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New Year Special 2021 – Revolution of the Daleks

New Year Special 2021

Revolution of the Daleks

De Chris Chibnall

Réalisation : Lee Haven Jones

Quelque part en 2019, les Daleks ont été vaincus par le Docteur et sa famille. Mais il y’en a toujours pour faire revivre ces vieilles carcasses. Une coquille de Dalek tombe entre les mains du Donald Trump de l’épisode des araignées. Il décide d’en faire une arme sécuritaire et se voit bientôt soutenu par la future premier ministre de Grande-Bretagne. Retenue sur Terre sans nouvelles du Docteur depuis les derniers événements, la famille découvre que les Daleks sont revenus et ils décident de s’en prendre au magnat…sans véritable plan. Mais c’est l’intention qui compte. A plusieurs centaines d’années lumières de là, Thirteen (on va garder ce nom pour se retrouver, même s’il n’a plus de sens) purge une peine depuis plusieurs décennies. Sauvée par le Capitaine Jack, elle peut revenir sur Terre pour s’en prendre au Donald Trump-like. Mais son ingénieur a déjà, contre son avis, cloné le Dalek dans la coquille et produit des centaines de Daleks qui n’attendent qu’un signal pour occuper instantanément les centaines de coquilles à travers le pays. Thirteen décide de convoquer des Daleks plus nazis que ceux-ci et de les faire s’affronter. Les Daleks plus nazis suppriment les premiers. Le magnat s’allie avec eux pour trahir Thirteen. Puis il y’a un affrontement avec les vainqueurs, qui se feront bien sûr tuer par le Docteur, sa famille et le Capitaine Jack. Mais le méchant Donald Trump-like récoltera tous les lauriers. Et l’auteur des chroniques soupirera.

Thirteen compte les jours, attendant que son prince la sauve. :’-(

Lorsqu’on a quitté la Docteure, la COVID était déjà là, mais on ne parlait pas encore de confinement. Mais Doctor Who n’a pas changé d’un iota dans le monde d’après. Nous retrouvons une nouvelle fois les Daleks dans un New-Year Special qui nous rappelle que l’époque des contes de Noël est terminée. Pourquoi faire un Christmas Special, Noël c’est tellement plus 2020 et pas woke du tout (trop chrétien). D’ailleurs l’humour est plus que jamais absent. Hé oui, ça ne sert plus à rien de rire. Le ton est donné. Dans cet épisode d’une heure ni drôle, ni original, ni merveilleux, et donc parfaitement dans l’air du temps, nous allons revivre une grande partie de choses déjà vues avant, mais liftées. L’emploi des Daleks dans la compagnie de sécurité privé du magnat renvoie au premier épisode Dalek de l’ère Moffat, en plein coeur de la seconde guerre mondiale. Mais la référence à Robocop est encore plus évidente. Il y’a certes un affrontement de Daleks contre Daleks (une idée plutôt neuve) mais il ne diffère en rien de n’importe quel autre affrontement de vilains, les Daleks étant devenus particulièrement bavards. La résolution finale sera certes spectaculaire, mais c’est sans surprise et avec un ennui agacé que l’épisode aura été consommé. Attendre tous ces mois juste pour avoir droit au one man show de Chris Noth. Mouais.

-Bon les gamins. Papa est là. On va agir comme des vrais compagnons du Docteur maintenant !

Qu’en est-il de notre Docteure après cette révélation qui a remis en cause ses origines et la comptabilité des Docteurs? Nous retrouvons Jodie Whittaker emprisonnée depuis fort longtemps au milieux d’anciens ennemis. Lascive et docile, elle attend que son prince vienne la libérer. S’agit-il du même Docteur qui s’est battu durant des millénaires pour sortir d’une forteresse construite pour lui dans le glorieux Heaven Sent ? On peut légitimement en douter. Le prince en question sera le Capitaine Jack, venu à son secours grâce à quelques tours de passe passe pas bien fameux. Passées les embrassades avec sa famille, notre Time Lady semble diminuée. Elle confiera à Ryan qu’elle ne sait plus qui elle est. Le miroir d’une franche discussion qui a eu lieu entre Twelve et Clara (Suis-je un homme bon?), sauf que Ryan n’est pas Clara et Twelve a nettement plus de présence que Thirteen. Aussi lorsque la conclusion vient à dire que peu importe ses origines, le Docteur est le Docteur, il n’y a qu’un froncement de sourcil. Non, ce n’est même plus le Docteur. C’est une gamine qui doute.

C’est ça, cachez vous !

Qu’en est-il de la famille? Le nouveau membre improvisé tombe à pic. Le Capitaine Jack est de retour après sa petite incursion pour prévenir les trois pieds nickelés de l’arrivée du cyberman. Il sauve les meubles grâce à un dialogue très Whovien avec Yaz. Mais le reste de sa partition sera à l’avenant de son rôle dans Torchwood, sans grand éclat. Ce New-Year Special est aussi celui du départ pour Ryan et Graham. Ryan décide de rester sur Terre pour s’occuper de sa planète. On lui souhaite du courage et bon vent ! Graham le suivra parcequ’il ne peut pas être séparé de son petit-fils. Tant mieux pour lui. Si vous n’avez pas ri lorsque ce bon vieux papy répète que ces voyages avec le Docteur les ont changé, le dernier outrage vous sera fait lors de la reproduction de la scène de la dispraxie de Ryan du pilote de Thirteen (on l’avait oublié celle-là!). Voilà notre treizième Docteur avec une seule compagne et enfin l’occasion pour le showrunner de se concentrer sur seulement deux personnages. Peut-être Yaz va t’elle gagner en épaisseur dans la saison suivante. Peut-être la caractérisation de Thirteen sera t’elle faite avec plus de soin. Mais nous savons d’ores et déjà qu’il y’aura un nouveau compagnon, Dan. Une chose est sûre, je ne vais plus gonfler mes notes pour laisser le bénéfice du doute à Chris Chibnall.

N : 3

IM : 3

The Writer’s Tale – The Final Chapter / Russell T.Davies & Benjamin Cook (BBC Books)

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Créateur des séries Queer & Folk et Bob & Rose, chevalier de l’Ordre de l’empire britannique et gay revendiqué, Russell T. Davies est avant tout l’homme qui a ressuscité Doctor Who en 2005 pour le faire devenir en peu de temps un phénomène qui dépasse les frontières du Royaume-Uni. Sans cet imposant gallois et son équipe, la flamme créative qui a incendié le département drama de la BBC dans la deuxième moitié des années 2000 se serait vite dissipée et nous ne parlerions probablement pas de Doctor Who en France. Et les « What if » pourraient être nombreux…

Réglons le TARDIS à février 2007. La série moderne a déjà acquis le statut qu’on lui connaît. La saison 3 avec Martha Jones n’est pas encore diffusée que Russell T.Davies se met déjà dans le bain de l’écriture de la 4 et du Christmas Special Voyage of the Damned. C’est le moment que choisit le rédacteur de Doctor Who Magazine Benjamin Cook pour lui proposer un échange de mails afin de mieux connaître le processus de création et les secrets de fabrication d’un épisode de Doctor Who. Tout ça pourrait servir à l’écriture d’un article destiné aux scénaristes en herbe. Le temps faisant, la correspondance se fait presque quotidienne et dura jusqu’à juin 2009, soit le tournage de la première scène de Matt Smith et la dernière de David Tennant. Les sujets et les questions de Benjamin arrivent au fil des discussions jusqu’à ce que la publication d’un ouvrage s’impose d’elle-même. « The writer’s tale » est né, dans la foulée son complément « The final chapter » lorsque les échanges débordent sur la conception des épisodes spéciaux diffusés en 2009. Près de 700 pages de matériel à vif et en temps réel, un voyage temporel au cœur de l’âge d’or de la série moderne. Tout l’intérêt de « The writer’s tale » est bien dans sa quasi absence de mise en forme. C’est un matériel brut écrit dans l’action sans le filtre d’une intervention éditoriale autre que l’incorporation de documents annexes (extraits de scripts, mails avec d’autres interlocuteurs) pour enrichir les échanges.

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Russell T.Davies et Benjamin Cook lors de la promo du premier Tome

Du bon conseil pour les wannabe scénaristes, « The writer’s tale » en regorge. Comment débuter une série ? Comment écrire des dialogues convaincants ?  Comment le scénariste doit écrire pour guider le réalisateur sans qu’il ne s’en rende compte ? Pourquoi en 2008, la saison 2 de Skins est un sommet et que Bryan  Elsley et sa team sont le futur. Qu’il faut  garder cohérente la substance d’un personnage pour le révéler au climax dans un comportement inattendu ou qu’il n’y a pas de bon scénariste qui n’ait imité le « meilleur » de ses prédécesseurs pour trouver sa voix. Mais ces échanges valent au final plus pour ce qu’ils révèlent de la personnalité du showrunner et de comment sa façon de travailler affecte ses scripts. Pour le procrastinateur masochiste qu’est Russell T. Davies, écrire n’est pas un plaisir. C’est l’aboutissement de journées entières à vivre Doctor Who, à remuer les idées dans sa tête, au cœur d’un champ des possibles ininterrompu (ce qu’il nomme « The big soup of maybe »). Cette gymnastique, l’aspect le plus stimulant du travail, affecte aussi la touche Davies, une écriture où tout se passe au présent, où certains éléments arrivent de nulle part sans être introduits et en chassent d’autres, mais toujours dans une grande énergie. C’est sans doute aussi pour cette construction en continu et sur le long terme que la télévision est devenu dans son terrain de jeu.

The writers’ tale révèle aussi la flexibilité de R.T Davies aux imprévus qui peuvent joncher une année de production. Ainsi la disponibilité de Catherine Tate/Donna Noble éclipsa Penny Carter, compagne pressentie de la saison 4, coincée à jamais dans les possibilités qui n’ont pas eu lieu. De façon plus triste, le décès brutal d’Howard Attfield (qui jouait le père Donna) précipita son remplacement par le grand-père Wilfred, alors que Bernard Cribbins n’était casté que sur l’épisode du Titanic. Ce personnage fut ensuite déterminant dans l’arc du dixième Docteur. Au cœur de la description de la vie quotidienne du showrunner, l’ouvrage est rempli de ces ajustements et se révèle être une mine d’infos et de possibles avortés : La venue de Kylie Minogue et la longue maturation de Voyage of the Damned, les caméos loupés de Dennis Hopper et JK Rowling, la possibilité d’un dernier special avec Helen Mirren, d’un cross over Dr Who/Star Trek, la confirmation que la mystérieuse femme du dernier épisode créditée « the woman » est la mère du Docteur. Et la naissance en direct de la fin de Ten, alors que les raisons de sa mort se constituent dans l’écriture d’un loooong mail et les dernières scènes sont retranscrites en une nuit de mars 2009, fortes de mois entiers à mijoter dans le cerveau génial du scénariste.

Les ré-écritures de R.T Davies étaient importantes sur les scripts des scénaristes crédités (à l’exception de Steven Moffat), bien qu’il était attaché à ne pas être crédité lui-même. Et puisque le sieur était aussi au centre du Whoniverse, les sacrifices sur les spin- off ne sont pas occultés de la correspondance : Les difficultés à écrire Torchwood, avant et après le départ de Chris Chibnall en fin de saison 2, comment Freema Agyeman s’est retrouvée dans Law&Order UK et échappa à une saison de Children of Earth (Torchwood saison 3) et  à Sarah Jane’s adventures. Mais le rôle central de Davies n’éclipsait pas le fait qu’il ne se considère, à raison, que comme un des artisans du succès de Doctor Who. La productrice Julie Gardner était son lieutenant, résolvant avec efficacité et optimisme les couacs de production, les questions financières, les retards de plannings et négociations avec la BBC (en  ligne directe avec Jane Tranter, alors « controller of fiction »), mais aussi la première destinataire des scripts. C’est elle qui eut l’idée du retour de Gallifrey pour la fin du dixième Docteur.  Phil Collinson à la production, Ed Thomas le chef décorateur, la productrice Tracie Simpson, David Tennant et bien d’autres apparaissent hors des plateaux comme une communauté soudée à laquelle se greffe volontiers Benjamin Cooke. Un des exemples les plus parlants de cette complicité est la façon dont l’annonce publique du départ de David Tennant est devenue l’opération Cobra.

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Entourant Billie Piper, Julie Gardner, Russell T. Davies et Phil Collinson : Les trois éminences grises  de 2005-2010.

Les allergiques à l’écriture de R.T Davies pourront se satisfaire de vivre en direct la passation des pouvoirs avec Steven Moffat. Comment le Moff’ s’est décidé à être showrunner de Dr Who en septembre 2007, soit en plein milieu de l’écriture de Silence in the Library/Forrest of the dead (#RiverSong). Ils pourront découvrir que la saison 4 était en cours de tournage alors qu’il commençait déjà à penser à la 5, avec une année de specials entres les deux. Les échanges entre Russell et Steven sur les modalités du passage de relai deux ans avant l’arrivée d’Eleven sont au programme, comme les hésitations de Tennant pour revenir avec Moffat, le double épisode des anges envoyé à Russell fin 2008, le cast de Matt Smith et la première scène d’Eleven, alors que Timothy Dalton faisait les essayages de costume de Rassillon non loin de là…

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Ces 700 pages révèlent enfin à quel point Doctor Who commençait à devenir une institution pour laquelle chaque décision avait des répercussions médiatiques dans les tabloids. Les difficultés à gérer les medias anglais et leurs annonces prématurées ou à camoufler les fuites sont souvent le déclencheur des migraines de l’équipe de production.  Mais ce succès sans précédent pour une série TV conduisit Russell à devenir chevalier de l’ordre de l’empire britannique et à serrer la pince du Prince Charles. Et dans tout cela, que devient Benjamin Cook, ce jeune correspondant des deux années de folie Whovienne sans qui tout serait resté dans les coulisses ? Le « Ben invisible » a pu influer directement sur des éléments de la série que je vous laisserai découvrir. Pour peu que vous soyez anglophone (malheureusement, il n’y a pas d’édition française), il serait dommage de passer à côté du voyage. Drôle, incisif et sincère, « The Writer’s Tale » se savoure jusqu’à la dernière review de Rose offerte par son créateur juste avant de décoller pour L.A et de laisser les clés de la maison à Steven Moffat. Mais c’est une autre histoire, et une autre décennie.

38 /12- 09 & 10 Ascension of the Cybermen & The Timeless Children

38 /12- 09 & 10 Ascension of the Cybermen & The Timeless Children

De Chris Chibnall

Réalisation : Jamie Magnus Stone

Le Docteur et sa fam’ suivent les informations de Percy Shelley pour retrouver le Cyberman solitaire qui détient désormais le Cyberium, qui peut faire revivre la grandeur des Cybermen. Les quatre se retrouvent dans un cyberfutur post-apocalyptique au sein duquel les humains ont presque tous été décimés par les Cyberwars( !). Il s’agit du futur dans lequel les résistants avaient envoyé le Cyberium dans l’espace et le temps. Le Cyberman solitaire a un plan pour que plus rien ne subsiste (spoiler : il a la particule de la mort qui peut détruire toute vie organique et créer des cybermen 100% cyber !), mais une poignée de survivants font face. Au terme d’une aventure tellement inutile qu’on peut faire l’économie de la raconter, Thirteen, Ryan et quelques survivants parviennent à une frontière qui peut les mettre à l’abri pour découvrir que derrière cette frontière il y’a Gallifrey. C’est le Maître qui a l’a créée pour que les Cybermen investissent sa planète, qu’il a détruite au préalable. Coincés à l’extérieur, les amis doivent affronter le gang du cyberman solitaire tandis que le Maître traîne Thirteen dans la Citadelle de Gallifrey. Il l’envoie de force dans la Matrice, centre de toutes les connaissances des seigneurs du Temps. Là-bas nous découvrons l’existence de Tecteun, exploratrice parmi les premiers habitants de Gallifrey, les Shoboggans (ne pas confondre avec les Toboggans), qui trouve une enfant ayant la capacité de se regénérer. Elle l’étudie et s’approprie son pouvoir, puis transmet son code génétique à son peuple qui devient celui qu’on connait, une élite éclairée dotée de 12 régénérations (un décret…) et de la science du voyage dans le temps et l’espace qui se rebaptise avec beaucoup de modestie les seigneurs du Temps. Et devinez qui est cet enfant éternel fondateur de Gallifrey ? C’est le Docteur.

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Mais qu’est ce que tu me racontes là ?!?

On peut donc comprendre que le Maître l’ait mauvaise, de n’être qu’un des rejetons de celui qui l’a accompagné à l’Académie. C’est pour ça qu’il a buté à lui tout seul le peuple le plus puissant de l’univers. Mais tout n’est pas fini. Nous apprenons que les Seigneurs du Temps se sont servis du Docteur pendant plusieurs vies pour une mystérieuse opération nommée la Division et que les images que nous avons vues dans les flashbacks vus dans le premier épisode ne concernaient pas le cyberman solitaire, mais le Docteur. Pendant ce temps, l’enveloppe du Maître se fait pénétrer par le Cyberium et il miniaturise le cyberman solitaire, qui n’était pas si dangereux que ça. Puis il dévoile ses plans : Imiter cette chère Tecteun en piquant l’armure des Cybermen pour updater les Seigneurs du Temps. Il a donc créé des cyberlords : des cybermen capables de se régénérer, rejetons du Docteur et du Maître. Perturbée par ces révélations (on le serait à moins), Thirteen convoque Ruth, qui semble être une de ses anciennes incarnations, ce que nous ne saurons pas encore pour sûr. Mais la Docteur semble re-stimulée et décide de combattre une nouvelle fois la Matrice de Gallifrey. Elle retraverse ces précédentes incarnations, recréant par la même un lien avec les ères précédentes puis cette mémoire explose la matrice.  Rejointe par sa fam’, elle se souvient que le cyberman solitaire a dit qu’il détenait la fin de tout, cette fameuse particule de mort, et même si le Maître l’a miniaturisé, cette particule existe encore. Elle va utiliser cette dernière particule sur Gallifrey. Finalement elle se dégonfle et c’est le vieux résistant qui accompagnait ses potes qui fait le sale boulot. BOUM Gallifrey. Alors que la fam’ est de retour en 2020 avec les résistants survivants, Thirteen rejoint son TARDIS. Mais voilà qu’il est investi par des Judoons qui la téléportent aussitôt en détention dans une mystérieuse tour carcérale.

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-Voilà, maintenant on peut parler de moi Ashad, mais on en a plus rien à foutre, un peu comme des trois compagnons du Docteur

La saison nous promettait une grande révélation et nous voilà servis. Chris Chibnall révèle une partie des origines du Docteur et il en fait bien plus qu’un simple Seigneur du Temps. Cette ambition avait été déjà entretenue sur les deux dernières saisons des classiques par Andrew Cartmel, Ben Aaronovitch et Marc Platt, alors têtes pensantes d’une des meilleures époques du show. Ligne conductrice officieuse de cette période, le « Cartmel Masterplan » (nommé ainsi par les fans) déposait des indices sur le fait que le Docteur était plus qu’un simple Seigneur du Temps, mais la résolution n’eut jamais lieu pour cause d’annulation de la série. C’est à une autre période de menace pour Doctor Who –les audiences sont en chute libre sur cette saison– que Chris Chibnall saute le pas. La bonne nouvelle est que cet épisode ne remet pas en cause l’histoire de Doctor Who comme on pouvait le craindre. Elle s’inscrit juste dans une autre histoire plus complexe et offrent à Thirteen un paquet de mystères et d’horizons. Les meilleurs sont la nature des images du passé montrés dans le premier épisode et l’apparition à venir de Docteurs ayant précédé William Hartnell (Le scénariste de The Brain of Morbius était un visionnaire). On peut espérer que Thirteen ressorte galvanisée de ce dernier épisode, comme a pu l’être un Eleven tout fou à la révélation de l’identité de Melody Pond. La moins bonne nouvelle est que ce soit un des showrunners les moins soucieux de la continuité et de l’Histoire de la série qui ait franchi le pas. Ce retcon nécessitera de nombreux colmatages pour que bien des choses installées finement par Steven Moffat et ses prédécesseurs aient encore un sens. Le fait que les origines de cette incarnation du Maître n’aient pas été mentionnées après la fin de Missy ou qu’il ait pu éradiquer seul un peuple qui résisté à une guerre infinie avec les Daleks – pour se faire rétamer en une seconde – ne signifie pas du tout que Chris Chibnall n’en a rien à foutre de ce que les autres ont fait avant lui. On ne se retrouvera donc sans doute pas avec un élu, une sorte d’entité divine sans géniteur, puisque ce serait renier les principes rationalistes de Doctor Who.

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Les CyberLords font un YMCA

Révélations mises à part, ce double épisode est inégal. Ascension of the Cybermen est une catastrophe, sans doute un des pires scénarios de la série. Trente ans après T2, on nous ressort une guerre des humains contre les machines sans valeur ajoutée, avec des décors dignes des post apo des 80’s. Le tout dans un manque de dynamisme et un premier degré très gênant. La famille de Thirteen n’a jamais été aussi inexistante, au point qu’il est nécessaire de gonfler leurs dialogues pour leur inventer une évolution qui n’a jamais eu lieu. Lorsque Graham dit à Yaz qu’elle est exceptionnelle, on y croit peu, et lorsque cette dernière s’exclame que Graham a bien changé depuis leurs débuts avec Thirteen, on a envie de dire LOL. Ces trois n’auront servi qu’à peu de choses ces deux dernières années et leurs scènes auraient très bien pu être coupées pour laisser Thirteen seule face au Maître. The Timeless Children est bien meilleur puisque gonflé par ses révélations, et particulièrement par plan du Maître qui en fait une sorte de Davros frappadingue. La façon dont ce plan est déroulé et comment il fait écho à la relation du Maître et du Docteur achève de rendre cet épisode plutôt sympathique. Mais il est d’autant plus frustrant qu’une idée pareille et aussi forte d’implications soit aussi vite expédiée. Un bon cliffhanger avec une grosse menace sur la prochaine saison aurait été logique. Sascha Dawan (le Maître), Jo Martin (Ruth/Le Docteur du passé) et Patrick O’Kane (le cyberman solitaire) sortent clairement du lot alors qu’ils ne font que passer. Switchant en mode Capaldi quand ça lui chante, Thirteen n’a plus de personnalité définie et on ne perdrait pas grand-chose à voir Jo Martin reprendre le rôle. Un épisode de révélations de cette trempe sous Davies ou Moffat aurait pu faire des étincelles. Ici nous avons un bon divertissement et des promesses, à l’image d’une saison qui ressemble plus à du Doctor Who que la précédente, mais aussi pas mal de craintes d’un arrêt de la série après une dernière fournée à détruire tout son héritage. La balle est dans ton camp Chris !

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Alors comme ça on maltraite les enfants #balancetascientifique

N : 7

IM : 9

38 / 12- 08 The Haunting of Villa Diodati

38 / 12- 08 The Haunting of Villa Diodati

De Maxine Alderton

Réalisation : Emma Sullivan

En juin 1816, Mary Shelley, son futur mari le poète Percey Bysshe Shelley, sa demi-sœur Claire Clairmont (mère d’un des enfants de Lord Byron) et l’écrivain John Polidori se réunissaient souvent à la villa Diodati qui était louée par Lord Byron. L’inspiration de Mary Shelley pour écrire « Frankenstein, ou le Prométhée Moderne » (et de Polidori pour écrire « The Vampyre ») serait venue une nuit de tempête, alors qu’ils jouaient à inventer des histoires d’horreur. Etonnant que Doctor Who n’ait pas déjà pointé son grain de sel dans cette soirée, tant elle a influencé la littérature fantastico-horrifique et tant il était séduisant de passer la nuit avec la fine fleur de la littérature anglaise de la première moitié du XIXe. C’est maintenant chose faite avec cette histoire de fantôme qui voit l’irruption de Thirteen et de ses trois potes au milieu de cette fameuse nuit. Percy Shelley ne tarde pas à disparaître et les pièces de la maison commencent à changer, comme une étrange apparition décime le personnel de la maison. Les occupants pensent à un fantôme, mais l’intrus n’est autre qu’un Cyberman partiellement transformé et qui achevait un voyage temporel. Le Cyberman a été envoyé ici pour récupérer le Cyberium, un metal liquide contenant la connaissance collective des Cybermen. Et comme tout le monde le sait, la data c’est le pouvoir ! Mais toute cette information coule maintenant dans les veines de Percy, qui a malencontreusement trouvé le Cyberium quelques jours plus tôt. Le problème est plus qu’épineux car notre demi-cyberman est celui contre qui le Capitaine Jack avait mis en garde les trois pieds nickelés. Thirteen risque donc une guerre si elle lui donne ce qu’il veut, mais c’est aussi la seule solution pour sauver le poète, qui a contribué à beaucoup de choses pour les générations à venir.

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Meilleure utilisation des trois amis 🙂

The Haunting of Villa Diodati a donc un postulat de départ quatre étoiles et démarre avec un pré-générique plutôt fun, mais la tâche de la scénariste Emma Alderton n’est pas aisée. Cette fausse histoire de Hantise n’est guère une première dans Doctor Who. Eleven avec Hide et Twelve avec Knock Knock avaient déjà tâté de la maison hantée. On se souvient également du Ghostlight de la dernière année des classiques. Si Knock Knock devait plus à son casting qu’à son histoire, Hide et Ghostlight étaient brillants et originaux de bout en bout. Cet épisode a une intrigue très classique qui reprend l’explication connue du fantôme/voyageur temporel. Aussi c’est avec un certain ennui qu’on suit la première partie, qui n’a d’intérêt que de faire revivre la nuit légendaire qui vit la naissance de Frankeinstein et d’introduire un sentiment Davisien plutôt bien venu : On a envie de savoir quel événement va inspirer Mary Shelley, comme ce fut le cas lors des visites à Shakespeare ou à Charles Dickens. Il s’agit bien évidemment de ce cyberman solitaire, qui rend l’épisode nettement plus intéressant à son apparition, puisque charismatique, inquiétant et plus loquace que les updatés qu’on connaît. Nous n’en apprendrons que peu à son sujet, si ce n’est qu’il fut père et que visiblement pour cette raison, il a épargné William, le fils des Shelley. Dans ce voyageur hybride, il y’a déjà suffisamment d’éléments pour exciter l’imagination de notre romancière.

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Le cyberman solitaire ne broie pas les enfants *déception*

Thirteen décidera finalement de libérer l’artefact pour guérir Percy Shelley car « Tu sauves le poète, tu sauves le monde (et tant pis pour la cheerleader) ». Et de ce point de vue, il n’y a rien à lui reprocher car le Docteur a toujours cherché à éviter d’avoir à tuer un homme pour en sauver des centaines, quitte à réparer les dégâts dans les épisodes suivants– nous ne parlons pas du War Doctor qui était confronté à des choix plus difficiles. La fin de l’épisode lance donc la quête pour empêcher la prophétie du Capitaine Jack de se réaliser. Nous avons dans la balance des millions d’êtres humains menacés par une armée de cybermen (du déjà vu, mais pourquoi pas ?), un mystérieux Docteur et la chute de Gallifrey, du gros monde pour épicer cette fin de saison qui promet d’être un plus intéressante que celle de la saison dernière.

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Une jeunesse dorée qui va péter la baraque pour les deux siècles à venir

N : 7

IM : 6

38 / 12- 07 Can you hear me ?

38 / 12- 07 Can you hear me ?

De Charlene James & Chris Chibnall

Réalisation : Emma Sullivan

Après avoir déposé ses amis à Sheffield, le Docteur répond à un appel d’urgence en provenance d’Alep, en 1380. Elle sauve la jeune Tahira, patiente d’un hôpital psychiatrique, de la monstrueuse créature qui a kidnappé son amie. Pendant ce temps, les trois ont rejoint leurs familles et amis respectifs, mais ils se trouvent bientôt en contact avec des événements étranges. Durant une partie de cartes, Graham est appelé par un mystérieuse femme emprisonnée. En visite chez son ami Tibo qui vit reclu chez lui, Ryan assiste au kidnapping de celui-ci par un homme en habits noirs qui peut détacher ses doigts. Le même homme apparaît dans un rêve de Yaz venu tout droit de son passé. Thirteen décide de connecter ces éléments épars via le TARDIS et conduit Tahira et ses amis dans l’espace. Là-bas, ils découvrent que tout était un plan de l’homme en noir pour conduire la Docteure à libérer la femme prisonnière. Les deux sont en fait des immortels qui se sont nourris des peurs et des maladies des habitants de deux planètes, avant de subir leur châtiment. Maintenant réunis, ils décident d’aller sur Terre pour nous faire subir les mêmes tortures mentales.

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Deux Alepiennes du XIVe pour le volet historique

Can you hear me ? est un épisode sur les peurs, la maladie mentale et la dépression (déjà on part très mal, ça n’est pas la même chose), du moins c’est comme ça qu’il est promu. En l’état, il s’agit plutôt d’un scénario destiné à donner un peu plus de substance aux amis de Thirteen. L’intrigue démarre un peu comme celle du Dream Master qui avait emprisonné Eleven, Amy et Rory dans la saison 6, et la citation de Zellin sur le Celestial Toymaker laisse à penser que les scénaristes ont voulu créer un nouveau personnage de manipulateur emblématique. Mais c’est une fausse piste. Nous nous retrouvons en moins de deux avec des dieux. Hé oui ! Des dieux dans une série de SF. Et le Docteur corrige à peine cette appellation en parlant d’immortels. Mais nous n’aurons pas d’explications whovienne à leur venue ni sur leur provenance. De ce fait, nous nageons autant dans la superstition que lors de la fin de la saison dernière. Mais au final, ces deux invincibles seront vite emprisonnés et nous pourrons passer aux choses sérieuses : L’exploration des angoisses de Yaz, de Graham et de l’ami de Ryan. Ce scénario particulièrement mal écrit se partage donc en trois actes qui auraient pu chacun être un épisode à part entière. A partir de là, comment peut-on traiter sérieusement un seul de ces axes ? L’intrigue des Dieux est celle qui pâtit le plus du fourre-tout car elle est visiblement la moins intéressante pour Chris Chibnall et Charlene James, plus soucieux d’aboutir aux dernières minutes de l’épisode.

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Un deus ex machina pour le côté SF

C’est dans ces dernières minutes que nous pouvons enfin comprendre que Yaz est passée par une période de dépression où elle a voulu tout plaquer et qu’elle a été aidée par une femme bienveillante. Ses scènes permettent enfin d’humaniser un personnage qui a été dépourvu d’histoire sur plus d’une saison. Nous comprendrons aussi que Graham est toujours poursuivi par sa peur du cancer, angoisse pour laquelle Thirteen ne peut rien puisqu’elle s’est décidée cette semaine à jouer l’asociale. Les deux compagnons gagnent certes en profondeur dans ces scènes, mais elles paraissent tellement déconnectées du reste de l’intrigue qu’il est évident que les scénaristes auraient pu se passer de tous les éléments SF de l’épisode. Le problème est que nous sommes dans Doctor Who, et que si le showrunner considère la SF comme quelque chose d’annexe aux intrigues, c’est un gros problème.

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Maintenant que c’est fait, je peux enfin shooter mon drama !

La dépression avait déjà été traitée par la série dans un de ses meilleurs épisodes, Vincent and the Doctor, qui dégageait empathie et bienveillance envers le malade, un certain Vincent Van Gogh. Ici, la démultiplication des cas (celui de Tahira est juste inutile) empêche de vraiment aborder la spécificité de chacune des angoisses présentée. Et pire, elle nous fait tomber dans une approche terre à terre et généralisante qui veut que toute pensée noire est juste un mauvais cap. Une approche qui conviendrait à pas mal de teen dramas, mais à des années lumières de la profondeur, de l’humour et du ton merveilleusement poétique de Doctor Who, qui était à une époque pas si lointaine un des plus beaux remèdes à la dépression.

N : 5

IM : 4

38 / 12- 06 Praxeus

38 / 12- 06 Praxeus

De Pete McTighe & Chris Chibnall

Réalisation : Jamie Magnus Stone

Pour rentabiliser le budget vacances, le scénariste de Kerblam! et Chris Chibnall ont décidé une nouvelle fois de dispatcher Thirteen et ses pieds nickelés aux quatre coins de la planète. Nous les retrouvons donc au Pérou, à Hong-Kong et à Madagascar. Différents lieux de notre plannète qui ressemblent à des vide-ordures et où des oiseaux ont été infectés par un virus mortel d’origine extraterrestre, le Praxeus. Un ancien flic à la recherche de son mari, astronaute infecté par le virus et une blogueuse qui a perdu …sa co-blogueuse les aideront à résoudre le mystère pour sauver la planète Terre de la pandémie. Ils découvriront que le virus s’attaque au plastique et que la Terre et les êtres vivants qui l’habitent sont un terrain propice à sa propagation. Ils découvriront également que l’un d’entre eux est un alien scientifique dont la planète a été contaminée par Praxeus et qui a propagé le virus pour utiliser la Terre comme laboratoire pour créer un antidot.

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Le TARDIS dans une version plastique des Oiseaux d’Hitchcock

Après l’amuse-bouche avec les judoons, Praxeus fait figure de retour en arrière, même s’il n’est pas dénué de qualités. Thirteen et ses aventuriers écolos ont donc décidé de nous enseigner pourquoi le plastique et utiliser la Terre comme une décharge c’est mal et accessoirement de bien faire flipper les gamins pour qu’ils ne reproduisent pas les erreurs de leurs darons. On peut néanmoins se réjouir d’un scénario plus présent que pour le dernier épisode écrit par Greta Thunberg . McTighe et Chibnall- qui a visiblement décidé de chapeauter tous ses scénaristes- parviennent à trouver un équilibre entre l’histoire et sa revendication politique en dépit de quelques scènes inévitables où on nous fait la leçon. Les images de ces paradis saccagés par les déchets plastique parlent pourtant d’elles-mêmes. Les personnages sont également mieux écrits. Le couple formé par l’ex-flic incarné par Warren Brown (ex comparse de Luther et nouveau baroudeur de la série Strike Back) et son mari astronaute (Matthew MacNulty) apportent à l’épisode les seules notes d’humanité et d’émotion permettant de contraster avec la noirceur ambiante.

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La maladie rapprochera t’elle nos tourtereaux?

Des scènes de Praxeus ont été tournées en même temps que Spyfall pour des raisons évidentes d’économie de budget. A ce niveau, on peut faire état des mêmes scories en terme de gestion de l’espace et des allers et retours entre les personnages. En comptant les compagnons et les seconds rôles, il est également très difficile de donner suffisamment de temps à un personnage pour se révéler, et c’est généralement les seconds rôles qui emportent le morceau, puisque capables d’évoluer en peu de temps alors que les amis demeurent spectateurs et monolithiques. Yaz aura par exemple quelques bons moments sur cet épisode, mais pas assez pour attirer le projecteur sur elle. La note d’intention woke du showrunning de Chris Chibnall est comprise depuis longtemps, mais on se demande encore pourquoi Thirteen et ses collègues perdent leur temps à aider l’humanité du XXIème siècle alors qu’il y’a autant d’époques à explorer et d’histoires à écrire, et surtout – comme l’a très bien montré l’ère du troisième Docteur – qu’un discours politique est plus aisément assimilable dans un contexte de SF. Quand on écrit sur Doctor Who, autant en profiter.

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FUCK YOU PLASTIC !

 

N : 7

IM : 4

38 / 12- 05 Fugitive of the Judoons

38 / 12- 05 Fugitive of the Judoons

De Vinay Patel & Chris Chibnall

Réalisation : Nida Manzoor

Un bataillon de Judoons à la recherche d’un fugitif fait une descente à Gloucester, encerclant la ville d’un champ de force. Ils visent Lee et Ruth Clayton, deux habitants qui semblent relativement normaux. Thirteen décide d’intervenir en médiateure avant que les Judoons ne les exécutent. Visiblement sachant sur les raisons de l’intervention, Lee refuse de se confier au Docteur et à ses compagnons, mais il arrange leur évasion avant de se sacrifier, tué par Gat, la femme qui a lancé le contrat sur eux. Pendant l’intervention, Graham est téléporté dans un vaisseau volé conduit par le Capitaine Jack. Ce dernier l’a confondu avec le Docteur. Il téléporte également Yaz et Ryan, avant d’être attaqué par le vrai propriétaire du vaisseau. Le champ de force des Judoons l’empêchant de téléporter la Docteure, il demande à ses amis de lui transmettre qu’il faut qu’elle se méfie du cyberman solitaire et surtout de ne pas lui donner ce qu’il veut.

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WAIT. C’est pas fini!

Pendant ce temps, Thirteen a fui à la cathédrale de Gloucester avec Ruth, toujours poursuivie par Gat et les Judoons. Mais Lee a envoyé un texto pavlovien avant sa mort, qui déclenche chez sa femme une nouvelle personnalité et un pouvoir insoupçonné. Au moment où Ruth enclenche une alarme qui restaure sa mémoire, Thirteen découvre un TARDIS enterré sous une tombe : Ruth  Clayton n’est rien d’autre qu’une autre incarnation du Docteur. Le problème est que ni Thirteen, ni elle, ne se souviennent avoir été l’une ou l’autre. Lorsqu’elle découvre que la nouvelle Docteur et Gat (qui est également une seigneure du temps) ne sont pas au courant de la destruction de Gallifrey, Thirteen en déduit que la nouvelle Docteure ne peut venir que de son passé.

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Une femme Docteur et une saison de léthargie = Pleins d’opportunités pour Jack Harkness

Fugitive of the Judoons est une bonne nouvelle pour qui craignait que Doctor Who ne se prenne un hiatus pour audiences en chute libre à l’issue de la saison prochaine en juste retour de la médiocrité de ses scénarios. C’est un vrai épisode de Doctor Who, et qui plus est un bon épisode de Doctor Who Russell T.Davies’style. Il comporte ce qu’il faut d’éléments qui permettent de s’attacher aux personnages, un acting et des dialogues convaincants, du dynamisme, une réalisation qui sait mettre en évidence les moments clés -du moins concernant l’intrigue de Thirteen, une bande originale prenante (même si ce n’est pas du Murray Gold). On y retrouve également de vieilles connaissances plus apparues depuis The Magician’s Apprentice, les Judoons, mercenaires policiers de l’espace, dans une intrigue qui n’est pas sans rappeler l’épisode Prisoner of the Judoons de The Sarah Jane Adventures.

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Qui a mis un contrat sur les mes compagnons?

Le Capitaine Jack, héros de Torchwood et compagnon clé de l’ère Davies de Doctor Who vient également porter un coup de main à Chris Chibnall. Enfin, nous avons une surprise de taille avec l’apparition prématurée d’une nouvelle incarnation du Docteur. Jo Martin est émouvante en femme perdue poursuivie par des aliens dont elle ne connaissait pas l’existence, mais elle révèle un charisme autrement plus réel lorsqu’elle se dévoile avec les habits du Docteur. Son apparition est d’autant plus efficace qu’elle a été ménagée par un scénario astucieux et tout en montée qui joue avec les attentes du spectateur. D’abord introduite à la manière des compagnons du Docteur (pas de prégénérique et une présentation directe d’elle et de son mari), elle ne se révèle que progressivement et cette révélation est appuyée par l’utilisation du Chameleon Arc, artéfact qui permis déjà au dixième Docteur de reconfigurer sa biologie et sa mémoire pour devenir un humain, mais également au Maître de se dissimuler pendant des années avant de devenir l’incarnation portée par John Simm.

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Trust me! I’m THE Doctor

On pourrait dire que cet épisode est excellent et qu’il remet Doctor Who sur les rails, mais il faut savoir raison garder car une grande partie de ses qualités s’évaluent relativement à la médiocrité de ce qui a précédé. Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’apparition du Docteur de Jo Martin remise instantanément Jodie Whittaker à une position de spectateure qui met en avant l’absence d’écriture de son Docteure. De la même façon, les amis, qui ont une saison et demie derrière eux ne tiennent pas la route devant le charisme de John Barrowman, ni même devant l’ambiguité du compagnon surprise incarné par Neil Stuke (le Matthew Malone de la très bonne sitcom des 90’s « Game On »). On se retrouve donc face à des personnages instantanément plus attachants que ceux qui ont une quinzaine d’épisodes à leur actif. Les trois compagnons de Thirteen sont, à vrai dire, le seul gros point faible de l’épisode. Le gap d’écriture également très grand entre Fugitive of the Judoons et les précédents épisodes du passé de l’ère de Thirteen laisse dubitatif. Et le choix de poursuivre l’aventure sans intégrer Jo Martin à l’équipe est encore plus hasardeux. Mais l’intérêt pour le fil rouge de cette saison, qui pourrait introduire une continuité parallèle sur Doctor Who, est relancé, et c’est déjà ça de pris.

N : 8

IM : 9

38 / 12- 04 Nikola Tesla’s night of terror

38 / 12- 04 Nikola Tesla’s night of terror

De Chris Chibnall

Réalisation : Nida Manzoor

1903. New-York. Nikola Tesla tente en vain de lever des fonds pour mettre en place un système de transmission sans fil via sa Wardenclyffe Tower, un monument que l’inventeur tentera de promouvoir seize ans durant avant qu’elle ne tombe dans l’oubli. Menacés, Tesla et son assistante Dorothy Skeritt font bientôt connaissance avec une sphère flottante d’origine inconnue, puis ne tardent pas à se retrouver sur le chemin du Docteur et de ses amis. Le groupe se met d’abord sur la piste de Thomas Edison, sachant qu’il envoie régulièrement des espions pour surveiller les travaux de Tesla et s’approprier ses inventions. Mais tous les employés d’Edison sont décimés par une menace bien alien. Thirteen découvre que la sphère est un orbe de Thassa, outil de transmission de savoir qui a été reconfiguré pour un tout autre but. Il a été envoyé sur Terre à cet époque par les aliens dont le signal avait été détecté par la machine de Tesla. Les Skithras ont déjà piqué à différentes espèces toutes les pièces de leurs vaisseau et ils aimeraient bien embarquer Tesla l’ingénieur pour profiter de son génie. Le Docteur, ses amis, Tesla et Edison sont devront faire cause commune pour arrêter les voleurs, mais ils ne sauveront pas (encore) la réputation de ce cher Nikola.

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Hé oui Nikola, c’est plus grand à l’intérieur

Nikola Tesla’s night of terror sauve en tout cas la réputation de cette saison. Nous voilà enfin dans du vrai Doctor Who, avec tous les ingrédients qui rendaient si communicatifs les épisodes historiques de l’ère Russell T. Davies. Bien sûr, nous ne pourrons pas chasser le côté redresseur de torts de Thirteen, occupée ici à restaurer l’image de Nikola Tesla, encore dans l’ombre de Thomas Edison dans l’inconscient collectif. Le différend opposant Tesla l’inventeur à Edison le buisnessman n’est pas faux. Le « plus grand inventeur d’Amérique » a passé sa vie à multiplier les brevets et a effectivement pillé en chemin de nombreux concurrents plus créatifs, dont Tesla. Cette opposition entre les deux est juste un peu trop binaire. Mais elle est heureusement rattrapée par le côté typé (ça fait du bien de moins se prendre au sérieux !) de l’épisode et l’inclusion d’Edison au sein de l’aventure. Son idée de la réussite américaine renvoie de façon un peu grossière aux aliens parasites de l’épisode, les Skitras. Cette nouvelle espèce et sa reine ne laisseront pas de grandes traces dans le bestiaire Whovien, mais ils jouent bien leur rôle de monster of the week.

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Pendant que Nikola se la joue, Thomas fait son boudin à l’arrière plan (mais lui il a plus d’argent!)

La rencontre entre un Nikola Tesla et une Seigneure du temps ne pouvait que créer des étincelles. Ou du moins offrir l’occasion de décrire la solitude de l’inventeur face à la médiocrité de son monde présent, lui qui a sans cesse les yeux tournés vers le futur. On imagine sans peine le défi et l’excitation que représentait le fait d’être un inventeur au début du XXème, mais peut-être moins la solitude de celui qui ne pourra jamais vraiment vivre dans le monde qui adoptera sa vision. Faut-il miser sur des inventions commercialisables et les moyens de cette commercialisation pour être certain de contribuer au progrès ou viser plus haut, quitte à prophétiser ce que nous connaissons maintenant comme le wi-fi ? Autant de questions justement posées par cet épisode. Niko Tesla’s night of Terror est un chouïa trop long et prévisible et les trois amis semblent toujours ne pas avoir évolué depuis qu’ils ont embarqué dans le TARDIS. Mais Yaz aura enfin de bons moments, tout comme Thirteen qui poursuit dans sa veine Tennantienne sans trop d’entraves. L’interprétation de Tesla par Goran Visnjic (le Docteur Kovac de « Urgences »!) est quand à elle, franchement délectable. Dans le rôle d’Edison, on pourra noter la présence de Robert Glenister qui joua l’androide Salateen dans le dernier arc de Five : The Caves of Androzani.

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N : 7

IM : 5

38 / 12- 03 Orphan 55

38 / 12- 03 Orphan 55

De Ed Hime

Réalisation : Lee Haven Jones

Heureux gagnants de tickets gratos pour le SPA de la tranquillité, les pieds nickelés du TARDIS y sont téléportés sans le TARDIS pour de belles vacances bien méritées. Parceque oui, quand on a la possibilité de visiter l’intégralité du temps et l’espace, on a envie de passer des vacances médiocres à rien branler (A leur décharge, leurs voyages ont jusqu’ici été bien déprimants). Manque de bol, des créatures craquent la membrane qui séparait le spa de la planète qui l’héberge. Les aliens butent presque tous les invités et emportent le vieux Benni, qui est visiblement un personnage important (parceque sa femme l’aime). Après avoir ramené un peu de calme, les survivants découvrent que la planète est une planète orpheline, abandonnée puisque majoritairement composée de dioxyde de carbone. Les créatures mangeuses d’homme qu’elle abrite sont appelées les Dregs. Thirteen, ses trois potes et quelques seconds rôles dont la tenancière des lieux, sa fille revancharde, la femme du disparu, un proche cousin du Beurk de la folle histoire de l’espace,  un type aux cheveux violets et son gamin partent sauver Benni et devront bientôt trouver une solution pour être téléportés loin de tout ce bordel. Mais la terrible vérité s’impose bientôt à nous.

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Une ombre plane sur leur retraite #savetheplanet

Orphan 55 est bien sûr notre Terre victime de la pollution et abandonnée au réchauffement climatique, et si vous me détestez pour avoir méchamment spoilé le seul intérêt de l’épisode, je répondrai pour ma défense que ce twist a été aussi mal exploité qu’il était possible de le faire. Le scénariste Ed Hime, auteur de la seule histoire de l’an dernier qui pouvait soutenir la comparaison avec les ères Davies et Moffat, se retrouve à la tête de ce Orphan 55. Chose inexplicable, car cet épisode est aux antipodes de It takes you away et le scénario et en partie responsable de cette débâcle. Il ne présente aucune implication émotionnelle, aligne une succession de scènes de remplissage, propose des seconds rôles insupportables (Bella aurait pu sans problème rejoindre le cast de Torchwood) ou ridicules (le père et son fils semblent sortir de l’époque nanarde 80’s de Seven). On peut en venir à questionner la réelle implication de Ed Hime sur Orphan 55, lui qui semblait pourtant être à l’aise pour écrire des personnages et leurs tourments. Les trois amis font encore de la figuration. Jodie Whittaker fait de son mieux, Tenantienne à l’extrême. Mais ce qui fera certainement rentrer cet épisode dans les annales est sa réalisation. Les monstres nous sont présentés en gros plan à coup d’inserts totalement indépendants des décors et du reste de l’action, qui les font ressembler à des stock-shot d’un sous-aliens. Risible ou dramatique, selon les points de vue.

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pif paf STOCK SHOT LOL

Il y’avait pourtant matière à faire quelque chose avec un pitch comme celui-ci. Mais l’auto-satisfaction de l’équipe Chibnall, trop heureuse d’avoir trouvé la thématique woke de la semaine, se satisfera des leçons de vie habituelles de la Docteure sur l’humanité qui n’a que ce qu’elle mérite. Doctor Who est devenu une pub pour la sécurité routière, une de ces images sur les paquets de cigarettes qui martèlent un message par le choc plutôt que par l’éducation. Et lorsque les amis se désolent du spectacle présenté, Thirteen leur rétorque que ce n’est qu’un futur possible car on peut toujours réécrire l’Histoire en étant responsable. Ainsi toutes les précautions prises par la série depuis ses débuts pour définir les règles de la réécriture du temps sont elles aussi ré-écrites, comme ça l’air de rien. Il suffit de finir sur le stock-shot du monstre pour que la terrible vérité s’impose à nous : On nous prend vraiment pour des cons.

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N : 3

N : 3

Saison 38 / 12-01&02 Spyfall

Saison 38 /12 – 01&02 Spyfall

De Chris Chibnall

Réalisation : Jamie Magnus Stone & Lee Haven Jones

Alors que des espions de sa Majesté voient leur ADN muter, Thirteen et ses trois amis sont arrêtés par des Men in Black et conduits au MI6. Le big boss des lieux, C, leur demande d’enquêter avant d’être envoyé ad patres. Les pieds nickelés du TARDIS ne tardent pas à enfiler leur smoking pour faire comme James Bond. Yaz et Ryan se penchent sur le cas de Daniel Barton, le CEO de la société GOOGLE VOR, qui pourrait avoir des liens avec leur affaire (Son ADN a un peu muté et il a des mauvaises fréquentations). Thirteen et Graham s’adjoignent l’aide de O, agent rebelle de l’agence qui a la particularité d’être très versé dans les aliens et qui vit retiré dans l’outback australien. Après s’être retrouvés au pays des kangourous puis confrontés de nouveau à Barton et aux Kasaavins, une espèce d’E.T espions dispersée à travers le temps, le groupe fuit dans un avion. O leur avoue alors qu’il est le Maître et qu’il tire les ficelles de Barton et des Kasaavins.

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-Un two parter James Bond sans citer une seule fois Ian Flemming. Vous êtes trop woky woky woke !

Thirteen est téléportée dans une étrange dimension d’où Yaz a été sauvée précédemment. Elle parvient à en sortir à son tour grâce à Ada Lovelace, fille de Lord Byron et précurseure de l’informatique. La jeune femme ramène la Docteure dans son époque en 1854, puis elle explique qu’elle visite cette dimension depuis son enfance et que les Kasaavins sont ses protecteurs. Le Maître fait alors irruption. Grâce à une statue, la Docteure et Ada se retrouvent en France en 1943, où elles rencontrent l’agente secrète britannique Noor Inayat Khan. Elles croisent de nouveau  le Maître qui parade en uniforme SS, fier d’avoir déclenché un filtre de perception empêchant ses soldats de voir qu’il est typé indien. Quelques décennies plus tard, Barton avoue à une conférence qu’il compte réécrire l’ADN humain pour en faire des disques durs stockant des données. Tout son plan repose probablement sur les pionnières de l’informatique embarquées avec Thirteen et il utilise les espions aliens pour l’alimenter. La Docteure et ses copines volent le TARDIS du Maître pour retourner dans le présent, forçant le pauvre bougre à se taper 70 ans pour regagner 2020. Tous arrivent à le mettre hors d’état de nuire. Mais lors de cette aventure, il a pu prévenir Thirteen que quelque chose de funeste s’est passé à Gallifrey. Elle part vérifier et découvre la citadelle en ruines, ainsi qu’une confession hologrammée du Maître qui lui avoue qu’il a buté tout le monde  après avoir découvert que l’Histoire des seigneurs du temps était un MENSONGE.

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LOOK WHO’S BACK LOL

1er janvier 2020. Un an a passé depuis le dernier épisode en date et Spyfall (skyfall avec un p comme « pfff ») sonne le retour de Thirteen dans un two-parter international et multi-temporel. De quoi rappeler le splendide double épisode qui introduisit la saison 6…a long long time ago. Mais ce retour ne valait guère une telle attente. Le long et exhaustif résumé qui précède – qui vous évitera de vous enquiller une bonne heure de remplissage-  rend justice à un cahier des charges à peine déguisé en scénario, une suite de péripéties et d’idées/thématiques qui s’enchaînent non stop pour faire oublier le peu de connexion entre elles. Nous y trouvons le quota d’action/espionnage Jamesbondien avec son lot de voyages (temporels ou physiques) et de poursuites. Nous aurons aussi un quota de revendication trop woke pour rester dans la continuité de la saison précédente, le deuxième épisode mettant en lumière deux femmes qui ont fait l’Histoire et que le patriarcat a conduit à être moins mentionnées que les hommes. Le problème est qu’elles ne joueront ici qu’un rôle figuratif, au point que le Docteur devra sans cesse rappeler quelles génies elles sont. On retrouve aussi un peu de mythologie pour rappeler les fans déçus par la saison précédente ainsi que le lancement du fil rouge de la saison comme on sort un lapin de son chapeau. Le tout est emballé dans le sous-Russell T.Davies habituel. Graham, Yaz et Ryan sont visiblement arrivés au climax de leur développement et ils ne peuvent plus servir qu’ en marge de l’intrigue principale, à reproduire une situation de traque semblable à celle que le Maître avait faite subir à Ten, Martha et au capitaine Jack dans The Sound of Drums, l’intensité dramatique en moins.

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Thirteen rencontre Ada Lovelace. Big fan!

Mais le plus douloureux reste de voir Chris Chibnall sortir son deuxième Joker en deux épisodes, après celui des Daleks. Et c’est le plus inattendu. A peine une saison après le final lyrique de Missy, voilà le Maître de retour dans son plus simple appareil. Sacha Dawan (qui interprétait Warris Hussein, réalisateur du premier Doctor Who, dans An adventure in time and space) n’est pas hors sujet. Il campe plutôt bien un Maître classique, croisement entre Anthony Ainley et John Simm, entre explosions de folie physiques et alliances qu’il ne maîtrise pas. Mais ce soft reboot nous sert avec fierté du déjà vu sans se préoccuper de flinguer l’impact du suicide du mégalo orchestré dans The Doctor Falls, fin parfaite s’il en est pour le Maître.

Si on veut bien se laisser porter sans se préoccuper de suivre une quelconque intrigue, on peut tout de même sauver la légèreté de ce two-parter, un effort de proposer de l’action au lieu des atermoiements et les apparitions malsaines des Kasaavins, desquels il vaudra mieux préserver nos chères têtes blondes (si elles ne se sont pas déjà partis vomir leur repas après un générique tout aussi badant). Stephen Fry vient également cachetonner, et d’une façon un peu plus distinguée que dans le Sherlock Holmes de Guy Ritchie. Après deux ans au royaume du médiocre, on devient indulgent.

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Le Kasaavin, un alien qui ferait bien de revenir dans un vrai rôle

N : 5

IM : 7