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An Adventure in Space and Time

An Adventure in Space and Time

Scénario : Mark Gatiss

Réalisation : Terry McDonough

Durée : 85 mn

Diffusé le 21 novembre 2013 sur BBC2

 

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Pour fêter le cinquantième anniversaire de Doctor Who, la BBC produisit et diffusa an adventure in Space and Time, téléfilm scénarisé par Mark Gatiss qui dépeint la création de Doctor Who de l’idée d’origine jusqu’à la régénération du premier Docteur.

Sydney Newman, le chef du département fiction télévisée de la chaîne a l’idée d’une série de SF pour enfants pour boucher un créneau. Il confie le développement de la série à son assistante Verity Lambert,  jeune productrice de 27 ans, qui devra faire preuve d’une grande confiance pour porter ce concept atypique dans un milieu d’hommes d’un âge avancé installés dans leurs habitudes. Elle trouvera un allié en Warris Hussein, réalisateur du pilote encore plus jeune qu’elle et d’origine indienne. Parallèlement, l’acteur William Hartnell veut sortir des rôles types qu’on lui a imposé après le succès de la série Carry on Sergeant. D’abord réticent à jouer dans une fiction pour enfants, il est finalement convaincu par Hussein et Lambert. Contre toute attente, ce rôle va changer tardivement sa vie et provoquer un attachement à ce Seigneur du Temps en fuite, en dépit du turn-over des compagnons et d’un état de santé qui ne s’améliore pas. Mais toute bonne chose a une fin, et la régénération approche…

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L’équipe de la saison 2 de Doctor Who. La gloire, même sans les Daleks

On l’aura compris, ce téléfilm est avant tout centré sur deux figures : William Hartnell et Verity Lambert. La jeune productrice prend une grande place dans sa première partie, qui s’étend sur l’originalité du choix de Sydney Newman de porter une jeune femme à la tête de la série et sa ténacité face aux difficultés qu’elle rencontre avec les vieux bonnets de la BBC. Cette difficulté se double d’un budget particulièrement serré, d’une première histoire chaotique et d’un accrochage fameux avec Newman sur la direction du show. C’est en effet Verity Lambert qui a décidé de porter le deuxième arc sur les Daleks, celui qui a définitivement lancé Doctor Who dans les foyers anglais. Les affreux de Skaro allaient à l’encontre du premier ordre de Newman, qui était de produire une série SF éducative dénuée de robots folkloriques.

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Sydney Newman (Brian Cox), l’initiateur de Doctor Who

Lorsque Verity Lambert quitte le show à l’issue du tournage de Mission to the unknown, le téléfilm ne fait que déporter toute l’attention vers le vieillard qui tient le rôle du premier Docteur, vétéran des premiers temps de la série. Nous l’avons déjà suivi depuis le début, et c’est lui au final, le héros. An adventure in space and time s’ouvre d’ailleurs avec la dernière prestation d’Hartnell sur la série. Reste à parcourir le reste du chemin, et le téléfilm réussit dans l’ensemble, en grande partie grâce à David Bradley, à épouser le point de vue du premier Docteur. Il colle à ses doutes, le suit dans des scènes familiales avec sa petite fille, son premier public, montre le respect mutuel qu’il instaure avec la productrice, son lien avec Carol Ann Ford (Susan) et les difficultés finales à porter le rôle. La conclusion voit une rencontre émouvante avec Matt Smith, le onzième Docteur. Un façon de montrer que l’acceptation de céder son personnage à Patrick Troughton a mené à l’incroyable longévité de Doctor Who, et combien chaque Docteur doit à celui qui a installé le rôle.

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Verity Lambert (Jessica Raine) et William Hartnell (David Bradley)

An adventure in space and time est donc un bel hommage à William Hartnell, mais c’est avant tout un drama, et non un documentaire. Créé dans un but festif, il met en avant des personnages généralement positifs vus sous l’angle d’un politiquement correct déjà très en vogue en 2013, se permettant de reléguer d’autres personnages jugés dramatiquement moins porteurs. On peut saluer le traitement des difficultés de Warris Hussein et de Verity Lambert à faire leur place à la BBC dans les années 60. Mais on peut regretter les ellipses dans la génèse de Doctor Who et dans la continuité post-Verity, qui amoindrissent l’apport de Sydney Newman et d’autres contributeurs, comme le chef scénariste David Whitaker, le producteur Mervyn Pinfield et surtout de Terry Nation, le responsable de la Dalekmania, qui ne fait ici que de courtes apparitions dans le segment dédié (presque autant que les Zarbis figurants). La première année de travail sur la série fut ponctuée de difficultés internes qui sont narrés dans les premières pages du très bon ouvrage de Marcus Hearn, « Doctor Who, les Archives : Les 50 ans d’une série culte », qui fera un excellent complément à ce téléfilm.

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New Year Special 2019 – Resolution

La bonne nouvelle de ce retour des Daleks est qu’il n’y a pas de rupture majeure avec la continuité de Russell T.Davies et Steven Moffat. La moins bonne est un scénario sans ambition, ni fantaisie, qui se contente d’une course poursuite basique et d’une ligne interchangeable avec beaucoup d’épisodes de la saison 12.

New Year Special 2019

Resolution

De Chris Chibnall

Réalisation : Wayne Yip

9ème siècle sur la Terre. Trois peuples ont dû s’unir pour vaincre un ennemi indestructible. Après en être venus à bout (comme quoi il n’était pas si indestructible que ça), ils ont dispersé ces restes à trois endroits différents de la planète. Le voyageur le plus malchanceux est tué par deux brigands alors qu’il traverse le Yorkshire. Nouvel an 2019 à Sheffield. Deux archéologues découvrent la dépouille du combattant et la partie de l’ennemi qu’il allait planquer. Les parties se reconstituent sous l’effet de leur appareillage scientifique. C’est le moment que choisit le Docteur pour débarquer avec ses trois compagnons, de retour d’une soirée thématique nouvel an dans l’espace et le temps. A peine remis de leurs émotions, ils devront arrêter la créature qui a pris le contrôle d’un des deux archéologues. Tout irait à peu près bien si le bestiau n’était pas un Dalek éclaireur, specimen amélioré des affreux de Skaro habituellement lancé pour repérer une planète à détruire. Alors que Thirteen se frotte à son ennemi millénariste, Ryan recroise la route de son papa qui semble avoir pris de bonnes résolutions. Mais peut-on pardonner si vite après tant d’années d’abandon ?

3800dDeux archéologues amoureux que cette chronique a sciemment oubliés

La réponse est oui. Il suffit d’un TARDIS, de quelques baratins et d’un psychopathe de l’espace pour recréer des liens familiaux. Resolution marque enfin un retour aux sources de Chris Chibnall après une saison complète à n’en avoir (presque) rien à foutre de l’Histoire de la série. La bonne nouvelle est qu’il n’y a pas de rupture majeure avec la continuité de Russell T.Davies et Steven Moffat. Si ce n’est que les innombrables Daleks invaders de Mr.Davies auraient pu faire un petit effort pour libérer ce Dalek éclaireur. La moins bonne nouvelle réside dans un scénario sans ambition, ni fantaisie, qui se contente d’une course poursuite basique et d’une ligne interchangeable avec beaucoup d’épisodes de la saison 11. Ce retour du Dalek se dévoile progressivement, exhibant durant les trois quarts de l’épisode un Dalek nu sans carapace, sorte de facehugger en CGI collé au dos de l’hôte qu’il contrôle. Nous ne reverrons cette bonne vieille coquille que dans une dernière partie un peu plus punchy. La méthode est classique, et on se souvient avoir attendu bien souvent la fin du premier épisode du serial pour voir se révéler le Dalek à grands fracas. L’ennui est que ce qui précède est une course poursuite prévisible, sans véritable gestion de l’espace et bien trop de personnages à gérer. De quoi provoquer un ennui poli pour qui a connu des menaces Daleks de plus grande ampleur (toutes celles sous Davies, et même dans les premiers classiques) ou dont l’enjeu était plus fort (au hasard Dalek, into the Dalek ou Genesis of the Daleks). Le newbie de 2018 trouvera sans doute l’épisode agréable comme il permet une introduction correcte des affreux de Skaro, mais nous sommes bien loin d’avoir un show à la hauteur d’un Special.

3800B.jpgLe Dalek reconstitué fait face à son ennemi mortel

Le bon point de cet épisode est le retour d’Aaron, fils de la Grace et père de Ryan. Le manque créé par cet homme était le seul point d’intérêt de Ryan durant une grande partie de la saison 12, mais le retour du père absent ne revêtait plus de grande importance maintenant que le gamin avait trouvé en Graham un grand-père d’élection. Pourtant les première scènes entre le père et le fils, aussi naturalistes soient-elles, étonnent par leur justesse. Aaron sera bien entendu admis dans le TARDIS pour quelques minutes (Elle redevient le moulin qu’elle a été dans les 80’s) histoire d’apporter une résolution rapide et un pardon instantané qui fait sonner le final étrangement faux. Et ce malgré l’effort de lyrisme déployé pour illustrer ces retrouvailles entre père et fils.

3800c-Ecoutes fiston, je t’ai quitté tu étais dispraxique. What happened?

Chris Chibnall ne profite pas du nouvel an pour se dérider, mais il tente ça et là quelques notes d’humour (merci à Jodie Whitaker et Bradley Walsh) qui tomberont pour la plupart à plat. Seule la mise sur la touche de UNIT faute de financement apportera un petit sourire. Y’avait-il un message à faire passer à la production sur l’enveloppe de l’épisode ? Au final, Resolution est bien loin de créer une attente suffisante pour revenir à Doctor Who après un gap qui s’étendra jusqu’à  courant 2020.

N : 4

IM : 7

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Bonne année sans Doctor Who !

37 / 11 – 10 The battle of Ranskoor av Kolos (La Bataille de Ranskoor Av Kolos)

37 / 11 – 10  The battle of Ranskoor av Kolos

De Chris Chibnall

Réalisation : Jamie Childs

La Docteure et sa team répondent à neuf signaux de détresse et se retrouvent au beau milieu d’une bataille sur le vaisseau du commandant Paltraki. Tim Shaw le Stenza (rencontré plus tôt dans le pilote) retient deux membres de son équipage sur la planète Ranskoor av Kolos en échange d’un objet important que le commandant lui a subtilisé. Tous décident de sauver les otages retenus dans un mystérieux édifice. Sur les lieux, Thirteen rencontre une Ux, ingénieure dimensionnelle spirituelle qui a construit l’édifice vivant et qui est sous le joug du Stenza. Elle le conduit jusqu’à celui qu’elle appelle son « Créateur ». Tim Shaw s’est fait passer pour un faux dieu auprès des Ux. Son plan est d’allier la connaissance des Stenza avec le pouvoir des autochtones pour construire une arme plus forte que n’importe laquelle : l’édifice dans lequel ils se trouvent. Avec cette arme, il compte se venger du Docteur et pulvériser tous ceux qui ont un jour défié les Stenzas.

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Tim Shaw, une mauvaise blague de pilote promu big boss de la saison

The Battle of Ranskoor av Kolos est la pire fin de saison de la série moderne et peut-être même des classiques, celle qui tombe le plus à plat et donne le moins envie d’y revenir l’année suivante. L’absence de retenu dans cette affirmation tient tant à la médiocrité de l’épisode lui-même qu’à l’absence d’effort dans la préparation préalable de ce climax et dans la montée des enjeux en vue de leur résolution sur ce final. La menace est certes localisée, mais il y’avait des tas de façons de ne pas couper complètement le contact avec Tim Shaw (dont on se souvient comme un piètre ennemi). De même, la vengeance de Graham tombe comme un cheveu sur la soupe comme il a été jusqu’ici l’élément le plus stable du lot. Son ressentiment vis-à-vis de l’alien pointe même un retour en arrière vis-à-vis de l’épisode précédent, qui laissait entrevoir une volonté de se remettre pour guider Ryan, comme le ferait un grand-père. Autre enjeu de cette fin de saison, le lien familial de ces deux-là se construit par des briques forcés, accusant également un reboot sur ce qui a été construit sur l’avant-dernier épisode.

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Yaz et Paltraki errent à la recherche de quelque chose d’intéressant à faire

En dehors de la résolution de ces enjeux, l’épisode donnait l’occasion s’attarder sur la miséricorde de la Docteure (son trait principal avec la mise en avant de l’intelligence collectif) qui a laissé vivre le Stenza et l’a envoyé sur cette planète pour qu’il continue à faire sa merde. Mais le scénariste showrunner est visiblement très embêté vis-à-vis de la tiédeur de son personnage, exposant à pleine vue les conséquences de son choix sans qu’elle n’ait l’occasion de le défendre devant ses compagnons (alors que les arguments ne manquaient pas).  Il choisit d’opposer la création, œuvre du vrai Dieu, à la destruction, œuvre du faux Dieu dans une histoire qui pille une grande partie des éléments de l’épisode 4 de Star Wars. On comprend que ce canevas est juste fonctionnel pour permettre de donner une leçon sur la bonne attitude à adopter pour les personnages devant le responsable de la mort d’un proche ou lorsqu’une vie est dans la balance avec le destin d’autres planètes. Leçons qui elle-même sont aussi claires que l’ébauche d’écriture qu’est Thirteen. Jodie Whittaker a néanmoins conservé l’assurance des trois ou quatre épisodes précédents et elle fait de son mieux.

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VENGEAAAANCE….GRRRR

La technologie de la Docteure est bien mise en avant et cela fait plaisir de revoir Mark Addy, même dans un rôle mineur. Mais on en vient à se demander l’intérêt de faire quelque chose de totalement neuf, qui laisse de côté 55 ans de bestiaire de la série pour que ça en vienne à ressembler à la majorité des séries SF actuelles, souvent même moins bien écrit. Cette saison est bel et bien une régression, et il faudra pour la suite se raccrocher à ce qui a été fait auparavant avec un peu plus d’humilité.

N : 4

IM : 5

37 / 11 – 09 It takes you away (De l’autre côté)

37 / 11 – 09  It takes you away

D’Ed Hime

Réalisation : Jamie Childs

Le TARDIS se matérialise en 2018 sur un fjord norvégien. Thirteen et ses amis tombent sur un cottage dans lequel se terre une jeune femme aveugle, Hanne. Quatre jours auparavant, son père Erik a disparu en voulant défendre les lieux d’une chose mystérieuse. Alors que tous se mettent en sécurité, ils découvrent un miroir qui n’est rien d’autre qu’un portail vers une anti-zone. Alors que Ryan est chargé de protéger Hanne et le cottage contre la créature, la Docteure, Graham et Yaz pénètrent de l’autre côté pour ramener son père. Ils rencontrent un extraterrestre marchand gollumesque qui leur propose de les guider en échange du tournevis sonique, au milieu de très dangereuses bestioles volantes. Echappant à leurs poursuivants, ils traversent de nouveau le miroir et retrouvent Erik en compagnie de sa femme défunte dans une maison qui semble différente. Et il semble même que Grace, la grand-mère de Ryan et compagne de Graham décédée dans le pilote ait rejoint cette autre dimension. Pendant ce temps, Hanne désobéit à Ryan et se lance dans l’antizone.

3709.png« Voilà où les scénaristes étaient cachés : Dans le placard ! »

Paradoxalement, c’est alors que des rumeurs persistantes annoncent le départ de Chris Chibnall et de Jodie Whittaker à l’issue de la saison 12 que l’ère de Thirteen se met à démarrer. The Witchfinders était un épisode de R.T Davies moyen, mais qui parvenait à faire revenir l’esprit du Docteur dans cette saison 11. Il ne manquait plus que la touche d’originalité, un peu d’émotion et la création d’un univers à part entière, pour que nous soyons de plein pied dans du Doctor Who. It takes you away apporte cette touche d’inédit et de découverte qui avait quitté les lieux depuis le départ de Steven Moffat, et il pourrait bien être l’épisode qui sauvera cette saison 11. Le concept de la dimension de l’autre côté d’un portail est connu (et approuvé par Steven Moffat depuis ces débuts sur la série), mais les développements de l’épisode nous amènent une multitude d’éléments sf tous inédits mais crédibles dans une mythologie whovienne. L’antizone est une zone tampon créé par l’univers quand la fabrique de l’espace-temps est menacée. Celle-ci a été conçue pour que deux mondes ne puissent pas se toucher, notre monde et celui crée par les Solitractes : Une énergie dotée de conscience qui empêchait la matière de se joindre au commencement de tout (une sorte d’anti-matière noire). Afin de pouvoir côtoyer des humains et se sentir moins seuls, les Solitractes ont matérialisé la mère de Hanne. C’est ce qui l’a retenu si loin de sa fille durant tout ce temps.

3709B.jpgHighway to the Anti-zone

Notre treizième Docteur (et Chris Chibnall) ne se plaindra pas qu’il n’y ait pas de véritable bad guy dans cet épisode, pas plus que l’auteur de ces lignes puisqu’enfin, ça fonctionne très bien sans. Jodie Whittaker porte sa Docteure attentionnée (une belle utilisation de la cécité d’Hanna), curieuse et vaillante dans ses retranchements. Sur tous les fronts, elle ira même jusqu’à s’abandonner à l’entité pour libérer des Solitactes de la gamine. L’occasion d’une scène surréaliste mais amusante dans laquelle la conscience prend la forme d’une grenouille. Celle-ci devra laisser partir le Docteur, bien que Thirteen aurait bien voulu explorer plus en détail cette chose nouvelle. La matérialisation de Grace permet d’aller plus en avant dans l’exploration du deuil de Graham, et ce bien plus efficacement que dans l’épisode 4. Cet épisode permet à Bradley Walsh de se confirmer comme numéro 2 de la saison loin devant les deux jeunôts. En miroir du père de Hanne, il se métamorphose réellement en grand-père de Ryan lorsqu’il choisit de l’aider plutôt que de rester à jamais avec cet image de Grace. La dernière scène entre les deux fonctionne alors pleinement et annonce une dimension supplémentaire pour les épisodes à venir dans la dynamique du groupe.

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Graham : de veuf éploré à grandpa protecteur

Allégorie du deuil d’un parent, It takes you away rappelle parfois Hide dans le ton et la forme, tout en ayant ses propres originalités et un ton SF plus assumé qui le différencie de l’ère Moffat. Il est peuplé de trouvailles sympathiques, comme cette allusion aux histoires scientifiques que la grand-mère du Docteur lui racontait pour s’endormir. On peut se dire qu’il est dommage que cet épisode ne soit pas arrivé en début de saison, et plus généralement que Chris Chibnall n’ait pas filé les clés des scénars à de bons auteurs dès le début.

N: 8

IM : 5

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37 / 11 – 08 The Witchfinders (Les Chasseurs de sorcières)

37 / 11 – 08  The Witchfinders

De Joy Wilkinson

Réalisation : Sally Aprahamian

Dans le Lancashire du XVIIe, la Team TARDIS assiste au jugement d’une sorcière à l’aide de la bonne vieille méthode de la noyade. Thirteen intervient (!) en vain, puis elle présente son groupe comme appartenant à une haute autorité de traqueurs de sorcières. A l’arrivée du roi James 1st, les traques des servantes de Satan s’intensifient pour mettre en défaite le prince des ténèbres. Thirteen et Yaz mènent l’enquête sur les phénomènes qui ont précipité les chasses alors que Ryan et Graham sont missionnés de surveiller les allumés pour éviter d’autres exécutions. Mais voilà que des organismes aliens planqués dans la boue s’emparent du corps des mortes. Les bigots refusent les explications de Thirteen et décident de la juger pour sorcellerie. Pendant ce temps, les trois amis suivent les corps possédés pour voir de quoi il en retourne. Car le mal pourrait ne pas venir d’où on le croit.

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Le roi James dans une de ses représentations

Il nous a fallu huit épisodes pour y’arriver, passer par la torpeur, les agitations vaines et le tatonnement mais la Docteure s’en enfin trouvée. Jodie Whittaker porte cet épisode sur la sorcellerie du début à la fin, et elle le fait à sa manière, sans singer ses prédécesseurs. The Witchfinders aurait été parfait en premier épisode du passé de la saison tant il parvient à mettre en exergue la conservation de l’intégrité du Docteur en dépit du changement de sexe. Ce n’est pas l’avis des gens du XVIIe, facilement tentés de confondre cette femme de science avec une créature de Satan alors que ses précédentes incarnations ont souvent été considérées comme des Dieux par des populations religieuses… C’est cette réaction de peur instinctive de l’inconnu, transformé en mal, qui ressort de l’épisode. Une peur qui peut prendre la forme d’un trauma refoulé (pour le roi James) ou d’une infection rampante (pour Becka, la propriétaire des lieux). Thirteen fait son Socrate en discutant patiemment pour faire comprendre aux chasseurs que le mal qu’ils se persuadent de tuer chez d’autres personnes est en fait à l’intérieur d’eux-mêmes. Sans toutefois lâcher que seuls un psychologue ou un médecin pourraient les soigner. On sent qu’on regarde une autre série que celle des premiers épisodes de la saison lorsque cette démonstration est faite sans jugement hâtif, sans constant manichéisme et elle s’intègre à l’action. Une action dans laquelle notre Docteure plonge plutôt deux fois qu’une.

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La Docteure se jette à l’eau

Amenés à mener l’enquête aux côtés de Thirteen ou livrés à eux-mêmes, les trois autres membres de la team TARDIS sont enfin actifs. Ils ne sont plus des piquets occupés à juger leurs ancêtres au sein d’une histoire immobile. L’avancée notable dans cette intégration à l’histoire se manifeste dans la scène d’introduction du roi James. Tous participent à mettre en avant le personnage de roi extravagant interprété malicieusement par Alan Cummings, comme celui-ci provoque des interactions intéressantes au sein du groupe. En quelques secondes, Graham l’homme mûr et blanc intronisé général, Thirteen démonte ironiquement cette intronisation comme symptôme d’un problème chez le roi, puis celui-ci se reporte sur Ryan qui réagit maladroitement à l’intérêt ambigu que celui-ci lui porte. Ainsi la comédie et la complicité des acteurs désamorce t’ils juste suffisamment la démonstration.

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Pour enfoncer le piquet, la menace n’est plus purement humaine. Le bad guy est une armée extra-terrestre emprisonnée sur notre planète à cette époque, sous un arbre en bois alien : les Morax. L’instigatrice des chasses aux sorcières a été contaminée par une racine et se retrouve au final littéralement investie par une de ces entités. Ce dévoilement tardif et brutal transporte quelque chose de délicieusement malsain qui trouve un contrepoids salutaire dans ce groupe enfin crédible et solide. La disparition du TARDIS devant le regard du roi béotien (mais reconnaissant), après que Thirteen ait prononcé la phrase d’Arthur C. Clarke « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie » enfonce le clou. Doctor Who a retrouvé son ADN. Reste à y mettre un peu plus d’enjeux relever la sauce.

N : 6

IM : 4

37 / 11 – 07 Kerblam !

37 / 11 – 07 Kerblam !

De Pete McTighe

Réalisation : Jennifer Perrott

Un facteur intergalactique délivre un paquet à Thirteen en provenance des usines Kerblam ! (un des plus grands sites de e-commerce de la galaxie). Mais un appel à l’aide s’est glissé à l’intérieur du paquet. Pressée par ses compagnons, la Docteure débarque dans les usines pour trouver la personne en détresse en se mêlant aux milliers de travailleurs, dont 10% sont organiques à cause d’une loi sur les quotas. Passés au scan et monitorés, Thirteen et les jeunes sont embauchés pour préparer les paquets. Ce vieux Graham est pris comme technicien de surface. Tous rencontrent de gentils mais pauvres humains obligés à trimer sous les ordres de robots contremaîtres et de vilains exécutifs. Yaz est témoin de la disparition d’un d’entre eux dans les entrepôts, et il n’est pas le premier ! La team TARDIS tente d’empêcher d’autres employés de connaître le même sort en fouinant un peu partout.

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Quand l’employé du mois devient le macchabé du mois

Comme les deux précédents, Kerblam ! est un épisode de Doctor Who convaincant. Il réussit même  à faire un mix d’épisode moyen de la saison 1 de R.T Davies (on pense à The Long Game, en version épurée et moins drôle) relevé de quelques éléments Moffatiens (l’utilisation d’un élément anodin-les bulles des emballages qu’on pop de façon compulsive-et l’aspect anxiogène des robots). Il ne s’agit pas des éléments les plus fameux des prédécesseurs mais le cœur y’est. Il y’a également un effort pour prendre le contre-pied du manichéisme énervant du début de la saison. Les stéréotypes du gentil travailleur, du méchant capital et de la méchante technologie sont utilisés pour induire le spectateur en erreur sur la résolution de l’enquête. C’est finalement la conscience du système de Kerblam ! qui a envoyé le message à la Docteure parcequ’il craignait d’être détourné. L’instigateur du détournement/bad guy étant un activiste infiltré qui a incorporé des bombes dans les bulles des emballages pour qu’elles explosent chez le client, ce qui jetterait l’opprobe sur la technologie robotique qui pique le taf des humains. Les disparitions s’expliquant par le fait que le  jeunot testait ses bombes sur des employés.

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Personnellement j’aurais éclaté les bulles. Donc bravo le génie.

Le problème n’est donc pas le système, mais l’élément humain qui l’utilise et le détourne. Cela inclue le terroriste social qui se fiche des moyens pour arriver à ses fins. Un discours plutôt rationnel que peut défendre légitimement (et avec conviction !) notre Docteure de la modération et de la conciliation. Mais cette première partie « fausse piste » a beau avoir servi la surprise finale, l’épisode nous laisse avec une moitié de résolution. Pour entretenir la fausse piste, l’organisation de Kerblam ! a été présentée comme une satire de l’organisation du travail délétère chez Amazon, au point de supprimer tous les éléments futuristes pouvant apporter une équivoque sur ce rapprochement. A l’issue de l’épisode, les revendications du terroriste ont été prises en compte et KerblAmazon pourra embaucher plus d’humains. Mais quid des conditions de travail toutes aussi désastreuses ? Ce n’est visiblement pas le problème du Docteur et de ses compagnons qui se contenteront de rapporter le bracelet d’un papa victime à sa fillette afin qu’elle sache qu’il pensait à elle.

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Le système a une conscience. Voilà qui est rassurant !

On se demande également comment la part de 10% de travailleurs « organiques » dans les usines a pu passer à 10% de la population active terrienne en cours de route. Ces errements scénaristiques n’effacent pas un progrès sur la gestion des compagnons, qui parviennent à eux-trois à soutenir ce que Billie Piper portait seule sur ses épaules dans des épisodes similaires, ni cette attention de nous rappeler que Ryan avait bien un problème de dispraxie. Nous n’avons donc pas rêvé le premier épisode.

N : 7

IM : 4

37 / 11 – 06 Demons of the Punjab (Les Démons du Pendjab)

37 / 11 – 06 Demons of the Punjab

De Vinay Patel

Réalisation : Jamie Childs

Perturbée par le silence de sa grand-mère Umbreen sur sa jeunesse au Pakistan, Yaz convainc le Docteur de l’amener à Lahore peu avant les années 50, mais pas plus d’une heure. Sans le savoir, ils ont atterri dans un petit village du Pendjab le 15 août 1947, jour où la Grande Bretagne annonce l’indépendance de l’empire des Indes et sa partition en deux pays : L’Inde et le Pakistan. Une décision qui entraînera de violents affrontements entre les hindous, les musulmans et les Sikhs de la frontière. Ils apprennent de la bouche de la future mamie qu’elle va se marier à Prem, un hindou qui n’est pas le grand-père de Yaz (mais qui possède la montre qui était censée appartenir à son granpa). Pas le meilleur moment pour un mariage entre un hindou et une musulmane…d’autant moins que des aliens que Prem a recontrés à Singapour pendant la guerre se montrent à visage découvert et butent le prêtre qui allait officier. Le futur marié décide d’aider le Docteur et ses amis à chasser les créatures. Le groupe ne tarde pas à découvrir que ces aliens sont des thijariens, les plus grands assassins de l’univers connu (c’est bien de le préciser, puisqu’il grandit à chaque ère). Mais que viennent-ils faire ici, à cette date, et surtout aussi loin de Angleterre ?

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Allons voir si la vieille nous a pas raconté des cracks

Demons of the Pendjab est le deuxième épisode du passé de l’ère Chibnall et, à l’instar du deuxième épisode du futur de cette saison, on peut voir un net progrès. L’appropriation des origines des compagnons pour aller plus loin que l’Angleterre n’est pas une mauvaise chose et peut offrir à la série une perspective plus mondiale. Lier ce voyage à la lignée de Yaz évite l’écueil de Rosa qui forçait l’identification entre Ryan et la population noire des Etats-Unis des années 60. Ici, les choses sont moins artificielles et on arrive enfin à ressentir quelques émotions. Est-ce dû au fait que Chris Chibnall ne soit pas au scénario ? C’est très probable, mais le choix d’un scénariste d’origine indienne est sur le coup plutôt judicieux, ne serait-ce que parce qu’on sent cet enthousiasme de transmettre cette part de son Histoire. Cela permettra également à celui ou celle qui a des origines bien anglaises de connaître une Histoire moins évidente qui ne fait pas partie de sa culture. La beauté des campagnes du Pendjab de 1947 est bien mise en valeur et les accents orientaux de la musique accompagnent  les thèmes sans que ça fasse trop forcé. Même si Yaz fait preuve de stupidité à son arrivée, elle sort grandie de « son aventure » et acquiert une dimension supplémentaire. Mais c’est Graham qui gagne le plus de cette virée en affirmant un nouveau rôle, sa sagesse d’homme mûr et son recul face à la vie en font une force tranquille pour tous ces jeunes adoptant une attitude par trop impulsive.

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La première scène qui fait exister les amis du Docteur. Ouf!

Cet épisode est donc globalement intéressant et attachant, bien qu’il semble confirmer le template de Rosa sur les épisodes du passé chibnaliens, à savoir un élément SF prétexte à explorer les conflits humains du passé. La variation du jour étant de faire passer les aliens pour les bad guys alors que leurs intentions sont bonnes : A l’extinction de leur planète, les assassins se sont mués en prêtres parcourant l’univers à la recherche des morts inconnus pour honorer leur souvenir. Ils ne se sont pointés que pour venir chercher Prem quand le moment sera venu. Ce rôle mémoriel a une certaine résonnance en cette semaine du cinquantenaire de l’armistice de la guerre 14-18 et il fait d’eux une représentation plutôt bienveillante de la Faucheuse. Mais trop heureux de trouver des victimes et des coupables toutes désignées, Chibnall nous apporte encore une fois un démon à visage humain. Ce sera le frère de Prem, qui refuse que le mariage ait lieu et qui a lui-même tué le prêtre et supprimera son propre frangin. Après les blancs de Rosa, c’est donc l’intellectuel, par opposition aux braves villageois, qui sera le seul bad guy de l’épisode. Avec toute la subtilité que l’on connaît au showrunner.

Doctor Who Series 11

Des assassins reconvertis en monument du mort inconnu

L’autre écueil de l’épisode est Thirteen qui semble avoir perdu tous les attributs des seigneurs du temps. La Docteure est tour à tour molle, perdue, inquiète, et elle semble avoir fait un reboot mental de ses propres expériences, ne s’en souvenant que pour sortir des punchlines. Un peu plus de véhémence envers Yaz n’aurait pas été de trop, vu ce qui s’était passé avec Rose et son papa (oublier Father’s Day est un crime de lèse-majesté pour l’auteur de ces lignes). Les ambitions de Chibnall sont toujours aussi terre à terre pour un rendu interchangeable avec d’autres séries. Ce qui rappelle à quel point le montage et la musique de Murray Gold, ainsi que le recul appuyé du Docteur sur les événements humains rendaient dans son ton général la série moderne particulière par rapport aux classiques, mais aussi par rapport au reste de la production télévisuelle. Quels que soit les apports de cette nouvelle approche, le risque est de fondre Doctor Who dans le tout venant des séries actuelles.

N : 6

IM : 4

37 / 11 – 05 The Tsuranga Conundrum (Le Casse-tête de Tsuranga)

37 / 11 – 05 The Tsuranga Conundrum

De Chris Chibnall

Réalisation : Jennifer Perrott

67ème siècle. Sur une planète décharge (splendide mise en abime de ce début de saison), la Team TARDIS déterre une mine sonique et explose…fin de l’histoire.  Ou peut-être la secousse qu’il fallait. Les quatre sont secourus par des médecins du Tsuranga, un vaisseau assurant du transport médical d’urgence.  Thirteen a beau s’agiter dans tous les sens pour récupérer son TARDIS. Le plus gros problème à affronter sera un petit alien vorace qui a investi les lieux et n’a pas tardé à éjecter les modules de sauvetage avec Astos, le médecin capitaine des lieux. Créature toxique et invincible, le Pting dévore toute matière non organique et pourrait bien faire du Tsuranga son quatre heures. La planète d’accueil Resus One pourrait aussi bien résoudre le problème en détruisant le vaisseau plutôt que de voir le passager clandestin débarquer. Le Docteur et ses passagers n’auront visiblement pas d’autre choix que d’affronter cette situation sans issue.

3705B

KABOOM

Enfin quelque chose à se mettre sous la dent ! Ce Tsuranga Conundrum trônerait parmi les épisodes moyens d’une saison Daviesienne ou Moffatienne, mais il a le goût de Doctor Who et donne enfin quelques indices sur les directions assumées par Chris Chibnall. Sortant du marasme déprimant des quatre premiers épisodes, Thirteen passe par tous les états dans cet épisode. On retrouve d’abord la panique et la désorientation, attitude décevante pour un Seigneur du Temps et qui renvoie au début de cette saison. Puis à mesure que les portes se ferment, elle se redécouvre Docteur et prend sur elle de guider tout ce petit monde dans cet obscurité à la manière d’une coordinatrice. Exit le général Twelve et place à l’intelligence collective, une direction « anti-hiérarchique » peu surprenante dans cette saison du politiquement correct mais qui a le mérite de proposer une alternative à ce qui s’est fait ces dernières années. Cette alternative est même plutôt bien assumée par Jodie Whittaker qui apporte une dimension ludique à la résolution des problèmes. Une résolution progressive et collective, qui met en avant les outsiders en supprimant les leaders. Il y’a même un petit début de flamme dans la scène de l’accélérateur de particules, dans laquelle Jodie prend visiblement plaisir à embrasser son rôle de Docteur, accompagnée par des nappes synthétiques plus engageantes que l’accompagnement musical qu’on a eu jusqu’ici.

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Thirteen se souvient qu’elle est le Docteur

En guise de bad guy, nous aurons un mélange entre le Nibler de Futurama et Taz. Une créature plutôt fun mais anecdotique qui laissera tout loisir au showrunner de développer les conflits et relations entre les personnages, soit ce qui lui plaît le plus. Le nouveau showrunner parvient à mettre en veilleuse sa fibre pessimiste et les défauts d’écriture des premiers épisodes pour livrer un space opera light. On y retrouve le côté fable (la morale finale), le côté ensemble show, le progressisme social et la vie quotidienne mêlée à la SF qu’on trouvait dans les space op télévisés des 90’s. Le tout est toujours traversé de maladresses, la première étant cette histoire d’homme qui accouche balourdement reliée à l’histoire de Ryan. Les amis de Thirteen sont un peu plus mis en avant, même si on reste très loin d’atteindre le niveau des compagnons de la série moderne. Les dialogues sont moins ineptes et forcés, un peu plus drôles, mais les personnages se révèlent encore trop peu dans l’action et trop souvent par des dialogues / situations surlignées. Encourageant.

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Pting pète le feu

N : 7

IM : 5

37 / 11 – 04 Arachnids in the UK (Arachnides au Royaume-Uni)

37 / 11 – 04 Arachnids in the UK

De Chris Chibnall

Réalisation : Sally Aprahamian

La Docteur et ses amis atterrissent à Sheffield une demie-heure après avoir quitté les lieux. Le temps pour Graham de se rendre compte du calvaire qu’il va vivre, seul dans sa maison vide. Le temps de prendre un thé chez Yaz, avant que celle-ci ne rejoigne sa mère à l’hôtel où elle travaillait. Car Mme Yaz a été virée par le sous Donald Trump qui l’employait. Mais des toiles d’araignées suspectes apparaissent en trop grand nombre dans les environs.  La faute revient à des bébêtes anormalement grosses qui ont étouffé une ou deux personnes dans des cocons. Le groupe se retrouve à l’hôtel du sous Donald Trump pour discuter et découvrir pourquoi les araignées mutantes s’attaquent toutes à l’hôtel pour faire des cocons avec des gens.

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Il atteindra la Maison Blanche quel qu’en soit le moyen. Hahaha !

Il se trouve que le magnat construit sur des décharges toxiques et comme nous ne sommes pas à Tromaville, c’est beaucoup moins drôle et animé. On parle beaucoup dans de longs tunnels de dialogues en attendant que les bébêtes se montrent et que la femme à lunettes du groupe trouve une explication scientifique. On va aussi dans la Panic Room du magnat pour discuter…et les attirer dedans avec de la musique. Tout ça pour que Trumpy flingue la gentille araignée géante devant le Docteur et ses amis, visiblement stupéfaits par autant de méchanceté. Quand bien même ils ont enfermé ses rejetons dans la panic room au risque qu’ils meurent de faim ou s’entredévorent. Suite à quoi les amis rejoignent le Docteur dans le TARDIS en énonçant chacun clairement les raisons qui les poussent à la suivre volontairement vers de nouvelles aventures.

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Une taille exceptionnelle pour un destin si banal

Attendant un peu d’action débridée style Dinosaurs on a spaceship, nous voilà circonscrits dans un lieu plutôt banal à fuir une menace toute aussi banale. Une menace tellement circonscrite qu’on en vient à penser que le Docteur aurait pu laisser intervenir UNIT, par exemple.  A l’instar des blancs de l’épisode précédent, l’homme d’affaires incarné par Chris Noth (The Good Wife, Law & Order) est le véritable monstre de l’épisode. Les araignées apparaissent comme les victimes de ses agissements dans un scénar de série B dépouillé des éléments amusants de la série B. Chris Chibnall semble vouloir renouer avec la veine sociale du Doctor Who des années 70. Mais impossible d’y retrouver le goût de l’époque, tant le gap est grand entre le sérieux du traitement et la caricature du message, tant les éléments whoviens se font rares et tant la Docteure semble détachée des événements, en dehors de quelques fun facts qui auraient bien pu être sortis par la scientifique les accompagnant.

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Scène familiale Daviesienne pour Ten Thirteen

Côté compagnons, Graham gagne en humanité, mais son passé (à part celui de mari de Grace) est toujours absent du scénario et ne transparait pas du jeu de Bradley Walsh. Nous arrivons à situer un peu plus Yaz vis-à-vis de sa famille, mais elle n’apparaît pas comme le leader du groupe des trois qu’elle devrait être. Quand à Ryan, c’est juste un vaisseau vide bardé de problèmes familiaux comme on en trouverait dans n’importe quelle série peu inspirée. Rien de très stimulant dans tout ça, et c’est bien le problème.

N : 3

IM : 3

37 / 11 – 03 Rosa

37 / 11 – 03 Rosa

De Malorie Blackman et Chris Chibnall

Réalisation : Mark Tonderai

En voulant retourner à Sheffield, la Docteure et ses amis atterrissent en Alabama le 30 novembre 1955. Ils croisent Rosa Parks, qui s’apprête à gagner un grand combat contre la ségrégation omniprésente dans les états du Sud. Elle ne cédera pas sa place à un blanc dans un bus et sera emprisonnée. Suite à quoi la discrimination cessera dans les bus et le mouvement pourra progresser vers de nouveaux droits. Ils découvrent aussi qu’un ex taulard nazi Terminator est venu du 79ème siècle en manipulateur de vortex pour empêcher l’épisode du bus d’avoir lieu, et ceci par tous les moyens. Les voyageurs temporels se posent en contrepoids du malotru et découvrent à leurs dépens un versant sombre de l’Histoire américaine.

Doctor Who Series 11

Et ils ne virent pas le triste Terminator venir…

Le racisme ordinaire est un thème très présent dans Doctor Who, notamment à travers les épisodes du futur qui ont pu tabler sur la découverte de nouvelles espèces aliens pour mettre en avant les valeurs humanistes de la série, particulièrement lors de la période « engagée » de la série dans les 70’s. Les épisodes du passé ont été plus frileux, même si le très bon diptyque Human Nature / Family of Blood avait su traiter le sujet au début du XXème siècle, et plus récemment Thin Ice pour le XIXème, sans compter les épisodes du présent qui le traitaient en toile de fond. Accompagner Rosa Parks dans l’Alabama ségrégationniste à un tournant décisif du mouvement des droits civiques américains ne paraît pas hors de propos dans Doctor Who et permet de mettre en évidence le fait que les droits acquis sont encore frais. Malheureusement, Rosa se prend les pieds dans le tapis en misant sur un premier degré absolu, un manichéisme constant et une absence de contrepoids à ce thème, qui au final devient la seule raison d’être de l’épisode. Le bad guy est une caution ‘doctor who’, une blague au point qu’aucun effort n’a été fait pour lui donner un aspect alien. Les scénaristes préfèrent marteler au spectateur que ce moment de l’Histoire était particulièrement dangereux pour Yaz et Ryan en les opposants à des blancs qui semblent contrôlés par une conscience collective proche de celle de l’invasion des profanateurs qui rend toute interaction impossible. Les compagnons tiennent un rôle moins en retrait et semblent plus impliqués par leur aventure, mais ils sont toujours interchangeables au terme de l’épisode. Même Ian et Barbara qui étaient dans le TARDIS à leur corps défendant et confrontés à des univers hostiles, pouvaient bénéficier de traits identifiables qui guidaient leurs actions ou bien de caractéristiques pouvant évoluer au contact du Docteur. La dispraxie de Ryan comme le combat de Graham contre le cancer semblent avoir disparu au contact du TARDIS.

Doctor Who Series 11

Martin Luther King rencontre Ryan, et pis c’est tout

Mais la plus grande déception vient de la Docteure, qui avait pourtant démarré avec les honneurs. Prenant une posture de professeur, elle n’aura pas su une seule fois apporter de la distance sur le ressenti et les certitudes de ses « amis » (Yaz s’en charge pour Ryan), ni des précisions historiques (c’est Rosa qui s’en charge !) et elle ne lèvera même pas le doigt lorsque Ryan annoncera qu’il a expulsé dans l’espace le vilain alien sans aucune forme de procès (ce qui est un peu la méthode des Anges). Il y’a un effort pour coller à la réalité historique via la première rencontre avec le chauffeur de bus et une évocation des activités militantes de Rosa. Mais tout cela est couvert par la mystique d’un événement et de l’acte d’une femme pris en son âme et conscience. Peu de choses sur la militante active de la NAACP et sur le côté calculé de cette action, qui avait pour but d’ériger comme symbole une personne respectée de la communauté pour permettre à la société de se remettre en question dans ses plus hautes sphères.

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Rosa Parks, une femme qu’on aurait aimé connaître

Doctor Who offre une possibilité de côtoyer les figures historiques. Faire un peu plus de chemin aux côtés de Rosa Parks aurait permis de mieux cerner qui elle était, le rôle actif qu’elle avait, et même d’intégrer le mouvement des droits civiques au-delà d’une scène anecdotique. Au lieu de ça, il y’a l’impression de voir un épisode s’engouffrant dans les zones de confort qui nous mène à regretter que la fameuse grand-mère n’ait pas été du voyage. Tout au plus on pourra apprécier l’évocation de la Stormcage, prison du futur dans laquelle a séjourné River Song.

N : 4

IM : 5