Episode Spécial 20ème anniversaire – The Five Doctors

Episode Spécial – The Five Doctors

De Terrance Dicks (90 mn)

Five, Tegan et Turlough s’apprêtent à se prélasser dans l’œil d’Orion lorsque le Docteur ressent une douleur soudaine. Quelqu’un est en train d’enlever ses anciennes incarnations et quelques compagnons (Le Brigadier, Sarah Jane et sa petite fille Susan) à leur époque respective pour les transporter dans la zone de mort de Gallifrey. Seul Four, coincé dans le vortex, n’arrive pas à destination. Tous les autres se retrouvent dupliqués en figurine sur un étrange tableau de jeu. Five et ses deux compagnons retournent dans le TARDIS et sont à leur tour transportés dans la zone. Ils ne tardent pas à y’ être rejoints par le premier Docteur et Susan, qui est toujours un boulet. Pendant ce temps, Le Maître a été convoqué par le Conseil des Time Lord qui a détecté un drainage intense de leur source d’énergie et eu ainsi connaissance des enlèvements de Docteur. Il lui est proposé d’aider les Docteurs à sortir de la zone en échange d’une grâce et d’un nouveau jeu de régénérations. Le Maître accepte. Les Docteur reconnaissent le lieu de leur captivité en apercevant la tour de Rassilon. Two y conduit le Brigadier tandis que Three, qui a embarqué Sarah Jane dans son auto Bessie s’y dirige également. One prend également la route accompagné de Tegan. Ils rencontreront sur leur route de vieux ennemis qui ont également été transportés dans la zone contre leur gré par le fieffé farceur.

2007Holala le type qui était déjà vieux dans les sixties qui nous fait la leçon…

Diffusé le 23 novembre 1983 aux Etats-Unis et le 25 novembre 1983 au Royaume-Uni, The Five Doctors célèbre à sa manière les vingt ans écoulés depuis que William Hartnell et ses trois passagers ont quitté les sixties pour se matérialiser chez les hommes de cavernes. Alors que l’ex script editor Robert Holmes était d’abord pressenti pour le scénario, c’est finalement au non moins renommé ex script editor Terrance Dicks qu’échouera cette tâche. Les remaniements furent nombreux en raison du casse-tête logistique de réunion des acteurs, certains n’étant finalement plus disponible au dernier moment. Richard Hurndall reprend le flambeau du premier Docteur, William Hartnell étant décédé en 1975. Nous aurons néanmoins le plaisir de le voir dans un pré-générique qui file quelques petits frissons. Tom Baker fit à John Nathan-Turner le même coup que Christopher Eccleston à Steven Moffat en 2013, avortant au passage la rencontre des cinq Docteurs qui aurait pu avoir lieu. Ce sont donc quatre Docteurs qui se retrouveront devant le tombeau de Rassilon, sous le grand parrainage du Lord President Borusa, le fieffé farceur qui a organisé ce petit jeu.

2007BNon Brigadier nous ne sommes pas des anciens combattants

Nous voilà donc de retour à Gallifrey où il y’a incontestablement quelque chose de pourri (à peu près tout en fait, ça fait peine à voir). Après la duplicité d’un conseiller ami du Docteur, c’est au tour du professeur et ami de longue date de notre TimeLord de péter un cable. Après des siècles de règne sur Gallifrey, Borusa profite de sa dernière régénération pour réclamer l’immortalité qu’il pense lui revenir de droit. Il doit pour cela déjouer les épreuves du tombeau de Rassilon (dans la grande Tour) afin de rejoindre le suprême Time Lord, qui lui a réussi à devenir immortel. Puisque Borusa est vieux et fainéant, il a préféré laisser les cinq Docteurs, quelques compagnons et le Maître se charger du travail en mettant sur leur chemin des cybermen, des daleks, des Yeti-Bot et des robots ninjas qui disparaissent lorsqu’ils sautent. Il en profite pour faire supprimer le Castellan, faux coupable idéal. Le vieillard se retrouvera au final pris à son propre piège, coincé pour l’éternité en statue du tombeau de Rassilon. Une ironie noire qui n’est pas sans rappeler celle du Wishmaster. Nous aurons ainsi l’infime l’honneur de rencontrer ce Rassilon dont on nous a tant parlé. Présenter la chute de Borusa à ce moment, alors que le thème de l’immortalité a parcouru cette saison 20, est encore ce qu’il y’a de plus logique dans ce grand téléfilm qui s’apparente plus à une réunion d’anciens (et de nouveaux, pour le cas de Five, Tegan et Turlough) qu’à un arc à part entière.

2107EBessie foule enfin le sol de Gallifrey

Le casting de la série n’a jamais autant été fourni en têtes connus : Outre les cinq Docteurs, Tegan, Turlough, Le Maître dans son incarnation actuelle, Le Brigadier, Susan, Sarah Jane, Jamie, Zoe, Liz Shaw, Yates, Romana II (en reprise de l’épisode Shada) et K9 sont de la partie. C’est la troisième mouture du chien robot qui apparaît en compagnie de Sarah Jane au début de l’arc, celle-ci se l’étant vu offrir pour la série K9 et Company, qui n’alla pas plus loin que son pilote diffusé en fin 1981, peu avant le premier arc de Five. Cette réunion n’est pas sans créer son lot de confusions, qui tiennent au fait que les Timelines des Docteurs enlevés sont souvent occultés. Ainsi Three parle t’il de fantômes du passé en évoquant une apparition de Yates alors qu’il lui est contemporain, Two paraissant quand à lui avoir connu le Maître, qui n’est pourtant apparu que lors de la deuxième saison de Three. Two, qui parle on ne sait pourquoi du lavage de cerveau de Jamie et Zoe alors qu’il ne l’a logiquement pas encore vécu et qui ne transporte de plus aucun de ses compagnons alors qu’il n’aurait jamais abandonné Jamie ou Zoe pour rendre visite au Brigadier. Le même Brigadier prétend quand à lui connaître Tegan alors qu’il ne s’agit visiblement pas de sa version plus agée qui a échappé à l’amnésie quelques arcs plus tôt.

2007CJ’ai bien compté ça ne fait pas cinq

Ces coquilles parmi d’autres tirent The Five Doctors vers un fan service géant parfois composé plus pour les rencontres que pour la cohérence mythologique. Moins savoureux que l’arc du dixième anniversaire, ce téléfilm contient tout de même de bonnes idées, la meilleure étant d’avoir adjoint Tegan au Premier Docteur pour donner un aperçu du choc des générations. Nous nous retrouvons au final avec un Five qui reprend le titre de Haut Président du Conseil des TimeLord, et qui déserte une nouvelle fois ses responsabilités, laissant à la conseillère Flavia les responsabilités de la fonction. Donnons lui une dizaine d’arcs avant d’être corrompue.

2007ERassilion, Time Lord suprême et lointain cousin de Jean-Rochefort

N : 7

IM : 8

14-02 The Hand of Fear

14-02  The Hand of Fear

De Bob Baker & Dave Martin (4 épisodes)

Réalisation : Lennie Mayne

Le Docteur et Sarah Jane font atterrir le TARDIS dans une carrière de pierres sur le point d’être explosée. Sarah Jane est ensevelie, puis retrouvée tenant une main fossilisée. A l’hôpital, elle reprend connaissance, mais se trouve sous l’emprise de la bague qui se trouvait sur la main, qui lui répète sans cesse que « Eldrad doit vivre ». Elle obéit à ses ordres, qui l’amènent à se diriger vers la centrale nucléaire la plus proche et à supprimer ceux qui se dressent sur leur chemin. Elle s’enferme dans le cœur du réacteur pour que l’entité puisse se nourrir de la puissance nucléaire de la centrale. Aidé du Professeur Watson qui dirige le bâtiment, le Docteur parvient à sortir Sarah Jane de l’emprise de la bague, mais celle-ci possède un employé de la centrale. Devant la menace du danger représenté par l’entité, Watson décide de convoquer l’armée. Les têtes nucléaires dépêchées pour supprimer la main ne font qu’accélérer la régénération de l’entité. Le Docteur et Sarah Jane se retrouvent devant lui et il (ou elle) leur explique avoir été injustement condamné des millénaires auparavant sur sa planète, Kastria. Il demande au Docteur en sa qualité de TimeLord de se rendre sur Kastria afin de l’aider à obtenir justice.

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Jeu de main, jeu de vilain

The Hand of Fear était à l’origine un arc en six parties qui se déroulait en 1990. Le Docteur croisait le Brigadier vieillissant dans un monde où les Omegans, une race d’E.T, avait proscrit les armes sur Terre. Un savant découvrait une main qui se régénérerait à l’aide de radiations d’une centrale nucléaire pour devenir un Omegan extrémiste décidé à tuer les terriens. Le Brigadier mourrait en héros en sauvant la Terre des Omegans. Suite à l’indisponibilité de Nicholas Courtney, seule la première partie du scénario de Baker et Martin fut conservée par Robert Holmes, dépouillée de son background « futuriste » et de l’invasion alien. Centrée autour de la menace qui pèse sur la centrale et la possession de Sarah Jane, elle fonctionne très bien en l’état, et se paie même le luxe de lâcher en cours de route des personnages intéressants (le Dr Carter – voir légende de la photo, le sympathique Pr. Watson), rendant également le destin de Sarah Jane incertain. La seconde partie qui voit le retour de l’entité sur sa planète et la révélation de sa dualité est un peu plus bancale, même si le scénario permet de s’attacher un peu à la créature qui au final manipulera les héros. La conclusion montre le revers de la médaille à l’ambitieux Eldard qui serait bien le roi de son monde, mais d’un monde mort en son absence.

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Non mais sérieux ils ont vraiment prévu de te précipiter du haut d’un escalier. Trop violent mec!

Si The hand of fear est un arc très agréable qui figure dans le haut du panier de Four, c’est avant tout l’épisode du départ de Sarah Jane Smith suite à la décision d’Elizabeth Sladen de quitter la série. A l’instar du Brigadier, un épisode avait été préparé à l’issue duquel la journaliste trouvait la mort. Afin de ne pas choquer les plus jeunes fans, elle se contentera de retourner sur Terre. D’abord désireuse de quitter les aventures du Docteur (ce qui fut souvent le cas pour Sarah Jane), elle se ravise au dernier moment. Mais Four a reçu un appel des TimeLords et il ne souhaite pas qu’elle l’accompagne sur Gallifrey. Bien que rapide eut égard à l’importance qu’avait prise le personnage, la séparation possède son impact, notamment lorsque le Docteur lui promet qu’ils se reverront. Il ne ment pas, mais il devra attendre l’épisode du 20ème anniversaire pour la retrouver. Ils renoueront durablement lors de sa dixième incarnation (alors qu’il est accompagné de Rose et Mickey, dans l’épisode School Reunion). La journaliste aura alors vieilli de près de trente ans.

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 Sarah Jane, le Docteur et un alien transformiste spécialisé dans le coup de pute.

 

Au revoir Sarah Jane Smith !

N : 7

IM : 7

Saison 14 (1976-1977) / 14-01 The Masque of Mandragora

14-01 The Masque of Mandragora

De Louis Marks (4 épisodes)

Réalisation : Rodney Bennett

Visitant les pièces du TARDIS et l’ancienne salle de commande, le Docteur et Sarah Jane voient une anomalie dans le time vortex. Il s’agit de l’Helix de Mandragora, une source d’énergie très forte qui finit par les attaquer et embarque en passager clandestin dans le TARDIS. Les voyageurs se retrouvent au XVème siècle en Italie, à l’aube de la Renaissance. Le duc de San Martino est sur son lit de mort, ce qui arrange bien son frangin le comte Frederico qui compte bien s’emparer du pouvoir en écartant son neveu, Giuliano. La mort du duc fut prédite par l’astrologue Hyéronymous, qui a en plus des prédictions à la demande une implication dans le très ancien culte de Demnos, qui résista au Moyen-Age. Lorsque l’émanation intelligente de l’Helix de Mandragora débarque avec les occupants du TARDIS, elle s’infiltre dans le culte et choisit l’astrologue pour guider son dessein d’installer définitivement l’obscurantisme sur la Terre. Pendant ce temps, Sarah Jane et le Docteur tentent d’aider le jeune futur duc qui est menacé sur tous les fronts.

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Four va croiser le fer. Le mécréant n’a qu’à bien se tenir.

Louis Marks revient au scénario pour un début de saison 14 plutôt plan plan, qui n’annonce pas de grandes différences avec la saison précédente, mais qui règle ses comptes avec l’horoscope, cette croyance qui pousse l’homme à rester sur assis sur ses fesses parceque son destin est fixé d’avance. Et si nous n’avions pas pu progresser dans les sciences pour avoir notre libre arbitre? Telle est la menace de l’épisode qui voit progresser un ancien culte à une époque charnière pour l’Occident. Si les références ne sont pas vraiment de la partie contrairement à la saison 13, The masque of mandragora utilise des ressorts et des thèmes qui rappellent les anciens Docteurs, nous refait le coup du sacrifice de Sarah Jane et des intrigues royales en sous-sol, mais il fait correctement illusion sur sa dernière partie. La menace du non passage à la Renaissance qui serait provoquée par l’entité actionne une tension palpable et donne même une scène de bal masquée saisissante qui semble sortie tout droit du masque de la mort rouge d’Edgar Alan Poe.

1401B

Le comte, un intrigant qui ne fait pas dans la subtilité

Les acteurs sont assez impliqués pour faire oublier l’absence d’originalité de l’affaire, Tom Baker en tête qui n’hésite pas à nous faire profiter de ses talents d’escrimeur là où Three aurait plus opté pour le karaté vénusien. La production n’a toujours pas décidé d’impliquer de nouveau des personnages célèbres, ce qui est bien dommage car nous manquons de peu Léonard de Vinci dans cet arc. L’ajout d’éléments annexes et de personnages récurrents comme ce fut le cas pour le troisième Docteur ne serait également pas de refus.

1401C

Le Masque de Hyeronimous, rien à voir avec Anony

N : 6

IM : 3

13-06 The Seeds of Doom

13-06 The Seeds of Doom

De Robert Banks Stewart (6 épisodes)

Réalisation : Douglas Camfield

Deux scientifiques en mission en Antarctique trouvent une étrange plante enterrée dans la glace, qu’ils ramènent à leur base. Ils découvrent qu’elle était là depuis vingt mille ans. Richard Dunbar, du bureau écologique mondial de Londres est aussitôt prévenu, et reçoit la visite du Docteur et de Sarah Jane. D’abord réticent à collaborer avec UNIT, il leur montre les clichés de la plante que le Docteur estime être d’origine extraterrestre. Il décide de rejoindre l’expédition en Antarctique. Mais Dunbar a déjà mis au courant le millionnaire Harrison Chase, grand amateur de plantes, qui a décidé d’obtenir coute que coute cette espèce rare, quitte à envoyer sur place deux mercenaires. A la base, la plante s’ouvre et attaque un des scientifiques qui est aussitôt atteint d’un mal étrange qui le couvre de vert. A leur arrivée, le Docteur et Sarah Jane découvrent que le sang du malade ne contient plus que des bactéries de plantes. Il se change peu à peu en Krynoid, un végétal intergalactique qui a pour particularité de manger les animaux et s’échappe pour tuer un à un les membres de l’équipage. Alors que tous attendent une équipe médicale, le mercenaire et le botaniste d’Harrison Chase débarquent à la base et profitent de la panique ambiante pour dérober la source du problème.

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-Bon allez je te plante le décor. On est coincé dans une base avec un monstre plante.

Robert Banks Stewart, qui avait offert des vacances londoniennes à Nessy au début de la saison rempile dans un six-parter sympathique qui prouve qu’un peu de sang neuf dans l’équipe de scénariste ne fait pas de mal. L’habitude des arcs en quatre parties met en exergue beaucoup de longueurs sur ces six épisodes, qui sont souvent éclipsées par de bons personnages secondaires, une utilisation intelligente du budget limité et la volonté de varier les lieux entre la première et la seconde partie de l’arc. La partie en Antarctique renvoie ouvertement à la Chose d’un autre Monde, dans la lignée référentielle de cette saison 13. Elle ajoute quelques mutations intéressantes et met le Docteur dans des situations qui le confrontent de plein fouet avec la violence humaine. Le mercenaire Scorby sera d’ailleurs un des pivots de l’arc alors que le reste du casting est décimé à vive allure par les plantes. La seconde partie dans le manoir du milliardaire Chase tourne à l’avantage des Krynoids, ce qui fait vite virer cet arc vers une symphonie de verdure.

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Activiste écolo ou pauvre bougre possédé par des plantes?

The Seeds of Doom contient de bons moments horrifiques, avec comme point culminant les apparitions impromptues de cette plante rampante qui surgit de son œuf pour aller contaminer la personne la plus proche. C’est à ce jeu qu’il fonctionne le mieux, les derniers épisodes montrant sans réel surprise un monstre plante, qui s’il est plutôt bien rendu par les effets, sombre un peu dans le grotesque. La charge écologique de cet arc est peu claire. L’homme censé défendre les végétaux est dès le départ désigné comme le bad guy et la population verte est clairement hostile. Possédé par ses amis les plantes, Chase ne se gêne pourtant pas pour entamer un discours sur le règne animal qui agit comme des parasites sur les êtres chlorophyliens. Il est préférable de voir dans The Seeds of Doom un arc agréable et parfois original qui met encore une fois en valeur la fougue de Sarah Jane Smith et du quatrième du nom et permet une dernière apparition de UNIT avant longtemps (sans les têtes connues, malheureusement). Ce n’est pas une fin de saison à la Three, mais le contrat est bien rempli.

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Mothra n’est jamais là quand on a besoin d’elle.

N : 7

IM : 4

13-05 The Brain of Morbius

13-05 The Brain of Morbius

De Robin Bland (Terrance Dicks & Robert Holmes)

Réalisation : Christopher Barry

Le TARDIS est détourné par les TimeLords pour que Sarah Jane et le Docteur atterrissent sur Karn, une planète dévastée près de Gallifrey. La sororité de Karn y continue d’honorer la Grande Flamme qui produit l’Elixir de vie qui leur apporte l’immortalité et aide aux régénérations des TimeLords. Mais la flamme est prête à s’éteindre et les sorcières voient le Docteur et Sarah Jane comme les responsables du problème. Les voyageurs temporels s’arrêtent au manoir du grand chirurgien Solon, qui voue un culte à Morbius, un ancien président du Haut Conseil des TimeLords devenu fou puis exécuté après avoir réduit à néant le système dans lequel ils se trouvent. Solon a construit un corps pour y planter le cerveau conservé du tyran, et il trouve que Four a une tête qui lui siérait fort bien.

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L’overdose de kitsch

Terrance Dicks, qui a démarré sur le génial The War Games pour devenir un grand nom de la période de Three, s’allie à Robert Holmes pour un arc improbable, sorte de transposition de Frankenstein au sein de la série. A première vue, il n’y a pas de discordance entre le savant de Mary Shelley et Doctor Who, mais le peu de moyens de la BBC et la pauvreté du scénario rapprochent bien plus The Brain of Morbius d’une œuvre d’Ed Wood que des films de la Hammer ou de Universal. On y retrouve d’ailleurs la figure de la grosse brute d’assistant au cœur qui fond comme neige au soleil devant l’héroïne (ici, Sarah Jane). Le monstre crée avec le cerveau manque de consistance, autant que les maigres variations sur le thème. On pourra tout de même se reposer sur le cerveau, belle touche horrifique à l’arc et sur l’épatant duo Sarah Jane aveugle / Quatrième Docteur qui ne s’est jamais aussi bien complété.

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Première rencontre du Docteur avec les soeurs de Karn. Des vieilles filles.

L’épisode apporte également du neuf à la mythologie liée aux TimeLords. On y apprend que les habitants de Gallifrey ont un lien fort avec les sœurs de Karn et que celles-ci possèdent une des clés de leur longévité. Résuscitées par Steven Moffat à l’occasion du cinquantenaire, elles seront plus tard d’une grande aide dans la régénération du huitième Docteur (Paul McGann) en Docteur guerrier (John Hurt). Lors du duel opposant le cerveau de Morbius et le Docteur, nous pouvons voir les précédentes incarnations ainsi que d’autres visages (parmi lesquels Robert Holmes et Philip Hinchcliffe) impliquant que William Hartnell n’était pas la première incarnation du Docteur. L’idée sera heureusement abandonnée par la suite, jusqu’au revirement effectué par Chris Chibnall en 2020. A noter pour finir que Solon est interprété par Philip Madoc, un habitué de la série qui avait incarné le War Lord dans le dernier épisode de Patrick Troughton.

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Sur l’écran défilent toutes les incarnations du Docteur ayant précédé William Hartnell. On en entendra plus jamais parler…

N : 5

IM : 6

13-04 The Android Invasion

13-04 The Android Invasion

De Terry Nation (4 épisodes)

Réalisation : Barry Letts

Le Docteur et Sarah Jane se retrouvent dans le Devesham, où ils assistent à la mort d’un soldat d’UNIT qui se jette d’une falaise pour échapper à des assaillants qui tirent des balles avec leur doigt. Dans le village, ils recroisent le soldat mort et des villageois qui se comportent bizarrement. Sarah Jane enquête sur place et le Docteur décide de joindre UNIT. Arrivé au QG, il rencontre dans le bureau du Brigadier un certain Crayford, astronaute disparu il y’a de cela deux ans. Le Docteur est poursuivi par Benton et par le lieutenant Sullivan, puis il est mis aux arrêts. Sarah Jane le libère et lui explique que tout ceux qu’ils ont rencontré sont des androïdes duplicata de personnes existant sur Terre. Les Kraals , une race d’extraterrestre dont la planète est devenue inhabitable, ont construit ce petit laboratoire afin de cultiver ces robots qui serviront à conquérir la Terre en diffusant un virus. L’astronaute Crayford, recueilli par eux alors que son vaisseau était en perdition, a promis de les aider, bien qu’ignorant les intentions du chef Styggron d’en finir avec les humains avant de s’installer. Le Docteur découvre alors que la femme qui l’a aidé n’est qu’un androide de Sarah Jane.

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Les Kraals, des E.T qui ressemblent à de vieux râleurs

Sur la requête de Robert Holmes, Terry Nation est de retour avec un épisode sans Daleks, et c’est tant mieux ! Il nous avait déjà fait le coup avec le très bon Keys of Marinus pour la première saison. The Android Invasion n’est pas parfait, mais il a le mérite d’être plus original qu’une bonne partie des épisodes écrits par le papa des Daleks sur la série. On nage bien sûr dans la paranoïa type L’invasion des profanateurs que développait déjà l’attaque des Zygons, avec des doubles des personnages qui brouillent les pistes sur qui est ou n’est pas dans le bon camp (Le Docteur et Sarah Jane compris). Les Kraals sont des aliens classiques aux des vagues traits de rhinocéros, mais leur procédé d’invasion relève de l’inédit. La première partie entretient l’illusion d’un atterrissage sur Terre pour le docteur et sa compagne, malgré une dématérialisation sauvage du TARDIS. Poussive et étirée, elle se révèle nettement moins intéressante que la deuxième, qui voit la préparation de la fusée de l’astronaute pour la Terre et la rencontre des humains qui ont été dupliqués.

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Sarah Jane bot et tous ses circuits. C’est indécent.

L’occasion est bonne pour revenir à UNIT, et ce en dépit des convictions du script editor. Le Brigadier n’est pas de la partie puisque parti pour Genève (Nicholas Courtney est en tournée théâtrale), mais on retrouve avec plaisir Benton et Harry Sullivan. Le plaisir aurait bien sûr été plus grand si pour cette dernière apparition dans la série, ils avaient interprété plus longtemps leur rôle au lieu de celui d’androïdes occupant leur corps. Sarah Jane est fidèle à elle-même, mais il serait temps d’en faire une compagne plus volontaire pour les voyages. On se doute bien que le Docteur ne va pas la ramener chez elle, comme il le promet, dans le prochain épisode.

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Pour leur grande dernière, Sullivan et Benton préparent le retour d’un astronaute. UNIT represents !

N : 6

IM : 4

13-03 Pyramids of Mars

13-03 Pyramids of Mars

de Stephen Harris (Robert Holmes & Lewis Greifer)

Réalisation : Paddy Russell

Déviés de leur trajet vers le Londres du XXe par une force surprenante, le Docteur et Sarah Jane se retrouvent en 1911 à l’endroit où se situera le QG d’UNIT six décennies plus tard. Les lieux appartiennent alors à la famille Scarman et sont le théâtre d’un bien étrange culte mené par l’égyptien Ibrahim Nahmin, le second de l’archéologue Marcus Scarman. Inquiets de l’absence de nouvelles de Marcus, son frère Laurence et le docteur Warlock viennent quérir des nouvelles, mais ils ne tardent pas à être violemment éconduits par l’égyptien. Marcus Scarman est en fait sous le contrôle de Sutekh (Seth), officiellement dieu égyptien, officieusement extra-terrestre Osirien doté d’une force incommensurable. Il fut en des temps reculés emprisonné par Horus et son armée. Ayant réussi à ouvrir un tunnel spatio-temporel jusqu’à 1911, il compte bien utiliser Marcus Scarman et des momies robots pour lancer un missile qui le délivrerait de sa prison martienne. Conscient qu’il n’a jamais affronté d’ennemi aussi puissant, le Docteur décide avec Sarah Jane et Laurence Scarman de s’opposer à Sutekh et de prévenir ainsi la destruction de toute vie dans l’univers.

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She’s a lady woooo she’s a lady

Derrière Pyramids of Mars se trouve une nouvelle fois un scénario original (de Lewis Greifer, un des jeunes apports à la série qui avait auparavant écrit sur « Le Prisonnier ») réécrit presque de fond en comble par Robert Holmes. Il est intéressant d’imaginer que le scénariste avait au départ prévu une histoire qui se déroulerait avec UNIT, parlait de la destruction de la lune et verrait mourir le Brigadier. Le script-editor a déjà décidé de rompre avec UNIT et lance même sa note d’intention par les mots du Docteur au début de l’épisode, qui insiste devant Sarah Jane sur le fait que l’Organisation n’est plus son affaire. Cette réécriture mène cependant à un excellent épisode qui utilise avec brio la croyance égyptienne pour la retourner en visite extra-terrestre, et ce près d’une vingtaine d’années avant le Stargate de Roland Emmerich. Installée en 1911, la menace de l’ombre de Sutekh distille une atmosphère de malaise qui renvoie autant aux films de Malédiction qu’à La Momie du studio Universal. L’enjeu est très bien posé et on frissonne pour nos héros jusqu’aux dernières minutes.

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Marcus Scarman, celui des deux frangins qui supporte le moins les rayons UV

Pyramids of Mars est aussi un épisode qui multiplie les références au passé de la série, comme s’il cherchait à se positionner dans une histoire globale (la robe de Victoria, la référence à Exxilon, la précision sur les 750 ans du Docteur) tout en étonnant par les prises de risques pris pour porter sa pierre à la mythologie. Alors qu’ils ont rejoint le TARDIS, le Docteur va jusqu’à montrer à Sarah Jane et au sympathique Laurence Scarman (qui aurait fait un bon second compagnon) un futur hypothétique décrivant la victoire de Sutekh. Robert Holmes n’hésite pas non plus à affirmer que les Osiriens étaient bien plus puissants que les TimeLords ne le seront jamais ou à proposer un portail temporel au sein d’un sarcophage (Moffat approved!). L’impétueuse Sarah Jane se jette dans la bataille tandis que Four se cherche un peu. Tom Baker semble mettre plus en avant la gravité de son Docteur, généralement pour le meilleur.

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Sutekh et sa porte des étoiles qui mène aux années disco

N : 8

IM : 5

13-02 Planet of Evil

 13-02 Planet of Evil

De Louis Marks (4 épisodes)

Réalisation : David Maloney

Partis pour atterrir à Londres, le Docteur et Sarah Jane se retrouvent en l’an 30000 et captent un signal de détresse provenant de la planète Zeta Minor. Le seul survivant d’une expédition scientifique en mission sur la planète, le professeur Sorenson, a découvert une source d’énergie alternative qui pourrait s’avérer vitale pour sa civilisation. Il tente de convaincre l’équipe de sauvetage envoyée sur place de la ramener, sans prévenir que cette source d’énergie est visiblement la cause de la mort de ses collègues. Zeta Minor est la limite entre notre univers et un univers d’antimatière d’où la créature meurtrière s’est visiblement échappée. Le vaisseau ne peut repartir, l’antimatière transportée par Sorensen faisant jonction avec la matière transportée. Alors que Sorensen se fait posséder par l’antimatière qu’il transporte, le Docteur et Sarah Jane tentent de faire entendre raison au chef de l’équipe de sauvetage. Ils trouveront heureusement en son second, Vishinsky, un puissant allié.

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Doctor Who se paye les services d’un chef op’ italien

Sous l’impulsion de Robert Holmes et du producteur Philip Hinchcliffe, Louis Marks fait d’une planète la grande menace de cet arc, comme le ferait le film Sunshine plusieurs décennies plus tard ou l’épisode « 42 » du dixième Docteur (écrit par Chris Chibnall). Son action n’est cependant pas liée à une volonté, mais à la nature même de l’univers visité qui s’oppose fondamentalement au nôtre. Le concept de collision de l’anti-matière avec la matière avait déjà été utilisé lors de l’épisode The three Doctors. Ici il conditionne toute l’intrigue de l’arc et introduit des développements intéressants, dont un monstre coincé entre deux dimensions brillamment rendu par les effets rudimentaires de l’époque.

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Un Monstre qui a quelques progrès à faire pour égaler Predator

La menace militaire très présente lors de la période Three est toujours d’actualité, mais ce sont surtout les dérives de la science qui sont ici exposées, comme ce fut le cas lors du dernier épisode du troisième Docteur. Le scientifique buté sera destiné à régresser à l’état d’homme des cavernes sous l’emprise de la matière, parcequ’il est bien connu que lorsqu’on perd des cellules du cerveau, les poils se mettent à pousser. L’absence du Dr. Sullivan se fait sentir au début de l’aventure, mais la sympathie acquise à Sarah Jane et à Four ainsi que l’originalité de l’intrigue permettent de faire passer assez vite la pilule de ce départ prématuré. Quelques moments tendus à la limite de l’horreur, des décors et un éclairage très marqué sur la planète donnent à cet arc une vraie personnalité.

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Je vois des gens qui sont rouges

N : 7

IM : 5

Saison 13 (1975-1976) / 13-01 Terror of the Zygons

13-01 Terror of the Zygons

De Robert Banks Stewart (4 épisodes)

Réalisation : Douglas Camfield

Suite à la disparition de plates formes pétrolières dans une région côtière des Highlands, le Docteur est appelé à la rescousse par le Brigadier. Il atterrit en Ecosse avec Sarah et Jane et Harry, pour être conduit jusqu’au QG improvisé de UNIT par le mystérieux et laconique Duc de Forgill, détenteur des domaines locaux. Dès son arrivée, la fine équipe mène l’enquête. Ce qui vaut à Harry de se faire tirer dessus alors qu’il tente de sauver un survivant d’une des plates formes pétrolières. Transporté à l’hôpital, il est enlevé par l’infirmière qui est en fait une créature extra-terrestre. La créature enferme Sarah Jane et ne tarde pas à faire de même avec le Docteur qui est un peu trop perspicace. Harry est transporté jusqu’à un vaisseau et présenté au chef Zygon, Broton. Celui-ci lui explique que leur planète ayant été détruit par une explosion stellaire, ils comptent prendre contrôle de la Terre en utilisant un monstre marin venu de leur planète, le Skarasen, qui fera exploser les ressources terriennes. Possédant la technologie qui leur permet d’imiter les humains qu’ils retiennent prisonniers, ils comptent également prendre l’apparence d’Harry pour mener à bien leurs plans.

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Pour sa dernière apparition 70’s, le Brigadier rend hommage à Jamie McCrimmon

Un bien sympathique début de saison que cet épisode qui renvoie aux meilleurs heures de Three et de UNIT, alors qu’ils combattaient des superstitions qui cachaient des menaces extraterrestres (The Daemons en est le meilleur exemple). Nous retrouvons avec plaisir le Brigadier et Benton. Cet arc est encore plus sympathique du fait qu’il se déroule en Ecosse. L’initiative de se tourner vers les Highlands vient de Robert Banks Stewart, un des nouveaux scénaristes engagés par Robert Holmes pour revigorer la série, qui se trouve être originaire d’Ecosse. Il nous explique que le Monstre du Loch Ness serait l’instrument des Zygons, des types rouges pas franchement beaux et pas très commodes. On a bien envie de le croire, d’autant plus que les quatre épisodes sont très bien gérés et qu’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Nessy se paie une bonne tranche et parvient même au terme de l’arc à faire un petit tour à Londres (du moins son cou).

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Le Zygon dans son enveloppe naturelle. On comprend qu’il veuille nous ressembler.

Les Zygons, qui ont gagné plus de temps d’antenne du fait des réécritures de Robert Holmes, ont suffisamment de particularités pour s’intégrer à la B-List du bestiaire de la série. Stewart joue particulièrement bien de leur technologie de polymorphe sans en faire trop. Les personnages, même secondaires, sont marquants et la couleur locale permet quelques pointes d’humour bien placées dont un Brigadier en kilt qui rappelle fièrement son appartenance au clan Stewart à Sarah Jane. La première mauvaise nouvelle de l’arc est le départ prématuré d’Harry qui formait un très bon tandem avec Sarah Jane. Engagé au départ pour être l’action man au cas où le Docteur serait trop vieux, la production jugea inutile de le renouveler. Du coup, le Docteur et Sarah repartent seuls à l’aventure comme au temps de Three. La seconde mauvaise nouvelle est que le Docteur coupe bien le contact avec UNIT après cet épisode, et ce pour de nombreuses années.

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Harry et Sarah Jane – La dernière. So long Old Boy.  😦

N : 7

IM : 5

12-05 Revenge of the Cybermen

12-05 Revenge of the Cybermen

De Gerry Davis (4 épisodes)

Réalisation : Michael E. Briant

Le Docteur et ses compagnons utilisent l’anneau temporel des TimeLords pour rejoindre la station Nerva, mais ils se retrouvent sur les lieux 1000 ans avant que les éruptions solaires n’aient poussé les humains à fonder l’Arche. Un mal s’est abattu sur la station alors qu’elle poursuivait une mission non loin de l’astéroïde Voga, près de Jupiter. Le capitaine Stevenson et les survivants de la Station pensent que leurs morts ont été contaminés par la peste, mais les responsables sont des Cybermats qui administrent un poison mortel. Les Cybermen disparurent une centaine d’années auparavant en tentant d’attaquer Voga, considérablement affaibli par la pureté de l’or sur la planète. Ils cherchent maintenant à profiter de la présence de la station pour supprimer l’astéroïde qui les affaiblit. Réputé inhabité, Voga dissimule en fait une population qui se terre dans des Mines d’or. Le Docteur y téléporte Harry et Sarah, afin de sauver cette dernière qui a été infecté par un Cybermat. Pendant ce temps, un agent double prétend travailler pour les Cybermen alors qu’il n’est qu’un mercenaire aux ordres des Vogans.

ImageLes Cybermen sont des gros losers

Cette saison 12 aura fait œuvre de continuité en faisant se poursuivre les conséquences de l’atterrissage dans l’Arche. Nos trois héros se retrouvent donc une nouvelle fois sur le Nerva pour boucler la boucle. Le créateur des Cybermen Gerry Davis, n’ayant plus écrit sur Dr Who depuis Tomb of the Cybermen, s’attelle à faire revenir les vilains robots et leurs bébêtes électroniques après une ère Pertwee vides de Cybermen. Il en résulte un arc d’une grande banalité. Les Cybermen y sont vidés de leur potentiel menaçant et paraissent même ressentir des émotions à certains moments de la bataille (un ajout de Robert Holmes, qui réécrivit le scénario). Au milieu de péripéties et rebondissements qui auraient pu se dérouler au sein de n’importe quel épisode dans l’espace, nous apprenons que l’or est la kryptonite des Cybermen. Voilà donc le seul vrai apport de l’épisode.

ImageLe traître de l’épisode est un agent double

Revenge of the Cybermen pâtit de passer après l’excellent Genesis of the Daleks, mais aussi des années Pertwee qui nous garantissaient à chaque fois une fin de saison en beauté. La logique aurait voulu que l’épisode des Daleks soit le dernier de la saison pour que le contrat soit rempli. Cette constatation se double du sentiment d’un retour en arrière sur la caractérisation d’Harry et du ridicule des Vogans qu’on peine à voir autrement que comme des hommes avec des masques de vieillards. Restent quelques bons moments menés par notre trio qui parviennent à garder l’esprit des autres épisodes de cette bonne saison.

ImageUn gang masqué cambriole une mine d’or

N : 4

IM : 4