26-04 Survival

 26-04 Survival

De Rona Munro ( 3 épisodes )

Réalisation : Alan Wareing

 Obéissant à son souhait de revoir sa bande de potes, Le Docteur ramène Ace à Perivale. Mais la jeune femme apprend que ses amis ont disparu, ainsi que plusieurs autres personnes en ville. Le Docteur est sur la piste d’un chat qui pourrait bien être la cause de ces disparitions tandis qu’un flic local, professeur de survie à ses heures, le poursuit pour trouble à l’ordre public. Ace retrouve le chat en question, mais se trouve aussitôt prise en chasse par un plus gros chat qui monte un cheval. Rattrapée dans sa course, elle est téléportée sur une autre planète, le lieu où vit son poursuivant félin, un Cheetah. Elle y retrouve ses amis qui tentent de survivre sur cette planète depuis plusieurs semaines. Agressés à leur tour, Seven et le policier sont téléportés sur la même planète. Ils y rencontrent le Maître qui compte bien sur l’aide du Docteur pour le faire sortir d’ici, alors que lui-même a déjà entamé une transformation. A mesure qu’ils s’adonnent à la violence pour survivre, les proies des Cheetah entament peu à peu la même mutation que leurs agresseurs. La solution pour revenir sur Terre pourrait être de profiter de la transformation de l’un d’entre eux pour le suivre dans sa chasse.

Cheetah sur un cheval.  WTF?!

2604B

Survival conclut les arcs de la série classique sur une très bonne note et pose la touche finale à sa meilleure saison. Dès le début de l’arc, l’instinct et la liberté transpirent dans la réalisation par des plans subjectifs des chasseurs, des travelings étudiés et des plans larges qui embrassent les décors. Ceux de la planète des Cheetah sont très inspirés et réhaussés par de bons effets visuels. Le score de Dominic Glynn accompagne avec honneur le tout. Ainsi la série qui faillit se voir annuler à une période plutôt moyenne quittera la scène à son top…du moins pour les quinze années suivantes. La survie avait déjà été un thème du dernier arc de la saison 25 et embrasse une grande partie de la série classique. L’embrasser totalement pour ce dernier arc sériel est une coincidence (dans l’ordre de production, Ghostlight était le dernier épisode), mais plutôt heureuse. Dans un contexte contemporain, l’irruption des chasseurs convertissant leur proie, qui reviennent à leur tout chasser à domicile, permet de porter un regard sur les années 80 finissantes et le cynisme qu’elles ont semé. Le professeur de survie enseigne les rudiments du « tuer ou être tué » et conseille de laisser tomber les « poids morts » pour être sûr de s’en sortir. Deux vendeurs dans un magasin plaisantent à propos de la survie. Cet individualisme forcené s’oppose à la philosophie du septième Docteur pour qui l’entraide est la meilleure garantie. Une philosophie qui sera mise à rude épreuve par le Maître. Le vieil ennemi est prêt à se laisser aller au plaisir de la chasse et à emporter avec lui son vieux camarade. Ne faudra t’il pas un jour que les deux tourtereaux arrêtent de se tourner autour et en finissent une bonne fois pour toute ? Ce ne sera pas pour cette fois, même si on atteint un sommet dans l’affrontement à mains nues. Le Maître disparaît une nouvelle fois, et avec lui l’incarnation d’Anthony Ainley, qui fut brillant de bout en bout.

2604Don’t feed the Master

A l’instar de Ghostlight et The Curse of Fenric, Ace est au centre de Survival. Après avoir visité ses peurs, elle retourne chez elle pour se rendre compte au final que sa vraie maison est le TARDIS. Si Survival entonne un couplet sur la nécessité de se serrer les coudes dans l’adversité, il n’omet pas de faire ressentir le plaisir de la liberté. Un peu à la manière d’un James Dean dans la fureur de vivre, Ace est et restera une outcast. Elle trouve d’instinct une connexion avec Karra qui l’invite à rejoindre les siens et amorce sa transformation. Alors qu’elle trouve enfin la liberté totale à laquelle elle aspirait, la jeune femme accepte pourtant de la perdre en suivant la voie du Docteur et franchit un pas notable vers la maturité. Cette maturité ne la conduira pas à choisir de retourner chez elle, ou rien ne la retient plus mais à poursuivre ses voyages avec le Docteur. L’influence de Ace sur Rose est prégnante, là où les compagnes Moffatiennes seront toujours déchirées entre la Terre et le ciel. Dans une très belle scène finale, Ace confie au Docteur qu’elle pensait pouvoir ressentir toujours cette liberté sans limite. Seven lui répond que la planète est partie, mais qu’elle vivra toujours en elle. Doctor Who s’achevait après vingt six ans de production, demeurant vivace dans l’esprit de plusieurs générations de scénaristes talentueux. Une forme d’inspiration mêlée à la nostalgie qui ouvrirait lentement la route au relaunch. Après un an et demi de voyage, la sentence est tombée. L’auteur de ces lignes, fervent Tennantien et adepte des contes de Noël de Steven Moffat, ne pourra désormais plus parler de Doctor Who sans penser aux arcs classiques.

“There are worlds out there where the sky is burning, where the sea’s asleep and the rivers dream, people made of smoke and cities made of song. Somewhere there’s danger, somewhere there’s injustice and somewhere else the tea is getting cold. Come on, Ace, we’ve got work to do.”

Goodbye Seven, Goodbye Ace.

N : 9

IM : 10

Place au huitième.

26-03 The Curse of Fenric

26-03 The Curse of Fenric

De Ian Briggs ( 4 épisodes )

Réalisation : Nicholas Mallett & John Nathan-Turner

Le Docteur et Ace débarquent dans une base navale britannique lors de la deuxième guerre mondiale. Sous l’autorité du commandant Millington, le Dr. Judson y est chargé de craquer les messages codés allemands à l’aide du super ordinateur ULTIMA. Mais Judson travaille aussi à la traduction de runes vikings trouvés dans les sous-sols de la base et qui prévoient la personnification proche du menaçant et tout puissant Fenric. Obsessionnel au point de vivre entouré de symboles nazis, le commandant compte exploiter cette découverte pour s’arroger le pouvoir de Fenric. Mais une unité soviétique qui semble liée à légende de Fenric a débarqué près de la base et semble déterminée à subtiliser l’ordinateur. Après avoir rencontré une femme dont l’enfant n’est nulle autre que la mère de Ace (nous ne le savons pas encore, mais on s’en doute), les deux voyageurs rencontrent les russes et la compagne s’amourrache de leur chef, Sorin. Dans les souterrains de la base, ils parviennent à retrouver un vase qui comporte également des inscriptions vikings. Le vase leur est subtilisé par Milington. Analysant pour lui les inscriptions avec ULTIMA, le Dr Judson est frappé par la foudre et Fenric s’incarne en lui. Très ancienne entité maléfique, elle n’attendait que son réveil par descendants des vikings qui avaient transporté le vase maudit jusqu’au Royaume-Uni pour défier le Docteur aux échecs et accessoirement empoisonner le monde avec le gaz toxique stocké dans la base. Pour semer le chaos, l’entité utilise la race des Haemovores qui succédera à l’homo sapiens qu’il a faite pour l’occasion voyager dans son passé.

2603Un prêtre qui ferait mieux de retrouver sa foi vite fait

Avec The Curse of Fenric, Ian Briggs offre un scénario à la hauteur de cette très bonne saison, offrant à Doctor Who une cohabitation originale avec les légendes nordiques ainsi qu’un étonnant détour vers la susperstition. Le mal représenté par Fenric, qui semble au départ (mais faussement) faire référence au Mara, n’y’est en aucun cas rationalisé et semble être un rejeton de temps immémoriaux. Le thème traversant The Curse of Fenric est par ailleurs la foi, seule arme pour vaincre les assauts des vampires Haemovores. Qu’elle soit la foi religieuse par l’entremise d’un prêtre qui l’a justement perdue, la foi du révolutionnaire russe en la cause du parti, la foi de Ace pour le Docteur ou bien celle, plus étonnante du Docteur en ses compagnons passés (il murmure quelques uns de leurs noms  pour écarter les vampires), elle seule accomplit les miracles de cet arc. Elle peut néanmoins se retourner contre celui qui croît, preuve en est l’amour naissant de Ace pour Sorin qui conduit à l’avantage de Fenric sur le Docteur. Cette superstition rejoint admirablement l’époque visitée car elle fait écho aux superstitions du III ème Reich. Le mimétisme absolu du commandant Millington (Alfred Lynch, inquiétant en dirigeant perdu) l’aura conduit à adopter, plus que leurs seuls symboles, la mégalomanie occulte de ceux qu’il traque. Ainsi il se convaincra que ses ambitions de pouvoir servent la cause de son pays alors qu’il ne cherche qu’à saisir l’essence de Fenric. Elle fait également écho, et d’une manière particulièrement fine, à l’absence de foi et d’espoir qui peut caractériser une époque noire comme la seconde guerre mondiale. Ce très beau moment où Ace déclare à sa grand-mère qu’elle doit garder la foi car le monde va aller mieux est non seulement magnifique, mais condense une grande partie de l’esprit de Doctor Who.

2603BLe révolutionnaire avance entouré des suceurs de sang, et il ne craint rien

A travers le Dr Judson et son ordinateur ULTIMA, Ian Briggs fait référence à Alan Turing, pionnier de l’informatique qui travailla au déchiffrage des codes allemands durant la seconde guerre mondiale et inventa le test permettant de s’assurer qu’une machine adopte un comportement indiscernable de celui de l’homme ( la scène d’ouverture de blade runner s’en inspire). Le scénariste avoua qu’il ne put exprimer à travers Judson l’homosexualité secrète de Turing, pour cause de programme familial. Il la transforma en un handicap physique. Les loups de Fenric, descendants des vikings frappés par la malédiction qui se trouvent autant dans les camps anglais que russe, apportent un héritage de sang, autre obsession du Reich qui se voit ici désacralisée. On découvre que Ace fait partie de cette lignée et que le passage temporel vers Svartos qui lui permit de rencontrer le Docteur n’était pas du fait de ses talents de chimiste, mais de Fenric, qui souhaitait affronter une nouvelle fois le Time Lord qui l’avait tenu en échec. Pour peu qu’elle soit vraie, cette découverte n’amoindrit en rien l’importance de la compagne.

2603CLe commandant Millington, fan numéro 1 de Fenric

A l’instar de Ghostlight, cet arc exorcise les traumas passés de Ace (sa haine pour sa mère, sa peur de l’eau) tout en révélant toujours plus à quel point elle est intelligente, débrouillarde et spéciale. Son importance se matérialise autant par l’intérêt pour son passé, sans précédent pour un compagnon, que par les couches ajoutées aux personnages ou les marques d’affections constantes de Seven à son égard. Portées par les acteurs, les décors locaux et le très beau score de Mark Ayres composé pour l’occasion, les dernières scènes de The Curse of Fenric sont prodigieuses avec peu de moyens. Elles contiennent suffisamment de lyrisme, d’enjeux et de personnages forts pour balayer d’un revers de la main une première moitié d’arc un poil longuette. Pour prolonger le plaisir, l’arc existe en version longue et aussi en un seul film (sur le dvd UK, qui devient du coup indispensable), avec nouveaux effets spéciaux et remontage de circonstance.

2603D

N : 9

N : 5

26-02 Ghostlight

26-02 Ghostlight

De Marc Platt ( 3 épisodes )

Réalisation : Alan Wareing

Le TARDIS se matérialise dans la demeure de Gabriel Chase en 1883. Les propriétaires des lieux ont visiblement disparu, à l’exception de leur fille Gwendoline. La maison est gardée par la stricte gouvernante Madame Pritchard et un majordome Néanderthal, Nimrod qui travaillent sous les ordres de Sir Josiah Smith, gentleman victorien omnipotent. Ace et le Docteur rencontrent l’explorateur fou Fenn-Cooper, un autre résident, puis sont invités à la table pour débattre évolution avec le Révérend Matthews. L’homme d’Eglise est choqué par la théorie blasphématoire défendue par Charles Darwin et largement répandue par le nouvel occupant des lieux. Ace se rend bientôt compte que cette maison est la maison hantée dans laquelle elle s’était rendue en 1983 et qu’elle avait brûlée, épisode de sa vie qui l’avait marquée durablement. Venu jusqu’ici afin qu’elle puisse vaincre ses vieux démons et surtout comprendre le phénomène qu’elle ne pouvait pas expliquer, le Docteur était loin de se douter de ce qu’il y trouverait : Trois extraterrestres venus sur Terre pour cataloguer les espèces dont l’expédition fut tragiquement perturbée. Deux ans plus tôt, le vaisseau atterrit au sous-sol de la demeure et « Control » fut assigné au rôle de sujet témoin de l’opération. Le leader « light » fut destitué par l’agent recenseur et mis en hibernation avant que cet agent ne prenne d’assaut la maison et devienne Sir Josiah Smih. L’extraterrestre entreprit d’hypnotiser la mère, sa fille et le célèbre explorateur qui était un des proches de la reine Victoria. Ainsi pourrait-il approcher la souveraine, l’assassiner et hériter de son empire. Afin de libérer la maison, le Docteur relâche « Control » qui réveille « Light ». Ce dernier, revenu sous la forme d’un ange de lumière, se montre extrèmement perturbé par l’évolution des espèces depuis sa dernière visite terrienne.

2602Le Docteur dans son entreprise de stimulation de compagne

Démarrant comme une classique histoire de maison hantée, Ghostlight surprend très vite en empruntant une direction inhabituelle dans la série. Nimbé d’absurde et d’une atmosphère évanescente et délétère, l’arc est surtout grandement elliptique. Le scénario de Marc Platt fut retravaillé et une grande partie des scènes explicatives furent coupées. De ce fait, il est nécessaire de rester constamment en alerte pour comprendre ce qui s’y déroule, même si l’on est tenté de se laisser porter par cette ambiance mystérieuse et surréaliste. Si l’élément extra-terrestre n’est jamais loin dans Doctor Who, l’explication rationnelle ne déflorera que peu le mystère et l’histoire se portera dès lors vers la fable métaphysique sur le changement et son acceptation.

2602BLe fabuleux destin du révérend qui nia l’Evolution

Le naturaliste extra-terrestre qui pensait avoir classé les espèces (le Neanderthal est un sample sélectionné d’une de ses expéditions) se trouve pris au piège de l’Histoire et ne pourra se résoudre à constater les limites de sa méthode. Il deviendrait le mauvais esprit qui traumatisa Ace dans cette même demeure 100 ans plus tard. Doctor Who avait déjà excellé à jouer avec l’époque victorienne dans The talons of Weng Chiang , mais le scénario de Marc Platt le surpasse en tout point. Véritable nid à références plus ou moins directes, il détourne les archétypes de l’époque en une ménagerie déviante complètement improbable (le gentleman dissimulant un alien, les servantes armées, le majordome difforme, la fille de bonne famille qui provoque des « départs pour Java »). Le Docteur semble y’être une nouvelle fois comme un coq en patte, ayant une longueur d’avance même sur le trop curieux inspecteur de Scotland Yard qu’il a réveillé d’un long sommeil provoqué deux ans auparavant.

2602CHe’s lost « control » again

Ghostlight est aussi important dans l’Histoire de Doctor Who en ce qu’il se sert de l’expérience de la compagne comme postulat de départ, donnant un avant-goût du développement que subiraient les compagnons de la série moderne à partir de Rose. Ace et Seven ont fait suffisamment de chemin ensemble et sont suffisamment complices pour que le Docteur choisisse de la mettre à l’épreuve. L’aventure révèle les failles de la casse-cou fan d’explosifs et lui permet aussi de briller à de multiples reprises. Voir un compagnon démarrer au quart de tour sans avoir besoin des explications incessantes du Docteur rappelle les bonnes heures de Four et Romana II, à cela près qu’on a à faire à une jeune femme attachante bien dans son époque qui reste le parfait point d’ancrage du spectateur. Sylvester McCoy étonne une fois de plus, déployant un jeu toujours aussi varié et conférant une grande puissance à son Docteur. L’originalité, le dynamisme et la générosité de cet arc témoignent une nouvelle fois du succès des prises de risque d’Andrew Cartnell (on en aurait pas dit autant il y’a deux saisons) et du fait que les grandes lignes de la nouvelle série étaient déjà en germe dans cette saison 26. La révolution aura été essentiellement formelle, dans le rattrapage de quinze ans de séries télévisées.

2602D

N : 10

IM : 7

23-04 The Greatest show in the galaxy

23-04 The Greatest show in the galaxy

De Stephen Wyatt ( 4 épisodes )

Réalisation : Alan Wareing

Le Docteur et Ace reçoivent dans le TARDIS un spam interstellaire (!) pour le mystérieux cirque psychique qui a lieu sur la planète Segonax. Arrivés sur la planète, ils font la connaissance d’une autochtone qui se méfie des touristes bizarres venus de l’univers entier pour voir le show. Sur la route, Seven et sa compagne rencontreront un motard antisocial, puis un étrange couple composé du capitaine Cook, un explorateur flegmatique, et de la très spéciale Mags. Tous découvriront à leurs dépens que le merveilleux cirque est tombé sous la coupe de robots asservissant les forains et tuant les spectateurs appelés à monter sur scène. Alors qu’ils sont tous emprisonnés et appelés à entrer en scène, Ace parvient à s’échapper et à rencontrer Bellboy, le créateur des robots, dont la compagne vient d’être tuée. Pendant que le capitaine Cook se montre prêt à tout pour survivre, sa compagne dévoile peu à peu une attitude qui dissimule de moins en moins sa nature de louve-garou. Pendant ce temps, dans l’auditoire, une famille spectatrice dissimule les dieux Ragnarok. Ils furent libérés maladroitement par Dead Beat, un des forains, et font sur le cirque ce qu’ils savent le mieux faire depuis des âges anciens : Se nourrir du divertissement et tuer ceux qui ne leur apportent pas suffisamment satisfaction.

2504B

Notre comité de visionnage attribue un 7/10 à cet arc

The Greatest show in the galaxy rejoint la veine expérimentatrice de l’ère McCoy tout en bénéficiant d’un scénario plutôt carré, d’un rythme soutenu et d’une multitude de personnages haut en couleur. En tête du lot le capitaine Cook, sorte de Zapp Brannigan de l’exploration qui possède un passé d’expériences qui n’a d’égale que sa lâcheté. A l’instar du Carnival of Monsters de l’ère de Three, la série s’intéresse à un sujet plus que jamais d’actualité : le spectacle et ses excès. Le cirque pris d’assaut par les entités malveillantes voit ses représentations classiques transformées en buzz interplanétaire et dans le même temps, le contrôle échappe aux forains qui se voient asservis. Les jeux du cirque et combats de gladiateurs romains sont ouvertement cités comme l’œuvre des dieux Ragnarok, élite de l’univers exploitant les plus faibles pour son propre plaisir malsain. Leur personnification judicieuse par une famille bourgeoise type particulièrement blasée donne pourtant plus matière à une réflexion sur l’état de la société du spectacle de la fin des 80’s qu’à une réflexion historique rétrospective. Un état des lieux social qui n’a pas dû rendre Russell T. Davies indifférent. Le dernier épisode de la première saison du relaunch qui voyait Nine et Rose pris dans les tourments de plateaux de télé-réalité pourrait se voir comme une actualisation de The Greatest show in the Galaxy à une époque qui a placé la barre encore plus haut dans le voyeurisme ordinaire.

2504CL’attaque des clowns

En dépit de difficultés pour boucler l’arc suite à la fermeture de plusieurs studios, le résultat est visuellement probant et permet d’évoluer autant en extérieurs (les premiers épisodes) que dans des intérieurs étudiés. L’intégration des effets spéciaux bénéficie de nouveaux progrès. Le thème du spectacle permet enfin de mettre en avant les talents de showman de Sylvester McCoy dans un numéro de magie élaboré pour gagner du temps face aux Ragnaroks. La ressemblance avec le Docteur de Patrick Troughton se voit confirmée dans cette scène hilarante, renforçant plus que jamais l’identité de la série et la présence de ce madman in a box qui possède plus d’un tour dans son sac (et jamais celui auquel on pense). Doctor Who version 2005 conservera beaucoup de cette énergie physique propre au septième Docteur.

2504C

N : 7

IM : 4

25-03 Silver Nemesis

25-03 Silver Nemesis

De Kevin Clarke ( 3 épisodes )

Réalisation : Chris Clough

1988. Le Docteur et Ace se reposent en écoutant du bon jazz en Amérique du Sud quand ils sont la cible d’une attaque par balle. En sécurité dans le TARDIS, ils se rendent compte qu’un météore approche de la Terre avec en son sein quelque chose d’inhabituel. Il s’agit du validium, une statue faite d’un métal vivant qu’Omega et Rasillon créérent pour la protection de Gallifrey et qui comporte un arc, une flèche et l’archère. En 1638, le validium fut convoité par Lady Peinforte, sorcière de son état, et le Docteur dut le lancer en orbite dans un astéroide pour l’empêcher de nuire. Depuis lors, il s’approche de la terre tous les 25 ans et sème le chaos à ce bref contact (l’annexion de l’Autriche par les nazis en 1938, l’assassinat de JFK le jour de la première diffusion de Doctor Who…). Alors que son impact est imminent, Lady Peinforte est parvenue à voyager dans le temps avec un homme de main pour guetter son arrivée. Mais elle devra disputer le précieux objet avec un groupe de néo-nazis désireux de poursuivre l’œuvre du 3ème Reich et les quelques occupants d’un vaisseau cyberman…A moins qu’il n’y ait aussi tout une flotte attendant de sévir.

2503Doctor Who au top de sa coolitude

Sa première partie étant diffusée le 23 novembre 1988, Silver Nemesis est l’épisode du 25ème anniversaire (noces d’argent !) de la série. L’apparition des robots argentés était donc indispensable pour l’occasion. John Nathan-Turner et Andrew Cartmel ont cependant fait profil bas, se gardant de reproduire les rencontres de plusieurs Docteurs et caméos de personnages qui ont précédé au profit d’un arc portant sur la quête d’un objet de valeur. Silver Nemesis est un peu paresseux en ce qu’il recycle les éléments principaux de Remembrance of the Daleks : la dissimulation d’un précieux par le grand protecteur des reliques de Gallifrey (le Docteur), l’apparition d’un grand ennemi et l’extermination de toute sa flotte par le même artefact suite à une ruse du Docteur. Il serait difficile de se plaindre car Silver Nemesis bénéficie en retour de nombres de qualités du dernier arc classique des Daleks. La première est un Sylvester McCoy au top de sa doctoritude, que Ace vient compléter avec un grand dynamisme. Les moments où tous deux apparaissent ensemble à l’écran valent à eux-seuls le visionnage de cet arc.

2503BNazis vs Cybermen. La rencontre Historique.

Pour le reste, Silver Nemesis est un bon arc avec les cybermen et aussi leur dernier dans la série classique. Si leurs apparitions ne sont guère effrayantes et leur rôle peu défini, ils complètent très bien les autres menaces, toutes aussi schématiques mais apportant chacune une ambiance différente. La sorcière du XVIIe interprétée par Fiona Walker flanquée de son chevalier assassin amène l’humour lié à leur nature de voyageur dans le futur, et nous gratifie d’un auto-stop surréaliste qui n’aurait pas dépareillé dans les visiteurs de Jean-Marie Poiré. Les néo-nazis survolent l’arc dans une personnification outrancière quelque part entre leurs ancêtres des Blues Brothers et les nazis des aventuriers de l’arche perdue. Les incrustations sont de plus en plus réussies, en particulier celles du vaisseau de la flotte cybermen et de Nemesis. Nous voyons enfin LA question posée par Lady Peinforte qui semble savoir, à l’instar de River et de Clara plus tard, qui est vraiment le Docteur. Nous n’aurons pas la primeur d’en savoir plus. Rendez-vous est donné vingt cinq ans plus tard pour que cette question soit de nouveau posée.

2503CDoctor who ?

N : 7

IM : 7

25-02 The Happiness Patrol

25-02 The Happiness Patrol

De Graeme Curry (3 épisodes)

Réalisation : Chris Clough

Le Docteur et Ace se matérialisent sur Terra Alpha, une colonie terrienne du trentième siècle qui applique un régime ouvertement anti-déprime. La gouverneure locale, Helen A., a mis en place une police chargée de supprimer toute personne malheureuse, qui peut œuvrer en au grand jour ou bien sous couverture. Les rabat-joie pris en flagrant délit se retrouvent en Zone d’attente (le mot prison est proscrit sur Terra Alpha) et éventuellement exécutés en étant plongé dans de la confiserie par le dénommé Gilbert M. et sa création, le Kandyman, un robot composé de friandises (…). Le Docteur fait la connaissance d’Earl Sigma, un étudiant étranger jouant du blues, qui contrevient donc ouvertement avec la loi locale. Ils tentent à eux deux de déjouer la tyrannie d’Helen M. et de ses sbires et font la connaissance des autochtones, les drones, eux-aussi décidés à en découdre avec la joie. Ace est quand à elle faite prisonnière et manque de se faire exécuter avant de s’allier avec un membre de la patrouille qui a décidé de changer de camp.

2502CLe légendaire regard caméra de Fifi

Après deux arcs plus classiques et particulièrement agréables, the Hapiness Patrol revient au désordre et aux expérimentations de la saison 24. Les décors et la réalisation régressent, sans toutefois tomber dans les travers nanars de cette dernière saison. Le postulat de départ est original et l’arrivée de cette police féminine très typée laisse à penser qu’on se retrouvera devant un nouveau Paradise Towers, puis le scénario de Graeme Curry s’enlise en reproduisant le schéma habituel de l’oppresseur renversé. Les personnages grotesques auraient pu renvoyer à Brazil si les acteurs avaient su canaliser leur cabotinage. La cerise sur le gâteau est le Kandy Man qui, même sur le papier, aurait paru limite pour une série destinée à un public au-dessus de cinq ans. Le résultat n’est pas triste, mais achève de couler ce qui aurait pu être un épisode satirique sympathique en une blague vraiment pas drôle.

2502B

No the Kandy man can’t (be real)

La satire était pourtant bien le but initial de l’arc, Helen M. renvoyant ouvertement à Margaret Thatcher tandis que les drones troglodites en révolte pourraient être difficilement être pris pour autre chose que des mineurs (faisant abstraction de leur étrange face), par exemple les grévistes de l’année 1984. The Hapiness Patrol est le premier arc que Sylvester McCoy ne parvient pas à rattraper, faute de pouvoir se reposer sur des dialogues convenables. Il s’engouffre lui-même dans le ridicule dans une scène où après une petite chanson, il feint la crise de rire pour mettre en échec la patrouille. Ace occupe un rôle secondaire dans une grande partie de l’intrigue. On relévera une utilisation adéquate du blues, quelques scènes amusantes, dont celles qui voient apparaître Fifi, le compagnon canin du tyran, ou bien les rencontres avec l’agent du recensement interprété par John Normington. Pour les férus de continuité, on entend de nouveau parler du petit nom du Docteur à l’Académie des Timelords (Théta Sigma).

2502Vive le blues ! (et le LSD)

N : 4

IM : 2

Saison 25 (1988-1989) / 25-01 Remembrance of the Daleks

25-01 Remembrance of the Daleks

De Ben Aaronovitch ( 4 épisodes )

Réalisation : Andrew Morgan

Débarquant dans le Londres de 1963, le Docteur et Ace se retrouvent sur le chemin d’une équipe militaire dans les environs de Shoreditch. Ils rencontrent un Dalek mutant, que le Docteur ne tarde pas à mettre hors d’état de nuire. Le Time Lord comprend vite que les Daleks convoitent un objet qu’il a dissimulé au lycée de Coal Hill alors qu’il était en visite à Londres avec sa petite fille Susan 25 ans auparavant : La main d’Omega, instrument qui permit à l’alchimiste stellaire du même nom de créer la supernova qui fournit l’énergie nécessaire aux seigneurs du temps pour maîtriser le voyage temporel. Le Docteur file au lycée pour récupérer l’objet et entreprend de l’enterrer dans un cimetière pour duper les Daleks. Mais ses plans sont contrecarrés par une taupe dans le régiment du Capitaine Gilmore qui travaille pour Mr. Ratcliffe, sympathisant fasciste sous le contrôle des Daleks. La cachette est révélée et les Daleks mutants peuvent prendre possession de la main d’Omega sous le regard malveillant d’une gamine pilotant les opérations dans l’ombre. Le groupe de Daleks en question est en fait un groupe dissident qui entend prendre le dessus sur les Daleks impériaux « pures » dirigés par Davros. La Terre se trouve ainsi être le théâtre d’un affrontement sécessioniste entre les deux groupes Daleks. Le Docteur est bien décidé à réparer l’erreur qu’il a commise et à mettre hors d’état de nuire le groupe mutant, quitte à utiliser toutes les ressources à sa disposition. Et pour ça il sait y faire.

2501Hé oui, neuf cent ans d’expérience !

Séquence nostalgie pour cet arc marquant le début de la vingt-cinquième année de Doctor Who qui nous renvoie aux événements qui avaient mené le Docteur à Coal Hill School, et qui le firent croiser la route des professeurs Ian et Barbara. La même école qui emploierait Clara Oswald, puis Danny Pink cinquante ans plus tard. Ce retour en arrière tout en allant de l’avant est une intiative de John Nathan-Turner mais elle est brillamment portée par le jeune scénariste Ben Aaronovitch (qui avait 25 ans lors de l’écriture) et par le script editor Andrew Cartnell. Fort du très honnête Dragon Fire et d’une compagne plus active, ce dernier a visiblement fait le ménage dans ses errements de la saison dernière, tout comme Keff McCullough a laissé de coté les expérimentations musicales wtfesque. C’est à Cartnell que l’on doit l’orientation du Docteur de cet arc, un TimeLord en pleine possession de ses moyens qui mène les opérations du début à la fin et qui se rapproche dangereusement des incarnations pilotées par Russell T. Davies. Dans ce rôle, Sylvester McCoy est prodigieux, en mettant plein la vue à ces scientifiques et militaires terriens qui se content de suivre passivement le déroulement des opérations. Bien qu’il n’y ait foncièrement rien à lui reprocher depuis son arrivée, cet arc lui donne l’occasion d’aller au bout de son Docteur dans des registres très différents : de l’intimiste (la conversation avec le barman) au bigger than life (son show envers les terriens, puis sa communication à Davros) à la complicité sugérée par de petits gestes vis-à-vis de Ace. On sent que cette huitième incarnation peut-être matière à aller plus loin avec le personnage.

2502BAce et son Professor, ou le retour de l’interaction

Il est également évident à la vue de Remembrance of the Daleks que la guerre du temps n’est pas sortie du chapeau de Russell T. Davies. L’idée d’un affrontement Daleks / Time Lords est explicite dans les propos de Davros et elle se matérialise par cette course à l’omnipotence qui prend le pas sur la sempiternelle invasion Dalek. L’issue du plan du Docteur est la destruction malencontreuse de Skaro par le créateur des Daleks à l’aide de la main d’Omega, instrument qui a permis de créer l’omnipotence spatio-temporelle de Gallifrey. La fin de l’arc nous suggère que l’action du Docteur pourrait avoir des conséquences. «  Seul le temps pourra le dire ». Et du temps passera, car Remembrance est dernière aventure des Daleks dans les épisodes classiques. Pour le présent, cet arc est un des meilleurs des affreux de Skaro, nous gratifiant en bonus d’une lévitation inédite de Dalek. Une autre lévitation, nettement plus surprenante (et réussie), proviendra d’un cercueil. Une des meilleures idées du scénario reste cette gamine terrienne possédée par les Daleks pour utiliser la force de son imagination au service de leur combat. Aidée du mystère entourant sa présence durant la première partie de l’arc, la jeune actrice glace le sang et nimbe d’une aura malsaine la plupart de ses scènes. Dans sa première aventure en tant que compagne, Ace confirme tout le bien qu’on pouvait penser d’elle. Une jeune casse cou dotée d’une intelligence appréciable mais d’un comportement enfantin dont les interactions avec son « professeur » paraissent étonnamment naturelles, chose qui manquait bien depuis que Tegan avait quitté son Five.

2503

N : 8

IM : 7

24-04 DragonFire

24-04 DragonFire

De Ian Briggs ( 3 épisodes )

Réalisation : Chris Clough

La planète Svartos abrite une zone glacée, Iceworld, gouvernée par l’impitoyable Kane, un homme tellement froid qu’il peut tuer les gens rien qu’en les touchant. Jadis exilé sur Svartos, Kane cherche le joyau qui lui permettra de quitter la planète. Il marque des esclaves de son sceau, puis les enferme dans des chambres cryogéniques afin de constituer une armée qui servira sa vengeance sur sa planète natale. De passage sur Svartos, Le Docteur et Melanie croisent le mercenaire Sabalom Glitz, qui doit beaucoup d’argent à Kane et qui a compensé une partie de sa dette en lui vendant l’équipage de son vaisseau, le Nosferatu. L’homme de glace l’a sciemment laissé gagner une carte menant au joyau convoité et au dragon qui le garde, espérant que Glitz le mène jusqu’à son précieux graal. Intrigué par une possible rencontre avec un dragon, le Docteur accompagne le mercenaire dans sa quête. Ils laissent derrière eux Mel et une jeune serveuse rebelle et intrépide récemment rencontrée par Glitz, Ace. Les deux jeunes femmes ne tardent pas à se lancer elles-mêmes dans l’aventure. Elles finissent par croiser le dragon en question, qui tire des lasers au lieu de lancer des flammes. Tous découvriront que le joyau se trouve dans la tête de la bête et qu’il permettrait de faire décoller Iceworld, qui est en fait un vaisseau, et de libérer Kane de sa prison.

2404Ne vomis pas devant l’objectif

Le début de l’ère Seven fut le théâtre d’expérimentations plus ou moins heureuses s’éloignant des standards de Dr Who. Dragon Fire clôt cette première saison de Sylvester McCoy avec un arc classique sur une planète étrangère, mais une belle réussite sur tous les points. La réalisation et la facture visuelle de l’arc marquent un pas en avant dans la série, chose d’autant plus remarquable après la débâcle de Delta et les Bannermen. On a l’impression d’une véritable direction artistique, que ce soit dans les décors de Iceworld, dans le design du dragon automate ou même dans les couloirs et vaisseaux traversés par les personnages. Les trois épisodes portent une histoire simple, mais soutenue par de bons personnages et des acteurs à la hauteur. Edward Peel est particulièrement convaincant en Mister Freeze arrogant et altier. Son grand final renvoyant aux aventuriers de l’arche perdue est à sa hauteur. Le retour de ce fieffé Sabalom Glitz est bien pensé et ses interactions avec Seven le rendent plus intéressants qu’il ne l’était à l’ère de Six. Toujours brillant dans des registres qui jouxtent l’interprétation de Patrick Troughton, Sylvester McCoy nous réserve un des meilleurs cliffhangers de l’histoire des séries.

2404BMel ne se gênera pas pour jouer les scream queens une dernière fois avant de rejoindre Sabalom Glitz dans ses voyages. La meilleure chose qu’elle aura faite aura été d’introduire avec brio la compagne suivante, opérant un passage de témoin propre et sans bavure tel qu’il y’en a peu eu dans la série. Après une poignée d’arcs et un personnage qui ne l’a guère satisfaite (on comprend), Bonnie Langford laisse la place à la fin de Dragon Fire à la jeune Sophie Aldred aka « Ace » (Dorothy de son vrai nom). Cette jeune fille de seize ans pleine de surprises avoue être une terrienne, un petit génie qui a creusé un tunnel temporel lors d’une expérience et atterri à Iceworld (!). Le caractère bien trempé de Ace tranche avec le coté ravi de Mel et la gentillesse de Peri, augurant une traversée autrement plus excitante et un duo qui pourrait faire des étincelles. C’est tout ce qu’on peut lui souhaiter car elle sera la dernière compagne des classiques.

2404CLa fin des 80’s, ou l’avènement de l’échangisme

N : 7

IM : 6

Goodbye Mel