18-05 Warrior’s Gate

18-05 Warrior’s Gate

De Stephen Gallagher (4 épisodes)

Réalisation : Paul Joyce & Graeme Harper

Le Docteur, Romana, Adric et K9 pourraient avoir trouvé un moyen de traverser l’E-Space pour rejoindre l’univers normal (communément appelé N-space), mais ils se retrouvent coincés dans un espace zéro entre les deux univers. Le vaisseau transporteur d’esclaves du commandant Rorvik et de son équipage sont immobilisés dans le même espace suite à une défaillance de leur navigateur Biroc, membre de la race des Tharils qui a la capacité de se repérer dans les fluctuations temporelles (et qui constitue accessoirement la cargaison d’esclaves transportée). Profitant de la panique, Biroc s’échappe et rejoint le TARDIS. Là, il avertit les quatre de la menace qu’est le vaisseau des hommes, puis il disparaît. Le Docteur décide de le suivre. Il aboutit à une bâtisse où le Tharil traverse un miroir. Ne pouvant le traverser à son tour, Four fait la connaissance brutale d’automates guerriers, les Gundans. K9 rejoint le Docteur et il l’aide à faire parler un d’entre eux qui avoue que les Gundans servirent à un peuple d’esclave à traverser les dimensions pour attaquer ceux qui les oppressaient alors, qui n’étaient autre que les Tharils. Pendant ce temps, Rorvik et ses hommes ont rejoint le TARDIS et emmené Romana pour l’obliger à piloter leur vaisseau, pensant qu’elle est sensible au temps au même titre que les Tharils. Guidés par elle, ils ne tardent pas à retrouver le Docteur et K9. Tous se retrouvent bientôt coincés dans la bâtisse en différentes points du temps.

ImageUn petit tour dans mon TARDIS gentlemen? C’est un type 40. Sensation vintage garantie.

Le troisième et dernier arc de la trilogie « E-Space » est le premier arc à utiliser tout le potentiel de la nouvelle formule de John Nathan-Turner. Brillamment scénarisé par un nouvel ajout à l’équipe, Stephen Gallagher, Warrior’s Gate est aussi ambitieux que limité par ses moyens. Ainsi se permet-il d’augmenter la portée géographique de cette saison (et la mythologie de la série) en doublant la traversée d’un univers parallèle très semblable au nôtre (le E-Space) d’un micro-univers contrôlant ces deux zones et constitué de vide. Un vide qui, budget limité oblige, permet tout de même de se déplacer en marchant sur un sol ou de construire un décor. Avec cet environnement entouré de blanc, impossible de ne pas penser au début de l’excellent The Mind Robber de la période Troughton. La comparaison n’est pas à l’avantage de Warrior’s Gate. Ces considérations mises à part, l’arc se situe pourtant aisément parmi les meilleurs de Four, profitant d’une réalisation désormais plus énergique au service de grandes idées. Stephen Gallagher a probablement été inspiré par Alien dans sa peinture des hommes du transporteur, preuves en sont cette première scène qui ouvre l’arc sur un lent traveling visitant un vaisseau d’apparence vétuste et ces deux techniciens terre à terre qui rappellent les personnages de Yaphet Kotto et Harry Dean Stanton dans le film de Ridley Scott. Chacun des personnages est très bien caractérisé, allant du commandant autoritaire au second perpétuellement agacé, et interprétés par des acteurs qui parviennent souvent par la seule force de conviction à rendre tangible le monde dans lequel ils évoluent.

ImageRorvik ne sait pas quoi faire. Dans quelques secondes, il deviendra violent.

Les réalisateurs Paul Joyce et Graeme Harper ont fait du très bon travail. Les déplacements félins des Tharils entre les mondes sont soutenus par une réalisation aérienne et une musique synthétique planante qui retranscrit bien cette sensation de perte des voyageurs au milieu de nulle part. La meilleure idée de cet arc demeure la superposition en un point de plusieurs dimensions temporelles, idée entièrement retranscrite par le montage, qui réussit à transmettre le passé des Tharils et l’ironie de leur sort d’anciens maîtres devenus esclaves. L’épisode 3 est exemplaire dans l’enchevêtrement de dimensions dans le but de servir le scénario et l’intrigue riche en événements. Warrior’s Gate est aussi l’arc qui verra le départ de Romana et de K9 Mark 2. Le chien robot aura des adieux semblables au saccage de cette saison. Perdant une partie de sa mémoire à long terme, il avoue lui-même ne plus servir à rien. Ce côté chien fou en fait néanmoins un bel élément comique de décalage au contact du très sérieux équipage de Rorvik et permet de justifier son abandon par le Docteur (il ne pourra retrouver la mémoire que dans cette dimension). Curieux détail : le TARDIS n’existe plus dans l’E-Space, mais notre canin aurait la possibilité de le reconstruire grâce à sa mémoire. Une piste pour une rencontre future ?

ImageLe Docteur et son nouvel ami imaginaire poilu

Durant tout l’arc, Romana se comporte envers Adric comme le Docteur s’est comporté envers elle. La Time Lord a acquis de l’assurance au contact de Four et elle peut maintenant devenir elle-même un voyageur temporel aguerri guidant un compagnon. Elle refuse d’ailleurs de retourner à Gallifrey, retenant bien les leçons de son mentor. Son destin dans la série s’arrêtera dans le E-Space, car les Tharils ont besoin d’un Time Lord pour les aider à délivrer les leurs de l’esclavage humain aux quatre coins de cet univers. Lalla Ward quitte donc la scène en beauté, alors qu’elle s’apprête à convoler dans la vraie vie avec Tom Baker pour un mariage qui ne durera pas plus deux ans. Pendant ce temps, le Four parvient à transporter Adric dans univers très loin de chez lui pour une dernière ligne droite avant que lui-même ne quitte la scène.

 Image

La belle, la bête et la machine s’en vont libérer les Tharils. So Long Romana et K9.  😦

N : 8

IM : 7

18-04 State of Decay

18-04 State of Decay

De Terrance Dicks (4 épisodes)

Réalisation : Peter Moffatt

Ne se doutant pas qu’Adric les a suivis dans le TARDIS, le Docteur et Romana décident d’explorer une planète de l’univers alternatif dans lequel ils sont coincés pour chercher de l’aide. Ils découvrent un monde très similaire à la Terre qui semble être perdu dans un système féodal malgré de grandes avancées technologiques. Des gens y sont sélectionnés parmi les plus pauvres pour servir l’intérêt des trois seigneurs, Zargo, Kamilla et Aukon. Le Docteur et Romana ne tardent pas à soupçonner que les trois seigneurs sont en fait des saigneurs, bref…des suceurs de sang (en d’autres termes, des vampires). Pendant ce temps, Adric sort de sa cachette et dialogue avec K9, avant de le laisser sur le carreau dans le vaisseau pour partir à la recherche du Docteur et de Romana. Il ne tarde pas à se faire sélectionner pour la grande saignée, mais les trois vampires verraient plutôt en lui un grand esprit qui pourrait les rejoindre.

ImageLa preuve que le surjeu ne tue pas

Terrance Dicks revient à la barre après une longue absence pour nous conter cette histoire de vampires qui nous renvoie à la peu glorieuse période gothique de Four. L’intrigue est répétitive et classique, les vampires sont en surjeu perpétuel au point qu’ils en deviennent irritants et l’univers décrit est d’une grande banalité. Les intentions n’étaient pourtant pas mauvaises, à savoir révéler un ennemi des Time Lords qui aurait disparu et que l’équipage du Docteur retrouverait dans l’E-Space. Ressortir le mythe du vampire était judicieux pour surfer sur les récentes adaptations de Nosferatu par Werner Herzog et de Dracula par John Badham, mais le traitement folkloriko-terrien qui en est fait étouffe dans l’œuf toutes les tentatives originales d’aborder le mythe par le biais de Doctor Who. En somme, les deux grandes idées qui auraient pu rehausser l’épisode ploient sous la maladresse du scénario. On ajoute à cela un super-vampire qu’on n’aura même pas le temps de voir.

ImageQuelques mots échangés sur Gallifrey entre Time Lords complices

State of Decay est la première aventure d’Adric en tant que compagnon. Elle nous révèle un jeune homme bien plus curieux et sûr de lui que dans l’arc précédent mais encore peu caractérisé. On peut logiquement penser qu’il est apparu aussi tôt pour accompagner l’arrivée du cinquième Docteur. Coté mythologie, on a le plaisir d’entendre enfin de vrais dialogues entre Time Lords et de voir le Docteur citer son vieux mentor, ce qu’il n’a pas fait depuis sa dernière régénération. K9 a de son côté bien plus à faire dans cet arc et c’est tant mieux. Il n’y a plus assez de trois compagnons (d’une grande intelligence qui plus est) pour soutenir une ère de Four qui tourne sur ses acquis depuis maintenant trop longtemps. Un peu d’originalité et plus de continuité mythologique seraient les bienvenus pour conclure.

ImageArrête de me materner. A tous les coups je verrais Five et pas toi.

N : 4

IM : 5

18-03 Full Circle

18-03 Full Circle

De Andrew Smith (4 épisodes)

Réalisation : Peter Grimwade

Gallifrey devra attendre. Le Docteur, Romana et K9 traversent un phénomène spatial rare qui les transporte dans un univers alternatif, le E-Space. Alors que le visualiseur du TARDIS projette toujours une image de la planète des Timelords, ils ont atterri sur la planète Alzarius qui abrite une micro-société menée par trois décideurs. Ces hommes viennent de la planète Terradon et vivent dans leur vaisseau en attente de réparation, le Starliner, depuis des dizaines de générations. Le jeune Varsh a décidé de tenir tête au pouvoir en rassemblant une bande de jeunes qui survivent à l’extérieur en volant les fruits récoltés. Le brillant Adric, décoré de la médaille de mathématiques a décidé de rejoindre son frère Varsh parmi les rebelles et il devra pour cela voler un de ces fruits sans se faire prendre. Mais un brouillard funeste ne tarde pas à se lever, laissant place libre à des créatures venant des Marais et à d’étranges araignées surdimensionnées. Adric parvient à s’en sortir mais le chef des décideurs qui le poursuivait meurt entraîné dans le marais, laissant sa place à Login, le père d’une des rebelles. Lors de sa fuite, Adric tombe sur le TARDIS. Le Docteur le recueille et décide d’enquêter sur cette mystérieuse brume.

ImageMiracle! Un décideur va prendre une décision.

Encore du sang neuf à l’écriture. Chapeauté par le script-editor Christopher Bidmead et le producteur John Nathan-Turner, Andrew Smith ne fait rien de plus qu’obéir au cahier des charges de la série (comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs). Full Circle conte l’histoire d’une société gouvernée par le secret d’Etat qui laisse ses administrés dans une grande ignorance. Les décideurs condamnent leur peuple à rester sur Alzarius en leur faisant croire que les réparations du vaisseau ne sont pas terminées depuis des générations alors que le statu quo résulte de leur inaptitude à conduire le vaisseau (?). Un autre secret : Ils ne viendraient visiblement pas de la planète Terradon. Le Docteur et Romana découvrent également qu’ils sont là depuis bien plus de générations que les décideurs ne veulent l’avouer et que les hommes des marais sont leurs ancêtres qui ont évolué différemment. Un postulat qui rappelle étrangement l’affrontement équipage du vaisseau / Sevateem auquel appartenait Leela. Par un effet de répétition, Adric deviendra également compagnon du Docteur à l’issue de cet arc.

ImageBOO !

Bien que peu originaux, les trois premiers épisodes de Full circle sont plutôt agréables à suivre, nouvelle charte de réalisation oblige. La dernière partie pèche par des gros trous de scénario, des raccourcis limite génants (Darwin ne se remettra pas de ce qu’ils font subir à sa théorie de l’Evolution) ainsi que de gros facepalms devant la crétinerie des hommes du Starliner. On pouvait espérer un peu plus de K9 au début de l’arc, mais il finira décapité au bout d’un pic de créature des marais …De quoi nous consoler de tant de haine envers le meilleur ami de l’homme : Le départ de Romana est heureusement ajourné par le contretemps de l’univers alternatif et Adric semble être un compagnon tout à fait recommandable (même si un peu jeune).

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N : 6

IM : 5

18-02 Meglos

18-02 Meglos

De John Flanagan & Andrew McCulloch (4 épisodes)

Réalisation : Terence Dudley

Sur la planète-jungle Tigella, la société est partagée en deux castes : les scientifiques blonds menés par Deedrix et les fanatiques religieux menés par Lexa, la grande prêtresse. Les deux peuples cohabitent sous l’administration du bienveillant Zastor. L’équilibre est sur le point d’être brisé lorsque Lexa revendique le dodécaédron pour son peuple alors que le cristal à douze faces sert de source d’énergie pour approvisionner la civilisation des scientifiques. Zastor appelle à l’aide son ami le Docteur pour arbitrer le conflit. Mais sur la route, Le Docteur, Romana et K9 se retrouvent coincés dans une boucle temporelle. La boucle est du fait de Meglos, cactus originaire de la planète voisine Zolta-Thuran, qui a décidé de s’emparer du Dodécadréron à des fins de destruction. Aidé de deux pirates Gaztacks à sa solde et incarné dans un humain qu’ils lui ont livré, le cactus compte s’introduire dans les quartiers de Tigella sous l’enveloppe du Docteur. Il réussit à s’emparer du dodecaédron, mais le Docteur et Romana ne tardent pas à briser la boucle, menaçant sérieusement ses plans.

1802

K9 ou le calvaire de l’humiliation

Ce deuxième arc de la saison confirme la nouvelle orientation de la série, avec une amélioration du découpage dramatique et du montage ainsi que des nappes de synthés omniprésentes. Ainsi la réalisation permet-elle une nouvelle fois de mettre en valeur une histoire peu originale pourtant scénarisée par deux nouveaux arrivants sur la série. Nous avons droit à la classique opposition des scientifiques et des obscurantistes, avec même à la clé une scène de sacrifice (on ne les compte plus !). L’intérêt principal de l’arc est le Meglos du titre qui permet à Tom Baker de camper un Doppelganger du Docteur dopé au cactus, mais aussi de tester un effet de superposition plutôt réussi lorsque le pauvre humain cherche à extirper Meglos de son corps. Les pirates permettent d’ajouter un peu d’humour à ces aventures qui transportent une ambiance étrange et malsaine à chacune des apparitions du faux Docteur.

ImageLe Docteur, Le Cactus et l’humain. Le trois en un selon Doctor Who.

K9 fait encore une fois les frais avec des ennuis de batterie qui le relayent en faire-valoir durant une bonne partie de l’arc, le comble étant atteint lorsqu’un personnage lui donne un coup de pied dans l’arrière-train du pauvre chien. Romana joue un rôle plutôt oubliable dans cet arc, néanmoins soutenu par la sympathique Lalla Ward qui ne démérite pas depuis son arrivée dans la série. La bonne surprise du casting de Meglos est le retour de Jacqueline Hill, la Barbara compagne des débuts de William Hartnell, qui campe l’obscurantiste Lexa. L’arc se concluant sur un appel des Time Lords au TARDIS, on peut espérer reprendre un peu le cours de la mythologie de la série qui est bien laissée de côté depuis la dernière incursion des Daleks.

ImageJacqueline « Barbara » Hill passe faire un petit coucou et sauve Romana au passage.

N : 6

IM : 3

Saison 18 (1980-1981) / 18-01 The Leisure Hive

18-01 The Leisure Hive

De David Fisher (4 épisodes)

Réalisation : Lovett Bickford

Quarante ans plus tôt, les Argolis ont été décimé par une guerre qui dura vingt minutes contre les Foamasi. Les survivants se sont depuis rassemblés dans une base de loisirs qui survit difficilement à la grande crise. Aussi sont-ils confrontés à la possibilité de se voir acheter par leur grand ennemi, unique peuple pouvant vivre sous les radiations de la base. Le grand conseiller Morix mort, il est sur le champ remplacé par sa femme Mena. C’est le moment que choisissent Le Docteur et Romana pour débarquer dans la base, certains de passer un moment de répit dans leur fuite hasardeuse pour échapper au gardien noir. Ils sont aussitôt intrigués par un générateur de recréation de tachyon capable de dupliquer et transformer la matière organique, la plus grande attraction touristique des lieux. Les expériences du Dr. Hardin, envoyé de la Terre pour trouver un moyen de régénérer les Argolis rendus stériles par la guerre sont en fait un leurre, chose que Romana finit par découvrir. Les deux Timelords proposent à Hardin de lui apporter leur aide. Pendant ce temps, le jeune Pangol, second de Mena, entretient un secret qui pourrait bien mettre en péril la paix en place.

ImageK9, toujours prêt à se faire porter pâle

Sur un épisode qui expose une méthode de cure de jouvence, Doctor Who opère un véritable lifiting qui entérine son passage dans les années 80. John Nathan Turner débarque à la production, poste qu’il ne quittera pas avant 1989 et il a décidé d’upgrader la série tant que faire se peut pour pouvoir rivaliser avec les autres productions S-F du moment. Un nouveau générique très électronique et flashy remplace le précédent, surplombé d’un titre Doctor Who inscrit en néon, la musique se compose principalement de synthétiseurs, le montage est beaucoup plus énergique (une nouveauté particulièrement visible lors des scènes « horrifiques ») et la lumière est plus travaillée. Autant de changements qui furent mal accueillis par Tom Baker et Lalla Ward. La nouvelle charte de réalisation apporte pourtant beaucoup à la série, soulignant l’action et introduisant plus de tensions aux épisodes. L’humour est par contre quasiment absent de l’arc, si ce n’est dans la dernière partie avec la démultiplication des Docteurs sous l’effet de la machine. Four voit enfin des changements dans sa tenue, notamment l’ajout de points d’interrogations sur son col.

ImageSi t’aimes pas les synthés c’est que t’es trop vieux.

Le grand classicisme du récit de The Leisure Hive souligne d’autant plus la valeur ajouté de la réalisation, qui parvient à rendre l’arc prenant. On trouvera néanmoins une originalité dans le but de la base de loisirs qui est sensée œuvrer pour le brassage des cultures pour éviter une nouvelle guerre. Une visée qui renvoie à des organes officiels (l’ONU, la société des Nations) et qui sera reprise par Straczynski lorsqu’il créera la station Babylon 5 pour la série éponyme. L’attachement du scientifique Hardin à Mena apporte un peu d’humanité à l’histoire et le twist révélant l’identité réelle d’étranges créatures qui rôdent est bien géré. Le Docteur se paie une cure de vieillesse sur plusieurs épisodes, K9 est aux abonnés absents après une stupide explosion après baignade (si c’est pour ça, autant l’enlever de la série) et Romana poursuit son rôle de prolongement scientifique du Docteur. On recommence enfin à évoquer le Gardien Noir après une bonne saison de silence à son sujet.

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Le mégalo, figure whovienne qui traverse les époques et les modes

N : 7

IM : 6

Le nouveau générique 80’s

17-06 Shada

17-06 Shada

De Douglas Adams (6 épisodes)

Réalisation : Pennant Roberts

Le Docteur est contacté par un vieil ami Time Lord, Chronotis qui est devenu professeur à  Cambridge. La visite que lui rendent les voyageurs coïncide avec les plans de Skagra, un criminel capable de fouiller dans l’esprit des gens à l’aide d’une boule à tête chercheuse (qui a bien évolué depuis le prisonnier). Son but est de s’approprier un livre que Chronotis a subtilisé dans la librairie du Panopticon et qui semblerait dater de l’époque de Rassilon. Or, le livre a été emprunté par inadvertance par le jeune étudiant Chris Parsons. Intrigué par le pouvoir qu’il dégage, celui-ci ne tarde pas à le montrer à son amie Clare. Pendant ce temps, Chronotis est attaqué par Skagra et laissé pour mort. Le Docteur reprend le livre à Clare, mais l’agresseur finit par s’en emparer au terme d’une longue course poursuite avec la boule. Aidé de ses créatures, les Krags, Skagra peut maintenant déchiffrer le livre qui lui permettra d’entrer dans Shada, prison dans laquelle les Time Lords parquent les criminels de l’univers et qu’ils ont oubliée. Il pourra ainsi entrer en contact avec Salyavin, célèbre criminel de Gallifrey à qui il compte voler le pouvoir de déplacement de l’esprit pour régner en maître dans l’univers.

ImageMoment de complicité terrestre pour deux Time Lords qui se complètent admirablement

Arc de fin de saison ambitieux écrit par Douglas Adams, Shada est malheureusement resté pour son grand tiers à l’état de potentiel. Une grève du staff de la BBC durant le tournage empêcha de boucler une partie de l’épisode. Lorsqu’elle cessa, la priorité alla à d’autres programmes de Noël. L’arc ne put donc être diffusé pour clore la saison 17. En 1992, Tom Baker fut convié pour narrer les scènes qui n’avaient pas pu être tournées, complétant des épisodes qui pour certains n’atteignaient pas les quinze minutes. Le résultat est forcément en demi-teinte, la majorité des scènes spectaculaires incluant la prison de Shada, le duel psychique final et presque toutes les apparitions des imposants Krags étant laissés à notre imagination. La narration de l’éternel Four ne remplace pas les photos qui donnaient le minimum de réalité requis aux épisodes reconstitués. Les bonnes idées qui se dégagent de ces passages ne réussissent qu’à frustrer.

ImageShada laisse néanmoins une bonne impression générale grâce à un scénario qui sait renouveler l’intérêt sur toute sa longueur. De la découverte d’un vaisseau invisible à la disparition d’un TARDIS déguisé en appartements en passant par la tentative du Docteur de rejoindre son vaisseau au sein du vortex, les nombreuses scènes visibles savent surprendre par leur ingéniosité. Chronotis, vieux gâteux à la mémoire courte qui aime servir du thé à ses invités, est en outre un sympathique trompe l’œil. Personnage comique, il dissimule d’autant mieux le fait qu’il n’est nul autre que le criminel Salyavin évadé de Shada. La révélation paraît naturelle, puisqu’ astucieusement préparée. Shada offre de beaux moments à ses héros, en particulier la charmante Lalla Ward qui a su installer dans le panthéon des meilleures compagnes sa version de Romana à la fois forte et attachante. Il fait aussi partie de ces arcs qui ajoutent des éléments intéressants à la mythologie des seigneurs du temps. Il serait donc dommage de s’en passer sous prétexte qu’il est incomplet.

ImageChronotis envoie Keyser Söze dans les cordes

N : 7

IM : 7

17-05 The Horns of Nimon

17-05 The Horns of Nimon

De Anthony Read (4 épisodes) Réalisation : Kenny McBain

Peuple conquérant sur le déclin, les Skonnans ont placé leur confiance dans un minotaure venu de nulle part, le Nimon. Le grand-prêtre Soldeed organise des sacrifices d’humains de la planète voisine Aneth et des dons de cristaux pour honorer ce nouveau dieu, qui leur promet en échange un futur de grandes conquêtes. Mais un des vaisseaux transportant les don tombe en panne dans l’espace. Romana, le Docteur et K9 se matérialisent dans sa zone au moment où le TARDIS cesse de fonctionner. Menacés d’être attirés dans un trou noir, ils se raccrochent au vaisseau transporteur et rencontrent les jeunes gens qui vont être donnés en sacrifice, dont un certain Seth qui pourrait être le « sauveur ». Dans son antre, un labyrinthe hi-tech dont la sortie est aléatoire et invisible, le Nimon attend ses sacrifices qui ne viennent pas. Mais le grand prêtre ne sait pas que le minotaure n’est pas seul dans l’univers et que son peuple a la fâcheuse habitude de créer des trous noirs pour sauter d’un point à l’autre de l’espace et anéantir des civilisations auxquelles ils ont promis la lune (et plus). Skonnos sera la prochaine sur leur liste.

ImageUne élégante passerelle offerte par TARDIS incorporated

Ancien script editor de Doctor Who, Anthony Read prend en main cet arc qui fait passer la série dans les années 80 (il fut diffusé entre décembre 1979 et janvier 1980). Le scénario de Horns of Nimon n’est guère révolutionnaire, puisque s’engouffrant dans les dangers de la religion, en l’occurrence d’une civilisation supérieure érigée en faux dieu qui ourdit de noirs desseins envers ses obligés. Un thème que Doctor Who a déjà exploré plus d’une fois. A l’image de Underworld qui adaptait Jason à la toison d’or dans le contexte de la série, cet arc transpose quelques éléments de l’histoire de Thésée et du Minotaure dans un univers S-F, dont le fameux labyrinthe. En outre, elle permet à la série de s’emparer du concept de trou de ver comme vecteur de voyage spatial des minotaures avant que Carl Sagan ne popularise cette utilisation des trous noirs pour le voyage spatio-temporel dans son roman Contact.

ImageLe gang des minotaures, maîtres des trous de ver

Ces influences disséminées donnent un cachet sympathique à un arc qui aurait pu se noyer facilement dans la banalité. L’intrusion de Romana dans le monde que les faux dieux ont détruit précédemment, prophétie du futur proche de Skarros et des futures cibles, apporte un certain souffle à la dernière moitié de l’arc. Le Docteur a de son côté bien des soucis avec le TARDIS qui est dans un sale état durant la moitié de l’histoire, mais ça ne l’empêche pas de s’amuser un peu en agitant son écharpe rouge devant un minotaure (le fou). En clair, rien de bien neuf sous le soleil de Doctor Who, sinon quatre épisodes de bonne facture et plutôt classiques.

ImageLe très expressif Soldeed, future inspiration du Profion de Jeremy Irons

N : 6

IM :4

17-04 Nightmare of Eden

17-04 Nightmare of Eden

De Bob Baker (4 épisodes)

Réalisation : Alan Bromly & Graham Williams

Le vaisseau de croisière interstellaire Empress a quitté l’hyperespace pour se retrouver aux mêmes coordonnées que le vaisseau commercial Hecate. Heureusement le TARDIS se matérialise au milieu du mic-mac et nos trois voyageurs pourraient bien résoudre ce blocage gênant. Ils rencontrent parmi les passagers un zoologue nommé Tryst qui transporte un Continual Event Transmuter, machine conservant dans des cristaux des portions entières de planètes. La projection du cristal de la planète Eden attire l’attention de Romana. Bientôt le second du capitaine Rigg, visiblement drogué à la Vraxoin, se fait attaquer par un monstre et est laissé pour mort. Le Docteur, Rigg et K9 font la connaissance d’un monstre caché dans la coque du vaisseau. Attaqué alors qu’il avait trouvé la preuve de la présence de Vraxoin dans le vaisseau, Four se met en tête de coincer les trafiquants tout en poursuivant ses tentatives de décoincer les deux vaisseaux. Deux missions qui confronteront son équipée aux événements se déroulant dans la projection instable d’Eden, à un agent anti-drogue bien planqué, à un chef de la sécurité trop ambitieux, au monster of the week qui tabasse les voyageurs et à un capitaine sous l’emprise des dangereux stupéfiants qui font rire.

ImageCinq garçons dans le vent

Une French Connection à petite échelle délocalisée dans l’espace. Voilà un beau programme que nous propose Bob Baker sans son compère Dave Martin. Nightmare of Eden sait bien utiliser le whodunit qui découle du trafic de drogue tout comme l’étrange machine de conservation du zoologue, idée originale s’il en est. Nightmare of Eden est clairement un arc anti-drogue, mais son intrigue prend le pas sur ce qu’il dénonce. Le scénario est habile, puisque disséminant sans trop les souligner les quelques éléments qui font avancer l’histoire. Les monstres, des cousins minces et hyperactifs des Yeti Bots, n’impressionnent guère et on comprendra que leur attaque sur les passagers du vaisseau soit réduite à portion congrue, tout comme la partie à l’intérieur du monde d’Eden. La résolution de ce cauchemar d’Eden est un peu décevante et le dernier épisode un brin longuet.

ImageStoned Rigg en passe de reconnaître le sosie foireux de Gilbert Montagné

On sera heureux de retrouver Lalla Ward en pleine possession de ses moyens. Romana et Four se partagent harmonieusement la partie scientifique de cet arc, et c’est tant mieux. Tom Baker a retrouvé au contact de cette compagne l’aura qui semblait l’avoir quitté, et on a moins de peine à l’imaginer incarner encore un an le Docteur. K9 continue quant à lui de traîner cette voix qui lui donne l’air de se moquer du monde dès qu’il avance des statistiques de réussite d’un plan, mais le plaisir de le voir encore présent sur un arc entier (et de savoir que John Leeson reviendra bientôt) fait passer la pilule.

ImageRomana a reconnu Gilbert. Le type en blanc sèche encore.

N : 6

IM : 3

17-03 The Creature from the Pit

17-03 The Creature from the Pit

De David Fisher (4 épisodes)

Réalisation : Christopher Barry

Un signal de détresse identifié par le TARDIS conduit le Docteur, Romana et K9 sur la planète Chloris. Au milieu d’une végétation dense, ils découvrent une coquille géante, puis sont capturés par des Wolfweeds (des sortes de choux verts qui asphyxient leur proie) et les hommes de Lady Adrasta. Cette dernière dirige la société matriarcale de Chloris et possède la seule et unique mine de métal, denrée très rare sur la planète. Des parias qui ont capturé Romana lorgnent logiquement sur K9, qui parvient à la libérer in extremis. Le Docteur plonge quant à lui dans le mystérieux trou contre lequel Lady Adrasta l’avait mis en garde. Il y rencontre l’astrologue facétieux Organon ainsi qu’un monstre énorme qui sème la terreur dans les profondeurs. Pendant ce temps, Lady Adrasta soutire des informations à Romana sur le TARDIS et ordonne de désosser K9 pour récupérer le précieux métal. Ils finiront tous dans les sous-sol à la recherche de Four pendant que celui-ci tente de communiquer avec la bête.

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Comment t’expliquer avec une roue que tu surjoues complètement.

La créature du Trou est en fait un alien qui était venu proposer un accord d’échange avec Chloris : Le métal que son espèce pouvait produire en masse contre la végétation qui manquait sur sa planète. Mais Adrasta refusa qu’il leur fournisse le métal, car le monopole qu’elle détenait asseyait son pouvoir sur Chloris. Un communicateur permettra heureusement à l’alien de restaurer le dialogue à travers les gens et de faire payer la méchante femme. The Creature from the Pit est un arc moyennement convaincant qui étale laborieusement sur quatre épisodes le suspens de l’identité du sac poubelle géant qui roule sur les gens pour les tuer… Le dernier épisode focalise l’action sur une riposte de la planète de l’alien contre Chloris à l’aide d’une étoile à neutron (on ne se refuse rien !). Si cette menace finale fleure le remplissage, elle relance néanmoins l’intérêt.

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Confusion. Le Docteur pratique une fellation sur un sac poubelle géant.

En dehors de la créature un brin gênante, l’arc a le désavantage d’être le premier de la saison dans l’ordre de production, ce qui explique l’approximation dans le jeu de Lalla Ward, qui a visiblement du mal à trouver le ton de sa Romana. K9 trouve de son côté un nouveau doubleur, David Brierley, qui lui confère une voix d’anglais pédant à cent lieues du timbre métallique qui le caractérisait si bien. Enfin, le personnage d’Adrasta est si horripilant qu’on voudrait bien lui décocher une baffe à chaque fois qu’elle prononce le mot « shell » (une bonne cinquantaine d’occurrences dans l’arc). The Creature from the Pit comporte néanmoins quelques idées neuves : Parmi elles ce communicateur confisqué qui permet de garder captif l’alien, une méthode qui sera reprise bien plus tard, pour la mise en esclavage des Oods sous le dixième Docteur.

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Shell shellshellshell shell shellshell shell shell shellshellshell

N : 5

IM : 3

17-02 City of Death

17-02 City of Death

De David Fisher, Douglas Adams & Graham Williams (4 épisodes)

Réalisation : Michael Hayes

Le Docteur et Romana font les touristes dans le Paris contemporain. En visite au Louvres, le Docteur se rend compte que la comtesse Scarlioni possède un bracelet extraterrestre qu’elle a dû utiliser pour scanner les systèmes de sécurité. Il le lui subtilise. Les deux Time Lord sont alors poursuivis par le détective Duggan, que le musée a chargé d’enquêter secrètement sur le comte Scarlioni et sa femme, qui pourraient bien être amenés à voler la Joconde dans un futur prochain (le comte a déjà mis sur le marché nombre de tableaux volés). A peine les a-t-il attrapés qu’ils sont tous les trois enlevés par les nervis du comte. Derrière ses allures d’homme cultivé, Scarlioni effectue des expériences dans son grenier qui semblent agir sur l’espace-temps. Il se révèle être Scaroth, le dernier de la race des Jagaroths, espèce éteinte depuis quatre cent millions d’années. Se posant sur la Terre, le vaisseau de Scaroth explosa et des versions de lui furent dispersées sur Terre à différentes époques. Sa version de 1979 (le comte Scarlioni donc) détient dans ses appartements sept copies de Mona Lisa effectuées par Leonard de Vinci en 1605 sous l’ordre du Capitaine Tancredi, une des copies de Scaroth. Le Comte compte vendre les sept copies après avoir subtilisé l’original au Louvres, puis utiliser cet argent pour construire une machine à remonter le temps. Mais empêcher l’explosion originelle pourrait tuer toute vie sur Terre.

ImageC’est officiel. Paris est la destination numéro 1 dans le guide du routard galactique

Difficile de résumer City of Death tant cet arc comporte de développements scénaristiques, tous aussi passionnants et nécessaires à la compréhension de l’histoire. Le script de départ de David Fisher (scénariste de Stones of Blood et Androids of Tara) contenait une grande partie des éléments de l’arc ( la Joconde, le détective, l’alien ) , mais se déroulait en 1928 et en partie à Monte-Carlo . Williams et Adams durent le stabiliser dans le Paris de 1979 pour limiter les coûts et se passer de K9 pour les mêmes raisons. Nous avons néanmoins le droit à une virée du Docteur en 1509 chez Léonard De Vinci et à une visite quatre cent millions d’années plus tôt, alors que la vie allait naître sur notre planète. Le Docteur, Romana et Duggan doivent empêcher le comte d’interrompre l’explosion de son vaisseau car c’est précisément cette explosion qui a créé la première vie sur Terre. Un développement inattendu et un peu hors de proportion qui passe comme une lettre à la poste, tant ce qui précède est admirablement écrit et prenant.

ImageLe comte sans le maquillage. Le secret de la jet set révélé.

City of Death jongle habilement entre différents lieux et différents protagonistes. Le scénario parvient à conjuguer le film de casse, le récit de détective Holmésien (qui eut une pareille aventure à Paris), la S-F chère à Four, un coté totalement décomplexé dans les déplacements temporels et un humour fin principalement basé sur les personnages (probablement l’apport d’Adams). Cet humour ne fut pas très bien accueilli par les spectateurs de l’époque, comme ce fut déjà le cas pour les premiers épisodes humoristiques de Dennis Spooner, mais il fit gagner ses galons à l’arc au fil du temps. Le personnage de Duggan, détective anglais qui aime foncer dans le tas et casser du verre, apporte la dimension humaine nécessaire à une aventure dans laquelle cohabitent deux civilisations beaucoup plus avancées. Pour ne rien gâcher, John Cleese fait un caméo hilarant dans le rôle d’un spectateur admirant le TARDIS exposé comme pièce de musée, avant que les trois n’embarquent illico presto et qu’il se dématérialise (^^). Moderne et diablement original, cet arc ne comporte aucun défaut. Seule la vision très « touriste anglais » de Paris sautera aux yeux des parisiens qui regarderont l’épisode, mais les déplacements au coeur du Paris de la fin des années 70 est suffisamment instructive pour passer dessus.

1702C

C’est un coup de poing normal pour Duggan, mais un coup de poing de géant pour l’humanité

N : 9

IM : 6