22-04 The Two Doctors

22-04 The Two Doctors

De Robert Holmes ( 3 épisodes de 45 mn )

Réalisation : Peter Moffatt

Après avoir quitté Victoria, le deuxième Docteur et Jamie doivent faire un crochet par la station spatiale Chimera à cause des Time Lords qui ont envoyé Two en mission non officielle pour leur compte. Il devra convaincre les scientifiques de stopper leurs expériences sur le voyage temporel. Sur la station, ils rencontrent le biogénéticien Dastari, qui a augmenté considérablement l’intelligence d’une Androgum pour la faire passer à un niveau supérieur de son espèce. Les Androgum sont une espèce instinctive et carnivore, particulièrement portée sur la nourriture. Chessene semble avoir perdu ces attributs, mais Two confie à Dastari qu’il n’est pas de cet avis. Alors que Chessene et Shokeye, un de ses congénères, intriguent en coulisse, un vaisseau Sontaran fait irruption sur la station et attaque l’équipage. Two est laissé pour mort et Jamie emprisonné. Quelques dizaines d’années plus tard, Six ressent une perturbation. Cherchant une explication, il pense être mort dans le passé et ne plus exister que temporairement comme une anomalie. Pensant trouver de l’aide auprès de Dastari, le Docteur conduit Peri sur la station spatiale. Là-bas, ils font la rencontre de Jamie et ne tardent pas à découvrir que Two n’est pas mort, mais emprisonné par Chessene, Shokeye et un groupe de Sontaran qui oeuvrent chacun pour leurs intérêts. Ils ont pris d’assaut une hacienda près de Séville vers laquelle Six et les deux compagnons mettent aussitôt le cap.

2204Two, Jamie et Karl Lagerfeld discutent de vieillissement prématuré

The Two Doctors démarrait très mal. Il paraît hasardeux que les seigneurs du temps fassent appel à Two dans un arc qui précède chronologiquement de The War Games, alors même qu’ils n’avaient pas encore localisé le Docteur après qu’il ait volé le TARDIS. Si le procédé peut-être possible de leur futur, il met les seigneurs du temps en position de gros SPOILER de la surprise de fin d’ère de Two. On peut voir ce réflexe d’utilisation du Docteur comme ambassadeur des Time Lords comme un renvoi à l’époque de Three, époque durant laquelle Robert Holmes (scénariste de cet arc) occupait la fonction de script editor sur la série. Dès lors, la crainte du retour des facilités scénaristiques de the Five Doctors déconnecte le spectateur, souvent à raison. Que penser de l’affectation de Six par un événement qui n’a même pas eu lieu (la mort de Two) ? La coincidence de la visite de Six à Dastari achève de convaincre qu’il ne faudra pas considérer cet arc sous l’angle de la continuité. Ce premier segment se perd également dans ses péripéties et traîne en longueur dans sa seconde moitié. Reste le plaisir de revoir Two et Jamie interagir comme si nous vivions une aventure de leur époque, la couleur et la complétude de l’arc en plus. En dépit du vieillissement visible des deux compères, on a l’agréable impression de revenir aux années pré-colorisées de Doctor Who.

2204BLes probabilités conduisent parfois à d’heureuses rencontres

Les deux épisodes suivants font mentir les mauvais augures. Les Sontaran n’auront qu’une importance marginale dans une intrigue qui n’est pas plus centrée sur leurs guerres qu’elle n’est un prétexte à réunir les deux Docteurs. The Two Doctors se concentre très vite sur les Androgum, faisant de leur atterissage à Séville le parfait prétexte pour s’adonner à la gloutonnerie. La chair humaine est tendre et goûtue et l’incorrigible Shokeye ne fait que réagir à un instinct qui le pousse à chasser. Si scientifiques et guerriers ne pensent qu’à s’approprier la technologie du voyage temporel pour leurs intérêts respectifs, l’Androgum (anagramme de ‘gourmand’) ne demande qu’à engloutir la charmante Peri pour son dîner. L’arc est infecté par le thème de la chaîne alimentaire, à tel point que la métaphore orchestrée par Robert Holmes n’a pas besoin des dialogues surexplicatifs pour se laisser voir pleinement. On ressent l’ironie d’une espèce humaine au sommet de cette chaîne qui a trouvé un prédateur qui la renvoie au rang de bête traquée, les pratiques de l’Androgum renvoyant à ceux de l’homme sur les animaux. Il pose aussi à travers Chessene une question importante : L’intelligence peut-elle vraiment être utile à l’homme s’il ne peut se délester son instinct vorace et destructeur ?

2204CPatrick Troughton is AWESOME

The Two Doctors pourrait préfigurer le pareillement affamé Bad Taste de Peter Jackson car il comporte de nombreuses scènes d’un burlesque Pythonien réjouissant, la scène du repas entre un Two en phase d’Androgumisation et le sémillant Shokeye en tête. Mais il va nettement plus loin, transportant une aura malsaine beaucoup plus proche des délires de la ligue des gentlemen, même si nous ne sommes parfois plus dans le registre de la farce : un personnage inoffensif de l’arc se fait poignarder de sang froid et meurt sur le coup, l’Androgum poursuit Peri dans une scène qui renvoie la massacre à la tronçonneuse, Six empoisonne Shokeye. Le recul comique est chassé par  le ressenti exagéré du végétarien Robert Holmes sur l’animalité du carnivore, qu’il n’hésite pas à exposer de la manière qu’il la perçoit. Le personnage de Chessene apparaît comme une sorte d’alter ego reflet de la culpabilité du végétarien qui, malgré son effort (dû à l’intelligence, selon lui) pour coller à ses principes, devra vivre avec cet instinct. L’empoisonnement du glouton par l’homme de science prend alors une résonance symbolique. L’atmosphère poisseuse est renforcée par la chaleur de l’Espagne, où l’équipe a choisi une nouvelle fois de s’établir pour une production des plus chaotiques. Paradoxalement, l’arrogant Six acquiert au contact de Jamie une humanité qu’on ne lui connaissait pas, qui renforce l’étrange sensation que Two et Six, aussi différents soient-ils, ne sont qu’une seule et même personne. Il y’a aussi des efforts pour expliciter les conséquences sur l’un d’un changement de l’autre. The Two Doctors, en dépit de ses défauts, parvient finalement à faire intégrer au spectateur ce croisement improbable. Mais des bruits d’un hiatus d’un an sur la série commencent à faire douter de son futur.

2204DNe zappez pas. Vous regardez toujours Doctor Who.

N : 8

IM : 6

4-06 The Moonbase

4-06 The Moonbase

De Kit Pedler (4 épisodes)

Réalisation : Morris Barry

2070. Le Docteur et ses trois compagnons débarquent près d’une station menée par des scientifiques et construite pour réguler la météo sur Terre. Jamie se blesse en faisant l’idiot et ils sont transportés vers la station. Jamie tombe aussitôt malade, souffrant du même mal que d’autres membres de l’équipe de la base. Le Docteur doit vite prouver que lui et les siens ne sont pour rien dans l’infection, et pour cause, les cybermen ont provoqué ça et ils viennent faire le ménage pour récupérer les corps un à un.

Image

We could live together. Walking on the moon.

L’équipage en t-shirt de la station lunaire est plutôt convaincant, et comporte même un français ! Le très sérieux Benoît interprété par André Maranne (le sergent Chevalier dans les panthère rose). Le Chef Hobson est solidement interprété par Patrick Barr. L’épisode a pour lui de mieux utiliser les compagnons, évitant le Patrick Troughton show dans lequel se noyaient les précédents (la récolte des échantillons sur les types de la base demeure hilarante). Les superstitions de Jamie sont mises en avant un peu maladroitement par l’entremise d’un joueur de cornemuse fantôme qui apparaît aux McCrimmon à leur mort et avec qui il confond les cybermen. On n’hésite également pas à lui faire porter le kilt ! Les petites attentions de Polly pour l’écossais, et sa capacité à servir le café dans les situations difficiles la rendent plus humaine et Ben a quelques interactions qui l’éloignent de l’action man des précédents épisodes.

406C

Un cyberman adepte des hôpitaux

Les expéditions lunaires (l’épisode est diffusé en 1967) semblent contribuer à créer une volonté de vraisemblance scientifique dans l’utilisation de la gravité (pour combattre les cybermen) et sur d’autres détails. Deuxième arc avec les cybermen, the moonbase voit déjà évoluer leur aspect physique, couvrant de métal ce qui était un costume. Paradoxalement, le cyberman fait moins d’effet, même si certaines scènes produisent leur ambiance, notamment la récupération des malades, transportés par les robots comme de vulgaires sacs. The Moonbase est à moitié reconstitué, ce qui en fait pour le moment l’épisode le plus complet avec Patrick Troughton.

N : 6

IM : 7

 La BBC n’a plus que les parties 2 et 4 de l’arc. Les deux autres épisodes ont été reconstruits en animation.