une grande partie de choses déjà vues avant, mais liftées. L’emploi des Daleks dans la compagnie de sécurité privée du magnat renvoie au premier épisode Dalek de l’ère Moffat, en plein coeur de la seconde guerre mondiale. Mais la référence à Robocop est encore plus évidente. Il y’a certes un affrontement de Daleks contre Daleks (une idée plutôt neuve) mais il ne diffère en rien de n’importe quel autre affrontement de vilains, les Daleks étant devenus particulièrement bavards. La résolution finale sera certes spectaculaire, mais c’est sans surprise et avec un ennui agacé que l’épisode aura été consommé. Attendre tous ces mois juste pour avoir droit au one man show de Chris Noth. Mouais.

-Bon les gamins. Papa est là. On va agir comme des vrais compagnons du Docteur maintenant !

Qu’en est-il de notre Docteure après cette révélation qui a remis en cause ses origines et la comptabilité des Docteurs? Nous retrouvons Jodie Whittaker emprisonnée depuis fort longtemps au milieux d’anciens ennemis. Lascive et docile, elle attend que son prince vienne la libérer. S’agit-il du même Docteur qui s’est battu durant des millénaires pour sortir d’une forteresse construite pour lui dans le glorieux Heaven Sent ? On peut légitimement en douter. Le prince en question sera le Capitaine Jack, venu à son secours grâce à quelques tours de passe passe pas bien fameux. Passées les embrassades avec sa famille, notre Time Lady semble diminuée. Elle confiera à Ryan qu’elle ne sait plus qui elle est. Le miroir d’une franche discussion qui a eu lieu entre Twelve et Clara (Suis-je un homme bon?), sauf que Ryan n’est pas Clara et Twelve a nettement plus de présence que Thirteen. Aussi lorsque la conclusion vient à dire que peu importe ses origines, le Docteur est le Docteur, il n’y a qu’un froncement de sourcil. Non, ce n’est même plus le Docteur. C’est une gamine qui doute.

C’est ça, cachez vous !

Qu’en est-il de la famille? Le nouveau membre improvisé tombe à pic. Le Capitaine Jack est de retour après sa petite incursion pour prévenir les trois pieds nickelés de l’arrivée du cyberman. Il sauve les meubles grâce à un dialogue très Whovien avec Yaz. Mais le reste de sa partition sera à l’avenant de son rôle dans Torchwood, sans grand éclat. Ce New-Year Special est aussi celui du départ pour Ryan et Graham. Ryan décide de rester sur Terre pour s’occuper de sa planète. On lui souhaite du courage et bon vent ! Graham le suivra parcequ’il ne peut pas être séparé de son petit-fils. Tant mieux pour lui. Si vous n’avez pas ri lorsque ce bon vieux papy répète que ces voyages avec le Docteur les ont changé, le dernier outrage vous sera fait lors de la reproduction de la scène de la dispraxie de Ryan du pilote de Thirteen. Voilà notre treizième Docteur avec une seule compagne et enfin l’occasion pour le showrunner de se concentrer sur seulement deux personnages. Peut-être Yaz va t’elle gagner en épaisseur dans la saison suivante. Peut-être la caractérisation de Thirteen sera t’elle faite avec plus de soin. Mais nous savons d’ores et déjà qu’il y’aura un nouveau compagnon, Dan. Une chose est sûre, je ne vais plus gonfler mes notes pour laisser le bénéfice du doute à Chris Chibnall.

N : 4

IM : 3

The Writer’s Tale – The Final Chapter / Russell T.Davies & Benjamin Cook (BBC Books)

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Créateur des séries Queer & Folk et Bob & Rose, chevalier de l’Ordre de l’empire britannique et gay revendiqué, Russell T. Davies est avant tout l’homme qui a ressuscité Doctor Who en 2005 pour le faire devenir en peu de temps un phénomène qui dépasse les frontières du Royaume-Uni. Sans cet imposant gallois et son équipe, la flamme créative qui a incendié le département drama de la BBC dans la deuxième moitié des années 2000 se serait vite dissipée et nous ne parlerions probablement pas de Doctor Who en France. Et les « What if » pourraient être nombreux…

Réglons le TARDIS à février 2007. La série moderne a déjà acquis le statut qu’on lui connaît. La saison 3 avec Martha Jones n’est pas encore diffusée que Russell T.Davies se met déjà dans le bain de l’écriture de la 4 et du Christmas Special Voyage of the Damned. C’est le moment que choisit le rédacteur de Doctor Who Magazine Benjamin Cook pour lui proposer un échange de mails afin de mieux connaître le processus de création et les secrets de fabrication d’un épisode de Doctor Who. Tout ça pourrait servir à l’écriture d’un article destiné aux scénaristes en herbe. Le temps faisant, la correspondance se fait presque quotidienne et dura jusqu’à juin 2009, soit le tournage de la première scène de Matt Smith et la dernière de David Tennant. Les sujets et les questions de Benjamin arrivent au fil des discussions jusqu’à ce que la publication d’un ouvrage s’impose d’elle-même. « The writer’s tale » est né, dans la foulée son complément « The final chapter » lorsque les échanges débordent sur la conception des épisodes spéciaux diffusés en 2009. Près de 700 pages de matériel à vif et en temps réel, un voyage temporel au cœur de l’âge d’or de la série moderne. Tout l’intérêt de « The writer’s tale » est bien dans sa quasi absence de mise en forme. C’est un matériel brut écrit dans l’action sans le filtre d’une intervention éditoriale autre que l’incorporation de documents annexes (extraits de scripts, mails avec d’autres interlocuteurs) pour enrichir les échanges.

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Russell T.Davies et Benjamin Cook lors de la promo du premier Tome

Du bon conseil pour les wannabe scénaristes, « The writer’s tale » en regorge. Comment débuter une série ? Comment écrire des dialogues convaincants ?  Comment le scénariste doit écrire pour guider le réalisateur sans qu’il ne s’en rende compte ? Pourquoi en 2008, la saison 2 de Skins est un sommet et que Bryan  Elsley et sa team sont le futur. Qu’il faut  garder cohérente la substance d’un personnage pour le révéler au climax dans un comportement inattendu ou qu’il n’y a pas de bon scénariste qui n’ait imité le « meilleur » de ses prédécesseurs pour trouver sa voix. Mais ces échanges valent au final plus pour ce qu’ils révèlent de la personnalité du showrunner et de comment sa façon de travailler affecte ses scripts. Pour le procrastinateur masochiste qu’est Russell T. Davies, écrire n’est pas un plaisir. C’est l’aboutissement de journées entières à vivre Doctor Who, à remuer les idées dans sa tête, au cœur d’un champ des possibles ininterrompu (ce qu’il nomme « The big soup of maybe »). Cette gymnastique, l’aspect le plus stimulant du travail, affecte aussi la touche Davies, une écriture où tout se passe au présent, où certains éléments arrivent de nulle part sans être introduits et en chassent d’autres, mais toujours dans une grande énergie. C’est sans doute aussi pour cette construction en continu et sur le long terme que la télévision est devenu dans son terrain de jeu.

The writers’ tale révèle aussi la flexibilité de R.T Davies aux imprévus qui peuvent joncher une année de production. Ainsi la disponibilité de Catherine Tate/Donna Noble éclipsa Penny Carter, compagne pressentie de la saison 4, coincée à jamais dans les possibilités qui n’ont pas eu lieu. De façon plus triste, le décès brutal d’Howard Attfield (qui jouait le père Donna) précipita son remplacement par le grand-père Wilfred, alors que Bernard Cribbins n’était casté que sur l’épisode du Titanic. Ce personnage fut ensuite déterminant dans l’arc du dixième Docteur. Au cœur de la description de la vie quotidienne du showrunner, l’ouvrage est rempli de ces ajustements et se révèle être une mine d’infos et de possibles avortés : La venue de Kylie Minogue et la longue maturation de Voyage of the Damned, les caméos loupés de Dennis Hopper et JK Rowling, la possibilité d’un dernier special avec Helen Mirren, d’un cross over Dr Who/Star Trek, la confirmation que la mystérieuse femme du dernier épisode créditée « the woman » est la mère du Docteur. Et la naissance en direct de la fin de Ten, alors que les raisons de sa mort se constituent dans l’écriture d’un loooong mail et les dernières scènes sont retranscrites en une nuit de mars 2009, fortes de mois entiers à mijoter dans le cerveau génial du scénariste.

Les ré-écritures de R.T Davies étaient importantes sur les scripts des scénaristes crédités (à l’exception de Steven Moffat), bien qu’il était attaché à ne pas être crédité lui-même. Et puisque le sieur était aussi au centre du Whoniverse, les sacrifices sur les spin- off ne sont pas occultés de la correspondance : Les difficultés à écrire Torchwood, avant et après le départ de Chris Chibnall en fin de saison 2, comment Freema Agyeman s’est retrouvée dans Law&Order UK et échappa à une saison de Children of Earth (Torchwood saison 3) et  à Sarah Jane’s adventures. Mais le rôle central de Davies n’éclipsait pas le fait qu’il ne se considère, à raison, que comme un des artisans du succès de Doctor Who. La productrice Julie Gardner était son lieutenant, résolvant avec efficacité et optimisme les couacs de production, les questions financières, les retards de plannings et négociations avec la BBC (en  ligne directe avec Jane Tranter, alors « controller of fiction »), mais aussi la première destinataire des scripts. C’est elle qui eut l’idée du retour de Gallifrey pour la fin du dixième Docteur.  Phil Collinson à la production, Ed Thomas le chef décorateur, la productrice Tracie Simpson, David Tennant et bien d’autres apparaissent hors des plateaux comme une communauté soudée à laquelle se greffe volontiers Benjamin Cooke. Un des exemples les plus parlants de cette complicité est la façon dont l’annonce publique du départ de David Tennant est devenue l’opération Cobra.

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Entourant Billie Piper, Julie Gardner, Russell T. Davies et Phil Collinson : Les trois éminences grises  de 2005-2010.

Les allergiques à l’écriture de R.T Davies pourront se satisfaire de vivre en direct la passation des pouvoirs avec Steven Moffat. Comment le Moff’ s’est décidé à être showrunner de Dr Who en septembre 2007, soit en plein milieu de l’écriture de Silence in the Library/Forrest of the dead (#RiverSong). Ils pourront découvrir que la saison 4 était en cours de tournage alors qu’il commençait déjà à penser à la 5, avec une année de specials entres les deux. Les échanges entre Russell et Steven sur les modalités du passage de relai deux ans avant l’arrivée d’Eleven sont au programme, comme les hésitations de Tennant pour revenir avec Moffat, le double épisode des anges envoyé à Russell fin 2008, le cast de Matt Smith et la première scène d’Eleven, alors que Timothy Dalton faisait les essayages de costume de Rassillon non loin de là…

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Ces 700 pages révèlent enfin à quel point Doctor Who commençait à devenir une institution pour laquelle chaque décision avait des répercussions médiatiques dans les tabloids. Les difficultés à gérer les medias anglais et leurs annonces prématurées ou à camoufler les fuites sont souvent le déclencheur des migraines de l’équipe de production.  Mais ce succès sans précédent pour une série TV conduisit Russell à devenir chevalier de l’ordre de l’empire britannique et à serrer la pince du Prince Charles. Et dans tout cela, que devient Benjamin Cook, ce jeune correspondant des deux années de folie Whovienne sans qui tout serait resté dans les coulisses ? Le « Ben invisible » a pu influer directement sur des éléments de la série que je vous laisserai découvrir. Pour peu que vous soyez anglophone (malheureusement, il n’y a pas d’édition française), il serait dommage de passer à côté du voyage. Drôle, incisif et sincère, « The Writer’s Tale » se savoure jusqu’à la dernière review de Rose offerte par son créateur juste avant de décoller pour L.A et de laisser les clés de la maison à Steven Moffat. Mais c’est une autre histoire, et une autre décennie.

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